Jean-Luc Raymond m'a récemment signalé le remarquable billet de Mélissa, jeune journaliste (1), qui s'insurgeait le 11 mai dernier contre les carences de l'enseignement proposé par les écoles françaises, en particulier dans le traitement multimédia (2) de l'information.

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Je souscris sans réserve à l'orientation générale de ce cri de colère, parfaitement argumenté et judicieusement étayé par de nombreux exemples probants. Plutôt que de picorer quelques extraits dans la diatribe de Mélissa, je vous conseille de lire l'intégralité de sa prose, bien sentie au demeurant.

Deux petits désaccords:

1 - Je ne crois pas que le journalisme multimédia, ou "rich media", puisse se passer complètement du texte comme "entrée" dans des contenus modulaires et comme élément de structuration.Melissa_oublier_le_texte.jpg
Il s'agit plutôt, selon moi, de libérer le texte d'un certain nombre de pesanteurs que d'autres modes d'expression, dont les images et les sons, peuvent prendre en charge de manière plus pertinente.
Ce qui implique une écriture web particulièrement ajustée, d'une précision de joaillerie.

2 - La maîtrise des langages de programmation et, notamment de Flash, ne me semble pas absolument nécessaire pour un(e) journaliste qui doit essentiellement se préoccuper du contenu, de la production de sens, du confort d'assimilation par les infonautes.

Melissa_Logo_fac_Metz.jpgAu-delà de ces réserves subsidiaires, je signale à Mélissa et à tous les futurs ou jeunes journalistes qui se sentent concernés par l'avenir du métier d'informer que l'université Paul Verlaine de Metz ouvre en septembre prochain une formation de journalisme "rich media" très proche, dans ses objectifs, des stages de sensibilisation que j'anime depuis deux ans au CAPJC de Tunis, un des établissements francophones pionniers en la matière (2).

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Les enseignements qui seront dispensés dans le cadre enchanteur de l'île du Saulcy, en plein coeur de la ville, par Arnaud Mercier semblent à priori parfaitement ajustés aux évolutions actuelles et futures du journalisme. Extraits:

- Techniques rédactionnelles (20 h. td)
- Reportages audiovisuels et radiophoniques (20 h. td)
- Outils de gestion de contenus en ligne (14 h. td)
- Création et exploitation d'un site d'information (14 h. td)
- Traitement numérique des images (20 h. td)
- Méthodologie de la recherche d'informations en ligne (4 h. cm + 10 td)
- Médias collaboratifs, webzines (4 h. cm + 10 td)
- Usages et réception des médias numériques (14 h. cm)
- Écritures hypertextuelles (14 h. cm)
- Sémiologie des productions médiatiques et réception des informations (14 h. cm)
- Sociologie critique des pratiques journalistiques (14 h. cm)
- Stratégies éditoriales de l'information en ligne (4 h. cm + 10 td)
- Écriture multimédias d'information et mise en ligne (14 h. td)
- Vérification de l'information et rapports aux sources

Précisions apportées le 23 mai par Jean-Christophe Dupuis-Rémond, professeur associé à cette Université:

- Les écrits d'admission pour les candidats retenus se dérouleront le 4 juin prochain.

- Avec mon collègue Nicolas Bastuck du Républicain Lorrrain ainsi qu'avec Arnaud Mercier, nous encadrerons une conférence de rédaction bi-hebdomadaire à partir de la rentrée de septembre 2009. Elle déterminera les produits qui seront mis en ligne par nos étudiants sur un support web dédié.

Ce support se veut un laboratoire d'exposition sans contraintes dans la forme (...)Les futurs employeurs de nos étudiants pourront ainsi se faire une idée de leur potentiel.

RAPPEL de notes consacrées, sur ce blog, au rich media journalistiquement structuré:

- Exploitation de Vuvox par La Gazette

- Le New York Times

- Apture

- Le Financial Times

- Webreportage de Géo

- Flyp

- Polyvalences

- Un stage de rich media à Tunis

- Hiérarchie de l'information

- Un procès en rich media artisanal

Melissa_panneau_a_la_recherche.jpg- UN EXEMPLE récent (mai 2009) de reportage en ''rich media'' réalisé en moins de trente-six heures, collecte sur le terrain comprise, par trois stagiaires du CAPJC de Tunis.
D'autres réalisations de stagiaires qui n'ont pas utilisé Vuvox sont également probantes.

Parmi elles, une structure modulaire qui s'ouvre sur une image "clicable" et qui décompose le sujet en un texte, une photo, une vidéo, un son et des liens. Son titre: "Le rich media par lui-même".

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Mon approche personnelle du "rich media journalistiquement structuré"- expression utilisée pour le distinguer du rich media inventé par la publicité dans les années quatre-vingt dix - cette approche est exposée notamment dans le chapitre 2 de mon livre avec ses implications dans l'analyse des évènements et la hiérarchisation de l'information, son impact sur les polyvalences professionnelles et sur l'organisation du travail au sein des rédaction.

1) le site de Mélissa, à ne pas confondre avec son blog.

2) Je préfère l'anglicisme "rich media" pour trois raisons:

a) l'approche multimédia consiste souvent, pas toujours, à déposer une photo ici, une vidéo ailleurs, pour des raisons plus décoratives que journalistiquement justifiées. C'est ce qui se passe sur la plupart des sites d'organes de presse hexagonaux où on a le sentiment qu'un secrétaire de rédaction de journal papier demande une image "pour faire joli" dans la page, pas vraiment pour donner du sens à l'information.

b) l'approche "rich media" suppose, de mon point de vue, une structuration journalistique des différents modes d'expression - texte, photos, sons, vidéos, liens - au service des contenus informatifs et pour favoriser une meilleure assimilation de ces contenus par les infonautes.

c) le vocable "rich media" contient la notion d'enrichissement de l'information, notion qui implique selon moi une nouvelle stratégie éditoriale, une nouvelle organisation du travail dans les rédactions et un nouveau type de relations avec les audiences.

Cependant, foin de querelles sémantiques: le fait que quelqu'un emploie le terme "multimédia" ne me gêne pas dans la mesure où il s'agit de désigner une manière de rendre compte en utilisant les outils du web.''


2) En 2008, comme cette année, mes stagiaires tunisiens en rich media démontrent en quelques jours qu'il est possible de s'emparer avec enthousiasme et beaucoup de talent des outils souvent gratuits avec lesquels les journalistes ont intérêt à s'exprimer sur le web. Ils sont signé des réalisations remarquables à partir de reportages très courts.