Les basculements technologiques font surgir de nouveaux défis. Confrontée à l’expansion du web comme gisement et diffuseur de contenus, l’industrie de l’information doit relever les défis de l’instantanéité et de la fiabilité. Une des réponses possibles consiste à créer un métier de presse spécialisé dans la recherche et l’évaluation des sources et dans la vérification des faits.

Un professionnel en charge de la recherche journalistique ne peut évidemment pas se contenter de formuler une requête sur Google. Il doit se spécialiser dans les technologies du langage, inventorier les moteurs de recherche, étudier les algorithmes qui les singularisent et assurer une veille permanente dans cet univers en plein développement. Avec ce premier socle de compétences, il est en mesure de conseiller l’ensemble de la rédaction en recommandant certains moteurs, en élaborant et en améliorant des méthodes originales, en assumant les investigations en ligne dans les situations d’urgence. Il pourra également être amené à assurer une formation élémentaire au sein de la rédaction.
Nouveau_metier_figure_1.jpg A ce même professionnel sera confiée la responsabilité d’assurer en permanence une évaluation des sources – bases de données, portails, sites web, blogs, wikis – qui lui seront soumises par ses confrères de la rédaction. Cette évaluation devra porter d’abord sur la fiabilité, ensuite sur la productivité des gisements de données et d’informations. Concrètement, il devra être en mesure de dire que tel site est fiable mais qu’on y trouve pas grand-chose de pertinent ou que tel blog est à la fois riche et dynamique mais que sa fiabilité est douteuse. Ses trouvailles dans les technologies et méthodologies de la recherche ainsi que ses évaluations feront l’objet d’une communication hebdomadaire à l’ensemble de la rédaction.
Nouveau_metier_figure_2.jpg Enfin, toute enquête jugée sensible par la rédaction devra être soumise à ce vérificateur. Il devra être en mesure de corriger les éventuelles erreurs factuelles, d’émettre un doute sur certaines assertions, de suggérer des éléments susceptibles d’enrichir l’article. Selon les rédactions, l’autorité de ce chercheur-vérificateur pourra relever de la simple légitimité de compétence, si ses expertises sont spontanément reconnues, ou d’une position hiérarchique qui le situe au rang de rédacteur en chef adjoint.
Nouveau_metier_figure_3.jpg Ce nouveau métier apporterait aux organes de presse – pas seulement sur le web – des gains de productivité au niveau de l'élaboration et de l'enrichissement des contenus ainsi qu’une valeur ajoutée inestimable en ces temps de faux SMS, de décès prématurément annoncés et d'excuses cauteleuses pour des "confidentiels" inventés. Le premier site d’information qui pourra se prévaloir d’un tel spécialiste bénéficiera, dans le contexte actuel plutôt délètère, d’un avantage concurrentiel. Productivité et différenciation justifient en cette période de basculement technologique un investissement humain, ce qui suppose un salaire décent. Nouveau_metier_figure_4.jpg La formation à ce nouveau métier devra englober certains aspects de la linguistique et de la sémiologie, de la programmation, la connaissance des réseaux ainsi que de solides bases journalistiques et une vaste culture générale.