Reconfigurations rédactionnelles
Par Alain Joannes le mercredi 25 juin 2008, 17:05 - DEFIS ACTUELS - Lien permanent
Les difficultés que semblent éprouver de nombreux organes de presse à
s’adapter aux nouvelles conditions de collecte, de traitement et de diffusion
de l’information viennent manifestement d’une incapacité à concevoir une
organisation pertinente.
C’est pourtant le moment de se montrer imaginatif car, comme l’écrit Yvon
Pesqueux, chercheur au CNAM (1), « les périodes propices à
l’innovation sont celles où le système technique existant commence à se heurter
à des difficultés de fonctionnement qui mettent en évidence des problèmes
structurels ». Nous y sommes.
Processus industriel inadapté à l'évolution
technologique
Une réflexion sur les problèmes d’organisation dans l’industrie de
l’information doit d'abord essayer de comprendre ce qui se passe dans son
processus confronté à l'évolution du système technique:

Dans le système technique qui régit encore le fonctionnement de l’industrie
de l’information, la séquence de la collecte est la moins menacée car aucun
dispositif ne peut se substituer à celui que constituent les agences de presse,
les envoyés spéciaux permanents, les reporters, les rédactions, chaque entité
disposant d'innombrables réseaux d’informateurs et respectant des procédures
globalement fiables.
C’est le traitement du produit de la collecte qui commence à poser des
problèmes en raison des modes de « consommation » de l’information
par les infonautes (lecteurs-auditeurs-téléspectateurs-internautes). Quant à la
diffusion de l’information, elle correspond de moins en moins aux modes de vie
des audiences.
Ajuster les pratiques professionnelles aux usages des
audiences
Pour que la séquence "Diffusion" du processus industriel passe au vert, elle
doit devenir "multicanal". Pour que la diffusion- séquence cruciale puisqu'elle
est censée toucher les audiences - devienne "multicanal", la séquence
précédente, celle du traitement, doit adopter l'approche rich media.
Pour que l'approche rich media soit efficace et productive, la
séquence de la collecte doit ajouter à ses procédures éprouvées la polyvalence
des journalistes. En procédant à ces transformations, le processus séquentiel
de l'industrie de l'information se conforme tout simplement à l'évolution de
son système technique et surtout aux usages que les audiences font,
aujourd'hui, de ce système technique.

Si les entrepreneurs de presse et les journalistes veulent s’adapter aux
comportements actuels et futurs de leurs audiences, ils doivent d’abord
transformer radicalement leurs conceptions de la diffusion. Ce qui signifie,
notamment, pour la presse écrite, que le site web d’un journal ne doit plus
être la réplique statique de ce qui a été imprimé, que le site web d’une
station de radio doit intégrer la photo et la vidéo, que le site web d’une
chaîne de télévision doit être plus interactif et aller plus en profondeur dans
le traitement de l’actualité.
Multicanal, donc rich media, donc
polyvalence
La diffusion « multicanal » a pour conséquence, en amont, la mise
en œuvre de contenus en rich media, pas seulement pour agrémenter un site mais
pour réviser complètement les modes de traitement de l’actualité :
décomposition d’une information en faits, décomposition des faits en unités de
sens, affectation à chaque unité de sens du moyen d’expression le mieux
adapté : texte, sons, images fixes ou animées. A l'occasion des récentes
inondations le long du Mississipi, Poynter
Online, un site américain de journalisme électronique, mais pas
seulement, a fourni des sources de données qui correspondaient très exactement
à cette approche en rich media telle qu'elle est proposée dans mon
livre:

En outre, l’approche rich media » ne se conçoit qu’en fonction d’une
stratégie éditoriale qui passe par des modalités de diffusion…
… et par une exploitation pertinente des
canaux de diffusion : de l’information la plus urgente et la plus légère
affectée prioritairement aux réseaux sans fil jusqu’ aux dossiers les plus
lourds et les plus profonds qui peuvent être réservés aux sites web ou aux
DVD.
Le
traitement ainsi adapté au nouveau système technique qui régit le
fonctionnement de l’industrie de l’information exige une certaine polyvalence
des journalistes, notamment au niveau de la collecte. Il requiert également la
mise en place de nouveaux
métiers de l’information comme celui de chercheur-vérificateur. Au
fur et à mesure que s’accomplissent ces évolutions, une transformation
organisationnelle s’impose.
Les
rédactions sont des dispositifs issus de systèmes techniques. Si les
dispositifs ne changent pas en même temps que les systèmes techniques, ils
créent des problèmes structurels.
1)Yvon Pesqueux, « Organisations : modèles et représentations »,
PUF.
