Caméras de poche prêtes à dégaîner pour blogueurs réactifs
Par Alain Joannes le dimanche 1 mars 2009, 15:04 - METHODES DE COLLECTE - Lien permanent
Les cameras vidéo de poche (1) sont aux caméscopes ce que les dictaphones
sont aux magnétophones: des outils de captation rudimentaires prêts à
enregistrer.

Inutile, donc, de s'attarder sur les labels "Haute Définition" affichés par
certains modèles, car leurs capteurs et leurs processeurs spécialisés dans le
traitement des signaux ne peuvent pas rivaliser avec ceux des appareils conçus
pour des écrans à résolutions ultra-fines.
L'intérêt de ces boîtiers peu onéreux (2) est dans un terme anglo-saxon qui ne
se traduit pas en français: convenient (3). C'est d'ailleurs parce
qu'ils sont pratiques, faciles à utiliser, que trois modèles de deuxième
génération (la première génération date du printemps 2008) font l'objet d'un
véritable engouement aux Etats-Unis:
-
Creative Vado, ci-dessus
- Flip mino.
-
Kodack Zi6., sur l'image du haut.
La description de ces engins est vite faite: deux batteries rechargeables, un
bouton de mise en service, un écran LCD, un paramétrage d'initialisation en
trois points, le choix entre trois formats vidéo, une fonction macro, un zoom,
un déclencheur d'enregistrement qui sert aussi de joystick pour la
lecture et pour la navigation dans le menu, une clé USB incorporée.
Structure fonctionnelle intuitive, emplacements logiques des commandes, tout
est à portée de doigts et invite à la décision rapide.
Pour les interviews et les "choses vues"
Deux exploitations sont particulièrement adaptées au web:
- l'interview grâce à l'emplacement prévu pour un petit tripode et malgré les
performances limitées du microphone incorporé (4).
- la captation inopinée, à l'instinct, d'un évènement inattendu avec
l'intention de mettre en ligne rapidement un document brut ou semi-brut
(=sommairement monté.)
Dans la configuration du mojo (= mobile journalisme),
la comparaison entre le Nokia N95GB et le Kodack Zi6 tourne à
l'avantage du téléphone mobile pour la qualité des images et du son, mais la
pocket video camera s'avère plus productive dans le processus
captation-transfert-diffusion.

Le temps gagné dans les opérations séquentielles qui vont de
l'enregistrement à la mise en ligne permet de procéder à un montage élémentaire
(cut) avec un outil aussi basique que le logiciel Windows Movie
Maker. Un plaisir ludique si le blogueur est un adepte du "tourner-monter"
(5).
Le promeneur, le témoin et la syntaxe
Positionnés entre les webcams (6) et les capteurs vidéos des téléphones
nomades, les caméscopes de poche ne peuvent pas être considérés comme des
gadgets dans la mesure où leur utilisation engendre un comportement de
promeneur contemplatif prêt à se transformer en témoin hyper-réactif (7) et
incite à pratiquer une syntaxe vidéo dépouillée, axée sur l'efficience
documentaire (8).
On aura compris que ce sont avant tout des outils de blogueurs, des instruments
conçus pour ceux qui génèrent des contenus sur Youtube ou Dailymotion.
Actualisation 07 mars 2009:Jean-Luc Raymond signale
dans un commentaire ci-dessous l'utilisation du Flip mino en milieu scolaire.
Le blog
de l'enseignant britanniquest est trop intéressant pour le laisser
en commentaire. Je remonte donc l'info dans le billet, ce qui ne dévalue en
rien le commentaire signé JLR.
1) C'est Jean-Luc
Raymond qui m'a fait découvrir ces petits ustensiles: il venait de
recevoir un Flip en direct de Las Vegas.
''2) Le Kodack Zi6 coûte 179,90 euros avec deux batteries rechargeables et leur
chargeur. Prévoir une carte mémoire additionnelle: 8 gigas= 2 heures de
vidéo.
3) La langue française ne connaît que le terme contraire: "inconvénient".
D'où la vraie traduction du slogan "Yes we can": " Ah ben, ça va pas être
possible..."
4) Deux bricoleurs affirment, sur YouTube, avoir détourné la prise de son
vers un microphone externe; il semble qu'il s'agisse d'un bidouillage hasardeux
de la piste audio sur un logiciel de montage. Peu importe: le simple fait que
des "bidouilleurs" cherchent à modifier les modèles commerciaux indique que
les Pocket Video Cameras sont éligibles au statut d'objets
emblématiques.
''5)Tourner-monter= diversifier les angles et les cadrages pendant la prise de
vues: en appuyant sur le déclencheur, penser au plan précédent et prévoir le
plan suivant.
6) Creative avait conçu au milieu des années 90 une webcam mobile qui
ressemblait beaucoup aux actuelles Pocket Video Cameras mais qui n'en
avait évidemment pas les fonctionnalités web 2.0.
7) La manière de filmer avec ces caméscopes de poche s'apparente aux notes
descriptives accumulées par Victor Hugo à l'occasion de ses promenades dans
Paris. Rassemblées dans "Choses vues" - en livre de poche - ces notes seraient
aujourd'hui les billets d'un blog. A traduire dans le langage de l'image
animée.
8) Ma théorie sur le langage vidéo: plus les appareils de prises de vues,
comme les actuels caméscopes tri-CCD sont sophistiqués, plus leurs utilisateurs
cherchent à se rapprocher de l'esthétisme des oeuvres de fiction; plus les
appareils de prises de vues sont rudimentaires, plus ils incitent leurs
utilisateurs à filmer simplement, selon une syntaxe du type
sujet-verbe-complément. Comme les grands documentaristes qui se soucient
généralement peu d'esthétique.
Commentaires
Bonsoir Alain, j'attire également votre attention sur le "vieux" (3 ans déjà) Sanyo Xacti étanhce (-3m, idéal sous la pluie) avec micro stéréo incorporé. Il m'a permis pendant la campagne des municipales à Metz de réaliser des podcasts très suivi sur mon blog comme sur Dailymotion (http://www.dailymotion.com/jcdrf3).
Utilisant une carte SD avec enregistrement au format MP4, il m'a permis une grande réactivité.
Malheureusement il vient de rendre l'âme. Du coup par expérience, pour ma prochaine acquisition je vais me tourner vers un mini-caméscope avec disque dur et micro externe adaptable.
Merci pour vos infos toujours pertinentes qui alimentent la réflexion de nos étudiants du département infocom de l'Université Paul-Verlaine de Metz.
Bien cordialement.
Merci Alain pour cet article récapitulatif foncièrement intéressant. Oui j'adore mon Flip!
A noter que le Flip peut être aussi utilisé dans un contexte scolaire. Un Espace Public Numérique d'une école rurale en Belgique va mettre en place cela dans les semaines qui viennent avec des enfants du primaire.
Tom Barrett, enseignant britannique, sur son excellent blog, évoque l'utilisation du flip par les élèves :
http://tbarrett.edublogs.org/2009/0...
et a produit une intéressante présentation très récemment (Thirty-Five Interesting Ways to use your Pocket Video Camera in the Classroom) :
http://tbarrett.edublogs.org/2009/0...
Bonjour Jean-Christophe,
(Aparté: Metz, ville que j'aime pour y avoir fait mes débuts de journaliste en 1961 et pour y avoir habité, y avoir bien vécu pendant plusieurs années. Fin de l'aparté)
Sans pousser trop loin le souci de catégoriser les objets, il me semble que votre défunt Sanyo (le CA 65 je suppose) relève plus de la classe des mini-caméscopes que de celle des caméscopes de poche.
Pas tellement à cause de la taille, car votre regretté Sanyo devait se glisser aussi facilement dans une poche que les Pocket Video Cameras dont il est question dans le billet, mais en raison de leurs fonctionnalités respectives.
Le Sanyo ainsi que les autres appareils de ce type sont de vrais caméscopes, représentatifs d'une logique marketing et technologique de miniaturisation enclenchée en 1990.
Le Kodack que je viens d'acheter est un "sous-caméscope délibéré": ses performances et ses fonctionnalités sont volontairement bridées afin de concilier un usage précis avec un prix aussi bas que possible. Ce double objectif est atteint.
Je vais examiner ce que vaut, sur un téléviseur, la "HD" revendiquée par Kodack mais je n'en attends pas grand'chose. Pour réaliser un vrai reportage diffusable sur DVD et sur un beau grand écran, j'aurai recours à mon caméscope tri-CCD et à ses innombrables fonctionnalités créatives.
Le Kodack Zi6, le Flip Mino et le Creative Vado sont équipés de clefs USB incorporée qui ne nécessite pas de câbles ce qui souligne leur nature d'outils communicants et, donc, leur destination: DailyMotion, YouTube, les blogs. Il ne leur manque plus, en somme qu'une fonction "Blue tooth", Wi-Fi ou 3 G pour raccourcir encore le temps de latence entre la prise de vue et la diffusion. Mais alors, il vont ressembler à des téléphones nomades multimedia....
Pour revenir à la catégorisation des caméscopes, voici comment je classe ces appareils de prises de vues:
- caméscopes d'épaule
- caméscopes de poing
- mini-caméscopes (= votre Sanyo)
- caméscopes de poche
Cette classification ne vous empêchera évidemment pas de réaliser de très bons reportages avec un caméscope d'épaule pour votre blog; elle ne sert qu'à indiquer que si le caméscope de poche suffit pour les blogs , il est inférieur au mini-caméscope (malgré une étonnante comparaison de ses images, sur Youtube et dans la fenêtre Apture de mon billet, avec les images d'un caméscope de poing de marque Sony: sauf trucage malhonnête, celles du caméscope de poche sont nettement supérieures à celles du caméscope de poing de la prestigieuse marque japonaise.
En fait, hormis la webcam amovible proposée par Creative à la fin des années 90 que j'évoque dans le billet (elle dans ma maison de campagne et je n'ai donc pas pu la montrer), un seul appareil se rapproche du Kodack Zi6; c'est un tout petit Toshiba qui a une sortie USB nécessitant un câble et qui relève donc,pour cette raison, des mini-caméscopes. Mais, il est , pour le coup, très "mini", voire "minimaliste" dans ses fonctionnalités et dans ses performances audio et vidéo.
Il ne nous reste plus qu'à attendre les caméscopes jetables.
Merci Alain pour ces précisions.