Le Washington Post propose à l'occasion des élections une carte interactive en rich media.

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Au bas de la carte, une ligne temporelle indique les quantités de documents disponibles tel jour à telle heure.
Le passage du curseur fait apparaître un inventaire des articles de journaux, billets de blogs, fichiers audio, photographies, séquences vidéos, messages au format de micro-blogging selon Twitter.
L'infonaute peut sélectionner tout ou partie de l'offre. Il peut donc suivre cette actualité dans plusieurs registres de traitement de l'information. Simultanément ou successivement. Sur l'ensemble du territoire ou dans une localité particulière.

Comparée aux mappemondes fades et inertes que les sites web des médias français s'obstinent à mettre en ligne, simples numérisations de planisphères imprimées sur papier, la performance technologique des développeurs et infographistes du Washington Post - Dan Berko, Chris Buddie, Jesse Foltz et Steven King - est admirable. Elle semble regorger de réponses variées aux 5 "W" : "What ?", Who?" "Where ?", "When", "Why" ?.

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La prolifération de documents suscite cependant une seconde réflexion sur la manière dont l'évènement est appréhendé par les médianautes et sur le rôle des journalistes dans la mise en oeuvre de cet entendement.

La twitterisation du journalisme
La hiérarchisation des faits, qui aurait dû rester une responsabilité essentielle du journaliste, semble complètement pulvérisée par le mélange de tweets, de posts et clips dont l'origine n'est pas toujours clairement perceptible, pour ne rien dire de leur valeur informative.

Washington_Post_Tweet.jpgLe reproche qui était adressé à France Info en 1987 prend ici une nouvelle acuité. La radio d'information continue place généralement au début de ses sessions, non pas ce qui est le plus important mais - sauf circonstances exceptionnelles comme les élections américaines - ce qui est le plus récent: un faits divers à forte charge émotionnelle qui sera oublié le lendemain prend la place, dans le flux radiophonique linéaire, d'un fait qui aura peut-être une portée historique.

La carte espace-temps interactive du Washington Post n'est évidemment pas un flux. C'est un amoncellement de document relatifs à un évènement. Aucun n'est donné comme plus important que les autres. L'anecdote insignifiante y côtoie, peut-être, le fait porteur d'avenir. Les factoïdes, ou non-évènements qui ont un retentissement non justifié, brouillent la compréhension de l'Histoire en train de se faire. C'est sans doute une des formes de la ''twitterisation'' du journalisme.

Cependant, la sensation de profusion conduit inévitablement à la notion de temps passé par les internautes sur une plate-forme d'information et, donc, à l'économie de l'attention (1) qu'aucun journaliste ne peut désormais ignorer. Eric Sherer, de l'AFP Media Watch a publié cet été un remarquable document de 150 pages sur cet environnement à la fois stimulant et contraignant. Un écosystème qui renvoie au fameux "temps de cerveau disponible" énoncé par l'ancien président de TF1.

Il s'agit bien, avec cette carte, d'attirer l'infonaute sur le site et de l'y retenir le plus longtemps possible, en espérant en outre le fidéliser.
Si l'attractivité des contenus est suffisamment forte, même au détriment de la hiérarchisation des faits dans un premier temps, le médianaute peut à la longue retrouver le goût de l'information - sortir de l'inforexie - et se rallier ensuite aux contenus journalistiquement structurés. Ce dont le Washington Post ne manque pas.

1) Sur l'économie de l'attention, lire aussi l'article de Philippe Chantepie dans "Culture web", pages 495 à 510, notamment page 500.