L'apparition, il y a vingt ans, des systèmes hypertexte transformait radicalement la manière de consommer un récit. La norme linéaire était bousculée par l'accès aléatoire à de multiples séquences agrégées dans un contenu.
Apture_carres_colores.jpgFinalisée par le World Wide Web de Tim-Berners-Lee, cette révolution a régénéré le récit journalistique tout en lui imposant quelques contraintes, dont celle de produire des contenus à la fois riches et facilement assimilables.
Une bande de jeunes informaticiens de Stanford réunis dans la start up Apture est en train de répandre la révolution des hyperliens en rich media.

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Il faut d'abord ouvrir un compte gratuit sur le site d'Apture et y inscrire son ou ses blog(s). Chaque site ou blog doit ensuite être pourvu d'un script sans lequel l'innovation ne peut pas fonctionner. Pour implémenter cette ligne de code, un tutoriel propose une procédure généraliste ainsi que des méthodes adaptées aux principaux éditeurs de blogs.
(Sur ce blog, par exemple, qui utilise DocClear, le script d'Apture est à copier-coller dans un widget "texte.)

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Quand Apture a reconnu le site ou le blog qui lui est affilié, l'administrateur ou les rédacteurs sont en mesure de confier à un seul hyperlien plusieurs accès vers différentes sources textuelles, sonores, visuelles (photos, cartes, vidéos, animations électroniques).

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Démonstration rapide avec le mouvement de protestation des chercheurs.

Un lien, six contenus différents dans une seule fenêtre pop up

Pour que l'hyperlien aille de l'expression "mouvement de protestation" vers six destinations différentes - trois vidéos et trois documents textuels - proposées dans une seule fenêtre annexe, il m'a suffi de surligner l'expression en question. Un boîte de dialogue m'a proposé d'inscrire de adresses de sites, des fichiers vidéos. J'aurais pu ajouter sur le même lien des sons, des cartes ou des animations. Il s'agit bien de rich media, mais il est proposé en arrière-plan du contenu.

Si les ressources disponibles par syndication automatique dans le hub d'Apture sont encore limitées en français, cette lacune peut être comblée par la sélection manuelle d'adresses ou de contenus audio et visuels "empaquetés". Les formats de contenus acceptés sont suffisamment nombreux pour que l'on puisse, par exemple, regarder (vidéo Flash) et écouter (MP3) un instrumentiste tout en suivant la partition du morceau qu'il interprète (PDF).

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Le site Apture.com propose des exemples de mise en oeuvre particulièrement adaptées au journalisme. En particulier:

- Le Washington Post propose des données politiques plus denses et plus transparentes, dont les résultats de votes parlementaires, les statistiques du Congrès, etc.

- Les blogs du San Francisco Gate proposent d'agréables enrichissements du texte par des vidéos pertinentes.

Implications considérables.

Au niveau de l'assimilation d'abord.
Dans le système hypertexte antérieur à l'émergence d'Apture, il y a une contradiction potentielle entre le nombre de liens que le journaliste souhaite proposer et le confort d'assimilation de ses lecteurs.

Un journaliste qui a bien compris les apports professionnels du web, ainsi que l'éthique qui en découle, est tenté d'incruster dans son récit de très nombreux liens:
- parce qu'il n'a pas suffisamment de place pour développer un aspect intéressant de son reportage
- parce qu'il met un point d'honneur à donner ses sources afin que ses lecteurs évaluent la qualité de son propos
- parce qu'il souhaite partager des connaissances plus profondes.

Mais, plus il incruste de liens, plus il risque de pulvériser l'acte de lire. Le lecteur peut se perdre dans une prolifération de liens, en particulier si ces liens conduisent à des sources riches, elles-mêmes très arborescentes.

Avec Apture, le danger de dispersion de l'attention est considérablement atténué. La fenêtre qui s'ouvre n'est pas une digression aussi perturbante que la perdition dans une arborescence infinie. Le lecteur ne perd pas le fil. Exemple, avec une documentation expresse proposée dans un reportage à San Francisco:

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C'est donc au niveau de l'écriture que tout se joue.

Le journaliste doit évidemment limiter le recours à Apture dans un contenu qui est déjà structuré en rich media. Inutile de plaquer de nombreuses structures légères comme celles d'Apture sur une structure lourde.

Le journaliste doit aussi séparer les liens hypertexte en deux catégories pour deux usages différents.

Réserver pour Apture, ceux qui conduisent vers des documents qui appuient le corps du récit: cartes, photos, sons brefs, vidéos courtes.

Les autres sources, notamment celles qui approfondissent le contenu journalistique, doivent être ciblées par des liens proposés à part, de manière traditionnelle. Ce qui exige un sens de la construction non linéaire assez développé et rigoureux.

Avec Apture, le journaliste devient un réalisateur au sens où il agrège et structure des contenus avec le souci de leur richesse et de leur impact.

Il créé des atolls de cohérence dans le chaos du web.

Actualisation le 15 février:

Le New York Times en ligne exploite une application qui ressemble beaucoup à celle d'Apture pour "raconter" la tournée à travers les Etats-Unis de la chanteuse Neko Case: une carte, de nombreuses fenêtres pop up qui proposent des photos et des extraits de chansons en MP3.

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Les trois développeurs du NYT ont prévu, ici, un code de couleurs qui indique avec quel orchestre la chanteuse s'est produite dans les différentes étapes de sa tournée. Une fonctionnalité en parfaite adéquation avec le fond d'un article de cinq pages.