Les outils lexicaux font gagner du temps et donnent de la profondeur aux
traitements journalistiques de l'actualité politique.
Sur son blog "Technologies du
langage", l'universitaire Jean Véronis vient de publier trois notes
passionnantes sur les discours prononcés par les principaux candidats à la
récente élection présidentielle.

Graphismes à l'appui - ci-dessus l'arborescence des discours prononcés par
Nicolas Sarkozy - il démontre que le candidat de l'UMP a eu recours à quatre
rédacteurs différents pour ses soixante-trois déclarations publiques. Ségolène
Royal a problablement utilisé trois talents, Jean-Marie Le Pen deux. François
Bayrou semble avoir assumé personnellement l'essentiel de sa production,
peut-être en utilisant des notes de ses collaborateurs.
Cette approche scientifique de la matière première politique est, pour le journaliste, une aide à la lucidité. Au début des années quatre-vingt un autre chercheur, Dominique Labbé, avait mis à jour deux langages sensiblement différents dans les discours de Francois Mitterrand. En 1997, j'ai dévoilé sur LCI la fréquence anormale d'un segment répétitif - "Tous ensemble, nous devons..." - dans le discours de Jacques Chirac essayant d'expliquer pourquoi il dissolvait l'Assemblée nationale.
Compte tenu des techniques d'analyse de l'époque, le livre de Dominique
Labbé avait été publié plusieurs années après l''installation de François
Mitterrand à l'Elysée. Mon analyse du discours de Jacques Chirac (onze minutes)
avait mobilisé le logiciel "Sphynx" pendant une bonne partie de la nuit mais le
résultat avait pu être diffusé le lendemain du discours dans l'émission que je
produisais, "Le club de l'Opinion".
Pour les discours de la récente campagne électorale, Jean Véronis a travaillé
sur un énorme corpus, dont cent vingt neuf discours de Nicolas Sarkozy
prononcés avant, pendant et après la campagne électorale afin de bien
identifier les traces stylistiques et autres tournures qui désignent un style,
donc un individu, aussi sûrement que les empreintes génétiques. Normalement, un
tel travail scientifique ne devrait être publié que dans plusieurs mois. C'est
la raison pour laquelle son auteur se montre prudent.
Cependant, grâce aux outils informatiques et aux blogs d'experts comme celui de
Jean Véronis, le journaliste se voit proposer des "angles" originaux et surtout
une matière à réflexion cruciale pour sa compréhension des personnages et pour
les analyses qu'il proposera aux lecteurs, auditeurs, téléspectateurs,
internautes.
Il ne s'agit pas de reprocher aux responsables politiques de s'en remettre à
d'autres pour écrire leurs discours. Il s'agit de comprendre pourquoi un homme
comme Nicolas Sarkozy utilise quatre "plumes" différentes, comment il les
utilise et dans quelles perspectives plausibles.
Note N°1: méthodologie
Note N°2: le cas
Sarkozy
Note N°3: les cas
Ségolène Royal, Françaois Bayrou, Jean-Marie Le Pen
