Chaque jour, le New York Times met en ligne une séquence vidéo qui résume la conférence de rédaction.
La démarche inspire un minimum de circonspection mais elle est significative sur deux points cruciaux: la relation avec les infonautes et l'affirmation du prestige d'une marque .

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Conférence de rédaction du 22 mars.

Conférence de rédaction du 23 mars.

Conférence de rédaction du 24 mars.

Circonspection: une séquence de moins de sept minutes ne montre pas tout ce qui s'est passé pendant la conférence.
L'enregistrement du rituel suppose des choix entre ce qui est à priori destiné à la diffusion et ce qui ne peut pas l'être.

D'ailleurs, le clip commence par énumérer un nombre restreint de sujets, ce qui laisse supposer que les nombreux autres thèmes d'actualité ne seront pas traités publiquement.

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Enfin, chacun sait, ou devrait savoir, que le montage est d'abord une procédure d'élimination de certains moments enregistrés.

Il n'est donc pas question de transparence absolue.

Eclairer les choix éditoriaux

Le Timescast installe pourtant un nouveau registre, très intéressant, dans les relations entre les organes de presse et leurs audiences.
L'instance de décision s'explique sur ses choix.
Comme il s'agit d'un collectif, les infonautes assistent à la confrontation de points de vue sur un évènement donné. Par exemple, le contentieux entre la firme Google et le gouvernement chinois a donné lieu, le mardi 23 mars, à une discussion entre trois spécialistes.

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Le fait de pouvoir écouter les évaluations respectives de la spécialiste des affaires asiatiques, du responsable des questions internationales et d'un journaliste économique permet de faire comprendre aux lecteurs et aux internautes la complexité inhérente à tout évènement de quelque importance.
La complexité suppose des approches multiples, donc des arbitrages entre une seule approche et plusieurs angles et, dans le premier cas, entre plusieurs enjeux proposés par la rédaction comme autant de "clés".

Conf_redac_NYT_4.jpg Sur des dossiers aussi compliqués que les relations entre Israël et les Etats-Unis, un spécialiste développe la problématique journalistique à la faveur d'une discussion dont la version enregistrée n'a rien de spontané mais dont le contenu est toujours intéressant.
Le journaliste expose ce qu'il sait et ce qu'il ne sait pas, ce à quoi il s'attend et pourquoi un article de presse exprime forcément une "vérité" non seulement subjective mais provisoire, voire fugace.

Vers un dispositif interactif

Dans la recherche d'une authentique relation avec ses audiences, l'industrie de l'information aurait intérêt à en finir avec l'infâme "courrier des lecteurs", qui est au dialogue ce que le micro-trottoir est à l'investigation: une facilité faisandée.

L'intérêt de la démarche du New York Times est qu'elle peut s'inscrire dans un dispositif interactif à plusieurs composantes:
- des blogs dans lesquels chaque journaliste fournit quelques unes de ses sources à ses lecteurs et s'explique sur ses choix.
- des clips vidéo qui résument les conférences de rédaction.
- lié à ces clips et aux blogs, un espace ouvert aux interventions des infonautes.
- issue de ces interventions modérées par un médiateur, émergence d'une communauté d'internautes exigeants qui devraient être plus étroitement associés à la stratégie éditoriale.

L'apanage d'une grande marque

Pour avoir vécu - et surtout subi - plusieurs milliers de conférences de rédaction en un demi-siècle de journalisme de presse écrite, radio et télévision, j'affirme que seule une très grande marque média peut se permettre d'enregistrer et de diffuser, même partiellement, ce qui se passe dans la boîte noire de l'information.

La métaphore de la "boîte noire" a été formulée par Hubert VédrineConf_redac_NYT_7.jpg. L'ancien ministre des Affaires étrangères fait remarquer que si la presse se plaît à demander des comptes, à réclamer la transparence, elle s'exonère elle-même et sans vergogne de toutes ces exigences.

Les journalistes, par exemple, s'excitent parfois sur la corruption dans le monde des affaires et dans la sphère politique; mais aucun ne s'avisera de traiter de la corruption, pourtant décisive, au sein de sa propre corporation.

Sans aller jusqu'à cette impensable transparence déontologique, force est de constater que la presse est la seule industrie qui ne rend jamais compte de ses choix à ceux qui sont censés lui faire confiance, même et surtout en cas de catastrophe médiatique.

La principale raison pour laquelle très peu d'organes de presse pourraient, en France, ouvrir leur boîte noire, même très partiellement, tient au fait que les conférences de rédaction sont généralement d'une grande médiocrité, dans la forme et sur le fond. Pas "montrables", en somme.

Il faut vraiment des journalistes de haut niveau, un état d'esprit collectif conscient de l'importance de l'entreprise, un protocole de communication interne basé sur la compétence, donc sur le respect, pour envisager de montrer - sans se ridiculiser - comment se conçoit et se construit une actualité de qualité. Car l'actualité est une construction journalistique ( cf. François Jost)

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