Webreportage en Haïti: valeurs ajoutées du rich media structuré
Par Alain Joannes le mardi 16 juin 2009, 13:32 - EDITION, PUBLICATION - Lien permanent
A la question souvent posée: "Quelle
différence entre multimédia et rich media? , la meilleure réponse est
actuellement: "Allez voir, lire et écouter le webreportage de Jean Abbiateci et
Julien Tack sur la
route de la faim en Haïti."

Le projet de ces deux jeunes
journalistes entrepreneurs avait inspiré une
note admirative dans ce blog en novembre 2008.
Le résultat démontre que les valeurs ajoutées du rich media se situent dans la
structuration du webreportage et, à partir de cette structuration, dans la
manière d'affecter les modes d'expression aux contenus.
L'expression "valeur ajoutée" se justifie par rapport aux sites et blogs
multimédia dans lesquels le texte, les sons, les photos, les vidéos et les
liens sont disposés - souvent "déposés" - sans qu'apparaisse une démarche
cohérente étroitement liée au sens du reportage (1).
L'architecture
choisie pour "La route de la faim" est remarquable parce qu'elle concilie la
consultation verticale et l'assimilation linéaire. Il s'agit, en fait, d'une
grille invisible avec ses deux dimensions puissamment intuitives puisque ce
sont celles des catalogues, des manuels ou des onglets dans les applications
web. Lors de la consultation, l'utilisateur cherche ce qui l'intéresse, - et
qui n'est pas forcément au début - il assimile puis il passe à un autre
thème.

On n'insistera jamais assez sur les vertus de cette ergonomie utilitariste.
L'infonaute cesse d'être passif comme un vulgaire téléspectateur. Il comprend
d'instinct que toute liberté lui est donnée e il reçoit cette liberté comme une
gratification. C'est la grande différence avec la situation souvent pénible de
l'auditeur et du téléspectateur obligés de subir un déroulement linéaire imposé
par autrui, même quand ce déroulement comporte des inepties. Grâce à
l'ergonomie de la "grille invisible", l'infonaute agit sur sa manière à lui
d'assimiler un contenu. Ce contenu en devient d'autant plus attractif.
L'infonaute avisé peut, par exemple, choisir de commencer par le "making off"
pour savoir qui sont les auteurs.

La seconde valeur ajoutée de "La route de la faim" apparaît rapidement dans
l'exploitation pertinente des modes d'expression.
Premier constat, tous les modes d'expression sont mobilisés.

Deuxième constat: chaque mode d'expression est mobilisé pour ce qu'il apporte
de manière spécifique.
- Le texte est réduit au minimum mais il devient essentiel puisqu'il "dit" ce
que les images et les sons ne peuvent pas "dire" aussi bien.
- A part une perplexité personnelle sur le choix d'une pièce de piano
romantique dans la description d"un ancien hôtel de luxe, les sons délivrent
des informations que ni le texte ni les images ne peuvent fournir. C'est vrai
des interviews, c'est vrai des ambiances et c'est encore plus vrai des
commentaires en voix "off", sobres et consistants.
- Les images pourraient se passer de commentaires tant elles sont riches en
informations, en indices. Seules, elles constitueraient un émouvant reportage,
comme d'ailleurs celui qui est proposé en bonus. Mais, précisément, les textes
écrits et les sons ont été formulés de telle sorte qu'ils augmentent la
puissance des images en leur fournissant un solide contexte
journalistique.
- Les liens procurent au webreportage la profondeur documentaire qui
constitue la troisième dimension du rich media journalistique.
Bien conçu, bien découpé, bien scénarisé, riche en données et agréablement
consultable malgré la gravité du sujet, le webreportage de Jean Abbiateci et
Julien Tack était un
modèle de bricolage informationnel. Il s'est transformé en exemple de
journalisme actuel. Un cas d'école.

Lire aussi le carnet de
route des deux reporters depuis leur arrivée à Miami le 27
novembre 2008 jusqu'à leurs récentes démarches pour vendre leur travail à
différents organes de presse.
Un autre blog, de facture plus classique, sur certains aspects de
la situation en
Haïti.
1) Le secrétaire de rédaction d'un magazine imprimé avait coutume de
demander une photo de dimensions précises, non pas pour donner du sens au
reportage mais pour "faire joli" dans la page. C'était du multimédia sur
papier.
Commentaires
Bonjour,
Pour comparaison: une version sans doute moins aboutie - mais aussi moins linéaire - d'un reportage sur le même lieu:
http://info.tsr.ch/guerres/haiti/1....
Gaël
PS. Oui, c'est - un peu - de l'autopromo
Excellente manière de montrer que le web peut être aussi le lieu d'un journalisme de qualité.
MC
Le web ne sauvera pas la presse mais certains des usages innovants qu'il favorise sont assurément une occasion de régénérer le journalisme.
Le travail de Jean et de Julien est aussi sérieux, aussi dense, aussi profond que celui de n'importe quelle enquête destinée au papier.
Mais, grâce à sa structuration, à la puissance des images et des sons, il rend plus accessible les évènements et phénomènes complexes.
Votre commentaire sur le travail de secrétaire de rédaction démontre votre méconnaissance de ce poste. C'est dommage, cela dessert votre propos qui comporte de nombreux points intéressants.
J'ai été secrétaire de rédaction et j'ai eu plusieurs secrétaires de rédaction sous ma responsabilité.
Vous contestez quelque chose que j'ai vécu sans apporter le moindre argument à cette critique. Le fait que vous ne soyez pas capable d'argumenter votre critique vous désigne, évidemment, comme secrétaire de rédaction avec une réaction corporatiste - j'ai déjà eu des réactions aussi nulles que la vôtre de la part de documentalistes bornés - et, comme vous ne savez pas argumenter, vous n'avez aucune légitimité pour commenter un fait d'expérience.
Je publie votre commentaire nul ainsi que ma réponse effectivement méprisante à seule fin de montrer à ceux avec qui je dialogue volontiers que le fait d'ouvrir son blog à n'importe qui occasionne de fâcheuses pertes de temps.
S'il vous plaît, évitez ce blog.