L'Université de Metz crée une licence de rich media journalistique
Par Alain Joannes le mercredi 20 mai 2009, 12:08 - EDITION, PUBLICATION - Lien permanent
Jean-Luc
Raymond m'a récemment signalé
le remarquable billet de Mélissa, jeune journaliste (1), qui
s'insurgeait le 11 mai dernier contre les carences de l'enseignement proposé
par les écoles françaises, en particulier dans le traitement multimédia (2) de
l'information.

Je souscris sans réserve à l'orientation générale de ce cri de colère,
parfaitement argumenté et judicieusement étayé par de nombreux exemples
probants. Plutôt que de picorer quelques extraits dans la diatribe de Mélissa,
je vous conseille de lire l'intégralité de sa prose, bien sentie au
demeurant.
Deux petits désaccords:
1 - Je ne crois pas que le journalisme multimédia, ou "rich media", puisse se
passer complètement du texte comme "entrée" dans des contenus modulaires et
comme élément de structuration.
Il s'agit plutôt, selon moi, de libérer le texte d'un certain nombre de
pesanteurs que d'autres modes d'expression, dont les images et les sons,
peuvent prendre en charge de manière plus pertinente.
Ce qui implique une écriture web particulièrement ajustée, d'une précision de
joaillerie.
2 - La maîtrise des langages de programmation et, notamment de Flash, ne me
semble pas absolument nécessaire pour un(e) journaliste qui doit
essentiellement se préoccuper du contenu, de la production de sens, du confort
d'assimilation par les infonautes.
Au-delà de ces réserves subsidiaires,
je signale à Mélissa et à tous les futurs ou jeunes journalistes qui se sentent
concernés par l'avenir du métier d'informer que l'université
Paul Verlaine de Metz ouvre en septembre prochain une formation de
journalisme "rich media" très proche, dans ses objectifs, des stages de
sensibilisation que j'anime depuis deux ans au CAPJC de Tunis, un des
établissements francophones pionniers en la matière (2).

Les enseignements qui seront dispensés dans le cadre enchanteur de l'île du
Saulcy, en plein coeur de la ville, par Arnaud Mercier semblent à priori
parfaitement ajustés aux évolutions actuelles et futures du journalisme.
Extraits:
- Techniques rédactionnelles (20 h. td)
- Reportages audiovisuels et radiophoniques (20 h. td)
- Outils de gestion de contenus en ligne (14 h. td)
- Création et exploitation d'un site d'information (14 h. td)
- Traitement numérique des images (20 h. td)
- Méthodologie de la recherche d'informations en ligne (4 h. cm + 10 td)
- Médias collaboratifs, webzines (4 h. cm + 10 td)
- Usages et réception des médias numériques (14 h. cm)
- Écritures hypertextuelles (14 h. cm)
- Sémiologie des productions médiatiques et réception des informations (14 h.
cm)
- Sociologie critique des pratiques journalistiques (14 h. cm)
- Stratégies éditoriales de l'information en ligne (4 h. cm + 10 td)
- Écriture multimédias d'information et mise en ligne (14 h. td)
- Vérification de l'information et rapports aux sources
Précisions apportées le 23 mai par Jean-Christophe Dupuis-Rémond,
professeur associé à cette Université:
- Les écrits d'admission pour les candidats retenus se dérouleront le 4 juin
prochain.
- Avec mon collègue Nicolas Bastuck du Républicain Lorrrain ainsi qu'avec
Arnaud Mercier, nous encadrerons une conférence de rédaction bi-hebdomadaire à
partir de la rentrée de septembre 2009. Elle déterminera les produits qui
seront mis en ligne par nos étudiants sur un support web dédié.
Ce support se veut un laboratoire d'exposition sans contraintes dans la forme
(...)Les futurs employeurs de nos étudiants pourront ainsi se faire une idée de
leur potentiel.
RAPPEL de notes consacrées, sur ce blog, au rich media
journalistiquement structuré:
- Exploitation de
Vuvox par La Gazette
-
Le New York Times
-
Apture
- Le Financial
Times
- Webreportage de
Géo
- Flyp
- Polyvalences
- Un stage de
rich media à Tunis
- Hiérarchie de
l'information
- Un
procès en rich media artisanal
- UN EXEMPLE
récent (mai 2009) de reportage
en ''rich media'' réalisé en moins de trente-six heures, collecte
sur le terrain comprise, par trois stagiaires du CAPJC de Tunis.
D'autres réalisations de stagiaires qui n'ont pas utilisé Vuvox sont également
probantes.
Parmi elles, une structure modulaire qui s'ouvre sur une image "clicable" et
qui décompose le sujet en un texte, une photo, une vidéo, un son et des liens.
Son titre: "Le rich media par lui-même".

Mon approche personnelle du "rich media journalistiquement structuré"-
expression utilisée pour le distinguer du rich media inventé par la publicité
dans les années quatre-vingt dix - cette approche est exposée notamment dans le
chapitre 2 de mon
livre avec ses implications dans l'analyse des évènements et la
hiérarchisation de l'information, son impact sur les polyvalences
professionnelles et sur l'organisation du travail au sein des rédaction.
1) le site de
Mélissa, à ne pas confondre avec son blog.
2) Je préfère l'anglicisme "rich media" pour trois raisons:
a) l'approche multimédia consiste souvent, pas toujours, à déposer une photo
ici, une vidéo ailleurs, pour des raisons plus décoratives que
journalistiquement justifiées. C'est ce qui se passe sur la plupart des sites
d'organes de presse hexagonaux où on a le sentiment qu'un secrétaire de
rédaction de journal papier demande une image "pour faire joli" dans la page,
pas vraiment pour donner du sens à l'information.
b) l'approche "rich media" suppose, de mon point de vue, une structuration
journalistique des différents modes d'expression - texte, photos, sons, vidéos,
liens - au service des contenus informatifs et pour favoriser une meilleure
assimilation de ces contenus par les infonautes.
c) le vocable "rich media" contient la notion d'enrichissement de
l'information, notion qui implique selon moi une nouvelle stratégie éditoriale,
une nouvelle organisation du travail dans les rédactions et un nouveau type de
relations avec les audiences.
Cependant, foin de querelles sémantiques: le fait que quelqu'un emploie le
terme "multimédia" ne me gêne pas dans la mesure où il s'agit de désigner une
manière de rendre compte en utilisant les outils du web.''
2) En 2008, comme cette année, mes stagiaires tunisiens en rich media
démontrent en quelques jours qu'il est possible de s'emparer avec enthousiasme
et beaucoup de talent des outils souvent gratuits avec lesquels les
journalistes ont intérêt à s'exprimer sur le web. Ils sont signé des
réalisations remarquables à partir de reportages très courts.
Commentaires
"La maîtrise des langages de programmation et, notamment de Flash, ne me semble pas absolument nécessaire pour un(e) journaliste qui doit essentiellement se préoccuper du contenu, de la production de sens, du confort d'assimilation par les infonautes."
> Content de vous l'entendre dire. Je suis tout à fait pour "l'initiation avancée" des journalistes aux techniques du multimédia et à l'usage professionnel du Web mais il ne faut pas non plus confondre le métier de "développeur" et celui de "journaliste". Sinon on fait du bas de gamme.
Dans ma conception des polyvalences professionnelles liées au "rich media journalistiquement structuré", il y a des compétences partagées et des expertises qui impliquent des responsabilités spécifiques non partagées. Si tout le monde peut tout faire, on descend rapidement vers le n'importe quoi par n'importe qui.
Un journaliste doit posséder des compétences en prises de vues photo et vidéo, enregistrements audio, et traitements numériques de ces modes d'expression mais avoir une expertise sur la structuration des contenus informatifs.
Ce qui implique, soit dit en passant pour les employeurs qui lorgnent sur du journalisme au rabais, la présence au sein d'une rédaction d'un photographe professionnel avec son expertise de photographe et d'un caméraman ou JRI avec sa double expertise en prise de vues et en montage vidéo.
Pour revenir aux journalistes, vous avez raison de faire remarquer qu'on ne peut pas être expert en tout et il faut laisser aux développeurs l'expertise de la programmation.
Les journalistes ont suffisamment de tâches et de responsabilités à assumer dans leur domaine d'expertise pour ne pas avoir à se disperser sur des activités qui ne sont pas directement liées à la production de sens.
Bonjour Alain.
2 petites précisions concernant la licence Pro "journalisme et médias numériques" de l'UPV-M.
A. Mercier se prénomme Arnaud et non Antoine, mais je suis sur qu'il va adorer ! :-)
J'ai la chance d'être l'un des professeurs associés à cette nouvelle licence dont les écrits d'admission pour les candidats retenus se dérouleront le 4 juin prochain. Avec mon collègue Nicolas Bastuck du Républicain Lorrrain ainsi qu'avec Arnaud, nous encadrerons une conférence de rédaction bi-hebdomadaire (à partir de la rentrée de septembre 2009) qui déterminera les produits qui seront mis en ligne par nos étudiants sur un support web dédié (qui se veut un laboratoire d'exposition sans contraintes dans la forme) dont nous ne manqueront pas de vous communiquer l'adresse. Les possibles futurs employeurs de nos étudiants pourront ainsi se faire une idée de leur potentiel.
Je corrige mon erreur et ajoute vos précisions dans le corps du billet car ce sont de précieuses informations.
Le prénom "Antoine" s'est insinué dans la rédaction de ce billet sans doute parce que j'ai eu la chance de côtoyer, naguère à France Inter, un remarquable journaliste nommé Antoine Mercier, aussi rigoureux que discret. Il a ensuite travaillé à France Culture.
Il y a des appellations qui s'incrustent dans la mémoire à la manière de prestigieux labels. C'est le cas d'Antoine Mercier. Arnaud Mercier a bénéficié dans mon esprit de cette aura.
Merci pour la reprise et surtout pour l'info, cette formation semble intéressante. Très intéressant aussi le fait que ça ne vienne pas d'une école de journalisme (encore des progrès à faire!)
Cela dit, à signaler aussi ce joli webdocu de l'école de journalisme de Lille: http://www.heritage-bassinminier.in...
La reprise de votre billet dans ce blog tient à la pertinence de votre cri de colère et à la qualité de sa formulation.
Merci d'avoir signalé le remarquable travail des élèves de l'Ecole de Journalisme de Lille.
C'est de l'excellent "rich media journalistiquement structuré". ( Pardon pour la lourdeur de l'expression: elle permet de distinguer le journalisme de la publicité , qui exploite le rich media et qui l'a d'ailleurs inventé).
Les élèves de l'Ecole de Lille ont trouvé la bonne répartition des informations - ce que j'appelle "subsidiarité - entre le texte, les images fixes et les images animées et le son.
C'est un modèle du genre.