Jean-François Kahn à "Marianne": réponses à apprendre par coeur
Par Alain Joannes le mardi 1 juillet 2008, 14:16 - FONDAMENTAUX - Lien permanent
A lire de toute urgence et à conserver précieusement, l'entretien que
Jean-François Kahn accorde à l'hebdomadaire "Marianne" N° 584, en kiosques du 28 juin au 4
juillet 2008. Rien que pour ces quatre pages, c'est un numéro
historique, un collector. Les écoles de journalisme devraient en
imposer une lecture commentée à tous leurs étudiants.

Le seul problème que posent les réponses de Jean-François Kahn aux questions
de Michel Azaïs, c'est, d'une part, le choix entre les réflexions à longue
portée et les jugements acérés sur les journalistes en vue et, d'autre part, le
nombre de citations que l'on peut s'autoriser sans sombrer dans le plagiat au
détriment de "Marianne". Deux réflexions et deux citations ne devraient pas
nuire aux ventes de l'hebdomadaire, ni à ses abonnements en ligne.
Les vices cachés du journalisme à la française
La notion d'asservissement volontaire relie ces deux phrases: "Quand
j'ai commencé dans cette étrange profession, à la fin de 1959, il y avait de
nombreux journalistes issus de la Résistance dans les quotidiens; mais beaucoup
des petits et des grands chefs(...) venaient du vichysme ou avaient donné dans
la collaboration."Voilà pour le passé.
Le présent: "J'ai été très marqué, et je le suis encore, par cette
propension de certains journalistes, au nom de leur réussite sociale, ce que je
peux comprendre, à se laisser happer par l'émanation du pouvoir et de
l'argent."
Deux jugements vérifiés et vérifiables:
Jugement N°1, vérifié par l'auteur de ce blog: "(...) l'article de
"Marianne" qui présente Jean-Claude Dassier comme un grand pro estimé de ses
pairs m'a fait (un peu) rigoler."
Jugement N°2, facilement vérifiable: "Jean-Michel Aphatie, autre cas
hélas, de soumission volontaire à la pensée dominante, explique que tout va
pour le mieux dans le meilleur des mondes médiatiques."
Avantage au web
Je suis d'accord
avec Jean-François Kahn quand il prévoit que la situation des
médias classiques va s'aggraver et je souscris, évidemment, à l'idée que la
crise des médias classique ne peut que profiter
au web.
Une dernière pour la route ?
"Pourquoi de plus en plus, de nos jours, les mauvais sont-ils plus
systématiquement promus que les bons ?"... Je ne cite pas la réponse,
exprès pour vous obliger à lire l'intégralité de ce manifeste.
Vite, aux kiosques citoyens !

Commentaires
je suis d'accord avec vous concernant les problèmes qu'endure la presse écrite au profit de la presse electronique. mais est ce que cette mutation du paysage médiatique est totalement bénéfique? n'est il pas plus juste de chercher à faire l'équilibre entre les deux et de garder le rôle de la presse écrite dans la société? ou bien c trop tard pour le faire?
N'oublions pas que l'Internet n'est pas accessible à tout le monde et surtout les sites à vocation informative... n'est il donc pas un gachi de n'égliger la diversité des supports en raison du plus fort?
Merci, Henda, pour votre commentaire qui incite à réfléchir dans deux directions passionnantes.
La première concerne les évolutions respectives de la presse traditionnelle et de l'information électronique. Si on regarde dans le rétroviseur, on constate qu'aucun moyen d'information nouveau n'a détruit les précédents moyens d'information: l'arrivée de la radio n'a pas détruit la presse écrite, l'arrivée de la télévision n'a détruit ni la radio ni la presse écrite. Même si le passé n'est pas forcément pertinent pour comprendre ce que l'avenir peut être, il n'y a aucune raison de croire que l'information sur internet va détruire l'information télévisée, radiophonique et imprimée. Le premier problème que vous nous incitez à examiner est celui du rôle de la presse écrite dans les quatre dimensions actuelles de la communication (papier, radio, télévision, internet). On peut, à mon avis, chercher des débuts de réponses dans les usages et les pratiques des audiences; à quels moments, les infonautes sont ils disponibles pour s'informer sur un support papier ? Il faut aussi et en même temps s'interroger sur les contenus que la presse écrite à intérêt à proposer pour se différencier des contenus proposés sur le web.
Je suis enclin à penser que la réponse à la premier question - disponibilité des audiences - représente 40% de la solution de survie de la presse écrite et que la réponse à la problématique des contenus est, à 60%, la plus cruciale. C'est une réflexion réellement stimulante et je suis certain qu'il n'est pas trop tard pour la mener en profondeur.
La deuxième piste que vous ouvrez est celle qu'on appelait naguère la "fracture numérique", c'est à dire l'inégalité d'accès des populations à l'information sur le web. Rien que pour résister à cette inégalité, il faut que la presse écrite perdure. Mais elle doit le mériter.
Intuitivement, je me demande si la liberté de ton (qui est plus facile à assumer sur internet que dans les médias traditionnels) ne sera pas diffusée oralement et sans doute diluée par les internautes - dans les familles , dans les entreprises, en milieux associatifs - auprès des fractions de la population qui ne peuvent accéder à internet.
Les leaders d'opinion naturels ont toujours compensé de manière salutaire le conformisme des médias et exerçant dans les interstices de la société une fonction critique. Si l'information sur le web trouve sa légitimité en associant la liberté à la responsabilité, les relais d'opinion en feront profiter ceux qui devront se contenter de la presse écrite. Laquelle n'est pas fatalement vouée à la médiocrité.