Grippe porcine : sélection de ressources sur la pandémie
Par Alain Joannes le dimanche 26 avril 2009, 17:21 - METHODES DE COLLECTE - Lien permanent
Au
début du mois de février dernier, j'ai proposé comme sujet d'examen à mes
étudiants de l'Institut Français de Presse un travail de recherche et
d'évaluation sur le risque de pandémie grippale. Les médias se désintéressaient
alors d'un phénomène sur lequel j'exerce une veille systématique depuis
2005.
Quatre raisons inspirent cette veille personnelle ainsi que le thème de
l'examen proposé le 3 février 2009 à la classe de Master 1 de l'IFP:
1- J'ai été professionnellement "marqué" par la rétention d'informations qui a
entouré le développement du sida entre 1981 et 1984. C'était avant le web,
période obscurantiste pour un journaliste normalement constitué. De cette
expérience négative est née, il y a quatre ans, la volonté d'exploiter le web
comme moyen de contourner l'opacité scientifique, médicale et gouvernementale
des années quatre-vingt.

2 - Dès mes premières recherches sur la grippe aviaire, j'ai acquis la
certitude qu'il s'agit d'un phénomène émergent de grande ampleur. Face à
une émergence, un journaliste se doit, selon moi, de scruter
les conditions de son avènement à partir des singularités qui
l'annoncent (1).
3 - Outre l'émergence et la singularité, l'observation pendant quatre ans du
phénomène "grippe aviaire"
m'a permis de bénéficier de la
sérendipité pour réaliser une enquête sur la réactivation en 2005 de
l'actuel virus H1N1 à partir de cadavres de personnes tuées en Alaska par la
pandémie de 1918 (2).
Cette veille me donne également l'occasion d'étudier de près un cas récent et
très intéressant de rumeur sur le web dans un contexte de
"pré-pandémie"(3).
4 - Je suis convaincu, depuis 2005, du caractère inéluctable de la pandémie.
Les seules questions étaient de savoir "quand" et "où" elle se déclencherait.
Je savais dès l'automne 2008 que le déclenchement serait imminent, à échéance
de quelques mois. Je ne savais pas dans quelles circonstances - c'est à dire où
- la mutation s'accomplirait.
Compte tenu de cette demi-certitude, j'ai voulu rendre un service professionnel
aux futurs journalistes de l'IFP en les incitant à se préparer au traitement en
urgence et en profondeur d'un phénomène qui pourrait revêtir une portée
historique. Et ce quelques mois avant que le phénomène fasse la "une" de
l'actualité.
Voici une sélection de ressources trouvées par les élèves de Master 2 le 3
février 2009, ressources validées le dimanche 26 avril et auxquelles j'ai
ajouté quelques liens extraits de ma documentation personnelle:
ACTUALISATIONS RAPIDES
http://www.birdflubreakingnews.com/
http://www.recombinomics.com/whats_new.html
http://www.flutrackers.com/forum/forumdisplay.php?s=bfb440466c4b458d85012960ee0f7889&f=1517
Sources à vérifier:
http://tweetscan.com/index.php?s=H1N1&site=
Source Twitter vérifiée par Knight (voir les commentaires):
http://twitter.com/Veratect
SOURCES OFFICIELLES INTERNATIONALES

http://www.who.int/fr/index.html
http://www.un.org/News/
http://www.un-influenza.org/

Ci-dessus, tableau de monitoring capté hier après-midi sur le site
Medusa,dont voici l'adresse:
http://medusa.jrc.it/medisys/moreclusteredition/fr/LePoint-ba05b1d33d182febe528fade00573d7e.html
http://www.promedmail.org/pls/otn/f?p=2400:1000
SOURCES GOUVERNEMENTALES
http://pandemicflu.gov/
http://www.cdc.gov/swineflu/investigation.htm
Sur le site du Centre américain de Contrôle des Maladies Infectieuses, un podcast
téléchargeable.
http://www.grippeaviaire.gouv.fr/
http://www.ambafrance-mx.org/
http://www.invs.sante.fr/
SOURCES EXPERTES
http://www.santelog.com/modules/connaissances/actualite-sante-face-a-la-grippe-porcine,-la-preparation-33-millions-de-traitements-stock%C3%A9s-en-france_1029.htm
http://www.searchmedica.fr/search.do?q=grippe+porcine&useraction=search&ss=defLink&al=en&c=main&oq=grippe+porcine
http://www.grog.org/
SOURCES DIDACTIQUES
http://www.pandemiedegrippe.com/2009/02/06/le-mecanisme-dinfection-du-virus-de-la-grippe-devoile/
http://www.grippeaviaire.public.lu/questions_reponses/pandemie/index.html#4
http://www.fluwikie.com/pmwiki.php?n=Main.Fr-homepage
(Plus intéressant en anglais qu'en français.)
http://www.powerset.com/
http://www.avianflusearch.net/
http://virusgrippeaviaire.blogspot.com/
http://www.pandemiedegrippe.com/
http://www.umd.edu/emergencypreparedness/pandemic_flu/intro.cfm
APPROFONDISSEMENTS
http://search.nejm.org/search?w=H1N1&search=SEARCH
http://www.bdsp.ehesp.fr/
http://www.birdflutoday.com/
http://www.flu-lab-net.eu/links.html
http://www.espace-ethique.org/fr/grippe.php
TRAITEMENTS JOURNALISTIQUES
http://www.observatoire-medias.info/article.php3?id_article=601
http://ekasearch01.eurekalert.org/e3/query.html?qt=swine+flu&col=ev3rel&qc=ev3rel&x=16&y=13
http://www.futura-sciences.com/fr/news/t/high-tech-4/d/dangers-ou-bienfaits-de-lacces-libre-a-la-connaissance-sur-la-toile_7362/
1) La transposition au journalisme des notions scientifiques de
"singularité" et d'"émergence" est expliquée à dix sept reprises dans mon livre
"Le
journalisme à l'ère électronique", table des matières, pages 240
et 242
2) Mon enquête sur la recherche du virus de 1918 dans un cimetière d'Alaska
et le stockage du virus dans un laboratoire militaire est disponible, en PDF,
gratuitement sur demande adressée par courrier électronique avec l'identité
réelle du demandeur et la mention de l'utilisation envisagée.
3) Un blogueur a "annoncé" la pandémie il y quelques semaines en affirmant
qu'un chercheur appartenant à une firme connue avait laissé s'écraser sur le
sol une éprouvette contenant le virus. J'étudie actuellement l'origine, la
morphologie et le mode de propagation de cette rumeur.
Commentaires
Pour votre information, j’ai mis du temps hier soir mais j’ai trouvé un abonné Twitter donnant une information régulière et me semble-t-il de qualité sur la grippe porcine et qui pourrait donc entrer dans votre section "Actualisations rapides" :
http://twitter.com/Veratect
Il s'agit je crois, d'une boite spécialisée dans l’information sur la santé : ils ont des infos pour tous les pays du monde.
J’ai recoupé en reprenant les infos qu’ils donnent pour la France et ce qu’ils disent semble être exact et divulgués avant les media nationaux.. Par exemple sur le fait que les 3 cas suspects dans le Nord ont été invalidés (twitté vers 22h -> dommage il n'y a pas l'heure exacte)
Cordialement,
Merci pour avoir proposé cette source Twitter que j'ajoute dans le billet à la section "Actualisations rapides".
Il s'agit, effectivement, d'une firme spécialisée dans la gestion et la communication de crise. A ce titre, elle a intérêt à "en rajouter un peu" puisque la mise en alerte des entreprises multinationales - dont les compagnies de transport - est au coeur de son modèle d'affaires.
Cependant, vous avez raison, les informations sont rapides et fiables. Avec une tendance à "l'anticipation aggravante", pondérée par la nécessité de préserver une réputation, capital immatériel de la marque.
Source originale et intéressante.
Bonjour
je me permets de rebondir sur votre décryptage de ce phénomène émergent (enfin, plus maintenant ! ) qu'est la crise porcine pour une petite question plus générale dans le traitement journalistique de ces phénomènes émergents.
Vous parlez dans votre livre de "trous noirs", no-mand's land d'informations rapidement disponibles, qui devraient justement nourrir la curiosité du journaliste.
Pensez-vous qu'aujourd'hui, la pratique actuelle de notre métier valorise cette sensibilité à l'émergence ? Le journaliste qui essaye de cultiver cette nécessaire curiosité pour scruter les craquements en cours et à venir de notre société (il me semble que c'est bien là qu'il s'agit) n'est-il pas au yeux de sa rédaction en chef qu'un emmerdeur ? C'est en tout cas mon sentiment.
Il me semble que dans notre métier, cette compétence est au mieux méprisée, au pire considérée comme une faute professionnelle.
Pour résumer, le journaliste qui repère les signes de cette émergence va voir son rédacteur en chef :
- vous savez, monsieur le rédacteur en chef, il me semble que là, il y a un phénomène qui va en s'amplifiant, qui risque de changer le quotidien de nos lecteurs, qui risque de faire la Une de l'actualité, qui risque de poser de graves problèmes sanitaires...
- Ecoute Coco, c'est bien joli tout cela, mais personne n'en parle pour l'instant.
Je me souviens d'un ami journaliste qui travaillait dans un quotidien français et qui avait fait sans résultat du lobbying auprès de sa rédaction pour parler du problème sanitaires des importations chinoises, sources à l'appui. Il aura fallu l'histoire de la mélanine pour que ce même quotidien se répande avec une pleine double page sur cette question. Avec en prime un splendide édito, "Vous voyez, on vous avait prévenus !"
Mon ami en avait garder une amère frustration...
Ma réponse comporte deux niveaux.
NIVEAU CORPORATISTE: vous avez raison d'affirmer que la sensibilité aux émergences est étrangère à la culture journalistique française.
Cette culture est dominée par la paresse intellectuelle (manque de curiosité, véritable malade professionnelle dont je viens de constater avec effarement les symptômes très avancés chez de futurs journalistes) et par le conformisme qui rend l'information hexagonale si peu intéressante. Paresse intellectuelle des journalistes et conformisme des organes d'information générale - c'est moins vrai dans les magazines et dans les revues spécialisées - sont les plus inavouables des causes multiples de la "crise de la presse".
Cependant, contrairement à ce qui se passait dans les âges opaques de l'obscurantisme informationnel, le web et notamment la blogosphère secouent la paresse et le conformisme de la corporation.
Je ne crois pas au "journalisme" citoyen mais je crois aux blogueurs témoins de choses que les journalistes ne voient pas, je crois aux blogueurs experts qui peuvent diffuser des informations "censurées" par la paresse et le conformisme, voire par l'auto-censure et je crois aux blogueurs citoyens qui interpellent les journalistes et les médias.
C'est un progrès considérable pour l'information en démocratie.
NIVEAU PERSONNEL : la sensibilité aux singularités et aux émergences procure les jubilations les plus intenses de ce métier. Je pense que c'est une valeur ajoutée professionnelle.
Contrairement à ce qui se passait dans les âges obscurs de l'information, avant le web, un journaliste qui détecte une singularité ou une émergence peut en publier les signes et les analyser sur un blog après avoir proposé les sujets d'enquête à sa hiérarchie. Publier sur un carnet personnel ce que son entreprise à refusé de publier ne relève pas de la faute professionnelle mais de la protection de son intégrité professionnelle.
Là encore, c'est un progrès considérable pour la dignité du journaliste.
Bonjour,
auriez vous l'adresse de ce blog qui "annoncait" la pandémie... Merci!
Désolé de devoir vous opposer une fin de non-recevoir.
Comme vous avez pu le lire à la fin du billet, je travaille actuellement sur cette rumeur: son origine, sa structure, sa propagation, ses déformations (car elle connaît depuis son apparition de nombreuses variantes) et ses objectifs.
Ce que je peux vous dire c'est qu'à l'époque où j'ai capté cette rumeur à l'état naissant, je n'y ai pas vu personnellement une "annonce" de pandémie. Pourtant, le blogueur qui en est à l'origine - dans l'état actuel de mes recherches - a manifestement voulu lancer une alarme. Elle était fausse mais elle se voulait prophétique.
Le contenu factuel de ce billet était faux et j'ai pu le vérifier très rapidement. C'est à la fin de la semaine dernière que j'ai mis des guillemets à "annonçait".
Le plus passionnant - et c'est l'intérêt de l'étude à laquelle je me livre actuellement - est que le contenu fallacieux du billet initial désormais remplacé par d'autres contenus que je crois également fallacieux, sous réserves de vérifications. Autrement dit, ce n'est pas le vérité factuelle de la rumeur qui compte pour ceux qui la propagent, la relaient et la modifient, c'est l'effet que de fausses révélations peuvent avoir.
Vous comprendrez, à la lumière de ces précisions, que je tiens à préserver le caractère personnel d'un travail qui me vient d'une veille personnelle exercées depuis l'automne 2005.
Je n'ai mentionné cette rumeur - une légende urbaine ou une opération de déstabilisation d'une marque - dans le billet de dimanche que pour montrer la complexité et la "richesse" d'un phénomène émergent tel que le risque de pandémie H1N1 et l'intérêt, pour un journaliste, d'organiser systématiquement des veilles sur des thèmes que les modes médiatiques délaissent, souvent à tort.