Le trimestriel XXI démontre qu'un journalisme de qualité est rentable
Par Alain Joannes le vendredi 30 janvier 2009, 17:46 - FONDAMENTAUX - Lien permanent
Pendant que les
responsables, globalement incompétents, de la presse écrite quotidienne
quémandent de l’argent au pouvoir politique et tandis que des regroupements de
journalistes préparent l’avenir en scrutant attentivement leurs rétroviseurs,
les créateurs de XXI enregistrent un phénomène à peine croyable: la qualité
paie puisque leur trimestriel est rentable au bout d’un an.
Précisions apportées par Laurent Beccaria le 02 février 2009: les
ventes nettes, retours déduits, ont été de 44.000 (janvier 07), 31.000 (avril
07), 27.000 (juillet 07), 37.000 (octobre) et le premier mois de vente record
du dernier numéro donne des projections à 44.000 (janvier 09).
Il y a aujourd'hui 2.522 abonnements à 60 euros, sans mailing ni réduction,
juste avec les coupons insérés dans les exemplaires.
Le rythme des abonnements a doublé depuis septembre.
Le CA 2008 HT (5,5% de TVA) est à 1,98 k€, avec 0,8k€ de résultat.
Le point mort d'un numéro est à 31.000 ex pour 47.000 ex de tirage.
Les invendus représentent 18% des exemplaires envoyés chez les libraires.
L'impression compte pour 28% des charges.
Les frais de structure 21%.
Les frais de reportages (BD et portfolio inclus) 34%.
Les illustrations (direction artistique et maquette incluses)13%.
Les frais de promotion (relations libraires, PLV comptoir) 4%.
La mise de
fond a été de 450K€; 250K€ ont été utilisés pour l'investissement
(pré-maquette, numéro zéro, colonnes en bois pour les libraires, etc.). Le
reste constitue le fond de roulement de XXI.
Les auteurs sont payés avant ou à parution (le remboursements des frais de
reportage et le montant des piges sont précisés à la fin du troisième module
audio de mon billet, module qui est situé sous le paragraphe "Des journalistes
bien payés..."), l'imprimeur à 45 jours, alors que les recettes des
libraires, elles, sont encaissées à 135 jours fin de mois.
Ainsi le CA du numéro mis en vente le 8 janvier, imprimé fin décembre, ne sera
encaissé que le 15 mai.
C'est une contrainte importante par rapport au réseau NMPP (en plus d'une TVA à
5,5% et non à 2,1%).
Critères de qualité valables pour le papier comme sur le
web
(A ce point du billet, les mots et locutions qui apparaîtront en
caractères gras désigneront des exigences qui ont produit le succès de XXI ,
mais qui selon moi s'appliquent également aux projets éditoriaux sur le
web.)
La qualité, en matière de presse, suppose d’abord un
refus des scléroses corporatistes, comme celle qui s’exprime
dans le mot d’ordre « Faites court, les gens ne lisent plus. »
L'exigence d'un journalisme de qualité passe par le rejet du
conformisme professionnel qu'illustre le mot d'ordre répandu dans
presque toutes les rédactions « Restez dans la ligne générale (sous
entendu: ne vous écartez surtout pas de ce que publient les autres organes de
presse); si ce n’est pas dans l’AFP, ce n’est pas de l’actu. »

La rencontre entre l’éditeur Laurent Beccaria et le journaliste Patrick de
Saint-Exupéry était placée sous le signe du refus et du rejet, donc de la
singularité. Laurent Beccaria raconte comment les contraintes
de la presse traditionnelle ont amené Patrick de Saint-Exupéry à chercher, et
trouver une autre approche de l'actualité;
La qualité, en matière de presse, c’est ensuite la
créativité. Prendre le temps de la réflexion pour concevoir un projet,
étudier sa faisabilité sans passer par les normes artificielles du
marketing.
Patrick de Saint-Exupéry et Laurent Beccaria se sont rencontrés chaque
jeudi, pendant plusieurs mois, pour chercher ensemble les modalités pratiques
de mise en oeuvre de ce journalisme singulier et de qualité.

En suivant les stéréotypes du marketing - le lecteur-type, la publicité, la
périodicité, le prix - le projet était condamné par "les professionnels de la
profession". Un jeudi matin, après une nuit passée à exorciser un renoncement
qui semblait inéluctable, une équation à trois paramètres s'est imposée.
C'était la formule de la cohérence.
Des journalistes bien payés, traités comme des
auteurs
Laurent Beccaria parle d'auteurs à propos des journalistes du trimestriel.

Peut-être parce qu'il est éditeur de livres, habitué à traiter avec des
écrivains, maîtres de leur production intellectuelle, mais pas seulement.
La dignité d' auteur attribuée à un journaliste désigne une concentration de
talents qui fait de ce journaliste un aristocrate de la profession. Sans doute
par l'acuité de son regard sur l'actualité. Acuité qui
comporte naturellement une grande profondeur de champ, une
capacité à aller au-delà des faits et des apparences pour
saisir et restituer des phénomènes décisifs. Une capacité à
construire un récit, comme un écrivain mais au service de la
réalité observée. Talent d'écriture aussi. Avec la
probabilité, malgré tout, d'être corrigé et d'avoir, peut-être, à réécrire
plusieurs fois son article
Effectivement, l'écriture est travaillée dans XXI. Cependant...
...Une préciosité stylistique - "le bien écrire journalistique" en
successions de phrases courtes sujet/verbe/complément, fonctionnant de manière
répétitive comme une rythmique disco - m'agace prodigieusement dans certaines
livraisons de XXI.
Quoi qu'il en soit, le
fait que des journalistes soient considérés comme des auteurs prouve que
la profession n'est pas fatalement vouée à la déqualification.
Et la notion d'aristocratie qui s'attache au statut d'auteur renvoie à au
prestige d'une marque média, avec sa
légitimité fondée sur des valeurs reconnues:
fiabilité, singularité, créativité, profondeur. Laurent Beccaria
récuse l'idée de marque media. Il préfère parler de titre.
D'accord: un titre, c'est aristocratique aussi.
La beauté sur papier c'est le rich media sur le
web
Il n'y pas de ligne éditoriale, à XXI. Le contenu de chaque livraison est
déterminé par un engagement:
L'engagement de traiter le réel dans l'actualité constitue
une valeur éthique. Cette valeur est reconnue par les nombreux
lecteurs qui achètent le trimestriel et qui ont assuré un succès surprenant au
coffret de Noël des quatre premiers numéros. Le succès commercial fonde
la légitimité de XXI.
Mais, dans la temporalité dont vient de parler Laurent
Beccaria , et surtout dans la manière de détecter les faits à longue
portée et de les traiter en conséquence, transparaît aussi la
temporalité du rich media qui, sur le web, consiste à
structurer les évènements en fonction de leur
consistance, de leur complexité - un mot que
mon interlocuteur n'aime pas mais tant pis - et dans leur
durée. C'est la même démarche, pour le papier comme pour les
écrans.

Autre analogie entre la qualité de l'information sur papier et
celle de l'information sur écran(s), le culte du beau. Pour
XXI, le choix du format, du papier, de la typographie, des illustrations (
photographie, dessins, bandes dessinées), tout concourt à faire de la revue un
bel objet, dans lequel on a envie de s'immerger rien qu'en contemplant une
couverture belle comme une oeuvre d'art hyper réaliste.
(Sur l'art d'illustrer l'information selon XXI, voir ce
billet dans mon autre blog, "Communiquer par l'image.)
Le travail des directeurs artistiques contribue à installer
l'identité, la singularité. C'est une
inestimable valeur ajoutée.
(Remarque: dans la mesure le rich media numérique exploite pour leurs
spécificités les différents modes d'expression que sont le texte, le son,
l'image fixe et l' image animée, XXI fait en quelque sorte du rich
media sur papier en exploitant pour leurs spécificités la mise en
page, la typographie, toutes les variétés d'images qui s'impriment en noir et
blanc ou en couleurs.)

Rien d'étonnant, dès lors, à ce qu'un projet éditorial aussi
pertinent, aussi cohérent, aussi
exigeant et aussi riche rencontre un public
nombreux, sociologiquement très diversifié.
XXI est un succès transgénérationnel, avec un lectorat composé
de jeunes, de vieux, de citadins et de ruraux, de gens aisés et d'autres qui le
sont beaucoup moins.
Tous aiment lire. Ils dépensent 15 euros tous les trimestres, c'est à dire 5
euros par mois, soit encore 1, 20 euro par semaine parce qu'ils comprennent
qu'ils en ont (largement) pour leur argent.
XXI ne fait pas de cadeaux. C'est la marque de l'indépendance et de la
considération pour les auteurs comme pour les lecteurs. Pas d'abonnements à
tarifs réduits. Pas d'objets promotionnels. Pas de service de presse gratuits
pour les journalistes. XXI n'a de gratuit que la consultation de son blog.

Commentaires
Je suis comme tout le monde: j'admire XXI. Sa ligne éditoriale et la concrétisation trimestrielle de celle-ci, bien sûr. Ici, je voudrais toutefois surtout saluer la pertinence apparente de son modèle économique: l'objet semble devoir générer suffisamment de recettes pour contenter tous ses "stakeholders" (travailleurs, fournisseurs, auteurs...) et actionnaires. Si problème il y a, dans la presse généraliste, c'est que pour sa part, elle n'y arrive plus. Quel que soit le point de vue, ou bien le produit est trop cher pour ce qu'il rapporte, ou bien il ne rapporte pas assez pour ce qu'il coûte.
Jusqu'ici, la question n'a été abordée que du premier point de vue et, dans l'urgence, on réduit les coûts, la qualité diminue et les recettes baissent encore...
Bref, c'est probablement plutôt le "produit" qu'il faut restructurer en profondeur. Pour ça, il faut être un peu visionnaire. Mais la plupart des éditeurs et patrons de presse ont la vue basse. Certains journalistes aussi, d'ailleurs.
Vous avez raison de suggérer que la "recette" de XXI n'est transposable ni à la presse quotidienne imprimée ni aux contenus journalistiques sur le web.
(Webreportage peut être considéré comme l'équivalent web de XXI mais l'analogie s'arrête là, car ce magnifique espace d'enquêtes en rich media est adossé au magazine Geo.)
Ce qui m'intéresse, dans les déclarations du co-fondateur de XXI, c'est l'approche: ne pas faire ce qui existe déjà, ne pas se plier aux artifices du marketing, ajuster les différents paramètres du modèle économique aux ambitions éditoriales et aux contraintes pour obtenir une certaine cohérence. Par cette démarche, Laurent Beccaria et Patrick de Saint-Exupéry avaient fait preuve de créativité, avant même d'avoir publié le premier numéro de XXI.
Manquent de créativité et sont donc condamnés à disparaître les publications qui sur le web reproduisent purement et simplement ce qui se fait sur papier. "Le canard enchaîné" est rentable depuis longtemps dans les kiosques. Son lectorat n'a pas besoin d'un Backchich payant. On pourrait en dire autant de Mediapart et de rue89. Le talent invididuel de tel ou tel journaliste n'est pas en cause: c'est le réflexe de copier pour l'écran ce qui se fait sur papier qui est en cause.
Quant à la presse quotidienne généraliste, je crois avoir montré dans un précédent billet intitulé 'La crise de la presse est parfaitement logique", en quoi elle a failli - comme l'industrie du disque et pour les mêmes raisons - et en quoi elle se condamne à survivre dans la mendicité. Ses dirigeants ont tourné le dos à l'originalité et à la singularité, ses journalistes ont choisi le conformisme et les connivences avec les puissants: le résultat est qu'il n'y aucune raison de payer pour des contenus sans intérêt.
J'ajoute que ce renoncement affecte dangereusement ce qui fut naguère le journal de référence. Je veux parler du "Monde". Je vais sans doute interrompre mon abonnement à sa version électronique car le rapport qualité prix est de plus en plus décevant. Je lis de plus en plus souvent, dans "Le Monde" électronique, des informations dont j'ai pris connaissance deux ou trois jours auparavant dans la presse anglo-saxonne en ligne. Les analyses de fond sont souvent signées par des journalistes qui n'appartiennent pas au "Monde". En dehors de quelques portraits et reportages, on ne trouve plus, au "Monde" de grandes plumes, des éditorialistes qui pensent et écrivent tellement "fort" et "bien" qu'on a envie de conserver leurs textes.
Je ne suis pas en train de dire que "c'était mieux avant". Je constate simplement que la prestigieuse "marque media" a connu, au cours des dernières années une hémorragie de cerveaux, de talents. Elle n'a plus les moyens aujourd'hui d'aller dans les profondeurs de l'actualité pour y chercher les tensions de l'Histoire en train de se faire. Et il semble bien, en outre, que de plans sociaux en départs volontaires, la rédaction soit tétanisée par la pression des actionnaire. Un journal est un "corps vivant" que hémorragie de neurones rend exsangue.
C'est ce qui est arrivé, d'ailleurs, à "Libération" qui fut un quotidien extrêmement créatif sur le plan rédactionnel et sur le plan visuel, avec une culture photographique singulière et exigeante. "Libération" avait eu le courage, à une certaine époque de son essor, de faire de la contre-actualité en publiant de remarquables enquêtes sur des faits divers qui révélaient des aspects cachés de la société française. C'était courageux, instructif, avec une qualité d'écriture louable pour un quotidien.
Les patrons de presse et mes "confrères" journalistes ne peuvent pas se plaindre de la gratuité et continuer à essayer de vendre des contenus qui ne valent pas grand chose.
Cependant des "cas" comme Webreportage sur le web et XXI sur le papier prouvent que la régénération du journalisme est faisable.
J'aime beaucoup l'idée de XXI et Patrick de Saint-Exupéry. Mais il est dommage que ce billet enthousiaste, qui accroche pourtant sur un titre économiste, ne donne pas un seul chiffre.
JR
Aïe ! ça fait mal...Votre rappel à l'ordre est justifié. Honte sur moi.
Tentative de justification:
- j'avais choisi comme angle la créativité journalistique; plus précisément, les préalables à toute créativité - refus des fatalités corporatistes, rejet du conformisme professionnel- et les conditions nécessaires pour qu'un projet à priori impossible prenne néanmoins de la consistance.
- mes billets ont tendance à être trop longs. Dans la nuit de vendredi à samedi, je me suis aperçu que j'avais oublié de traiter la dimension visuelle de la créativité. Dimension essentielle pour XXI. Samedi matin, après le troisième café serré, j'ai rédigé un billet sur l''art d'illustrer l'information selon XXI dans mon autre blog:
http://www.communiquerparlimage.com...
Ces justifications n'excusent pas l'oubli des données chiffrées. On bien je n'utilisais pas le mot "rentable" dans le titre et l'absence de données chiffrées ne posait pas de problème; ou bien j'utilisais le mot "rentable" et il faut que je complète ce billet.
Les données chiffrées apparaîtront, non pas dans les commentaires où elles risquent de ne pas être vues, mais dans le billet, immédiatement après le premier paragraphe.
Merci pour ce rappel à l'ordre.
Le journalisme est une permanente leçon d'humilité.
J'espère aussi qu'il y a du neuf du côté des chiffres et que l'on ne se retrouve pas à commenter avec une grande imprudence toujours les mêmes déclarations sur la "rentabilité" qui relèvent du coup de com classique du premier numéro . Tous mes voeux de succès à XXI qui me rappelle un autre projet équivalent (même format, même ambition), "l'Autre journal" de Michel Butel. Un de mes coups de coeur de jeune journaliste il y a quelques années...
Je ne me serais pas déplacé pour rencontrer Laurent Beccaria si j'avais eu l'impression que les fondateurs de XXI sont des adeptes des "coups de com".
Il me semble, à la lecture de XXI, que ce n'est pas vraiment l'univers des "coups de com". De telles intuitions raisonnées font partie du discernement journalistique.
Les chiffres que vous attendez sont publiés dans le billet grâce au rappel à l'ordre de Jacques Rosselin - qui a eu raison de me tirer l'oreille - rappel à l'ordre que Laurent Beccaria a lu. Il m'a envoyé spontanément les chiffres que vous pouvez analyser désormais.
Excellent merci
Je crois que je vais jeter un œil sur ce nouveau trimestriel. Sans connaitre XXI, le modèle économique me fait penser a Monocle. "Du bon, un peu différent, un peu plus cher". Je me trompe?
Je ne connais pas le modèle économique de "Monocle".
Il me semble que si "Monocle" et XXI partagent une ambition de qualité des contenus, leurs lignes éditoriales respectives divergent: "Monocle" est plus ancré dans l'actualité médiatiquement construite que "XXI" qui s'intéresse davantage aux tendances lourdes, "sous" l'actualité.
Le style de "Monocle" est assez proche de celui qui domine le journalisme conventionnel - ce n'est pas un reproche - alors que le style de XXI se situe quelque part entre le grand reportage et le documentaire.
(Je me demande si, lorsque l'affaire de la Société Générale a été révélée, je n'ai pas puisé quelques précieux éclairages dans votre blog et dans les blogs d'autres personnes travaillant comme vous à Londres, Paris ou New York. Peu convaincu - c'est un euphémisme - par la "communication de crise" conçue par l'agence d'Anne Mémaux pour Daniel Bouton, je m'étais constitué, à l'époque, un échantillon de blogs d'experts. Dont le vôtre, je crois.)
Je vais me procurer un exemplaire de XXI des que possible.
Vous etes dans mon lecteur de RSS depuis janvier 2008, date de cette fameuse affaire... C'est un plaisir de vous lire et je partage un grand nombre de vos idees sur les "journaux".
A tres bientot,
C'est plaisant de lire ça.
Mais ça reste un épiphénomène. La presse magasine -la presse plaisir- d'une manière générale, se porte bien en France.
Si je rejoins les auteurs dans leurs analyses sur le bien écrire et sur le refus des abandons successifs, il faut se garder je crois d'en tirer des conclusions pour le reste de la presse d'information comme pour la presse quotidienne en général.
Sauf votre respect, je ne pense pas avoir "tiré des conclusions pour le reste de la presse d'information comme pour la presse quotidienne en général."
La seule conclusion qui peut être tirée du succès commercial de XXI - mais vous ne semblez pas être en mesure de le faire - c'est que, au rebours de la pente qui entraîne la presse quotidienne nationale d'informations générales vers un inéluctable déclin - la qualité peut être rentable. Il me semble même que c'est le sens du titre de ce billet.
Pour mettre les points sur les "i" - ce qui m'amène à obligeamment décrypter mon propre billet à votre seule intention - il me semble que les quotidiens nationaux d'informations générales devraient fournir un effort de qualité journalistique avant de gémir sur la dévalorisation de leurs contenus et d'aller quémander de l'argent à la puissance publique.
Pour être encore plus précis, je n'ai jamais écrit dans mon billet que les facteurs de succès de XXI sont transposables à la presse nationale quotidienne généraliste quémandeuse.
J'ai tenté de suggérer qu'à partir de cet exemple de succès commercial, le renoncement à la qualité n'est pas une fatalité. Aux journalistes d'en tirer les conclusions qui leur conviennent: continuer à faire de la m.... et aller mendier auprès du gouvernement tout en revendiquant une indépendance et les grands principes de la Liberté, ou opter pour la qualité de l'offre journalistique. Ce qui, j'en conviens, demande en effort peu compatible avec la paresse intellectuelle, le conformisme, la culture de réseaux et la corruption. Mais cet effort évite la mendicité, la dépendance et le mépris des audiences.
Je vous conseille, si vous en avez le temps, de lire les trois billets qui précédent celui-ci et qui sont consacrés aux causes, lointaines et profondes, de l'effondrement intellectuel, éthique et économique de la presse française.
Explications sur lesquelles je serais heureux de recevoir, de votre part, des commentaires moins lapidaires. Tant qu'à réfléchir, autant faire l'effort de dépasser le niveau des brèves de comptoir.
Je trouve rassurant de constater qu'une telle publication trouve sa place dans le paysage médiatique français. Nombreux sont ceux qui fustigent la dégradation du niveau et de la qualité des supports écrits ainsi que leur manque de rentabilité, mais XXI est le parfait contre exemple de cette situation.
J'attire votre attention sur une autre publication de qualité. Elle répond certes à un cahier des charges radicalement différent (dans sa conception et dans son financement) mais elle restitue des écrits de qualité. "Clartés Grandes signatures" est, je le pense, à placer aux côtés de XXI dans les lectures à conseiller au plus grand nombre.
Jérémy Felkowski
Russiactu Prime