Attentats de Bombay: "citizen journalists" plus commentateurs que reporters ou analystes
Par Alain Joannes le jeudi 27 novembre 2008, 17:16 - METHODES DE COLLECTE - Lien permanent
Amy
Grahan, du blog collectif E-Media
Tidbits, a eu l'excellente idée de s'intéresser, dès mercredi
soir, à la couverture des attentats terroristes en Inde:
- par
les médias traditionnels
- par les réseaux sociaux
- par les blogs.
Le classement opéré par la
consultante en communication de Boulder (Colorado) incite à
comparer les contenus des trois vecteurs disponibles sur le web. Il résulte de
cette confrontation un double constat:
- les réseaux sociaux se contentent de "citer" les contenus des médias
traditionnels
- les blogueurs commentent et lancent des initiatives
humanitaires.

Les "journalistes" citoyens ne produisent ni information ni
analyse
Les contenus des blogs n'ont même pas la valeur de témoignages exclusifs. Ils
sont d'une parfaite banalité comme ce
billet qui raconte comment des individus qui voulaient prendre un
verre à une terrasse ont entendu des coups de feu...Souvent, d'ailleurs, les
"articles" des "journalistes" citoyens se terminent par "...alors, on a allumé
la télé pour savoir ce qui se passe."
Si les "journalistes" citoyens n'ont pas accès aux lieux privilégiés
d'observation, ils n'ont pas davantage la capacité de produire la moindre
analyse originale sur les tenants et les aboutissants de la tragédie. Reprocher
aux services de sécurité de ne pas avoir prévu les attaques ne constitue pas
une analyse. C'est une réaction. Elle n 'apporte rien tant qu'elle n'explique
pas pourquoi les services de renseignement n'ont rien su.
Les photos de
blogueurs ne présentent aucun intérêt. Elles montrent, au mieux,
une foule de spectateurs tenue à distance par le service d'ordre; au pire, des
débris dans des rues...

Le seul document intéressant est celui d'un possible terroriste. L'auteur
n'est pas connu. Il peut s'agir d'un employé d'hôtel, d'un otage libéré ou d'un
journaliste. En tous cas, c'est un document de presse.
Critique hypocrite des médias et rumeurs symptomatiques
La vacuité du "journalisme" citoyen est comblée par deux réactions
significatives:
1) les réseaux sociaux et les blogueurs accusent les médias traditionnels de
privilégier le spectaculaire, le sensationnel, l'émotion...
2) les micro-blogeurs font état d'une
rumeur selon laquelle les médias traditionnels auraient perturbé
le fonctionnement de Twitter.
Excellent exercice de
vérification journalistique: dans son souci d'évaluer la consistance de cette
rumeur,
Amy Grahan découvre que
le gouvernement indien "aurait" demandé aux adeptes de Twitter de
ne pas renseigner les terroristes en répercutant les mouvements des forces de
l'ordre tels que les médias les décrivent (curieux, car les terroristes peuvent
écouter directement les médias sans passer par Twitter), que la BBC "aurait"
repris un tweet sans le vérifier (étonnant de la part de la BBC). Amy
finit par débusquer l'origine de la rumeur chez un abonné de Twitter qui ne
réside pas en Inde, mais à Boston (USA)
On peut reprocher beaucoup de failles et de travers aux journalistes - je ne
m'en prive pas - mais le fait est que le "journalisme" citoyen est incapable de
donner du sens à un évènement soudain comme la tragédie de Bombay ou à un
phénomène complexe comme la crise financière.
