Amy Grahan, du blog collectif E-Media Tidbits, a eu l'excellente idée de s'intéresser, dès mercredi soir, à la couverture des attentats terroristes en Inde:

- par les médias traditionnels

- par les réseaux sociaux

- par les blogs.

Le classement opéré par la consultante en communication de Boulder (Colorado) incite à comparer les contenus des trois vecteurs disponibles sur le web. Il résulte de cette confrontation un double constat:

- les réseaux sociaux se contentent de "citer" les contenus des médias traditionnels

- les blogueurs commentent et lancent des initiatives humanitaires.

Bombay_mosaique.jpg

Les "journalistes" citoyens ne produisent ni information ni analyse

Les contenus des blogs n'ont même pas la valeur de témoignages exclusifs. Ils sont d'une parfaite banalité comme ce billet qui raconte comment des individus qui voulaient prendre un verre à une terrasse ont entendu des coups de feu...Souvent, d'ailleurs, les "articles" des "journalistes" citoyens se terminent par "...alors, on a allumé la télé pour savoir ce qui se passe."

Si les "journalistes" citoyens n'ont pas accès aux lieux privilégiés d'observation, ils n'ont pas davantage la capacité de produire la moindre analyse originale sur les tenants et les aboutissants de la tragédie. Reprocher aux services de sécurité de ne pas avoir prévu les attaques ne constitue pas une analyse. C'est une réaction. Elle n 'apporte rien tant qu'elle n'explique pas pourquoi les services de renseignement n'ont rien su.

Les photos de blogueurs ne présentent aucun intérêt. Elles montrent, au mieux, une foule de spectateurs tenue à distance par le service d'ordre; au pire, des débris dans des rues...

Bombay_terroriste_possible.jpg

Le seul document intéressant est celui d'un possible terroriste. L'auteur n'est pas connu. Il peut s'agir d'un employé d'hôtel, d'un otage libéré ou d'un journaliste. En tous cas, c'est un document de presse.

Critique hypocrite des médias et rumeurs symptomatiques

La vacuité du "journalisme" citoyen est comblée par deux réactions significatives:

1) les réseaux sociaux et les blogueurs accusent les médias traditionnels de privilégier le spectaculaire, le sensationnel, l'émotion...

2) les micro-blogeurs font état d'une rumeur selon laquelle les médias traditionnels auraient perturbé le fonctionnement de Twitter.

Bombay_Mumbai_twitter_logo.jpgExcellent exercice de vérification journalistique: dans son souci d'évaluer la consistance de cette rumeur, Amy Grahan découvre que le gouvernement indien "aurait" demandé aux adeptes de Twitter de ne pas renseigner les terroristes en répercutant les mouvements des forces de l'ordre tels que les médias les décrivent (curieux, car les terroristes peuvent écouter directement les médias sans passer par Twitter), que la BBC "aurait" repris un tweet sans le vérifier (étonnant de la part de la BBC). Amy finit par débusquer l'origine de la rumeur chez un abonné de Twitter qui ne réside pas en Inde, mais à Boston (USA)

On peut reprocher beaucoup de failles et de travers aux journalistes - je ne m'en prive pas - mais le fait est que le "journalisme" citoyen est incapable de donner du sens à un évènement soudain comme la tragédie de Bombay ou à un phénomène complexe comme la crise financière.