Le passionnant Online Journalism Blog de Paul Bradshaw a interrogé 200 journalistes dans 30 pays sur leurs pratiques de blogging.

Avant de résumer certaines réponses, les auteurs du questionnaire rappellent que 85% des organes de presse britanniques et 70% des journaux américains mettent des plateformes de blogs à la disposition de leurs journalistes.
Si la moyenne dans le reste de l'Europe tombe à 44%, c’est en grande partie parce que les journalistes français ignorent ou dédaignent cet aspect de leur métier.

Selon une étude publiée en juin dernier par Oriella PR Network et signalée par l'European Journalism Center, l'offre française de blogs journalistiques par les organes de presse (1) est en dernière position (18%), derrière l'offre allemande(31%).

Blogs_de_journaliste_France_en_rouge.jpg

C’est d’ailleurs la raison pour laquelle la moitié des confrères qui ont répondu au questionnaire de l’OJB travaillent aux Etats-Unis, au Canada et en Grande-Bretagne. Leurs réponses éclairent, par contraste, deux des nombreuses failles du journalisme à la française :

Moins de conformisme, moins d'arrogance

1 - Le blogging permet aux journalistes qui s'y livrent de diversifier les sources d’information afin de ne pas être trop tributaires des sources institutionnelles, d’échapper au moins en partie au traitement formaté de l’actualité.

Mon commentaire: à contrario, les journalistes français, qui bloguent peu, produisent globalement une information conformiste et ennuyeuse dont les thèmes sont fixés de manière bureaucratique; c’est, selon moi, une des causes de la fameuse « crise de la presse ».

2 - Le blogging permet aux journalistes qui le pratiquent d’entretenir des relations qualitatives inédites avec leurs audiences. Ils considèrent les lecteurs de leurs blogs comme des co-créateurs de contenus, et non comme des destinataires passifs. Ils les associent parfois à leurs recherches et répondent à leurs perplexités en vérifiant des rumeurs. Ils estiment surtout devoir rendre des comptes aux lecteurs de leurs blogs, plus qu’aux pouvoirs établis.

Mon commentaire: contrairement à leurs confrères anglo-saxons qui bloguent beaucoup et s’en trouvent mieux sur le plan professionnel, les journalistes français qui bloguent peu perpétuent à l’égard de leurs audiences une arrogance qui rappelle celle des intellectuels à l’égard des masses; à cette différence près que, victime de sa technophobie et de sonarrogance, la sous-culture journalistique est assez largement méprisée par les audiences qui s'en détournent. Ce qui réduit la caste journalistique à aller mendier l’aide du pouvoir politique par le truchement d'indécentes bouffonneries baptisées "états généraux".

Les résultats du questionnaire sont tellement riches qu’ils ont fait l’objet de sept billets successifs. Voici les liens qui y conduisent:

Note 1
Note 2
Note 3
Note 4
Note 5
Note 6
Note 7

En plus de ses analyses, Paul Bradshaw fournit énormément de ressources en profondeur sur les nouvelles pratiques professionnelles.

1) L'étude est bienveillante pour les journalistes français car elle prend en compte les plateformes de blogging dans lesquelles les journalistes se contentent de faire copier par leurs secrétaires - car ils ne touchent pas au clavier - les éditoriaux qu'ils destinent aux versions imprimées sur papier. Pour un grand nombre de journalistes français, bloguer c'est faire faxer leurs oeuvres.