Le "New York Times" exploite l'interactivité comme valeur ajoutée à l'information
Par Alain Joannes le vendredi 19 juin 2009, 16:19 - COMMUNICATION INTERACTIVE - Lien permanent
Pionnier, et toujours en avance, dans le traitement des évènements complexes
en rich media, le "New York Times" montre comment la transformation
d'une base de données en une carte
interactive procure une forte valeur ajoutée à
l'information.

Sur cette carte, les petits cercles de différentes couleurs représentent
tous les homicides recensés par la police depuis 2003 dans les cinq districts
de la ville. Au premier coup d'oeil, l'infonaute comprend que le Bronx est plus
dangereux que Manhattan.
Il peut vérifier cette impression initiale en entrant une adresse dans une
boîte de dialogue,
sur la 7ème avenue de
Manhattan par exemple: il y a peu de scènes de crimes autour du pointeur dans
ce très chic quartier des médias et de la publicité.
Les codes de couleurs permettent de savoir avec quelles armes les homicides ont
été commis, par qui (sexe, âge, appartenance ethnique) et qui en a été la
victime avec les mêmes éléments d'identification, y compris la date, voire
l'heure, du décès et les motivations du meurtrier quand elles sont
connues..

Cependant, l'information la plus intéressante de cette carte globale réside
dans représentation des évolutions. En effet, si la totalité des crimes
recensés depuis six ans est impressionnante, ce qui compte pour les citoyens,
c'est de savoir si la mortalité est en hausse ou en baisse, quartier par
quartier. Il y a dans ces mesures de précieux éléments d'appréciation sur les
politiques sécuritaires.

Un curseur temporel situé au-dessus de la carte permet de visualiser, année
par année, le caractère plus ou moins létal de la ville et de ses différents
quartiers.
La valeur ajoutée de la carte du "NewYork Times" s'apprécie d'abord du point de
vue de l'internaute. Il ne pourrait pas assimiler, dans un texte et même sous
la forme de tableaux ou de graphismes statistiques, toutes les données
textuelles et chiffrées concentrées dans cette visualisation. Du coup,
les deux pages
de texte du site web peuvent se consacrer à la contextualisation
des données cartographiques.
C'est évidemment le
travail journalistique que produit cette valeur ajoutée. Il suffit d'imaginer
l'ampleur de la collecte auprès des services de police puis son traitement
séquentiel, caractéristique des industries de contenus.
La collecte des reporters du service des faits divers a été formatée dans une
base de données. On reconnaît, dans le fonctionnement interactif de la carte,
les relations entre les tables et les champs d'un système lourd et minutieux
comme celui d'Access. Une base de données de ce type n'est exploitable que par
des utilisateurs compétents.
Il a donc fallu transformer un système de gestion de bases de données
relationnelles en images faciles à manipuler et à comprendre, ce qui suppose
une réflexion sur l'ergonomie et une bonne dose d'empathie.
Ce travail de développement a été réalisé par sept personnes: Matthew Bloch,
Shan Carter,Tyson Evans, Brian Hamman, Andrew W. Lehren, Angelica Medaglia, Jo
Craven McGinty dont il importe peu de savoir s'ils sont reporters,
informaticiens spécialistes des bases de données, documentalistes ou
infographistes.
Ce qui réjouit l'infonaute avide d'informations qui produisent du sens, c'est
la symbiose de toutes ces expertises et compétences, l'importance du travail
collaboratif en essaim sur une telle production et le constat qu'un organe de
presse investit dans de telles compétences.
Ce qui étonne le plus c'est que le "New York Times" ne fasse pas payer l'accès
à une information aussi consistante. Qu'un organe de presse offre en
consuiltation gratuite des articles peu élaborés, c'est désormais la norme.
Qu'il ne fonde pas, au moins partiellement, son modèle économique sur la
rémunération d'une telle valeur ajoutée est beaucoup moins compréhensible.
Commentaires
Bonjour,
la cartographie est partout aux Etats-Unis, et la base de données présentée ne me semble pas révolutionnaire. Voir http://spotcrime.com/ qui propose grosso-modo la même information. Pour aller plus loin dans votre réflexion sur l'intéret des bases de données , je vous propose le site http://www.familywatchdog.us/ Entrez une adresse (par exemple Zip Code 10022 dans l'Etat de New York) et vous obtiendrez... tous les condamnés pour agression sexuelle de Manhatan... Cliquez sur un point, vous aurez la photo ... Toujours aussi convaincus?
Je vous invite à relier ce billet car il semble que vous n'en avez pas compris le sens.
Pour vous aider: je n'y traite pas de la cartographie aux Etats-Unis mais de la valeur ajoutée journalistique que "la presse en crise" pourrait faire émerger en exploitant les données publiques.
Je connais les sites et bases de données que vous évoquez. J'ai réalisé en septembre 1999 un reportage télévisé sur les sites de délation installés par la police de la Nouvelle Orléans pour anticiper sur les constitutions ou les irruptions de bandes de délinquants dans certains quartiers. Il s'agissait, à partir de témoignages et de dénonciations d'alimenter une base de données sur la probabilité d'émergence d'une criminalité organisée. Cette technique de délations transformées en statistiques et en cartographies est inspirée de la politique dite de "tolérance zéro" appliquée par l'ancien maire de New York Rudolf Giuliani: il a équipé chaque policier d'une tablette électronique de type "Palm". Le moindre incident relevé dans un bloc d'immeubles devait être consigné et implémenter une base de données, non publique, laquelle dessinait une cartographie strictement policière. A la Nouvelle Orléans comme auparavant à New York, à un certain niveau statistique d'incidents classés par types dans certains quartiers, la police envoie des observateurs pour vérifier les allégations des citoyens ou évaluer les constatations des agents de proximité. Si le niveau confirmé des incident atteint un seuil criminogène, la police intervient massivement.
Ce sujet n'a rien à voir avec le sens du billet ci-dessus. Il ne s'agit ici que de valeur ajoutée journalistique.