DSK torpille le newsgame du "Monde" sur les primaires au PS
Par Alain Joannes le dimanche 15 mai 2011, 13:11 - DEFIS ACTUELS - Lien permanent
Dominique Strauss-Kahn rend un fieffé service à l'information en général et
au journalisme en particulier.
Il vient de torpiller "Primaires à gauche", le newsgame que Le
Monde.fr s'apprête à infliger à ses lecteurs.

Un newsgame est, selon un de ses concepteurs qui s'exprimait le jeudi
12 mai à Lille, "un dispositif interactif d'information qui reprend les
techniques et les codes du jeu vidéo".
Ce dispositif a été présenté en avant-première aux journées d'études sur
"Le journalisme
numérique" organisées par l'ESJ.
Quand le réel gifle le ludique
Dans le jeu "Primaires à gauche", l'internaute est invité à "prendre le rôle"
(sic) d'un candidat - au hasard, le jeudi 12 mai: Dominique Strauss-Kahn
finement rebaptisé "Strauss-Kex" - qui mène campagne contre deux autres
candidats.
L'internaute se place alors à "l'intersection du jeu et du journalisme" (sic).
En fait - là, petit glissement sémantique - "Il joue avec l'information". Puis
le glissement sémantique se transforme en dérapage: l'internaute devient
carrément "producteur d'informations et de données".
Pas de chance, ou manque de talent, pour les concepteurs et les journalistes
qui se sont prêtés à ce jeu: c'est Dominique Strauss-Kahn - et non son
personnage Dominique Strauss-Kex - qui "produit" l'information.
On peut même dire qu'en "faisant l'actualité" de cette manière, sans se prêter
au jeu simpliste, bêtement réducteur, de "Primaires à gauche", le directeur du
FMI occasionne quelques dégâts collatéraux.
Comme le répétait, l'inoubliable Serge July, ancien patron de "Libération", par
ailleurs organisateur du jeu télévisé "Vive la crise", avec Yves Montand comme
personnage ludique: "Le réel nous gifle, parfois."
Car, et c'est la première tare des newsgames, la réalité est cent fois
plus intéressante que n'importe quelle fiction.
La preuve par "Le Monde":

Que les concepteurs, et surtout les journalistes impliqués dans ce projet,
n'aient pas prévu que le directeur du FMI pourrait être éliminé par une
histoire de ce genre avant ou pendant les primaires du parti socialiste est à
priori incompréhensible:
Rue89 rappelle ce qu'un estimable confrère, Jean Quatremer, avait publié en
2007
En fait,il suffisait d'écouter les promoteurs de "Primaires à gauche" pour
identifier quelques unes des autres tares, nombreuses, des
newsgames.
Ils affirmaient jeudi 12, dans l'amphithéâtre de l'ESJ, que:
- "le bon joueur est celui qui s'informe le plus." Faux: le joueur, comme
l'enfant, s'évade dans le jeu. D'ailleurs:
- "Le joueur doit adopter une attitude ludique - pléonasme: un internaute qui
n'adopte pas une attitude ludique n'est pas un joueur - pour s'approprier des
connaissances". Cette injonction mérite une traduction."L'attitude ludique"
désigne une forme de crédulité, un renoncement à l'exercice de la raison et du
discernement. Tout le contraire de la curiosité et de la volonté de
s'informer.
Le gamer doit avoir la foi. Il doit croire à ce que le jeu lui
dit.
Le gamer est fondamentalement un croyant. Un dévot.
Un des concepteurs de "Primaires à gauche" l'a benoîtement reconnu: "La
subjectivité du joueur est encadrée".(Remplacez dans cette phrase "joueur" par
"croyant", "fidèle" ou "dévot" et vous obtenez un reflet assez précis de
l'univers mental avec lequel les newsgames voudraient coloniser
l'information.)
- "Le jeu fondé sur les primaires socialistes de 2006 ne sera actualisé que
deux fois".
Nul doute, depuis dimanche matin, qu'une troisième actualisation majeure
soit utile:

Le défaut de ce "raisonnement" vient de ce que les connaissances de 2006, à
supposer qu'elles aient été complètes et bien sélectionnées, n'ont plus aucune
pertinence. La crise économique, les évolutions du monde arabe, etc...
Après les journalistes "embarqués", le journalisme
"enchâssé"
Les auteurs de ce NON (= Nouvel Objet Numérique) dévoilent leurs véritables
intentions avec des sentences comme celles-ci:
- "Un bon joueur serait le double du journaliste d'investigation". Crapulerie
intellectuelle car l'investigation, en tant qu'opération mentale, est à
l'opposé du jeu aux règles duquel se soumettent les "subjectivités encadrées".
D'ailleurs, contradiction immédiate qui équivaut à un aveu:
- "La mise en scène de l'information passe par des procédures qui enchâssent
le discours journalistique dans la rhétorique du jeu."
Que l'actualité soit une construction médiatique supposant une certaine
"mise en scène", on le sait depuis les travaux du sociologue François Jost.
Mais voici que l'observation et le récit journalistiques sont "enchâssés",
c'est à dire soumis à d'autres règles que celles qui valident le métier
d'informer.
Après les journalistes embarqués (embed) par l'Armée américaine lors
de la Guerre du Golfe de 1991, le journalisme enchâssé par l'industrie du
jeu.
Le jeu, instrument idéologique
Rien d'étonnant. Les relations entre le jeu et la propagande sont aussi
étroites que les similitudes entre la fiction et le mensonge (1).
Dès 2002, le Pentagone a rassemblé au sein d'un Institut pour les Technologies Créatives des
firmes de jeux vidéo, des studios de cinéma et de télévision ainsi que des
laboratoires universitaires de recherche en psychologie neurocognitive.
Installé en Californie du Sud, cet institut travaille sur des enjeux médicaux
mais aussi pour Hollywood, pour des projets sécuritaires et pour l'Armée. Il a
notamment conçu un "environnement de synthèse générateur de stress" qui se
trouve à Fort Sill (Oklahoma) où les officiers en partance pour l'Afghanistan
se préparent mentalement à leurs futures missions.
A ce stade, la simulation présente encore des caractéristiques scientifiques,
proches de celles qui permettent aux pilotes de s'entraîner en immersion dans
le virtuel avant de prendre l'air réellement.

Le Pentagone a fait développer pour les besoins du recrutement,
un jeu beaucoup plus
réaliste que "Primaires à gauche". Des millions de jeunes
Américains vont chercher sur ce site les émotions fortes que certains d'entre
eux veulent éprouver "pour de vrai" en s'engageant.
La propagande par le jeu coûte beaucoup moins cher qu'une campagne d'enrôlement
par voie publicitaire.
La "gamification" de l'information, Arme de Diversion
Massive
Les promoteurs de "Primaires à gauche" ont défendu, sans grande conviction,
l'idée selon laquelle leur jeu allait attirer vers les articles sérieux du
"Monde" des internautes "peu tentés par les analyses."
Cet argument avait été démoli par une de leurs précédentes affirmations: "Il
faut y passer beaucoup de temps".
Or, le vrai problème de l'information aujourd'hui est bien celui du "temps de
cerveau disponible". Compte tenu de la prolifération des sollicitations
générées par les réseaux - courriels, blogs, tweets, Facebook - le temps passé
sur le jeu sera enlevé à l'assimilation de l'information sérieuse.

Dans cette problématique du temps saturé par toutes sortes d'activités
cognitives, les newsgames apparaissent bien comme des Armes de
Diversion Massive, incitations à se détourner de l'essentiel.
Certaines sont dérisoires, comme le "journalisme" lol (laughing out
loud).
D'autres sont puissantes: le sport a cessé d'être un divertissement et s'est
mis à envahir l'information dans les années quatre-vingt, quand l'argent a
commencé à le gangréner.
Avec son scénario pulvérisé par l'actualité avant même d'exister, "Primaires à
gauche" fait partie de ces entreprises de diversion qui n'apportera rien, au
contraire, à la marque média "Le Monde".
D'abord parce que ce jeu est peu innovant. Il ressemble beaucoup à ce que CNN
avait proposé pour les primaires américaines de 2008.

Ensuite et surtout parce que la "gamification" de l'info ne sert véritablement
que le business de l'industrie du jeu. D'où, peut-être, la gêne
perceptible jeudi 12 mai à la table d'animation de l'atelier consacré à cette
OPA sur l'info.
Une étudiante qui avait participé aux tests venait de déclarer: "J'ai vu dans
ce projet plus de jeu que d'information". Borborygme:" Heu, on a
amélioré..."
Puis, l'atelier s'achève et - après deux heures d'explications - de 14h30 à
16h30 - le mot de la fin tombe de la bouche d'un animateur de la table
ronde:

En attendant, la tentative de racolage des gamers par le journal
d'Hubert Beuve-Mery, Jacques Fauvet, Pierre Viansson-Ponté, Raymond Barrillon,
André Laurens, Thierry Pfister, Jean-Yves Lhommeau et autres mémorables
signatures révèle l'état de panique dans lequel macèrent les patrons de
presse.
Une panique qui les amène à contribuer à la destruction de la crédibilité du
journalisme.
Le métier d'informer n'avait pas besoin de çà pour se dévaluer.
Surtout venant du quotidien français de référence.
1) Relations entre la réalité et la fiction:
Contrairement aux techniques de diversion dont use le genre newsgame
afin de parasiter l'information, la littérature et le cinéma affichent
clairement la séparation entre la réalité des faits et le potentiel cognitif de
la fiction.
Des romans inspirés de faits et de personnages réels peuvent amener à
comprendre certaines situations plus facilement que l'information; mais plus
ils se soumettent aux faits, plus ils sont intéressants; ils rendent ainsi
hommage au travail des humbles collecteurs de faits que sont les
journalistes.
La force d'un certain cinéma hollywoodien, et même de certaines séries
télévisées comme "Deadwood" ou "The Shield", réside dans cette quête exigeante
de réalisme. On peut lire périodiquement dans le Los Angeles Times des récits
journalistiques de faits divers auxquels s'alimentent des séries comme "The
Shield".
Il est certain, par ailleurs, que des équipes d'enquêteurs et de scénaristes
sont actuellement en train de rassembler des faits, des détails, sur la mort de
Ben Laden et qu'un Oliver Stone ou un Ridley Scott sortiront dans deux ans un
film qui s'inspirera des articles de Bob Woodward et de livres qui seront
publiés sur le sujet. Il y aura, d'une part, le journalisme et sa crédibilité
et, d'autre part, la fiction avec ses codes implicitement acceptés par les
cinéphiles.
Une des initiatives journalistiques récentes les plus intéressantes à propos de
"l'actualité DSK" est disponible sur le site du magazine GQ:
une anthologie, non exhaustive mais significative, de films qui traitent
d'affaires comparables. Un "angle" journalistique beaucoup plus
pertinent et beaucoup plus riche que "Primaires à gauche".

Commentaires
Je vous trouve un peu trop remonté contre le newsgame. Celui du Monde n'est peut être pas des plus intéressants (je ne sais pas, je n'y ai pas joué), mais il ne faut pas oublier que c'est le premier newsgame à toucher le sol français (façon de parler), je suis certain que la première gazette de Renaudot ne cassait pas non plus des briques en matière d'information.
Articuler toute votre pensée sur le newsgame autour de ce seul exemple est donc un peu réducteur, et vous devriez vous intéresser par ce qui a déjà été fait par des gens comme Ian Bogost ou Gonzalo Frasca.
Ce qui m'a le plus gêné au fond, c'est une de vos dernières phrases "Une panique qui les amène à contribuer à la destruction de la crédibilité du journalisme."
J'ai 23 ans, je suis en École de journalisme, et pourtant je peux vous dire que la plupart des journalistes actuel n'ont déjà plus aucune crédibilité à mes yeux. Il me semble que le baromètre de la confiance dans les médias confirme qu'une grande partie de la population française ne croit pas ce que disent les médias, et sont persuadés que la plupart des journalistes sont corrompus ou corruptibles. Alors? De quelle crédibilité parle-t-on?
Des gens comme Florent Maurin qui tentent de faire du journalisme différemment peuvent bien être critiqués pour leur production, mais cela ne me semble pas très réglo de dire qu'ils participent à la décrédibilisation du journalisme. Je crois au contraire qu'ils font tout pour le sauver. Et dans cette juste cause, l'échec doit être pardonnable.
L'analogie entre la "Gazette" de Théophraste Renaudot et les "newsgames" ne sert pas votre crédibilité professionnelle. Si vous aviez un minimum de culture journalistique, vous sauriez qu'en 1749, le marquis d'Argenson, ex-ministre de Louis XV, écrivait ceci: " Il se produit une grande fermentation dans le peuple à cause de ce qu'écrivent les gazettes". Preuve que les gazettes avaient déjà plus de consistance politique que les newsgames actuels. Mais je suppose qu'on ne peut pas demander à un gamer d'avoir une culture historique.
Quant à l'argument selon lequel "c'est le premier newsgame à toucher le sol français", il ne présente aucun intérêt et il est faux. Le blog OWNI a proposé il y a plusieurs mois un newsgame désopilant sur la torture dans le monde.
Contrairement à ce que vous écrivez, je n'articule pas ma réflexion ("pensée" serait présomptueux) autour du seul cas, navrant, de "Primaires à gauche". Si vous lisiez avec un peu plus d'attention, vous prendriez acte du fait que ce billet comporte des références antérieures au dimanche 15 mai 2011. Ce qui devrait vous amener à supposer que je m'intéresse aux "serious games", aux modélisations, aux simulations depuis 2002, et que j'ai observé les newsgames de CNN dès 2008. Je n'évoque "Primaires à gauche" aujourd'hui qu'en raison de la conjonction de deux évènements: la présentation à laquelle j'ai assisté le vendredi 13 mai à Lille et les mésaventures de DSK le samedi 14 mai à New York. N'ayant pas intégré cela, vous ne pouvez pas comprendre que je m'intéresse depuis fort longtemps à toutes les entreprises de diversion qui détériorent la crédibilité des journalistes.
Enfin, votre "raisonnement" sur la crédibilité effectivement très atteinte des journalistes et ce que fait Florent Maurin - que j'ai essayé d'écouter en duplex chaotique par Skype à Lille - relève au mieux d'une pathétique manifestation de copinage, au pire d'une grande confusion mentale. Je démontre dans ce billet que la posture mentale du "gamer" est incompatible avec le volonté de comprendre l'actualité, c'est à dire "l'Histoire en train de se faire". Vous, vous n'expliquez pas en quoi "faire du journalisme différemment" restaure la crédibilité du journalisme, en quoi le "newsgame" peut "sauver" le journalisme.
De manière symptomatique, vous employez l'expression " juste cause" qui n' a rien à vois avec le journalisme mais plutôt avec le militantisme, la religion, la dévotion.
Je réaffirme donc que les adeptes des newsgames participent à:
1) l'entreprise de diversion qui consiste à inciter les citoyens à se détourner de l'essentiel pour consacrer de plus en plus de temps à l'accessoire, au futile. Je publierai sur les ADM (Armes de Diversion Massive) un billet dans lequel les newsgames seront contextualisés.
2) l'accentuation du discrédit dans lequel le journalisme est plongé depuis plusieurs décades.
3) la tentative d'ouverture d'un nouveau marché pour l'industrie du jeu.
Si vous souhaitiez instaurer une discussion fructueuse, vous auriez dû lire plus attentivement et réfléchir davantage à la pertinence et à la qualité de vos arguments.
J'ai pu tester le jeu "primaires à gauche", et s'il est vrai qu'il n'apportera rien au journalisme ou à la compréhension de l'actualité, je déplore votre manque de connaissance du newsgame ou du jeu vidéo. Je partage l'avis de @Pierrec.
C'est d'ailleurs étonnant pour un défenseur du data-journalisme de ne pas s'intéresser plus que cela aux possibilités offertes par le jeu-vidéo.
Romain,
Etes-vous vraiment débile ou avez-vous composé cette pitoyable interpellation juste pour me faire de la peine ?
Avez-vous compris que ce blog n'est pas un espace pour "gamers" mais un carnet de réflexion sur le journalisme ?
Etes-vous conscient que vous validez entièrement le sens de mon billet en écrivant que "Primaires à gauche "n'apportera rien au journalisme ou à la compréhension de l'actualité" ?
Etes-vous conscient que Pierrec prétend, lui, que le newgame sauvera le journalisme ?
Ne percevez-vous pas une contradiction entre vos deux prises de position ?
N'êtes-vous pas perturbé par le fait de vous contredire aussi radicalement en moins de deux lignes ?
Sur le data journalism, êtes-vous capable de faire une distinction entre la fiction sur laquelle repose le jeu vidéo et les faits qui constituent la substance du journalisme de données ? Manifestement non: la fiction et la réalité sont, dans votre tête, une seule et même chose.
Etes-vous, vous aussi, un étudiant en journalisme ?
Si oui, puis-je connaître les noms des établissements dans lesquels on vous apprend à confondre la fiction du jeu avec le réel de l'actualité ? Si ces établissements sont reconnus par la profession, c'est grave.
Car, au fond, vous et Pierrec me reprochez - sans rien savoir de ce que je sais sur le sujet - "un manque de connaissance du newsgame et du jeu vidéo"; ce que je traduis par: "Vous ne croyez pas au jeu. Vous n'êtes pas un "gamer". Vous n'êtes pas membre de la secte". Correct ?
Bonjour,
Merci de croiser les informations et de ne pas me mettre en promoteur du jeu, étant chercheur au CNRS, travaillant certes sur les jeux vidéo mais sur un tout autre projet. D'ailleurs, si le photomontage fait honneur aux romans photos d'OK podium sur britney spears et nous font , moi et mes collègues chercheurs, entrer en plein blog people sans notre consentement, il ne rend pas honneur au travail journalistique.
Par ailleurs, certains faits sont passés sous silence, telle que la mauvaise connexion skype qui a suscité des réactions humoristiques des twittos (source de ceux qui ont twitté?).
Vous avez bien entendu le droit d'avoir votre opinion, je pourrais partager des critiques que vous émettez, mais respecter un des principes de base de l'honnêteté journalistique me semble minimum pour un débat de fond.
Cependant, je ne rentrerai pas sur le fond, cet article étant calibré pour surfer sur un double trafic lié à l'affaire DSK et la sortie du jeu.
Les slides des présentations dont sont tirés les propos seront bientôt mises en ligne. Un tweetwall pour ceux qui veulent reconstituer la journée est disponible ici : http://journalisme-numerique.esj-li...
Au plaisir (pris) de vous entendre plus que de vous lire,
Cordialement,
O. M.
Cher professeur,
Je vous présente toutes mes excuses pour le préjudice que vous estimez avoir subi et que je n'ai certes pas voulu occasionner. La preuve: je retire cette photo qui vous offense.
En voici cependant la genèse
- si je n'étais pas allé à Lille le vendredi 13
- si DSK n'avait pas "fait" l'actualité le samedi 14
je n'aurais pas rédigé ce billet le dimanche 15.
- si un des animateurs présent à la table n'avait pas fait cette remarque étonnante - "Je ne vois pas l'objectif de ce jeu", après la réflexion de l'étudiante, je n'aurais pas pris cette photo et elle ne serait pas apparue dans le blog.
J'ai composé cette image avec bulles parce que j'avais oublié d'apporter un magnétophone avec micro directionnel pour capter l'inoubliable conclusion: "Je ne vois pas l'objectif de ce jeu". Vous avez peut-être compris que la bulle remplace le fichier en MP3. J'ajoute que ce clin d'oeil pictural, que je voulais innocent, introduisait une petite distanciation ainsi qu'un zeste de détente au terme d'un billet assez violent, j'en conviens.
Vos remarques sur mon travail journalistique me laisse indifférent: cinquante ans de travail dans la presse écrite, à la radio, à la télévision et sur le web m'autorisent à écarter vos jugements d'un orteil méprisant. Si vous le souhaitez, ayant longuement dialogué avec Pierre Bourdieu en 1984, je peux porter un jugement circonstancié sur la recherche universitaire française en général, sur les sociologues en particulier et même sur le CNRS dont je connais un peu les eus et coutumes.
Mais ne nous fâchons pas pour si peu.
Je suis étonné qu'un chercheur du CNRS invoque la mauvaise qualité de Skype à propos d'un billet où il n'est nullement question de Skype. Je n'ai rien à voir avec ceux qui ont twitté à ce sujet et je ne comprends pas pourquoi vous introduisez le souvenir de cet incident dans la présente discussion.
Encore une fois, le vendredi 13 mai, je souhaitais en savoir un peu plus sur ce newsgame et je n'avais pas l'intention de twitter cet atelier en direct ni de rédiger un billet. C'est le dimanche matin, en écoutant France Info que la nécessité du billet s'est imposée à moi dans la mesure où la réalité (DSK) était en train de pulvériser la fiction de "Primaires à gauche".
Contrairement à ce que vous insinuez avec une émouvante élégance, ce billet n'était pas "calibré" pour surfer sur le double trafic. DSK était dans le jeu; DSK était dans l'actu: l'actu écrase le jeu, c'est tout. Sachez que contrairement à un certain nombre d'universitaires, je ne cherche ni à "faire du trafic" avec ce blog ni la notoriété. Au contraire j'évacue des abonnements à mon fil twitter et je chasse de ce blog les gens qui ne m'intéressent pas. Donc, cette insinuation tombe à plat.
Comme vous mettez en doute mon "honnêteté journalistique", je ne vois aucune raison de discuter avec vous sur le fond. Si je comprends que vous avez pu être blessé par la photo, votre manière de réagir aux arguments que je développe dans ce billet me semble stérile.
Je constate d'ailleurs que personne - ni vous ni les deux précédents interpellateurs - ne prend la peine de critiquer mes arguments. Personne ne discute sur le fond mais - relisez bien les trois commentaires dont le vôtre - les réactions véhiculent de vagues et peu courageux jugements personnels.
Sachez enfin que si mes interventions orales vous ont procuré "un peu de plaisir" - c'est vous qui le dites et j'en suis étonné - c'est parce que je m'ennuyais beaucoup à écouter certains universitaires "vendre" leur marchandise faisandée et d'autres intervenants enfiler des lieux communs sur un ton aussi morne que prétentieux. Voilà, nous nous sommes dits l'essentiel et il y a peu de chances pour que l'on se croise un jour. Je vous laisse donc mariner dans le débat intellectuel français, la crise de la presse en compagnie - et cela me navre - des deux zozos qui ont réagi à ce billet avant vous et qui vont sans aucun doute sauver le journalisme.