PaCTE_Speak_out_logo_carte.jpgLe PaCTE tunisien, association engagée dans le processus démocratique, veut former un réseau de "journalistes citoyens" en faisant appel au crowdfunding afin de garantir l'indépendance de ce réseau.

La réussite de l'expérience - donc le succès de la collecte de fonds - concerne d'abord les Tunisiens mais aussi tous ceux qui s'intéressent à la régénération de la collecte et du traitement de l'information.

Le Pacte des Compétences Tunisiennes Engagées (PaCTE) est né en vidéo conférence sur Skype le 16 janvier 2011, au surlendemain de la fuite de Ben Ali.
Il a fallu trois nuits blanches fiévreuses aux jeunes étudiants, ingénieurs, universitaires et informaticiens pour élaborer une charte éthique exemplaire.
Ils étaient en Tunisie, en France, en Allemagne, aux Etats-Unis, au Canada, au Japon, soudés par trois mots: "Plus jamais çà".

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Le PaCTE a tenu le 14 janvier 2012 sa première assemblée générale dans l'arrière-salle d'un café du 9ème arrondissement de Paris. Ci-dessus, les membres du Conseil d'Administration qui viennent d'être élus. Remarquablement organisé, l'évènement a permis de faire le point sur les initiatives menées en 2011: formation de 4000 observateurs et actions de vigilance dans les bureaux de vote en Tunisie, en France et en Allemagne lors de l'élection de l'assemblée constituante, collecte de livres pour les bibliothèques en Tunisie, conférences sur l'éducation, le développement régional, projets économiques centrés sur les régions les plus défavorisées et lancement de la plateforme PacTE TV.

Le "Journalisme citoyen" a acquis une légitimité en Tunisie

Cette plateforme, webTV et blog, se veut le pivot d'une entreprise originale qui vise à former des "journalistes citoyens" et à leur donner les moyens techniques de rendre compte de ce qui se passe dans le pays.
La formation sera assurée par Anne Medley, documentaliste américaine de grand talent qui enseigne à la Faculté de Journalisme de Missoula (Montana) ainsi qu'à l'organisation "Liberté et Diversité" installée à Nashville (Tennessee).PaCTE_building_a_free_press.jpg
Cette organisation émane de la fondation "Forum de la Liberté", dont le siège est à Washington. Anne Medley a notamment travaillé au Congo. Elle va assurer en Tunisie des stages d'éthique et de savoir-faire pratiques.

''Mise au point: le fait que l'expression "journalisme citoyen" soit systématiquement affublée de guillemets dans ce billet vient de ce que je considère le mot "citoyen" comme l'euphémisme du mot "amateur". Ma position ne relève pas d'un corporatisme méprisant. Il y a de très bons journalistes amateurs. Mais on leur décerne le qualificatif valorisant de "citoyen" qui n'est reconnu ni aux musiciens amateurs, ni aux sportifs amateurs même quand ils ont beaucoup de talent.''

Ce qui s'est passé en Tunisie en décembre 2010 et janvier 2011 confère une indéniable légitimité au "journalisme citoyen" dans ce pays.
Ce sont bien des citoyens tunisiens qui ont produit de l'information de très grande valeur, notamment en vidéo.

(C'est grâce à l'un de ces rushes, enregistré avec un téléphone nomade que j'ai compris, bien avant que les journalistes professionnels en fassent état, le rôle décisif de l'armée. Cette scène montrait une vieille dame encadrée par des militaires, dont un officier et, mitraillettes pointées vers les toits, les soldats protégeaient les civils, manifestement prêts à ouvrir le feu sur d'éventuels policiers ou miliciens embusqués.)

Comme le faisait remarquer une jeune responsable du PaCTE, ce sont probablement les images du massacre de Kasserine, le 7 janvier 2011, notamment celles qui ont été été filmées dans l'hôpital, qui ont fait basculer le rapport de forces. Témoins et narrateurs, les citoyens ont donc fait oeuvre de journalisme puisqu'ils ont diffusé de l'information décisive et de portée historique.

Journalisme amateur et marque média

Cependant, ces témoins narrateurs ont, pour la plupart, cessé de produire de l'information. En vrais amateurs - rien de péjoratif - ils sont retournés à leurs occupations principales. Ils se mobiliseraient sans doute à nouveau, et massivement, dans la collecte et la diffusion d'informations brutes en cas d'évènements graves. A la légitimité acquise pendant l'hiver 2010-2011 s'ajoute un énorme potentiel de vigilance et de savoir-faire que le PaCTE a raison de vouloir transformer en atout pour la démocratie.
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Car la presse professionnelle tunisienne ne s'est pas complètement débarrassée de réflexes et d'habitudes imposées par plus d'un quart de siècle de pouvoir autoritaire. La légitimité et le potentiel du "journalisme citoyen" offrent donc l'opportunité d'amener cette presse à évoluer plus profondément et plus radicalement qu'elle ne l'a fait depuis un an.
Une initiative comme Speak Out Tunisia (si elle avait été française, elle se serait appelée "Exprime-toi, Tunisie"), cette initiative peut offrir aux Tunisiens une information alternative. A eux de comparer l'information de la presse traditionnelle à celle que leur proposeraient les "journalistes citoyens" de Speak Out Tunisia.

Si les Tunisiens avaient de bonnes raisons de préférer l'info des "journalistes citoyens", les journalistes professionnels seraient contraints d'en tenir compte et de s'adapter. Encore faut-il que Speak Out Tunisia réussisse à générer, à terme, une offre d'information vraiment concurrentielle. C'est à dire à imposer une véritable marque media à côté des organes de presse traditionnels. La question fondamentale est de savoir si on peut créer une marque média avec des journalistes amateurs. Et autrement, bien sûr, qu'en reproduisant le business model peu éthique du Huffington Post.

Le crowdsourcing régénérateur

S'il se confirme que de nombreux jeunes journalistes tunisiens se montrent intéressés par les stages d'Anne Medley, la solution pourrait venir de la collecte participative. Une collaboration entre des "journalistes citoyens" et des journalistes professionnels dans le cadre de Speak out Tunisia devrait produire des pratiques intéressantes pour au moins deux raisons.

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La première existe dans la presse quotidienne régionale depuis très longtemps. Les correspondants locaux ne sont pas des journalistes professionnels mais ce ne sont pas non plus de vrais amateurs car, tout en exerçant une autre activité professionnelle, ils se "frottent" aux exigences du journalisme professionnel. Ils ont souvent leur propre réseau d'informateurs et certains écrivent, photographient ou filment aussi bien que les pros des rédactions régionales. Ici, pointe un problème: les correspondants de la presse quotidienne régionale sont payés à la pige...
La deuxième raison de penser que le crowdsourcing peut régénérer l'information en Tunisie réside précisément dans le fait que des citoyens qui ont su produire une information décisive, ces gens-là - qui sont majoritairement des jeunes - ont la légitimité et la capacité de veiller à ce que les professionnels ne reviennent pas aux anciennes pratiques.

Pour une critique intelligente des médias

Le "journalisme citoyen" selon l'approche Speak Out Tunisia - "Exprime-toi, Tunisie" - pourrait en même temps s'ériger en une instance de critique intelligente des médias (media watch) qui, soit dit en passant, fait cruellement défaut de ce côté-ci de la Méditerranée. Après tout, il y a aussi cette dimension de la démocratie dans le "Plus jamais çà " du PaCTE.

Le recul manque encore pour être certain que la Tunisie développe une forme inédite de démocratie. C'est possible. Comme est possible, grâce à l'initiative du PaCTE, que les témoins narrateurs de la révolution tunisienne contribuent à l'émergence d'un autre journalisme.

Le site du PaCTE

La charte du PaCTE

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Le site principal d'Anne Medley

Un autre site d'Anne Medley

Le Forum Freedom and Diversity

La Fondation du Forum de la Liberté