Signalée par Jean-Luc Raymond, Ushahidi fournit en temps réel des témoignages sur ce qui se passe en République Démocratique du Congo.

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Toute personne qui, sur place, assiste à un évènement significatif peut raconter ce qu'elle a vu par téléphone (SMS, mail) ou par tous les fichiers web via un ordinateur connecté.
Les auteurs des récits sont invités à spécifier la nature des faits qu'ils relatent. Quatorze catégories de faits ( incidents, batailles, pillages, viols, déplacements de populations, épidémies, etc...) permettent à la base de données d'affecter un code de couleurs à chaque type de tragédie.
Ushahidi_verifie_oui_non.JPGLes récits font l'objet d'un classement chronologique et ils sont localisés sur une application Google Maps.
Dès le premier coup d'oeil, l'infonaute appréhende globalement la situation dans deux de ses multiples dimensions: ce qui se passe et où ça se passe. Il est également averti du fait qu'un témoignage a été, ou non, vérifié.
A côté des récits spontanés, il peut consulter une liste d'articles publiés par les médias ordinaires.

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Un exemple de récit (vérifié) a été fourni samedi après midi après l'attaque d'un camp du CNDP tutsi par une milice congolaise MayiMayi. Le témoin fait état d'un massacre en représailles, les combattants tutsis pénétrant dans chaque maison pour abattre systématiquement tous les hommes qu'ils trouvaient sous les yeux de représentants de la force d'interposition de l'ONU, qui ne semblaient pas en état d'intervenir, d'après l'auteur du témoignage.

Un outil adapté aux crises
Ushahidi a été crée au début de 2008 par un groupe de développeurs et de blogueurs qui se méfiaient du traitement de la crise au Kenya par les médias traditionnels.
Ushahidi_diagramme.JPGErik Hersmann, un blogueur américain, fils de missionnaires, est retourné en Floride pour créer une ONG dont plusieurs membres experts en informatique ont construit un CMS ( Système de Gestion de Contenus) facile à déployer. Un système original puisqu'il est capable d'intégrer des SMS dans des formats spécifiquement web.
L'application a d'ailleurs été classée parmi les plus prometteuses de l'année par la célèbre Technology Review du MIT. De plus en plus sophistiquée, Ushahidi a collecté les témoignages sur les évènements du Kenya, puis elle a fonctionné sur les violences contre les immigrants en Afrique du Sud. La voici maintenant en action au Congo.
C'est un outil Open Source, à la disposition de tous. C'est la plate-forme d'information en temps réel la mieux adaptées aux grandes crises.

La vraie place du "journalisme citoyen"
Ushahidi a aussi le mérite de situer enfin et concrètement le rôle du "citizen journalism" dans l'information à l'ère des réseaux.
Par son nom, elle indique que les contenus ne sont pas majoritairement des articles rédigés par des journalistes. "Ushahidi" signifie "témoignage"en langue swahili. Pas "article", ni "éditorial", ni même "reportage" et encore moins "enquête".
Cette salutaire distinction entre "témoins" et "journalistes" signifie que les citoyens peuvent voir des choses que les journalistes ne voient pas; mais ils ne peuvent pas construire l'actualité, c'est à dire donner un sens global, et généralement provisoire, aux évènements.

Il n'y a pas de corporatiste hautain dans le fait de rappeler qu'un témoin n'est pas un reporter et qu'un citoyen n'est pas éditorialiste sous prétexte qu'il publie ses opinions.
Ushahidi_logo.JPGAu contraire. Ushahidi prouve que les journalistes ont absolument besoin de citoyens vigilants qui alertent et qui racontent.

D'abord parce que les témoignages leur permettent de hiérarchiser les évènements à inclure dans le traitement de l'actualité.
Ensuite et surtout parce que plus les gens sur place raconteront ce qui se passe, moins les journalistes seront tributaires des communiqués officiels et des manipulations des pouvoirs en place. Même si un récit ne semble pas fiable à 100% à priori: il appartient précisément au journaliste de le vérifier.
Et puis, certaines de ces humbles "choses vues et racontées à chaud par des non professionnels" auront peut-être une portée historique bien supérieure à celle de nombreuses productions journalistiques.