Un métier à inventer: chercheur-vérificateur
Par Alain Joannes le samedi 7 juin 2008, 20:56 - DEFIS ACTUELS - Lien permanent
Les basculements technologiques font surgir de nouveaux défis. Confrontée à
l’expansion du web comme gisement et diffuseur de contenus, l’industrie de
l’information doit relever les défis de l’instantanéité et de la fiabilité. Une
des réponses possibles consiste à créer un métier de presse spécialisé dans la
recherche et l’évaluation des sources et dans la vérification des faits.
Un professionnel en charge de la recherche journalistique ne peut évidemment
pas se contenter de formuler une requête sur Google. Il doit se spécialiser
dans les technologies du
langage, inventorier les moteurs de
recherche, étudier les algorithmes qui les singularisent et
assurer une
veille permanente dans cet univers en plein développement. Avec ce
premier socle de compétences, il est en mesure de conseiller l’ensemble de la
rédaction en recommandant certains moteurs, en élaborant et en améliorant des
méthodes originales, en assumant les investigations en ligne dans
les situations d’urgence. Il pourra également être amené à assurer une
formation élémentaire au sein de la rédaction.
A ce
même professionnel sera confiée la responsabilité d’assurer en permanence une
évaluation des
sources – bases de données, portails, sites web, blogs, wikis –
qui lui seront soumises par ses confrères de la rédaction. Cette évaluation
devra porter d’abord sur la fiabilité, ensuite sur la productivité des
gisements de données et d’informations. Concrètement, il devra être en mesure
de dire que tel site est fiable mais qu’on y trouve pas grand-chose de
pertinent ou que tel blog est à la fois riche et dynamique mais que sa
fiabilité est douteuse. Ses trouvailles dans les technologies et méthodologies
de la recherche ainsi que ses évaluations feront l’objet d’une communication
hebdomadaire à l’ensemble de la rédaction.
Enfin,
toute enquête jugée sensible par la rédaction devra être soumise à ce
vérificateur. Il devra être en mesure de corriger les éventuelles erreurs
factuelles, d’émettre un doute sur certaines assertions, de suggérer des
éléments susceptibles d’enrichir l’article. Selon les rédactions, l’autorité de
ce chercheur-vérificateur pourra relever de la simple légitimité de compétence,
si ses expertises sont spontanément reconnues, ou d’une position hiérarchique
qui le situe au rang de rédacteur en chef adjoint.
Ce
nouveau métier apporterait aux organes de presse – pas seulement sur le web –
des gains de productivité au niveau de l'élaboration et de l'enrichissement des
contenus ainsi qu’une valeur ajoutée inestimable en ces temps de faux SMS, de
décès prématurément annoncés et d'excuses cauteleuses pour des "confidentiels"
inventés. Le premier site d’information qui pourra se prévaloir d’un tel
spécialiste bénéficiera, dans le contexte actuel plutôt délètère, d’un avantage
concurrentiel. Productivité et différenciation justifient en cette période de
basculement technologique un investissement humain, ce qui suppose un salaire
décent.
La
formation à ce nouveau métier devra englober certains aspects de la
linguistique et de la sémiologie, de la programmation, la connaissance des
réseaux ainsi que de solides bases journalistiques et une vaste culture
générale.