Les journalistes français bloguent moins que leurs confrères
Par Alain Joannes le jeudi 30 octobre 2008, 14:43 - DEFIS ACTUELS - Lien permanent
Le passionnant
Online Journalism Blog de Paul Bradshaw a interrogé 200
journalistes dans 30 pays sur leurs pratiques de blogging.
Avant de résumer certaines réponses, les auteurs du questionnaire rappellent
que 85% des organes de presse britanniques et 70% des journaux américains
mettent des plateformes de blogs à la disposition de leurs journalistes.
Si la moyenne dans le reste de l'Europe tombe à 44%, c’est en grande partie
parce que les journalistes français ignorent ou dédaignent cet aspect de leur
métier.
Selon une étude publiée en juin dernier par Oriella
PR Network et signalée par l'European
Journalism Center, l'offre française de blogs journalistiques par
les organes de presse (1) est en dernière position (18%), derrière l'offre
allemande(31%).

C’est d’ailleurs la raison pour laquelle la moitié des confrères qui ont
répondu au questionnaire de l’OJB travaillent aux Etats-Unis, au Canada et en
Grande-Bretagne. Leurs réponses éclairent, par contraste, deux des nombreuses
failles du journalisme à la française :
Moins de conformisme, moins d'arrogance
1 - Le blogging permet aux journalistes qui s'y livrent de diversifier les
sources d’information afin de ne pas être trop tributaires des sources
institutionnelles, d’échapper au moins en partie au traitement formaté de
l’actualité.
Mon commentaire: à contrario, les journalistes français, qui
bloguent peu, produisent globalement une information conformiste et ennuyeuse
dont les thèmes sont fixés de manière bureaucratique; c’est, selon moi, une des
causes de la fameuse « crise de la presse ».
2 - Le blogging permet aux journalistes qui le pratiquent d’entretenir des
relations qualitatives inédites avec leurs audiences. Ils considèrent les
lecteurs de leurs blogs comme des co-créateurs de contenus, et non comme des
destinataires passifs. Ils les associent parfois à leurs recherches et
répondent à leurs perplexités en vérifiant des rumeurs. Ils estiment surtout
devoir rendre des comptes aux lecteurs de leurs blogs, plus qu’aux pouvoirs
établis.
Mon commentaire: contrairement à leurs confrères anglo-saxons
qui bloguent beaucoup et s’en trouvent mieux sur le plan professionnel, les
journalistes français qui bloguent peu perpétuent à l’égard de leurs audiences
une arrogance qui rappelle celle des intellectuels à l’égard des masses; à
cette différence près que, victime de sa technophobie et de sonarrogance, la
sous-culture journalistique est assez largement méprisée par les audiences qui
s'en détournent. Ce qui réduit la caste journalistique à aller mendier l’aide
du pouvoir politique par le truchement d'indécentes bouffonneries baptisées
"états généraux".
Les résultats du questionnaire sont tellement riches qu’ils ont fait l’objet de
sept billets successifs. Voici les liens qui y conduisent:
Note 1
Note 2
Note 3
Note 4
Note 5
Note 6
Note 7
En plus de ses analyses, Paul Bradshaw fournit énormément de ressources en
profondeur sur les nouvelles pratiques professionnelles.
1) L'étude est bienveillante pour les journalistes français car elle prend en
compte les plateformes de blogging dans lesquelles les journalistes se
contentent de faire copier par leurs secrétaires - car ils ne touchent pas au
clavier - les éditoriaux qu'ils destinent aux versions imprimées sur papier.
Pour un grand nombre de journalistes français, bloguer c'est faire faxer leurs
oeuvres.