La presse hexagonale regarde passer l' innovation technologique
Par Alain Joannes le jeudi 21 janvier 2010, 20:27 - DEFIS ACTUELS - Lien permanent
Les dirigeants de "la presse en crise" devraient tressaillir de joie en
apprenant que Steve Jobs, patron d'Apple,
se propose de "reconfigurer le modèle économique de l'édition, de l'information
et de la vidéo" (Source: Wall Street Journal du 21 janvier)
Steve Jobs fait allusion à la mise au point et à la présentation imminente
d'une tablette électronique susceptible d'accueillir toutes sortes de contenus
numériques, à usage familial et scolaire, principalement mais pas
uniquement.
L'objet entre en compétition frontale avec le
lecteur électronique Kindle d'Amazon. Amazon a noué des
partenariats avec des éditeurs de livres. Apple est en négociation avec
d'autres éditeurs et avec de grands groupes de presse, dont celui de Ruppert
Murdoch - le magnat qui veut en finir avec le "tout est gratuit" sur le web -
et celui du New York Times. Amazon vient d'annoncer- ce jeudi soir heure
française - que son Kindle
va être rapidement amélioré afin de s'ouvrir à une plus grande diversité de
contenus,, réponse directe à l'annonce de Steve Jobs.
La bagarre technologique sera âpre, comme le furent les affrontements sur les
protocoles, les normes, les formats, les standards liés à chaque grande
innovation technologique. Puis les surenchères s'atténueront. Les innovations
se stabiliseront. Les usagers désigneront les meilleurs produits, les meilleurs
services.
S'agissant des tablettes et des lecteurs, il y en aura peut-être deux types de
produits, correspondant à des usages différents.
En attendant l'issue de la confrontation entre Amazon et Apple, les lecteurs
électroniques se vendent plutôt bien aux Etats-Unis. Ils suscitent en France le
même scepticisme que celui d'un premier ministre, devenu blogueur par la suite
et qui avait décrété, en 1997, que le web n'était qu'une mode américaine
passagère. Face aux lecteurs et tablettes électroniques, "Gadgets !", gloussent
les sceptiques de ce côté-ci de l'Atlantique.
Vision et agilité
Mais, justement, Apple ne fait pas dans le gadget. Son patron, Steve Jobs, est
un monsieur qui a transformé une firme moribonde en premier distributeur
mondial de musique et en acteur décisif de la téléphonie mobile, tout en
continuant à concevoir des ordinateurs très performants.
Agilité industrielle par compréhension de ce que les usagers attendent.
Steve Jobs, c'est surtout quelqu'un qui a ce qui manque le plus aux managers
produits par la consanguinité du capitalisme franchouillard: une vision
stratégique.
Il positionne la créativité de son entreprise entre les producteurs de contenus
à forte valeur ajoutée et les usagers prêts à payer cette valeur ajoutée,
pourvu que ce ne soit pas trop cher et simple, "convenient".
Ce positionnement, c'est exactement ce qui manque à "la presse en crise" pour
sortir du marasme où elle s'est enfoncée toute seule.
Comme des bovins près d'une voie ferrée
Depuis les débuts de la numérisation massive, les industries françaises de
contenus - musique, presse, édition, vidéo - regardent passer les innovations
en ruminant de l'anti-américanisme primaire et en gémissant sur l'indifférence
que les audiences - le peuple, en somme - osent manifester à l'égard de leur
offre fade et monotone.
Elles ont contribué au torpillage du réseau français Cyclades qui, en 1978,
intéressait énormément les pionniers américains d'internet (1).
Elles n'ont pas vu arriver le CD audio, donc le DVD, preuves palpables que tout
est numérisable.
Elles n'ont pas vu arriver l'ADSL.
Elles n'ont pas vu arriver le MP3.
Elles n'ont rien compris à Napster.
Elles n'ont pas vu arriver Google.
Elles n'ont pas vu arriver Youtube.
Elles ne voient pas ce qu'auraient pu leur apporter les lecteurs et tablettes
électroniques.

Et pendant que des journalistes twitteurs twittent leurs insignifiances
rabougries (2), leurs patrons ineptes mendient des subventions au pouvoir
politique en place.
Seuls les jeunes et futurs journalistes peuvent régénérer l'information
franchouillarde en s'assurant la maîtrise des outils et des méthodes pour
valoriser les contenus, donc leur travail.
Voir sur ce thème:
- La crise des
quotidiens est parfaitement logique.
- Phénomènes
émergents dans la consommation de l'information.
1) En 1978-79, une délégation représentant les pionniers américains
d'internet est venue rencontrer en France Louis Pouzin qui avait mis au point
le réseau "Cyclades" de communication par paquets, dispositif qui était en
avance sur certaines technologies américaines de l'époque. Le but était
d'avancer ensemble.
Je tiens de Vinton Cerf, un des cinq créateurs d'internet, une version de cette
tentative de collaboration transatlantique pour accélérer l'émergence du réseau
des réseaux.
Mais, durant cette période, le pouvoir politique incarné par Valéry Giscard
d'Estaing, Raymond Barre et Norbert Segard, ministre des Postes et des
Télécommunications, a décidé de saborder le réseau "Cyclades" pour ne pas
permettre à un réseau décentralisé - c'est à dire peu contrôlable - de diffuser
des contenus qui auraient pu porter préjudice à la presse écrite.
Je tiens cette explications de deux anciens cadres supérieurs de la DGT
(Direction Générale des Télécommunications) qui m'ont précisé ceci: "Le pouvoir
tenait à rester en bons termes avec la presse nationale et régionale entre les
législatives de 1978 et l'élection présidentielle de 1981". Voilà pourquoi les
Français se sont vus infliger le minitel, système insupportable mais
centralisé, donc contrôlable.
2) J'attends le tweet de mon journaliste twitteur préféré: "ya séisme en Haïti
Oh lalalala" (Voir le billet
du 6 janvier)

Commentaires
Tout est dit... Bravo !
Les industries françaises de contenus sont aveuglées par la crainte d'avoir à partager le magot qu'elles ont pris l'habitude d'accumuler discrètement. Elles crient au loup, pleurent, utilisent — avec succès — toutes les méthodes de lobbying et de communication pour initier la mise en place de taxes et autres prélèvements afin de compenser les pertes — souvent exagérées — qu'elles veulent attribuer au piratage ou à l'internet gratuit mais qui sont uniquement la conséquence de leur incapacité à regarder devant et autour d'elles.
Merci pour ce billet.
Ce qui m'étonne le plus, dans la technophobie franchouillarde, c'est l'entêtement psychorigide et hautain à ne rien vouloir comprendre, à ne tirer aucun enseignement des erreurs passées, à se crisper sur des certitudes obsolètes et geignardes.
Et, dans le même temps, l'avant-garde geek de la profession se fourvoie frénétiquement dans l'adoration de contenus que personne ne voudra payer car ils produisent beaucoup d'émotion(s) mais peu de sens.
Résumons les raisons de notre courroux:
D'un côté, chez les managers disqualifiés par leur erreurs passées et présentes, une absence totale de vision stratégique. Pas de véritables think tanks (juste quelques réseaux de copinage et, comme vous le dites, de lobbying mendiant), pas de prospective sérieuse en dehors des hallucinations passagères de prophètes auto-proclamés, aucun investissement probant en recherche et développement afin de préparer le moyen et le long terme, alors même que certaines entreprises françaises figurent parmi les plus innovantes du monde dans certaines technologies d'avenir.
De l'autre côté, une frange narcissique de journalistes dont le seul souci semble être d'agiter la dernière mode geek, avec "l'ambition" d'apparaître comme le premier à répandre la prochaine mode. Ces gens-là se soucient peu des contenus et des audiences; s'auto-congratuler plusieurs fois par jour suffit à leur bonheur égotiste.
Entre les managers mendiants et les geeks en folie, de vieux journalistes grincheux se vautrent dans la nostalgie d'un passé mythifié. Des jeunes journalistes s'inquiètent légitimement de la dévalorisation de leur travail et de la profanation de leurs idéaux. De futurs journalistes se demandent s'ils ont raison de vouloir entrer dans une industrie qui les "accueille" en essayant, d'emblée, de les sous-payer sans égards pour leurs compétences et leur enthousiasme.
Il faut impérativement les aider à réhabiliter notre métier quand ils seront en mesure de le faire au sein des rédactions, par un simple rapport de forces.
Bravo pour cet article qui résume parfaitement la situation.
Je suis bien placé pour le savoir, ma société commercialise des solutions de publication interactive pour journaux et magazines (www.zyyne.com) . Résultats des courses, ce sont les collectivités locale (si si), les journaux gratuits, et le secteur marchand (catalogues, brochure) qui sont mes principaux clients. La presse classique ne veux consacrer aucun budget au numérique, ou une partie infime.
Un exemple : j'ai connu le président d'un magazine payant "people", qui, ne proposant pas la commande d'ancien numéro, préférais les stocker plustot que les diffuser numériquement sur internet, quel qu'en soit le prix (gratuitement, ou au tarif normal).
Bref, l'Etat subventionne une partie presse en leur offrant un chèque en blanc, et quelque chose me dis qu'ils ne vont pas savoir saisir l'occasion de passer au 21eme siecle.
Dans ce post, tout est dit. Mais je me demande parfois si ce n'est pas encore d'actualité. Je ne remet pas en cause l'Etat qui n'a jamais vraiment fait quelque chose en terme d'innovation, mais je parle de la presse dans son ensemble.
Aujourd'hui, je ne pense pas que le monde médiatique manque de bonne volonté voulant changer les habitus journalistiques, mais c'est surtout un manque de moyen et de soutien de la part des médias déjà en place... Qui pilonnent chaque tentative de nouveauté, au sein même parfois des rédactions.
Je suis probablement partiale, mais les positions que campent les journaux français me choquent profondément.
J'aime bien les dessins de cadavres de vaches molles.
Pour l'achat d'une tablette de nouvelle génération, j'attends un peu que cela se stabilise. La mortalité infantile de ces tablettes va être très importante, beaucoup de formats ne verront pas le jour très longtemps.
A Chaïb Martinez:
Votre témoignage valide ce que chacun peut constater en visitant les sites des grandes "marques media" traditionnelles, y compris les plus prestigieuses: pas ou peu d'investissements dans les infrastructures de conception, de production et de diffusion de contenus numériques intéressants.
Comparons ce qui est comparable: le New York Times en ligne propose des cartes et des graphiques interactifs depuis dix ans; le Monde électronique ose encore déployer dans son offre payante des cartes et des graphiques inertes, sortes de photocopies d'un piètre intérêt sur le web.
En tant que porteur de projet d'innovation, mais aussi comme mathématicien, les deux étant ma foi des métiers bien difficiles en France, j'ai beaucoup ri / pleuré en lisant ce texte. http://johnlem.blog.lemonde.fr/a-pr...
Sans tirer à boulets rouges sur tous les journalistes, je trouve que l'étude de la timeline du web est particulièrement révélatrice des problèmes d'organisation des grands médias.
Les journaux (nationaux) ont presque tous créé leurs sites web entre 1995 et 1998. Avant Google, avant Facebook, etc. comme tu dis. Ces organisations n'ont pas bougé d'un poil alors qu'elles avaient des employés spécialisés dans le web. En 1995 (creation de lemonde.fr) Zuckerberg avait 11 ans.
C'est dire si l'information circule mal, si l'innovation n'est pas encouragée, si les chefs sont incapables de faire sens de la veille de leurs employés...
A Dominique:
Il faut malheureusement attendre la stabilisation des technologies et la meilleure comparaison possibles entre les différentes offres de contenus.
Les "early adopters" qui ont acheté les premiers Kindle ou les premiers lecteurs de Sony vont devoir réinvestir. Mais ce sont eux qui permettent aux constructeurs de tester les usages puis de baisser les prix.
A Stéphanie:
L'Etat n'a rien à faire dans la "crise de la presse".
Ce sont, comme vous le dites, les pesanteurs, aveuglements, incompétences et futilités au sein même de l'industrie de l'information, dans les groupes de presse, au sein des rédactions, qui déprécient l'actualité telle qu'elle est traitée dans l'Hexagone.
A Nicolas:
Tirer à boulets rouges sur tous les journalistes reviendrait à prendre la posture du redresseur de torts, d'arbitre des élégances journalistiques, posture qui ne sert à rien.
Pour le reste, je n'ai rien à rajouter ni à retrancher dans votre rétrospective implacable.
Je pense même que les managers, principaux responsables - bien plus que les journalistes - de la "crise" ne savent même pas ce qu'est une veille technologique, concurrentielle ou de réputation, à quoi elle sert et ce qu'elle pourrait rapporter à leur "business".
Il ne leur viendrait pas à l'idée de créer un métier de recherchiste dans lequel documentalistes ou journalistes ou autres travailleraient sur la collecte d'informations, sur leurs vérifications, sur la validation des sources et même sur le référencement de leurs sites, sans oublier peut-être un peu de formation web en interne. Un vrai métier qui devrait être payé correctement. Ce qu'ils n'envisageraient pas, alors même que cette activité leur procurerait des gains de productivité.
Comme tout le monde ici, je suis d'accord à avec ce billet (le seul bémol porte sur Twitter, que je persiste à considérer comme étant un outil intéressant).
Mais ceci est accessoire, car si l'on regarde sur la longue durée, tous les rendez-vous technologiques ont été manqués, et plus grave toutes les innovations ont été étouffées dans l'œuf: comment expliquer comme le souligne Nicolas que des sites de presse comme ceux du Monde ou de Libération aient si peu évolué en 15 ans, qu'ils soient si peu innovants? Effectivement pas ou très peu d'infographies, pas d'inventivité sur de nouveaux types de narration journalistique (ou rarissime!), pas de tentatives comme le fait actuellement le New York Times avec ses blogs sur l'information hyperlocale, etc. Désespérant…
Et comment espérer faire payer ses contenus un jour si ceux-ci sont "vides" ou sans grand intérêt?
Excellent résumé de ce qui est tout de même préoccupant, et qui fera qu'un jour, nous serons fiers de nos musées plus pour la gloire et l'innovation passées, que pour notre capacité de visionnaire, à anticiper et à voir les opportunités pourtant énormes qui se dressent devant nous. Devant tant d'exemples passés sous le nez, on dirait que les subventions, avantages et autres confort aveuglent quelque peu, voire découragent de se bouger et d'inventer...ça n'a pas toujours été le cas, pour la France pourtant grande en science et en découvertes biologiques majeures. Mais le corporatisme et l'immobilisme de certaines professions qui diabolisent, jalousent ou pilonnent les pionniers de la nouvelle économie, est inquiétant.
A quand la révolution des neurones, plutôt que celle des avantages acquis ?
Merci pour cette analyse pertinente et percutante de la sclérose des élites politique et médiatique françaises et pour ce témoignage important concernant les dessous de la naissance du minitel. Vous auriez pu ajouter le Micral (1972), le premier micro ordinateur français et peut-être mondial de Truong et Magneron qui aurait pu être le Mac français. Mais les mêmes causes, que vous évoquez dans votre billet, provoquent les mêmes effets.
J'aimerais ajouter que je fais partie de ceux que vous avez convaincu de l'intérêt du rich media. Mais que ce soit la presse en ligne ou les blogs, qui utilise de manière optimale les outils, nombreux, du rich media ? Qui sait, en France, à la manière du New York Times, ou de Mediastorm par exemple, se servir des diaporama ? A mon avis personne.
Ayant travaillé plus de douze ans dans un grand groupe de presse magazine qui ne voulait pas mettre 1 centime dans des sites tant que les journalistes ne renonceraient pas à la totalité de leurs droits d'auteur et tant que le contenu lui coûterait de l'argent, je ne peux que souscrire à tout ce billet. Nous avons eu pendant presque dix ans l'aberration de sites "compagnons". Je suis de plus en plus persuadée que le journalisme tel que nous le connaissons (subissons) aujourd'hui est mort, et son modèle économique avec (mais l'agonie est lente). Et qu'il reste à inventer autre chose, à partir des bases mêmes de notre métier (collecte d'info, vérification des sources, mises à distance, etc.), loin des marchands de papier. Les jeunes que nous formons maintenant vont vivre une période difficile, mais formidable. C'est en tout cas mon vœux.
Bravo, tout est dit, et ce n'est pas reluisant. Inutile de dire que monter une start-up en France dans ce domaine relève du masochisme caractérisé !
"Elles n'ont pas vu arriver le CD audio, donc le DVD, preuves palpables que tout est numérisable."
Alors ça, c'est très faux. Le CD audio a été piloté par les industries musicales qui ont profité du nouveau standard pour construire un nouveau catalogue avec de l'existant, comme pour le DVD. C'est à cette époque (celle du CD) qu'on a vu apparaitre les premiers best of vendus en masse, les premières "compils" autre que sur 45t. C'est justement le problème: l'industrie musicale est parfaitement satisfaite de ce modèle (innovation = nouveau matériel = réacquisition de tout ou partie du catalogue que l'on a déjà = profits) Et c'est justement ce modèle qui arrive à terme.
A Marc:
Contrairement à ce qu'a écrit (sur son Twitter) une imbécile à qui j'interdis la fréquentation, même furtive, de ce blog, je ne suis pas "anti-twitter". C'est un outil fantastique pour les journalistes et seul le manque de temps m'empêche encore de travailler avec et sur Twitter. Ce qui me semble nocif pour la crédibilité des journalistes, c'est l'exploitation futile, inconsistante, de Twitter: le journaliste du Figaro.fr qui prétend avoir "couvert" les évènements de Bombay avec les seuls tweets venus de cette ville, alors même que ces tweets ne contenaient aucune information, juste des émotions; c'est le tweet d'un journaliste professionnel sévissant sur seesmic et diffusant un contenu journalistique dont je vous laisse apprécier la teneur informative ( Ya main ! Oh lalalala", voir billet précédent); c'est le contenu désolant de l'émission "Le bruit du net" sur France info qui ramasse - je n'ose écrire "collecte" - des niaiseries plus ou moins graveleuses échangées par des décérébrés opérant sous pseudonymes. Malgré cela, je serai bientôt sur Twitter. Au-delà de votre bémol qui relève du léger malentendu, nous sommes d'accord sur les étranges relations des industries de contenu avec l'innovation technologique.
A Laurent:
Parmi les raisons de notre courroux à l'égard des managers de la presse hexagonale, figure en effet cet énorme décalage entre l'inventivité des mathématiciens, des chercheurs et ingénieurs français et l'aveuglement ou/et l'indifférence des industries de contenus. Le nombre d'inventions d'origine française qui, depuis la photographie, l'enregistrement sonore, le cinéma, l'informatique, les protocoles de réseaux y compris les algorithmes de compression de Fourrier ont été exploités et portés à maturité dans des pays étrangers est une charge accablante contre l'incurie des élites économiques et politiques.
A Harry:
Le Micral fait en effet partie des grands sabordages technologiques, perpétré par les ingénieurs de Bull à l'époque, qui jalonnent le déclin de ce pays. A ma connaissance, aucune marque média française n'exploite les potentialités des modes d'expression numériques et convergents comme le New York Times (depuis la fin des années quatre-vingt dix). Même pas les "pure players".Les seules réussites dans ce domaine sont soit le groupe Géo avec ses webreportages et des jeunes journalistes qui portent, selon moi, l'avenir de la profession ainsi que la régénération de l'information car ils entraîneront les futurs journalistes qui étudient actuellement dans des écoles insuffisamment ouvertes - pas toutes - sur l'innovation technologique au service des contenues et des infonautes.
A Akinou:
Je souscris à ce que vous écrivez. Notamment: période difficile mais formidable car ils ont l'occasion de réinventer des contenus à partir des fondamentaux.
A Youssef:
A l'appui de ce que vous écrivez: si l'application Apture avait été mise au point en France, elle serait morte en peu de temps et dans l'indifférence générale. Apture a été conçue et développée par une bande gamins de Stanford. Immédiatement de grands groupes de presse américains s'y sont intéressés et ont permis aux gamins géniaux de continuer à inventer.
A Myth:
Les industries musicales - celles qui exploitent les artistes et arnaquent les mélomanes - n'ont absolument pas "piloté" la mise au point entre 1979 et 1982 du nouveau support appelé CD audio.
Il y avait alors, comme aujourd'hui entre Amazon et Apple pour les lecteurs et tablettes électroniques, compétition principalement entre Philips et Sony sur le remplacement de la cassette audio et sur le remplacement du disque vinyle.
C'est Akio Morita, fondateur et patron de Sony qui a proposé au PDG de Philips un compromis, une "coopétition" (= contraction de coopération et de compétition) pour mettre un terme à la surenchère d'investissements en recherche et développement. Morita a proposé que les ingénieurs de Philips et de Sony coopèrent sur une norme de compression (car le son issu du CD supprime certaines fréquences) à condition que lui, Akio Morita puisse écouter la version de son ami Karajan de la 5ème symphonie de Beethoven sans avoir à quitter son fauteuil pour retourner le disque. Cette version de la 5ème par Karajan dure 74 minutes. C'est la durée du CD audio avec ses 700 mégas.
A l'époque, ni Sony ni Philips n'étaient des industries musicales. Celles-ci, qui fournissent les contenus, n'ont rien piloté du tout.
Il n'y a pas eu d'accord entre Philips et Sony sur le remplacement de la cassette audio. Philips a tenté d'imposer une cassette numérique qui n'a pas été adoptée par les mélomanes. Sony a tenté d'imposer le mini-disc qui a été refusé par les producteurs de contenus. Résultat: la cassette audio traditionnelle était imposée dans les premières générations de voitures hybrides Toyota Prius...
Même phénomène pour la mise au point des supports vidéo. C'est la firme américaine Ampex qui a initié cette technologie à vocation originelle strictement professionnelle. Le japonais Panasonic s'est lancé dans la compétition des supports vidéo. Des ingénieurs de la filiale autonome JVC se sont amusés à décliner la cassette professionnelle en cassette privée, le VHS. Le VHS est entré en compétition avec un autre support Philips qui n'a pas été adopté.
L'industrie des contenus musicaux et visuels a peut être été consultée pour les normes CD audio et supports vidéo - cahier des charges - mais n'a en rien décidé.
Il en est de même pour les autres industries de contenus (livres et information) qui ne pilotent absolument rien. Elles subissent l'innovation technologique sans faire l'effort d'anticiper, voire de maîtriser les nouveaux supports et les nouveaux vecteurs.
Le livre et l'information auraient dû inventer Google.
Le livre et l'information auraient dû inventer les tablettes et lecteurs électroniques ainsi que les dispositifs pertinents et le modèle économique.
Elles ne l'ont pas fait. Elles ne le font pas.
Elles gémissent et mendient.
Nous sommes donc en total désaccord mais que serait une discussion si tout le monde était d'accord sur tout...
Etonné, un peu par cette charge généralisée sur les médias français en ligne. Voir ce qui est faisable en multimédia et en presse en ligne, on est tous capable de le faire.
Mais la situation est vraiment complexe est fait intervenir plusieurs facteurs :
- le modèle économique tout d'abord : Il n'y a pas d'argent à dépenser aujourd'hui dans les rédactions pour faire du multimédia. Loin de moi l'idée de relancer le débat sur la gratuité, mais c'est l'origine du problème.
- le caractère réactionnaire de l'audience sur les sites de presse en ligne. A chaque fois qu'on sort un multimédia sur le monde.fr (3 gros et une vingtaine de petits en 2009), nous sommes affligés par le manque général d'intérêt pour ces produits. L'audience de notre site veut de l'actu et non du multimédia. Problème de casting… Du coup, les 2 ou 3 mois nécessaires à la réalisation d'un bon produit, ben il sont dépensés pour la gloire.
- le peu de formation des journalistes aux nouveaux médias. A l'esj, la filière multimédia vient tout juste d'être lancée, et c'est Rue89 (pas super quali en terme de multimédia…) qui squatte la spécialisation. Quand je mentionne "flash" à un tout jeune journaliste, c'est un regard vide et intrigué qu'on me renvoie en général. Et les seniors en connaissent peu les principes ni le potentiel immense.
- quoiqu'on en dise, il n'y a pas encore eu un déclic technologique probant qui fait basculer l'audience vers les produits interactifs… je ne sais pas ce que ça sera, le touchscreen façon table surface, les interfaces en volumes, l'interactivité vocale… allez savoir, mais bon nous n'y sommes pas encore…
Pour ce qui est du NYT, qui n'est pas vraiment comparable (13 millions d'abonnés et lecteurs réguliers, contre 1 pour lemonde.fr le leader en france), vous remarquerez qu'il ont arrété il y a très longtemps de faire du "multimédia" à proprement parler. Oui, ils font de la Data visualisation en série, mais en partenariat avec des universitaires spécialisés dans le traitement de données statistiques que l'on a pas chez nous, et avec le lab de R&D du Times. Si vous voyez leur maquette, elle n'a pas bougé depuis 10 ans ! Ils suivent leur audience. Le WP est bcp plus audacieux, mais franchement, pas de révolution non plus.
Ce que je remarque par contre, c'est que les jeunes journalistes US, eux, ils ont tous à leur actif de nombreux travaux : les universités la bas ont un cadre beaucoup plus multimédia. Je donne en exemple Chris Carmichael ou Katy newton... La révolution commencera par la formation. Et LA, on n'est pas rendu...
Au dela de tout ça, je suis assez d'accord avec le constat général. Ca va être dur d'apprivoiser le métier et l'audience, mais franchement, je suis optimiste.
Merci pour ces posts critiques, qui nous changent un peu du silence ambiant.
En fonction de ce que je vois de la presse française en ligne, il ne me semble pas, contrairement à ce que vous affirmez d'emblée, que tout le monde dans l'Hexagone "soit capable de faire ce qui est faisable en en multimedia." A part les webreportages de Geo et "La route de la faim en Haïti" + quelques réalisations récentes que je n'ai pas encore eu le temps d'analyser, je ne vois rien qui soit digne des potentialités du web. Nous pouvons être en désaccord sur ce constat.
Nous sommes d'accord sur le fait que la situation est complexe. La charge à laquelle je me suis livré - qui n'est ni la première ni la dernière - vise d'abord et essentiellement les dirigeants ( actionnaires et managers opérationnels) de la presse ainsi que certaines générations de journalistes.
J'y ajoute les syndicats de journalistes que j'accuse de laisser se dévaluer les nouveaux journalistes travaillant avec et sur le web et ceci parce que les syndicats sont majoritairement hostiles aux évolutions professionnelles: dans les rédactions, ils "bloquent" presque autant que les hiérarchies sclérosées.
Quand vous écrivez "il n'y a pas d'argent" pour le multimedia, vous vous joignez à mon réquisitoire contre les dirigeants de la presse. Ils refusent d'investir. Leurs audiences s'éloignent. Ils vont mendier des subventions.
La gratuité sur le web est en effet une des dimensions du problème. Mais si les dirigeants de la presse avaient réagi dans les années quatre-vingt dix, s'ils avaient anticipé les évolutions technologiques prévisibles avec la démocratisation de l'ADSL, ils n'auraient pas eu à subir Napster et Google: ils auraient pu et dû contrôler la diffusion de leurs contenus à forte valeur journalistique ajoutée, quitte à offrir quelques contenus gratuits.
Quand vous décrivez le regard vide de journalistes lorsque vous prononcez le mot "flash", vous rejoignez encore ma "charge". Car les étudiants à bac + 5 ne reçoivent aucun enseignement de culture technologique, n'ont aucune culture web. Les écoles de journalisme pourraient, devraient, combler cette lacune. Mais elles ne font que répondre aux exigences de la profession, c'est à dire aux exigences de dirigeants qui ont montré leur incompétence. (Je connais même une école agréée par la profession qui ne dispense aucune sensibilisation - même pas initiation ou formation - au web: rien. Ses animateurs ne sont pas responsables: pas de demande de la profession, pas d'argent, pas de moyens matériels).
Pas d'accord avec vous sur le New York Times: ce quotidien en ligne continue à proposer de temps à autres de remarquables contenus en rich media. Toute l'actualité n'est pas éligible au rich media. Seuls les évènements complexes et durables justifient la mobilisation des compétences nécessaires. Les sites anglo-saxons l'ont fait pour expliquer la crise financière liée au crash des subprimes et la récession qui a suivi. Le NYT a réalisé un remarquable travail en rich media à propos de l'accident d'avion de Buffalo, en février 2009. Le NYT propose du rich media depuis 1998.
Ce que vous dites à propos du NYT et du journalisme de bases de données confirme la teneur de mon billet: labo R&D, partenariats.
D'accord avec vous sur l'enthousiasme des futurs et jeunes journalistes américains. Je sais pour assurer de temps à autres quelques sensibilisations à la veille et au rich media que de plus en plus de futurs journalistes français se passionnent aussi, malgré un environnement peu stimulant, pour les outils et les contenus susceptibles de revaloriser l'information à la française.
C'est en pensant à eux que j'alimente ce blog et discute avec les passionnés qui, comme vous, objectent ou corrigent mes affirmations.
On est globalement d'accord, hélas. J'aimerais bien moi aussi travailler dans un contexte plus favorable.
Je n'ai jamais dit que les journalistes sont capable de "faire", mais je crois qu'ils sont globalement capables de voir ce qu'on "peut faire" (en tous cas ceux du monde.fr). Leur problème c'est leur passivité, et la course à l'actu chaude, qui mobilise l'ensemble des ressources des rédactions. Pour le "faire", hélas, il n'y a AUCUNE formation à la production multimédia… Peut être une piste d'ailleurs pour un éventuel entrepreneurs :-)
D'accord avec vous pour les syndicats de journalistes, qui ne représentent pas les journalistes multimédias, ils s'en foutent, ils y ont tous plus de 50 ans et défendent leurs intérêts traditionnels qui ne sont pas ceux des jeunes arrivants…
Mais pour l'économie, je vis de l'intérieur, comme vous, la difficulté de mobiliser des budgets relativement conséquents et les ressources humaines adéquates pour une audience limitée. Mais 2009 marque une année charnière avec l'éclosion d'une économie du webdocu (subventionnée, ok, économie sur laquelle je n'ai pas encore d'avis fixe…) et 2010 semble bien partie.
J'aime bien moi aussi taper sur le manque de "vision" des dirigeants de la presse, mais une nouvelle génération arrive aux commandes, surtout dans les rédactions web, et ce sang neuf en a marre de faire du desk...
Pour le nyt que je suis moi aussi depuis plus de 10 ans, je reste sur mes positions, au regard de l'énormité de ce support, tout compte fait, ils n'ont pas su imposer des "genres" multimédia avec l'ampleur que j'attendais dès le début, à part la visualisation de données dont ils sont des zélotes appliqués.
Je m'étonne de votre insistance sur les productions de GEO. J'ai reçu il y a quelques années leurs expériences multimédias avec enthousiasme, mais cela a bien vieilli, et les réalisations d'Upian et celles du monde.fr (pardonnez le prosélytisme) me semblent de plus haute volée.
Merci de vos analyses et de cette discussion.
Manifestement fondées sur des expériences vécues, sur des observations pointues et sur une réflexion personnelle, vos objections sont respectables et intéressantes.
Des commentaires comme les vôtres - j'ai le privilège d'en recevoir quelques uns de même qualité, souvent en désaccord avec mes billets - contribuent à enrichir ce blog et profitent aux autres visiteurs.
Ben pour l'adsl, il y a comme une erreur. Ce sont notamment les français qui l'ont inventé... Alcatel est l'une des entreprises qui ont fondé cette technologie. Je l'ai testé gratuitement pendant un an en... 1995, à Rennes. Ils recrutaient 500 foyers pour tester l'internet haute vitesse, ils n'ont pas fait le plein ;-)
Mais j'ai bien eu la haute vitesse et ça marchait du tonnerre. Ayant vécu plus de 8 ans en Amérique du Nord, je peux dire que beaucoup moins de monde possède la haute vitesse à la maison. Et je ne parle pas des forfaits, des prix faramineux en Amérique comparés à l'Europe, et notamment la France. Et c'est pareil dans le téléphone cellulaire : les forfaits data n'existent pas, personne ne surfe sur le web avec un téléphone portable là-bas, ou presque. Il en coûte l'équivalent de 250 €/mois pour utiliser un iphone. Bref, il ne faut pas systématiquement encenser l'Amérique, elle est en avance sur bien des domaines, certes, mais pas sur tout, loin s'en faut.
Ce qui est drôle d'ailleurs, c'est que là-bas, tout le monde regarde ce qui se fait en Europe, avec la furieuse envie d'y aller ;-)
Est-ce que çà vous ennuierait beaucoup d'apprendre à lire ou de prendre un peu de temps pour lire correctement ?
Où avez-vous lu, dans le billet ou dans mes réponses aux commentaires, que les Américains ont inventé l'ADSL ? Citez-moi le passage.
Essayez aussi, si votre cerveau le permet, de bien distinguer dans ce que j'écris, ce qui relève de l'industrie des contenus (Alcatel ne fait pas partie des industries de contenus) et ce qui relève des opérateurs, fournisseurs d'accès et infrastructures.
Cette pénible mise au point étant faite, je prends encore un peu de temps pour préciser ceci:
- j'ai suivi, quand j'étais à LCI, l'expérimentation de Rennes qui intéressait les services web de TF1. Ils nous ont fait, sur les vertus du débridage ADSL des démonstrations convaincantes en 1995-96.
- J'étais à San Francisco quand Alcatel a présenté, en 1997, dans un hôtelproche d'Union Square, son petit modem ADSL ( que j'ai toujours ) en forme de raie.
- Je suis allé, avec Alcatel, au Centre de Recherche et Développement de Lucent Technologie - donc bien avant la fusion - de Mesquite (Texas) où se développaient toutes sortes d'expérimentations dont vous n 'avez pas idée. Comme d'ailleurs au SRI de l'Université de Stanford (Californie). Comme d'ailleurs au CNET de Lannion (ATM, ça vous dit quelque chose ?).
Vous déviez la conversation avec le haut débit aux Etats-Unis, dont je n'ai strictement rien à faire.
Je vous rappelle que le thème de ce billet et de la discussion porte sur l'incapacité des industries de contenus à prévoir les innovations technologiques décisives, à s'en emparer afin de s'adapter au nouvel environnement et aux nouveaux usages.
Que ces innovations soient françaises - comme le MP3 conçu par Thomson avec le Fraunhofer Institut de Cologne - aggrave le cas des industries françaises de contenu ( rappel: musique, littérature, information, vidéo) puisqu'elle ne s'intéressent même pas à ce que les ingénieurs français inventent sous leurs yeux.
Votre commentaire hors sujet me permet quand même de rendre hommage aux experts web de TF1 - pas les journalistes, les informaticiens et webdesigners - qui, dès 1995 ont perçu le potentiel de l'ADSL et ont milité pour son adoption par le groupe auprès d'Anne Sinclair, alors directrice de la filiale web et de Patrick Lelay, alors PDG.
Désolé pour ma brutalité: j'en ai marre des gens qui ne lisent pas, ou qui ne comprennent pas et qui dévient une discussion intéressante vers des sujets qui les intéressent, eux et eux seuls. Un conseil: ouvrez un blog et évitez le mien.
Cette sortie est amusante, concernant un article dont le titre est "La presse hexagonale regarde passer l' innovation technologique", ce qui est un non sens, la presse est mal, qu'elle soit française ou étrangère.
Et le terme "franchouillard", ainsi qu'une conviction sous-jacente qu'à l'ouest tout est mieux et que nous l'ignorons, me rappellent un peu ma mère, qui n'est pas sortie de l'époque JJSS aka "Le défi américain".
Je crois que depuis assez longtemps les défis se sont déplacés ailleurs, dans un village global dont le centre de gravité tend vers l'est..
Et puisqu'on est dans les souvenirs d'anciens combattants, moi, quand j'allais aux US dans les années 80, pour des raisons professionnelles liées à l'informatique, les autochtones dans les salons, en entendant du français, venaient nous demander si c'était vraiment vrai qu'on avait chez nous des terminaux gratuits appelés Minitel avec lesquels on pouvait consulter l'annuaire téléphonique, acheter des billets de train, et commander en ligne à la Redoute.
Comme quoi on est toujours le moderne ou l'attardé de quelqu'un et que l'herbe est toujours plus verte ailleurs.
Quant à savoir si une école de journalisme doit "apprendre", en 2010, à des étudiants bac+5 ce qu'est Flash, je ne crois pas que ça soit plus pertinent que leur apprendre en 1965 ce qu'est un stylo bille ou en 85 ce qu'est un magnétoscope. Ca fait partie de la culture générale de base, supposée être acquise.
L'argument de l'âge vous désigne comme une personne intellectuellement limitée.
Vous aggravez votre cas en étalant une affligeante inculture technologique.
Normalement, votre fade diatribe irait rejoindre d'autres insanités dans la poubelle.
Je vais néanmoins consacrer à votre "commentaire" - qui n'apporte rien - quelques unes de mes précieuses minutes à des fins prophylactiques, c'est à dire pour dissuader d'autres fâcheux de venir polluer la discussion.
Donc:
- la presse traverse une période de transition partout dans le monde. La différence entre la presse anglo-saxonne (pas seulement américaine mais aussi britannique, néo-zélandaise, australienne, canadienne) et la presse franchouillarde c'est, d'abord, que seule la dernière va mendier des subsides à l'Etat. La presse britannique a beaucoup mieux réagi aux perspectives de migrations numériques que la presse hexagonale. Par ailleurs, le NYT (quotidien américain) vient de créer une unité spécialement dédiée aux supports numériques nomades.
Le terme "franchouillard" - qui vous englobe désormais - désigne l'incurable propension de ce peuple vain à donner des leçons au monde entier. Votre allusion aux "autochtones" américains bavant d'admiration devant l'épouvantable minitel est aussi grotesque que l'admiration du monde entier devant la filière graphite-gaz, le procédé SECAM, le D2MacPaquet (conférence de Dubrovnik 1985) sans oublier le merveilleux téléphone bibop.
Ce n'est pas le minitel que sont venus consulter les pionniers américains du web à la fin des années soixante-dix mais le réseau Cyclades. Prenez le temps de lire la conversation qui précède votre grasse intrusion.
Essayez, ensuite, de mobiliser ce qui vous reste d'aires neuronales en état de fonctionnement pour assimiler ceci:
- Oui, des chercheurs et bricoleurs français ont beaucoup inventé; non l'industrie , depuis la photographie et le cinéma, a rarement pu prolonger ces inventions. Ah si, quand même, j'allais oublier "Concorde". Mais ni gougueule, ni youtiouble, ni touitteur, ni faissebouc, ni le moteur de recherche européen initié par Chirac pour concurrencer celui des "autochtones" américains -pourquoi n'écrivez-vous pas "indigènes", "grands enfants" ou "cowboys américains ? -, moteur de recherche franchouillard dont les autres européens ne veulent absolument pas ? Que devient le projet franchouillard de GPS pour concurrencer le dispositif des autochtones ?
-Non, ces billets ne chantent pas la gloire les Etats-Unis d'Amérique au détriment du patriotisme français. Ils prennent acte d'un fait que votre navrante inculture ne vous permet pas d'évaluer: les innovations technologiques d'Outre Atlantique proviennent très souvent d'investissements militaires que seule une hyperpuissance peut assumer. La Chine déploie les mêmes efforts en recherche et développement mais aura plus de mal à répandre sa culture à travers sa technologie parce qu'à part vous peut-être peu d'utilisateurs comprennent la langue.
Finissons-en: où avez-vous lu dans ce billet ou ailleurs dans ce blog que je prône l'enseignement de flash aux futurs et jeunes journalistes ? Il faut arrêter de boire du mauvais vin, çà finit par déclencher des lectures subliminales.
Evitez de répondre car vous venez de rejoindre les indésirables dans le filtre à stupidités. S'il vous plaît, évitez ce blog: vous n'y apportez rien, vous le dévaluez.
Vous m'avez juste permis d'informer les gens de votre accabit sur le sort qui les attend: poubelle.
Globalement, je partage votre avis : l'ePaper et l’eReader représentent une formidable opportunité qu’aucune société de presse et d’édition ne doit rater. Pourquoi ?
· Parce que ce type de produit va leur permettre de quitter Internet (ou tout est considéré comme gratuit) pour un support où acheter un contenu sera un acte accepté (au même titre que le téléphone).
· Parce que ce type de produits offre un confort de lecture inégalé par rapport à l’ordinateur ou le téléphone. Qui, le soir en rentrant du travail, à encore envie de passer une ou deux heures, assis sur une chaise à regarder un écran positionné à la verticale ?
Enfin ! un objet léger, simple, solide, offrant une qualité de restitution indéniable ; il suffit de voir les prototypes actuellement en construction en Chine avec du ePaper couleur ou des écrans Olep pour s’en convaincre ; qui plus est, utilisable dans son lit, dans un rocking chair, ou dans les transports.
· Parce que cela permettra de (re)trouver des lecteurs au moment où ils sont disponibles. Il ne faut pas oublier que le temps de lecture se réduit, et qu’il est nécessaire d’être présent au bon moment, avec le bon outil (téléphone, ordinateur, ePaper ou eBook). Le Monde, Les Echos et d’autres groupes de presse s’étonnent de la très faible audience des dossiers multimédias, des vidéos ; mais, a-t-on jamais analysé le moment et le temps de lecture que pouvaient consacrer les lecteurs à ce type de contenu, certes très bien conçu.
· Parce que ce type de produit permettra de diffuser des revues, des livres, des magazines ou journaux en fusionnant l’approche papier et Internet ; interopérant avec des services « payants » ; permettant de créer des parcours de lecture innovant ; tuant définitivement des gadgets inutiles comme le datapix (ce code barre carré devant faire un lien entre papier et internet) ; et offrant à l’ensemble des métiers du journalisme une opportunité et un champ d’expérience sans commune mesure. Qui n’a pas rêvé d’offrir à ses lecteurs une lecture transversale de sa rubrique, en cassant la logique du numéro ? Qui n’a pas rêvé d’offrir de façon immédiate, sans avoir à provoquer une bascule du papier à l’ordinateur, une revue de presse dynamique attachée à son papier et donc intemporelle ? Qui n’a pas rêvé d’intégrer une vidéo ? une infographie réactive ? un portfolio ? De vendre à l’acte, l’analyse, la mise en perspective, le dossier, associés à l’article consulté ?
Avec les déceptions qu’il faudra accepter : pourquoi ce texte n’a pas été lu ? pourquoi le lecteur n’a pas lu mon texte jusqu’au bout ? puisque tout sera analysé, tracé, référencé.
· Parce qu’il va permettre de revenir à des fondamentaux, et permettre de travailler la mise en page ainsi que la mise en valeur des éléments d’informations, que les techniciens du web ont consciemment ou inconsciemment altérés, par méconnaissance des travaux fait sur le papier, en acceptant les contraintes techniques du html, du marketing, et surtout le diktat : tout doit tenir sur le 1/3 de la page html pour que ce que je présente ne soit pas sous la ligne de flottaison. Il va être enfin possible d’oublier l’approche stéréotypée des pages web.
· Parce que cela permettra de diffuser des contenus différemment, de coupler des contenus Presse à des contenus d’Editeur, de fragmenter ou élargir les offres de contenus, de créer de nouveaux partenariats.
· Parce que cela permettra de mettre en place une micro-économie de vente des contenus : au numéro, par dossier, par article ; ce qu’ont très bien compris Apple et Amazon, et tente de mettre en place Google.
· Parce qu’il faut aussi que nous anticipions l’augmentation du coût du papier et du routage : ne dit-on pas en Asie que la consommation de papier d’un chinois, tout les ans, est multipliée par 2, et que si celle-ci atteint celle d’un japonais, la Chine aura besoin des réserves mondiales de papier. Heureusement pour le papier, les gouvernements coréens et chinois auraient investi respectivement 1 Md $ et 10 Md $ dans ces technologies. Qu’attend l’Europe ?
· Parce que cela va permettre de fusionner, dans une certaine mesure, les budgets de conception et de réalisation du web et du print, et donc réaliser des économies d’échelle.
Cependant de nombreux points de vigilance demeurent :
· Apple, Amazon, Orange (avec son offre ePaper Read & Go), Relay.com ou des acteurs plus récent comme Milibris (il y a en a sûrement plein d'autres), désirent avant tout contrôler la diffusion d’informations, remplacer la chaîne d’hier : compositeur, imprimeur, distributeur, routeur, et prélever leur dîme au passage (pour mémoire cela va de 30% pour Apple à plus de 50 % pour Amazon). Il est donc urgent que les acteurs Français se positionnent, prennent le leadership de ce nouveau secteur, au risque de voir leurs futurs revenus passer par les fourches caudines de ces acteurs.
· Les acteurs techniques doivent eux aussi faire un gros effort, et, enfin écouter les besoins des utilisateurs, afin d’offrir une gamme d’outils simples, performants, correspondants aux attentes métiers ; outils devant permettre de concevoir de nouveaux contenus, sans passer par la case ‘direction informatique’, un peu à l’image de l’outil VuVox, astéroïde unique et figure emblématique de la problématique à travailler.
· De même, que les offres des acteurs de la digitalisation doivent murir, s’adapter à une production quotidienne, de qualité, multimédia, fortement teintée de sémantique et de text-mining, en donnant la possibilité de créer des parcours lecteurs en rupture avec la logique du numéro. De plus, ceux-ci doivent intégrer pleinement l’ePaper et l’eBook.
· Les sociétés de presse doivent y croire. Ce dont je ne doute pas, puisque de très nombreuses sociétés ont numérisé leurs revues ou leurs magazines, proposé de véritables offres à l’image des Echos, ou réalisé des prototypes. Cependant, une expérience de lecture avec un ePaper ou un eBook n’a rien à voir avec une expérience de lecture avec un ordinateur ou un téléphone portable : projeter les modèles marketing, techniques, éditoriaux existant du papier, du mobile et de l’ordinateur sur le ePaper, le eBook ou les tablettes type iPad serait une très grossière erreur.
· Pour finir, chacun doit évoluer dans sa façon d’appréhender sa stratégie, ses méthodes de travail, et son lectorat de demain, en garantissant un accès simple et rapide à l’information. Chacun doivent se positionner rapidement et globalement sur ce qui est gratuit et sera payant ; il y a urgence. Au passage, coup de chapeau à l’Equipe et à Libération qui ont osé faire payer leur application Iphone, mais avaient-ils le choix ?
L’ePaper et l’eBook se présentent comme une formidable révolution numérique aussi importante que le fut Internet en son temps, avec sûrement ses futurs propres ‘bulles’. Il est temps que nous nous y mettions, d’autant que le point d’entrée en terme d’investissement n’est pas très élevé. Il faut simplement que nous retrouvions le goût du risque, de l’expérience dans notre société trop timorée, et que surtout nous regardions le monde autrement, mais cela nécessite d’évoluer, de changer, ce qui n’est jamais simple.
Le fait que nous soyons globalement d'accord n'enlève rien à l'exhaustivité de vos arguments et à la qualité de votre raisonnement.
Je suis un peu plus prudent dans les références historiques pour évaluer la portée de l'avènement des lecteurs électroniques. Le micro processeur en 1970, Internet en 1989 me semblent être des balises majeures. Entre ces repères, des innovations qui les justifient: ordinateur personnel, ordinateurs portables, moteurs de recherche, blogs, téléphones nomades connectés au réseau mondial, tablettes...
Pour le reste, je souscris en détail à ce que vous écrivez.