La crise financière implique un travail collaboratif en essaim
Par Alain Joannes le jeudi 16 octobre 2008, 17:32 - STRUCTURES REDACTIONNELLES - Lien permanent
Un phénomène complexe et durable comme la crise financière appelle un
traitement fiable, riche en angles et aussi didactique que possible.
Dans les médias traditionnels soumis aux flux linéaires, la rigidité de
l’organisation verticale et cloisonnée des rédactions ne favorise ni la
régénération du travail de journaliste ni la productivité.
Les contenus sont toujours conçus et fabriqués selon un schéma
top-down qui va, schématiquement, du rédacteur en chef au reporter de
base en passant par les services spécialisés.

Dérivée des organigrammes militaires, cette structure favorise le contrôle de la ligne éditoriale mais surtout le conformisme. Elle stérilise la créativité et occasionne des gaspillages de temps et de ressources.
Les médias électroniques, en particulier s’ils opèrent en ''rich
media'', sont à priori mieux adaptés au caractère (très) évolutif
de l’actualité boursière. Du moins s’ils renoncent à proposer sur le web ce qui
se fait sur les supports et vecteurs traditionnels.
Le mode
d’organisation adapté au web et à ce type d’actualité (crises,
catastrophes, élections décisives) est celui de l’essaim.
Le fonctionnement réactif et aéré de l'essaim
C’est un dispositif flexible dont l'efficacité opérationnelle dépend de cinq
pré-requis:
1 - Des responsabilités partagées supposent qu’à tout moment
décisif du traitement de l’actualité, chaque partie prenante de l’essaim assume
la "direction" du projet. Il peut s’agir du rédacteur en chef à un moment T, du
chercheur-vérificateur
à un autre moment si sa fonction lui permet de trouver des angles originaux, du
développeur s’il propose des représentations graphiques interactives, du
reporter s’il a trouvé des données qui ne sont pas encore intégrées dans la
production rédactionnelle.
Si la responsabilité principale est située, par convention graphique, en haut
du cercle, le cercle peut tourner pour placer temporairement le reporter en
position de chef de projet.
2 - Une certaine polyvalence est utile
afin que, par exemple, le « recherchiste » (= spécialiste de la
veille et de la vérification des faits) aie de bonnes notions en matière
financière, que le spécialiste des affaires boursières sache ce
qu’un infographiste peut développer en guise d’illustrations
interactives.
3 - Un protocole intériorisé par chacun évite que les
responsabilités soient trop diluées. Ce protocole repose sur le partage
instantané et permanent des informations et ressources, dans le respect du
temps de travail de chacun. (La France est un des pays où la gestion du
temps de tous et de chacun est ignorée, notamment au sein des rédactions où la
perte de temps productif est considérable.)
4 - Des outils de travail collaboratif, sortes de
bureaux
virtuels temporaire. Chaque phénomène de type « crise
financière » peut justifier la création d’un espace électronique dédié
comme, par exemple
la solution gratuite Think Free qui permet de produire, de stocker
et departager des documents, y compris sur des terminaux nomades. N’ont accès à
ces ressources que les journalistes impliqués dans le traitement d’une
actualité précise. La plateforme
Twitter est un exemple d’outils
pertinents dans le traitement d’un phénomène complexe et très
évolutif.
5 - Une méthodologie. Elle dépend, évidemment, du
positionnement de chaque rédaction. En voici une esquisse possible :
- La stratégie éditoriale définit les finalités du traitement d’une
actualité donnée, depuis le rythme de diffusion des alertes jusqu’à un éventuel
DVD ou supplément imprimé.
- La charte éditoriale d’une actualité complexe définit de manière
approximative les parts relatives des contenus textuels, audio et
picturaux.
- L’organisation du travail de chacun fait l’objet d’adaptations périodiques
et concertées.
- Les réunions et conférences de rédaction sont à priori exclues au profit
des communications brèves et ponctuelles.
Dans de telles conditions et quel que soit le nombre de professionnels
impliqués, le fonctionnement de l'essaim est à la fois beaucoup plus réactif
que celui d'une rédaction rigide et cloisonnée et, pour chacun de ceux qui en
font partie, beaucoup plus aéré pour la gestion des blocs de temps.
Un investissement immatériel pour un avantage concurrentiel
L’essaim journalistique économise beaucoup de temps, implique de
manière forte et soutenue tous les acteurs du traitement de
l’actualité, stimule la créativité et la réflexion, anticipe les attentes des
infonautes.
La mise en place d'une organisation de ce type ne s'improvise pas. C'est un
investissement dans l'innovation technologique au service du métier de
journaliste. Le retour sur investissement sera, notamment, mais pas uniquement,
un avantage concurrentiel décisif entre les marques média.
