La plainte que le quotidien "Le Monde" s'apprêtait à déposer pour atteinte à la protection des sources journalistiques n'aboutira pas pour deux séries de raisons qui découlent du double verrouillage auquel le président de la République a procédé durant les premiers mois de son mandat:

Verrouillage légal

Comme je l'écrivais dans ce blog dès le 30 mars 2008, la loi invoquée par "Le Monde " prévoit deux exceptions à la protection du secret des sources:

- « la nature et la particulière gravité d’un crime ou d’un délit »

- « les nécessités des investigations judiciaires»

C'est évidemment la seconde exception, activée par le directeur de la Police Nationale, qui sera invoquée pour débouter le quotidien du soir.

Le journal, en effet, n'a pas été espionné, comme ce fut le cas du "Canard enchaîné" lorsque le pouvoir pompidolien avait tenté de poser des micros au sein de la rédaction de la rue Saint-Honoré. Ce sont les communications téléphoniques d'un haut fonctionnaire qui ont été transmises à la DCRI par un opérateur de téléphonie mobile.
Puisque rien n'est dit, dans cette loi cosmétique,contre la possibilité donnée au pouvoir politique de faire neutraliser un informateur, la source de documentation des journalistes se tarit en toute légalité.

En admettant qu'un juge soit néanmoins saisi de la plainte et veuille essayer de se renseigner, il n'ira pas loin.
La Loi de programmation militaire adoptée en conseil les ministres le 24 novembre 2008 étend le "secret défense" à la Direction Centrale du Renseignement Intérieur. C'est cet organisme - issu de la fusion entre les RG et la DST - qui a neutralisé le haut fonctionnaire informateur du "Monde".
Un juge ne pourra même pas pénétrer dans les locaux de la DCRI.

Verrouillage fonctionnel et humain

Pendant que le verrouillage légal cheminait dans la procédure - Conseil d'Etat, Parlement, etc... - le président de la République procédait à un verrouillage fonctionnel et surtout humain qui explique la sérénité de l'Elysée face à la menace du journal "Le Monde":

Diagramme_de_verrouillage_2.jpg

En noir, les liens fonctionnels. En rouge les liens personnels.
Frédéric Péchenard, patron de la Direction Générale de la Police Nationale - qui a activé la DCRI pour neutraliser l'informateur du "Monde" - est un ami d'enfance de Nicolas Sarkozy.
Bernard Squarcini, patron de la DCRI, est un proche de Nicolas Sarkozy depuis 2002.
Bernard Bajolet, coordonnateur du renseignement est un proche de Nicolas Sarkozy, via un de ses conseillers.