Webreportage de Géo récompensé aux Etats-Unis
Par Alain Joannes le lundi 22 septembre 2008, 20:55 - COMMUNICATION INTERACTIVE - Lien permanent
Meilleur
site d’information en rich media selon ma conception du rich media (1)
Webreportage de
Géo vient d’être récompensé à
Washington par la Online News Association.

La distinction concerne ce que j’ai
salué dès la naissance du site il y a un an: « capacité à
raconter une histoire à un public d’internautes en utilisant l’interactivité,
les animations électroniques, les photos, l’audio et la vidéo. »

(Photo Ashleigh Bennet/Morgan Phelps)
A première vue, le palmarès de l’édition 2008 n’est pas très
enthousiasmant : vingt quatre récompenses, c’est beaucoup surtout quand on
y retrouve Reuter, CNN, le Washington Post et le New York Times. Il est vrai
que ces organes d’information investissent énormément dans le journalisme
électronique et que sur certains évènements, ils lui donnent ses lettres de
noblesses.

Le fait important est que le Webreportage de Géo est le seul site français
dans le palmarès où ne figurent que quatre lauréats non américains.
Webreportage de Géo a été choisi par une centaine de journalistes parmi 800
sites dans sa catégorie.
Et cette appréciation, qui vaut tous les trophées : « Un des
meilleurs exemples de
profondeur et de richesse dans une approche fluide et claire.
»
Exactement ce dont le journalisme français a besoin pour se re-légitimer.
1) Rappel: Largement développée, illustrée et discutée dans
ce blog, ma conception du rich media se distingue de ce que recouvre le terme "
multimedia" dans son utilisation la plus fréquente – du texte partout, une
photo ici, un son là, une vidéo ailleurs – par ,au moins, deux
exigences:
- structurer les contenus selon une stratégie éditoriale cohérente
- affecter aux modes d’expression les plus pertinents (textes,images, sons, liens) les différentes composantes d’une information et articuler les modules ainsi constitués de manière ergonomique. Ce que fait parfaitement le site Webreportage de Géo.
Commentaires
C'est une juste récompense... D'ailleurs, on ne peut pas dire que votre post arrive après la bataille, ça fait un moment que vous en faites la promo sur ce blog. Seule réserve toute personnelle sur les web-reportages : le choix des couleurs de la maquette. L'association vert-noir est... comment dire... osée !
Plus largement, sur les vertus du rich media...
Il y a un mois environ, je regardais dans Envoyé Spécial un reportage de Manon Loizeau, genre carnet de voyage, en Géorgie quelques semaines après le début des affrontements.
Le sujet était magnifique, mais laissait naitre un énorme sentiment de frustration.... La journaliste faisait très souvent références à la géographie des lieux... mais avec une seule voix off, difficile de réellement comprendre... On sentait pourtant qu'au montage, la journaliste avait fait un réel effort de pédagogie dans son commentaire pour essayer de replacer ces images très "fortes" (des vieillards abandonnés par les deux camps, sans nourriture...) dans leur contexte. L'intention était très louable, mais elle tombait à plat, les explications étant "bouffées" par les images. On aurait également aimé que la journaliste raconte les coulisses de ce reportage.
Finalement, en collectant des infos éparpillées sur le net, j'ai réussi à trouver une carte grossière de cette zone des villages, quelques éléments de géopolitique, notamment sur le peuple abkhaze, ainsi qu'un témoignage sur le blog de Capa de la journaliste. Bref, il m'aura fallu une heure pour trouver tout cela... il aurait sans doute été plus simple de le retrouver en un seul endroit...
D'autant plus que j'imagine que dans le coût d'un tel reportage, la création d'un mini-site et de quelques infographies ne doit pas coûter grand chose à France2. Le matériau vidéo est déjà disponible et c'est peut-être l'occasion de valoriser certains rushs intéressants qui finiront dans les tiroirs...
Bref, tout cela pour dire que votre prosélytisme rich médiatique est convainquant.
Au plaisir de vous lire
Sur la charte graphique de Geo Webreportage: l'association "noir-vert-blanc" est effectivement osée et peut être perçue de manière agréable ou désagréable.
En tant qu'auteur d'un autre livre et, donc, d'un autre blog:
http://www.communiquerparlimage.com
j'avance les explications que voici: depuis les recherches de Goethe et Itten sur les contrastes de couleurs, je considère les alliages comme des accords musicaux - au moins trois notes simultanément perçues - avec des effets harmoniques qui peuvent être dissonants. Votre réaction suggère que vous percevez l'alliage noir-vert comme une dissonance.
Mais le premier résultat de cet effet recherché et qu'il ne passe pas inaperçu. De fait, un vert fluo sur un noir profond a la même efficacité, sur le plan de la visibilité, que le "jaune sur noir", trop usité. Le vert de Webreportage a d'ailleurs la même luminescence que le jaune de la signalétique.
Donc, visibilité assurée mais pas dans la banalité du "jaune sur noir" grâce à une dissonance. (Mozart se distinguait de Haydn en utilisant plus souvent que son modèle la dissonance de la septième de dominante et Mozart est moins "banal" que Haydn) Mais aussi, revenons à Géo, singularité d'un code de couleurs qui appartient à cette marque media sur le web.
Regardant peu la télévision qui m'ennuie prodigieusement par sa fadeur journalistique et l'asservissement de ses flux, je n'ai pas vu ce reportage. L'analyse que vous en faites en tant qu'internaute est intéressante; je serai peut-être amené à vous citer.
Vous soulignez en effet une double dimension importante, qui est celle de la réflexion préalable, de l'anticipation et, donc, de la stratégie éditoriale.
Il n'y a pas de stratégie éditoriale adaptée aux attentes des médianautes dans la presse française, sauf chez Géo. Cette faille (racine de faillite) est d'autant plus incompréhensible que, comme vous l'écrivez, le rich media ne coûte pas cher. Il s'agit donc d'une déficience intellectuelle.
Dans le cas que vous citez, une stratégie éditoriale adaptée à notre époque aurait consisté à prévoir un blog comme journal de tournage, un site en rich media très structuré (pléonasme selon ma conception) et enrichi (re-pléonasme avec rich media) de liens d'approfondissement.
Ce qui vous aurait permis d'apprécier la version télévisée d'un reportage, non pas "décliné", mais conçu aussi pour le web et peut-être pour un DVD ultérieur par le texte, les photos, y compris les diaporamas la cartographie, les animations électroniques, les rushes du making off, l'audio y compris la musique des populations, les liens vers des gisements de connaissances et de savoir.
Cette réflexion est étrangère à la mentalité du journalisme français plus enclin à mendier des aides à l'Etat pour compenser les conséquences de ses propres insuffisances.
Merci pour votre contribution.
Merci de votre réponse.
Quelques remarques (un peu décousues, je le reconnais)
- sur la première partie de votre commentaire... Je n'ai certes pas votre bagage théorique mais l'utilisation du noir n'est-elle pas, dans la sémantique des couleurs, un gage de sérieux et d'une certaine gravité dans le sujet traité ?
- sur la dernière phrase de votre commentaire, le lecteur régulier de votre blog reconnaitra votre plume trempée dans une encre un brin défaitiste et septique sur le paysage médiatique national.
- Enfin, le reste de votre commentaire me suggère une question. Vous parliez d'une "défaillance intellectuelle" ne permettant pas d'adapter des stratégies rich media sur le web. Au-delà de la technophobie des journalistes (pour vous plagier), est ce que cette « faille » n’est-elle pas due en partie à un héritage historique. En gros, à une vision très sectorisée du métier : le journaliste est soit un journaliste de presse écrite, soit un JRI, soit un reporter radio… Entre les compétences nécessaires à chacun de ces médias, les passerelles sont finalement assez limitées. Cette absence n’est-elle pas handicapante pour acquérir une certaine souplesse d’esprit et une imagination éditoriale. Qualités que la conception d’une stratégie en rich media nécessitent ?
J’ai parfois l’impression étrange que certains journalistes, sans doute très compétents dans leur média historique, se sentent menacés par le web. Ils sont un peu engoncés dans leur pratique professionnelle, mal à l’aise dans un média par nature multi-médias, avec beaucoup moins de contraintes (pas de durée, pas de feuillets,...)
Au plaisir de vous lire
Vous avez raison. Le noir est généralement perçu, dans la culture occidentale, comme un "signe" de profondeur, d'austérité, donc de sérieux et de gravité. Cette interprétation, donc l'intention du designer, n'exclut pas le souci de visibilité par le contraste des couleurs.
Vous avez encore raison sur le ton sardonique de la dernière phrase de ce billet en particulier et de la tonalité de ce carnet en général lorsqu'il s'agit du journalisme à la française. Mais ce défaitisme concerne les journalistes de ma génération auxquels ce blog ne s'adresse pas, à quelques très rares exceptions près. Ce blog s'adresse aux jeunes et aux futurs journalistes, pour lesquels j'investis une partie de mon temps.
Sectorisation professionnelle comme origine possible de la technophobie: il me semble que dans d'autres pays comparables, la sectorisation existe aussi sans produire les mêmes effets. Cette spécialisation est inhérente, sans doute, à la nature industrielle du traitement médiatique de l'information.
Cependant, pour avoir débuté comme localier dans un quotidien régional, je sais que la sectorisation que vous évoquez n'est pas une fatalité: nous écrivions, assurions les prises de vues photographiques avec développement des pellicules et tirages sur papier; nous étions responsables de la fiabilité nos écrits comme de la qualité informative de nos photos. Un photographe professionnel était à notre disposition pour les évènements spéciaux, faits divers ou autres.
Personnellement j'attribue la technophobie des journalistes français à la distinction très hexagonale entre travail intellectuel et travail manuel. J'ai vu des journalistes qui, dans les années quatre-vingt, ont refusé l'ordinateur au prétexte qu'ils n'avaient plus à dicter le produit de leur cerveau à une dactylo, travailleuse manuelle. En France, les élites sont forcément intellectuelles et ne travaillent pas de leurs mains. Dans les aéroports américains, on voyait, dans les années quatre-vingt dix, des cadres supérieurs et PDG travailler sur leurs ordinateurs. Leurs homologues français ne touchaient jamais à un clavier. Ils se faisaient imprimer leurs courriels par leurs assistantes manuelles. C'est un peu moins vrai aujourd'hui à cause de la pub qui répand un modèle valorisant de dirigeant hyperconnecté.
Mais, chez les journalistes français de ma génération, la haine de la technologie est latente. Elle se déguise dans ce que j'appelle le bonaldisme (= "c'est formidable mais ça ne marche pas); dans le culte du gadget socialement valorisant (Blackberry); dans l'anti-américanisme (après la NSA qui espionnait les brillants esprits hexagonaux, Blackberry aurait travaillé pour la CIA et Google coopèrerait avec la Maison Blanche...) Ce sont les confortables légendes urbaines de la technophobie française: j'en capte tous les jours sur France Info et dans les quotidiens, y compris parfois dans les contensu de l'AFP...Au lieu de chercher à maîtriser les outils susceptibles de régénérer leur métier, les journalistes français répudient la technologie en se persuadant que cette posture fait d'eux des intellectuels.
A tort ou à raison, je fais le pari que les jeunes et futurs journalistes surmonteront cette inhibition et compenseront le "retard français" imputable aux journalistes de ma génération.
Lesquels, vous avez encore raison, se sentent menacés par le web qu'ils détestent parce qu'ils l'assimilent à du travail manuel, dévalorisant à leurs yeux. Par peur d'un déclassement vers le travail manuel et aussi par paresse, ils ne cherchent pas à maîtriser les outils informatiques et les réseaux électroniques. Ils évacuent leur culpabilité dans de hargneuses frayeurs corporatistes. C'est ce que Bourdieu appelait "la sous-culture journalistique."
Addenda (à chaud) à notre discussion précédente...
A l'instant, au moment de rendre une pige, je viens d'enseigner à un rédacteur en chef d'un hebdo très connu une manipulation informatique infiniment compliquée : comment sous Word compter le nombre de signes d'un article !
Technophobes, vous disiez technophobes ?
Que vous disais-je à propos de la technophobie ? Cependant, je nuance: ignorer une fonctionnalité informatique est, selon moi, moins affligeant que d'empêcher la mise en oeuvre des fonctionnalités informatiques et celles des réseaux.
Car refuser d'envisager - donc retarder - l'exploitation des technologies numériques c'est, non seulement, empêcher la maîtrise de leurs nouveaux outils par les journalistes mais aussi stupidement faire perdre à l'entreprise de presse des gains de productivité.
Car je soutiens qu'une utilisation rationnelle des outils informatiques et des potentialités des réseaux électroniques génère des gains de productivité, au sens le plus élevé du mot "productivité": faire plus et mieux en perdant moins de temps et d'énergie. Ces gains de productivité que la technophobie rejette stupidement sont nécessaires à la survie économique des organes de presse et doivent donner aux journalistes plus de temps pour la réflexion et la créativité.
Ceux dont la technophobie empêche l'industrie française de l'information d'exploiter les outils et procédures de notre époque iront bientôt mendier des subsides étatiques pour " sauver le pluralisme et l'indépendance de la presse.
La presse n'est pas seule à dépérir pour cause de technophobie. Une récente enquête internationale place l'ensemble des entreprises françaises au 20ème rang pour l'exploitation des technologies numériques.