Haiti_nuage_de_mots_B.jpgA la question souvent posée: "Quelle différence entre multimédia et rich media? , la meilleure réponse est actuellement: "Allez voir, lire et écouter le webreportage de Jean Abbiateci et Julien Tack sur la route de la faim en Haïti."

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Le projet de ces deux jeunes journalistes entrepreneurs avait inspiré une note admirative dans ce blog en novembre 2008.
Le résultat démontre que les valeurs ajoutées du rich media se situent dans la structuration du webreportage et, à partir de cette structuration, dans la manière d'affecter les modes d'expression aux contenus.

L'expression "valeur ajoutée" se justifie par rapport aux sites et blogs multimédia dans lesquels le texte, les sons, les photos, les vidéos et les liens sont disposés - souvent "déposés" - sans qu'apparaisse une démarche cohérente étroitement liée au sens du reportage (1).

Haiti_graphique_double_dimension.jpgL'architecture choisie pour "La route de la faim" est remarquable parce qu'elle concilie la consultation verticale et l'assimilation linéaire. Il s'agit, en fait, d'une grille invisible avec ses deux dimensions puissamment intuitives puisque ce sont celles des catalogues, des manuels ou des onglets dans les applications web. Lors de la consultation, l'utilisateur cherche ce qui l'intéresse, - et qui n'est pas forcément au début - il assimile puis il passe à un autre thème.

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On n'insistera jamais assez sur les vertus de cette ergonomie utilitariste. L'infonaute cesse d'être passif comme un vulgaire téléspectateur. Il comprend d'instinct que toute liberté lui est donnée e il reçoit cette liberté comme une gratification. C'est la grande différence avec la situation souvent pénible de l'auditeur et du téléspectateur obligés de subir un déroulement linéaire imposé par autrui, même quand ce déroulement comporte des inepties. Grâce à l'ergonomie de la "grille invisible", l'infonaute agit sur sa manière à lui d'assimiler un contenu. Ce contenu en devient d'autant plus attractif. L'infonaute avisé peut, par exemple, choisir de commencer par le "making off" pour savoir qui sont les auteurs.

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La seconde valeur ajoutée de "La route de la faim" apparaît rapidement dans l'exploitation pertinente des modes d'expression.

Premier constat, tous les modes d'expression sont mobilisés.

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Deuxième constat: chaque mode d'expression est mobilisé pour ce qu'il apporte de manière spécifique.

  • Le texte est réduit au minimum mais il devient essentiel puisqu'il "dit" ce que les images et les sons ne peuvent pas "dire" aussi bien.


  • A part une perplexité personnelle sur le choix d'une pièce de piano romantique dans la description d"un ancien hôtel de luxe, les sons délivrent des informations que ni le texte ni les images ne peuvent fournir. C'est vrai des interviews, c'est vrai des ambiances et c'est encore plus vrai des commentaires en voix "off", sobres et consistants.


  • Les images pourraient se passer de commentaires tant elles sont riches en informations, en indices. Seules, elles constitueraient un émouvant reportage, comme d'ailleurs celui qui est proposé en bonus. Mais, précisément, les textes écrits et les sons ont été formulés de telle sorte qu'ils augmentent la puissance des images en leur fournissant un solide contexte journalistique.


  • Les liens procurent au webreportage la profondeur documentaire qui constitue la troisième dimension du rich media journalistique.


Bien conçu, bien découpé, bien scénarisé, riche en données et agréablement consultable malgré la gravité du sujet, le webreportage de Jean Abbiateci et Julien Tack était un modèle de bricolage informationnel. Il s'est transformé en exemple de journalisme actuel. Un cas d'école.

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Lire aussi le carnet de route des deux reporters depuis leur arrivée à Miami le 27 novembre 2008 jusqu'à leurs récentes démarches pour vendre leur travail à différents organes de presse.

Un autre blog, de facture plus classique, sur certains aspects de la situation en Haïti.

1) Le secrétaire de rédaction d'un magazine imprimé avait coutume de demander une photo de dimensions précises, non pas pour donner du sens au reportage mais pour "faire joli" dans la page. C'était du multimédia sur papier.