Medias_internet_couverture.jpgL'auteur du petit livre dont voici la couverture a trois qualités et un défaut:

- Il a (presque) tout compris.

- Il explique bien.

- Il est concis.

- Il est (trop) habile.

Réussir à présenter les données et les enjeux d'un problème aussi complexe en une soixantaine de petites pages est une vraie performance. L'écriture étant de bonne facture, à la fois clinique et persuasive, l'éloge inconditionnel est sur le point de fuser.

Cependant, quelques détails imposent la retenue.

La distinction peu convaincante, par exemple, entre "information" et "opinion" qui tarauderait l'esprit du journaliste. Voici réveillée la vieille rengaine - d'origine politicienne - sur l'incompatibilité entre "le factuel" et "la réflexion". Comme si une analyse journalistique ne comportait pas, à la fois, des faits et un point de vue, les deux étant assumés par celui qui les produit. Curieux de la part de quelqu'un qui cite Bourdieu.

Il y a aussi cette incroyable naïveté sur la personnalité, l'environnement idéologique et le rôle de Matt Drudge dans l'affaire Lewinsky. Bizarre, un journaliste qui survole à ce point l'Histoire contemporaine.

Un syllogisme badin...

Pierre Polomé a pourtant un point de vue et il l'assume quand il reproche aux journalistes de ne pas suffisamment s'engager et de trop se lamenter:
Medias_internet_citations_peu_de_journalistes.jpg Mais il est également habile. Trop. Pas question pour lui de contrarier les prophètes américains - visionnaires, comme il se doit - leurs émules franchouillards transformés en gourous et surtout les adeptes innombrables d'une des plus émouvantes mythologies du "web 2.0".

Pierre Polomé a tellement peur de faire de la peine à ces braves gens, lecteurs potentiels au demeurant, qu'il prend le risque pour légitimer leur fantasme d'écrire ceci:
Medias_internet_citation_lecteur_journalistes.jpg

Quiconque va de temps à autres se délasser sur les plateformes dont les gestionnaires font de l'argent avec le travail gratuit des citoyens savourera l'élégante acidité de la litote "Plus ou moins réussis".

Mais l'essentiel est dans ce superbe syllogisme: "Les journalistes écrivent. J'écris. Donc je suis journaliste.""

... appelle une déclinaison sardonique

Que l'auteur me pardonne une déclinaison sardonique , bien que personnalisée, de son raisonnement badin: "Jaco Pastorius était bassiste. Je joue de la basse. Mais je suis un bassiste amateur."

Evidemment, le terme "amateur" n'est pas très valorisant. Medias_internet_mmmh.jpg"Peintre amateur", "photographe amateur", "acteur amateur", "sportif amateur", "journaliste amateur" c'est moins bien que "peintre citoyen", "photographe citoyen", "acteur citoyen", " sportif citoyen" et surtout car il en va de la démocratie, que "journaliste citoyen".

A part çà, le livre se lit très vite.

"Les médias sur internet", collection "Les essentiels", éditions Milan