Quelques outils pour observer et comprendre la crise financière
Par Alain Joannes le lundi 6 octobre 2008, 17:49 - METHODES DE COLLECTE - Lien permanent

Quand l’actualité évolue très vite et quand tous les organes d’information
tentent de la traiter au plus près du temps réel, les sources sont tellement
nombreuses et redondantes que le journaliste risque l’égarement de la
raison.

Ajoutés à la dimension mondiale et au caractère multiforme de la crise, la
profusion de dépêches et l’emballement médiatique saturent l’entendement.

Pour comprendre, raconter et expliquer, il faut paradoxalement restreindre le
nombre d’outils d’observation.
Les alertes des sources fiables
Dans la répartition que je préconise entre recherche active et collecte
passive, cette dernière rationalise la frénésie de nouvelles grâce aux alertes
qui, comme celles du Wall
Street journal du New York Times ou du
Monde, moins réactif mais
donc plus sélectif, délivrent les faits bruts les plus récents en une seule
ligne sans omettre de les relier à une ou plusieurs explication(s)
disponible(s) quelques minutes plus tard.

Un moteur singulier
Je ne citerai pas, par charité, les moteurs classiques qui produisent au
mieux du conformisme en proposant tous les mêmes dépêches dans le même ordre,
au pire des réponses qui n’ont aucune pertinence. Deux exceptions
cependant.
D’abord Google qui dénichait ce lundi un intéressant
podcast délivré par l’école HEC de Lausanne: six minutes d’analyse
par un professeur d’économie de Harvard.

Ensuite, et c’est la bonne surprise, le moteur Echonimo, développé par le site
Retronimo.
Echonimo est précieux en ces temps fébriles
parce qu’il ne propose que 116 réponses à la requête « crise
financière » (Google en déverse cinq millions) et parce que ces résultats
d’origines diversifiées mais très pertinents sont chronologiquement répartis
entre une "actualité du jour" et une "actualité de la semaine". Le journaliste
peut, dès lors, construire son récit et le mettre en perspective.
Annuaires et portails
Pour prolonger cette mise en perspective- exercice qui oblige à prendre du
recul sans renoncer à l’instantanéité – rien de tel qu’un portail ou annuaire,
répertoire de sites spécialisés bien classés.

Finaperf est celui
qui contient les ressources les mieux adaptées au suivi de l’actualité avec un
minimum de distanciation.
Il est à peine plus performant que le portail Ernstrade, lui aussi passionnant. Ces
deux voies d’accès aux gisements électroniques de données et d’analyses
permettent de sélectionner des sources à consulter régulièrement pendant la
durée de la crise.

Effondrement du "journalisme citoyen"
Pas grand-chose du côté des blogs. La crise financière montre les limites du
soi-disant "journalisme citoyen", mythologie du Web 2.0 qui s'effondre dans les
mêmes profondeurs abyssales que les indices boursiers.
La raison en est que si des citoyens peuvent évidemment publier leurs opinions
sur la crise - opinions généralement copiées sur celles des gourous médiatiques
qui disent tous les mêmes choses- les citoyens sont beaucoup moins aptes que
les journalistes à trouver et à structurer les données et les analyses qui
permettent de comprendre et d'expliquer le cours des évènements. Ces évènements
démontrent qu'il peut y avoir des citoyens témoins, des citoyens commentateurs
et des citoyens vigilants à l'égard des médias, mais qu'il ne peut pas y avoir
de citoyens journalistes pour la simple raison qu'ils n'ont pas les moyens,
l'organisation et les procédures dont disposent les rédactions.
Fulgurance et complexité
Seuls importent, en ces temps de fulgurance et de complexité, les blogs
d'experts, comme celui de Nouriel Roubini évoqué dans un précédent
billet. Blog tellement pertinent que Martin Wolf, éditorialiste du
Financial Times, avait repris le scénario en 12
séquences de la crise en cours. C’était le 21 février 2008 sur le
site Contre Info.
Contre Info est à
consulter périodiquement
en raison de la diversité et de la qualité
de ses contributeurs.Pas vraiment didactique mais utile, quand même, pour qui
veut comprendre ce qui se passe en évitant les fadeurs médiatiques. Ce site se
donne pour ambition de diffuser «Les infos absentes des prompteurs des
journaux télévisés ».
Il est donc salutaire.