Annoter des captures de pages web en travail collaboratif
Par Alain Joannes le dimanche 30 mars 2008, 16:08 - EDITION, PUBLICATION - Lien permanent
Dès qu'il apparaît dans le coin
supérieur droit du navigateur Firefox, ce petit logo enclenche des gains de
productivité appréciables au sein d'une rédaction. FireShot
est un logiciel qui assure des captures d'écran, permet d'éditer ces captures
et de les échanger.
Cette extension gratuite ne demande que quelques
minutes de prise en mains. Quelques minutes d'apprentissage pour
économiser des heures de conversations pas toujours efficaces.

Soit une information mentionnée par l'agrégateur Wikio. Le fait de cliquer
sur le logo de FireShot produit la capture de la page web. Le
rédacteur en chef,ou un chef de service, dispose d'une première palette
d'outils
pour souligner un mot, encadrer une
phrase, pointer une annotation vers un chiffre Il peut aussi, en étirant un
cadre coloré ou non, attirer l'attention de ses collaborateurs sur un
paragraphe complet .
Les différentes fonctionnalités du
logiciel autorisent la mise au point au sein d'une équipe d'un protocole
rudimentaire. Un code de couleurs peut établir des niveaux d'urgence: rouge
pour une tâche absolument prioritaire ("tout de suite"), orange pour une
vérification qui peut attendre quelques heures; jaune pour une recherche à
effectuer dans des délais raisonnables (24 ou 36 heures). Les formes
rectangulaires peuvent concerner les institutions, organisations ou
entreprises, les formes arrondies étant dédiées aux personnes. Les traits de
soulignement indiquent les faits intéressants et les idées à creuser.

Les captures d'écran ainsi enrichies sont sauvées sous différents formats
dont celui des images jpeg.
Ces images peuvent être exportées vers
un dossier du disque dur, vers un serveur externe ou envoyées par courrier
électronique.
Une des premières exploitations qui vient à l'esprit concerne l'organisation
du travail dans une approche hiérarchique verticale, du haut vers le bas. Le
rédacteur en chef demande à un journaliste de vérifier et de compléter une
information. Le chef de service et tous ceux qui contribuent à la réalisation
des éditions reçoivent, eux aussi, les directives.
Dans le cas d'un enrichissement long et complexe, la capture d'écran peut être
modifiée par le journaliste qui fait ainsi connaître la progression de son
travail à l'ensemble de l'équipe.
Il y aussi la possibilité d'utiliser FireShot dans une
approche collaborative horizontale. Un reporter sur le terrain peut demander à
ses collègues de la rédaction de vérifier certains points. Une équipe engagée
dans une investigation peut se mettre à travailler en essaim à partir de
captures d'écran ainsi annotées.

Le fait que ces documents de travail puissent être stockés limite les
risques de compréhension erronée, les oublis qui découlent des sollicitations
multiples et du stress. Le stockage des documents annotés et échangés favorise
également la genèse d'une mémoire collective, la construction d'une culture
collaborative génératrice de créativité. Sans que soit porté atteinte à la
singularité du travail de chaque journaliste.

Commentaires
Voilà un outil magnifique ; seul souci : la notion de "travail collaboratif" est encore totalement inconnue dans les rédactions françaises...
Les rédactions françaises ont, en effet, sept à douze ans de retard dans leurs pratiques par rapport à certaines rédactions américaines, britanniques, ,néo-zélandaises, scandinaves mais aussi hollandaises.
L'arriération des rédactions françaises a des causes lointaines, notamment les conditions dans lesquelles cette profession s'est constituée à la fin du XIXème siècle, conditions délétères dont découlent notamment le conformisme et la technophobie, mais aussi la connivence avec les pouvoirs économiques et politiques, ainsi que la corruption.
Si les nouvelles pratiques professionnelles dépendent de l'appropriation par les journalistes des technologies les plus performantes, le travail collaboratif et les tâches accomplies en essaim sont des sources majeures de rénovation. Non seulement sur le plan économique mais aussi et surtout pour la qualité et la crédibilité de l'information.
Pour que le travail collaboratif contribue à cette rénovation, deux issues sont envisageables:
- La crise économique qui s'accentue dans la presse quotidienne nationale, provoque une remise en cause brutale des arriérations journalistiques sous la férule de managers lucides et décidés. Je n'y crois pas.
- Les jeunes générations de journalistes n'ont pas d'inhibitions culturelles à l'égard des technologies de l'information et de la communication. Ces jeunes ont grandi au rythme du développement de ces technologies. Elles leur sont familières. C'est cette appropriation spontanée qui favorisera l'apparition d'usages innovants et de pratiques intelligentes, dont le travail collaboratif. Je crois que la profession sera progressivement régénérée par les futurs journalistes. C'est à eux que s'adressent mon livre et ce blog.
La génération sortante - quinquagénaires et sexagénaires - relève de l'archéologie en raison d'une culture professionnelle qui n'est guère sortie du XIXème siècle. La génération dominante - trentenaires et quadragénaires - est largement obsolète, dépassée par l'usage normal des outils disponibles aujourd'hui. C'est cette génération qui, parce qu'elle est dominante, accentue l'arriération culturelle du journalisme à la française.
seriez-vous d'accord pour rejoindre le groupe "association des journalistes européens" sur Facebook ? (je ne suis pas sûr que vous y soyez présent) ; un partage d'informations, d'alertes, se fait assez spontanément parmi les présents.
Concernant "l'arriération culturelle" j'aurais tendance à nuancer : les plus en retard sont les journalistes et rédacteurs en chef des journaux d'informations généralistes. Dans d'autres domaines, spécialisés, dans lesquelles la nécessité de se tenir au courant de façon pointue se fait sentir, les outils collaboratifs sont plus souvent utilisés (presse informatique bien sûr, mais aussi d'autres domaines comme l'économie...)
Mais le fossé générationnel est effectivement immense.
A ce sujet voir aussi : chez Versac
http://www.versac.net/2008/03/frein...
et
Presse sur le web: pourquoi ça coince dans les vieux médias
http://benoit-raphael.blogspot.com/...
J'ai résilié ma participation à Facebook. Je trouve cet espace ennuyeux et gravement contre-productif: sollicitations incongrues, contenus peu intéressants, perte de temps rédhibitoire.
Selon la théorie de l'information du Signal sur Bruit, il y a sur Facebook dix fois plus de "bruits" (contenus inconsistants) que de "signaux" (informations utiles).
Cet espace, qui sent par ailleurs le marketing grossier, impose une implication chronophage dans un univers qui tient à la fois des bandes d'écoliers dans une cour de récréation et de réseaux ou clubs professionnels à prétentions élitistes.
Facebook a surtout perturbé mes conditions de travail par des nuisances inédites qui suscitent chez moi de vives contrariétés, quand ce n'est pas un courroux qui frôle la rage.
Je me suis retrouvé d'office "ami" de gens que je ne connaissais pas; après évaluation de ces gens, je leur ai demandé de ne plus me présenter comme leur ami. Ils ont persisté alors que je déteste ou méprise ce qu'ils prétendent être ou faire. Me voici donc intégré par des mouvances gluantes dans de flasques réticules aux objectifs douteux et cérébralement déficients. (Or, j'ai fait mien cet apophtegme du regretté Michel Audiard: " Je ne parle pas aux cons, ça les instruit.")
J'ai vainement tenté d'empêcher, par ailleurs, les intrusions de gens qui se sont autoproclamés mes amis alors que non, pas du tout. Un personnage que je récuse totalement s'est autorisé à publier dans mon espace tous les billets que je ne veux surtout pas lire sur son site. Convenez qu'il s'agit là d'une pollution intellectuelle assortie de harcèlement mondain. (Qu'il me soit permis d'invoquer à nouveau Saint Michel Audiard: " Les cons, çà ose tout; c'est même à ça qu'on les reconnaît.")
Comme pour ce blog, qui a peu de commentateurs mais ils sont tous de qualité - la preuve: j'éprouve le besoin de répondre à chaque intervenant et d'argumenter sur chaque commentaire - je veux bien participer à une réflexion collective en ligne mais sur un outil rigoureux - comme un wiki très sélectif - pas dans un espace superficiel et encombrant comme Facebook, du moins selon le bilan que je dresse de six mois de présence.
Contribuer à une production plurielle, participative, de contenus, oui. Mais dans un esprit "think tank" et sur un wiki sélectif.