Deux cent pages réparties en trois sections et quinze chapitres. Des dizaines d'études de cas concrets. Un style simple et tonique.

En sélectionnant et en décrivant "Les modèles économiques gagnants" de la presse en ligne, Pascale Bonnamour et Ludivine Garnaud proposent une enquête journalistique susceptible d'alimenter ce qui manque le plus à l'industrie française de l'information: des visions stratégiques.

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L'enquête démarre fort avec trois incitations à la réflexion:

  1. Le système français - unique en Europe - d'aides publiques directes à la presse "peut représenter un frein potentiel à l'innovation et à l'agressivité commerciale".
  2. Les éditeurs devraient s'intéresser à l'économie de l'attention au lieu de s'accrocher sur le web à l'économie de l'audience.
  3. Dans un environnement très concurrentiel, les contenus doivent être de qualité, c'est à dire rares et adaptés aux attentes des internautes.


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Ayant rappelé que les cinq modèles d'affaires - gratuit, freemium, payant, au compteur et par micro-paiement - ne génèrent pas toujours la rentabilité telle qu'elle est encore trop souvent fantasmée à partir de la presse traditionnelle, les deux auteures suggèrent des approches par enjeux pour chaque type de presse.

Contenus, crédibilité, innovation

La répartition des sites d'information en trois grandes catégories - généralistes, locaux, spécialisés - se différencie de la typologie utilisée pour la presse traditionnelle en ce que, simples exemples, le temps réel ayant annihilé la périodicité et la mémoire numérique étant particulièrement prégnante, le quotidien et le magazine se confondent sur le web beaucoup plus que sur le papier. Comme d'ailleurs fusionnent dans la narration journalistique l'écrit, le son, et l'image.

Ce qui est intéressant dans cette approche, c'est la possibilité de comparer les enjeux. "Développer la dimension communautaire" apparaît fréquemment dans les préconisations de Pascale et de Ludivine mais certains sites doivent relever des défis plus spécifiques. Ainsi, l'information spécialisée investit dans la rareté qui la valorise; mais cette rareté ne se réduit pas à la vitesse et au scoop car la justification des offres super premium, c'est la personnalisation de l'info: faire payer très cher des contenus dont les décideurs ne peuvent pas se passer.

Portrait-robot d'un site rentable

Le chapitre dédié à l'analyse du site d'information financièrement idéal contient pas mal de rappels comme ceux qui concernent le positionnement, le référencement, la manière d'écrire et le "réflexe du lien". On y appréciera surtout la grille de performances ergonomiques ainsi que l'inventaire des extensions mobiles avec leurs contenus spécifiques.

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Dans cette deuxième section, l'animation de communautés d'internautes est à la fois consistante et subtile. Consistante parce tout y est, même si les solutions doivent être développées avec d'autres ouvrages spécialisés. Subtile parce que les deux auteures n'hésitent pas à proposer des réponses à des questions qui ne sont pas toujours bien posées comme celle de la place à donner, sur le site, aux contenus participatifs. Selon que le site s'appelle "Figaro.fr" ou "Doctissimo", l'espace réservé aux internautes n'est pas conçu et géré de la même manière.

Privilégier l'Open Source

Pascale Bonnamour et Ludivine Garnaud prennent franchement position sur le choix des outils technologiques. En énonçant d'abord une vérité peu cultivée: "Un site d'information rentable a une longueur d'avance technologique." En se prononçant, ensuite et surtout, en faveur de l'environnement Open Source. Elles s'en expliquent longuement avec des arguments qui font de cette partie du livre un délice pour technophiles en même temps qu'une vraie initiation pour les néophytes. Les pages 151 à 160 ne contiennent que de l'irréfutable et du stimulant.

L'enthousiasme faiblit un peu à la lecture des "moyens de faire payer l'internaute". Il est vrai que les réponses ne sont pas évidentes. Les patrons de presse commencent seulement à prendre conscience des conséquences de leur faute historique: offrir gratuitement leurs contenus en 1997-98 sur le web. Les expériences engagées pour essayer de revenir, au moins en partie, sur le culte de la gratuité n'ont pas encore produit de résultats significatifs.

Après quelques recettes - publicité, marketing, produits dérivés - que le journaliste à intérêt à connaître mais qu'il ne peut pas expérimenter, le livre s'achève sur un chapitre particulièrement court (cinq pages dont trois remplies de graphiques) qui est en fait un outil de modélisation. Il contient des indicateurs de coûts et de revenus faciles à mettre en place pour soupeser la viabilité d'une vision stratégique.
Pages salutaires comme toutes celles qui les précèdent.

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