Le concours de visualisation de données organisé par Google a détecté six applications en ligne susceptibles d'améliorer l'assimilation par les internautes des enjeux de la campagne électorale de 2012.

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Un jury indépendant composé d'ingénieurs, d'un architecte de l'information, d'un spécialiste de l'opinion publique, d'un expert en marketing web et de deux journalistes a désigné Mediarena comme la meilleure des applications finalistes.
Les cinq autres réalisations récompensées sont:

En tant que membre du jury, j'analyserai toutes les applications finalistes dans le blog Data Journalism qui prolonge mon ouvrage publié aux éditions du CFPJ..

Un tout petit sondage très édifiant

Lors de la soirée de proclamation des résultats, j'ai demandé aux lauréats qui venaient de s'expliquer sur leur travail s'ils avaient fait appel à des journalistes politiques.
Réponses: non.
Donc, la réflexion, la mise au point et la validation d'outils de traitement d'une l'actualité électorale passionnante et complexe se sont effectuées sans qu'aucun journaliste politique ne soit consulté.
Aucun de ceux et celles qui ont signé ces très belles applications n'a pensé aux journalistes. Un des gagnants a même laissé entendre, poliment, qu'il avait préféré éviter les journalistes.

Trois hypothèses consternantes pour la profession

J'espérais, quand les membres du jury ont commencé à évaluer les applications, reconnaître des questionnements, des "angles" spécifiquement journalistiques.

Après tout, l'appropriation de nouvelles manières de faire son métier a toujours été source de créativité. C'est ce qui s'est passé pour le journalisme, jadis, quand le téléphone s'est ajouté au porte-plume - le scoop d'Alex Virot sur l'Anschluss - puis quand la radio s'est ajoutée à la machine à écrire, puis la télévision...Chaque implémentation technique a régénéré le journalisme sans le réinventer totalement. Internet apporte, avec les webdocumentaires, twitter et le crowdsourcing, une timide contribution à cette régénération. Mais, là, dans le journalisme de données appliqué à une actualité aussi importante que la période électorale en période de crise, rien. Pas de journalistes.

Le fait que des non-journalistes réussissent à construire des outils d'exploration de l'actualité aussi performants conduit à trois hypothèses consternantes pour ceux dont le métier est de détecter, de comprendre, d'expliquer l'actualité:

1 - Les journalistes politiques actuellement en fonction sont incapables de maîtriser les outils de leur époque. Ils s'abaissent à la même capitulation que celle de leurs ainés qui, dans les années soixante-dix, ont abandonné aux "directeurs des études" des "instituts" de sondages le soin d'analyser les enquêtes d'opinion. Aujourd'hui encore, je ne connais pas un journaliste politique l'audiovisuel capable de "parler" des sondages avec un minimum de discernement.
(Raison pour laquelle, j'avais été amené à créer en 1997 sur LCI - après une algarade en conférence de rédaction avec David Pujadas - un magazine hebdomadaire: le Club de l'Opinion. On y traitait déjà de données sous formes de statistiques.)

Remarque: après avoir comblé les insuffisances des journalistes "spécialisés" dans l'analyse des sondages, les directeurs d'études les ont carrément remplacé dans le commentaire hors sondages.

2 - Les contenus à forte valeur ajoutée ne seront plus produits par des journalistes. Cela signifie que "les professionnels de la profession" ne comprennent pas qu'entre les platitudes dispensées sur l'audiovisuel et des outils simples, ludiques, intelligents, les internautes les plus intéressants pour l'avenir de l'industrie de l' information choisirons forcément les riches applications du web. La platitude du journalisme politique crispé sur ses pauvres métaphores guerrières - "Machin monte au créneau, Duschmoll mobilise ses troupes" - ne s'applique pas aux contenus des grandes marques média de la presse écrite. Mais les sites web de cette presse-là ne proposent guère d'outils interactifs qui permettraient aux internautes d'explorer l'actualité complexe.
En tous cas, une profession qui ne sait pas produire des contenus à forte valeur ajoutée se dévalorise.

3 - Le fait que des non-journalistes produisent des contenus informatifs nouveaux et passionnants est plutôt réjouissant. Cela signifie que les programmeurs, les designers qui ont signé, par exemple, les six applications récompensées par Google ont à la fois le sens de l'actualité et une bonne connaissance de ce que les internautes attendent.
En plus,ces non-journalistes savent repérer les bonnes données, les organiser. Et surtout, ils savent raconter la complexité, la rendre accessible avec des graphismes interactifs agréables et pertinents.
Ce qui est grave pour les futurs journalistes et pour les jeunes qui ne peuvent pas encore se faire entendre dans les rédactions, c'est que les journalistes politiques en vue n'ont pas encore compris, eux, qu'en plus de leur manque de savoir-faire, ils sont victimes de leurs connivences avec la caste politicienne.

Anecdote: un développeur dont l'application n'a malheureusement pas été sélectionnée avait pris en compte la candidature de Dominique de Villepin au moins trois semaines avant la déclaration de l'ancien premier ministre à la télévision. Ce n'est peut-être pas un scoop. Mais çà donne une idée de la fraîcheur de l'actualité politique observée par des non journalistes. Comparée à cette stimulante vision de l'actualité, la logorrhée audiovisuelle dégage une odeur de naphtaline.

Le palmarès du concours Google Dataviz Elections 2012

Analyse de l'application gagnante
Analyse de l'application "Partie2Campagne".
Analyse de l'application Retwhit 2012
Analyse e l'application Bubble-Tweets
Analyse de l'application Thema Tweets