Pleegs_logo.jpgOutil gratuit de surveillance des réputations, Pleegs mobilise plusieurs moteurs spécialisés dans la recherche de blogs. Je viens de le tester sur l'image du président de la République.

Destitution__2_vert_noir.jpg

Lundi après-midi, la marque "Sarkozy" se propageait en résonances insistantes et répétitives dans 243 résultats. Concentrés sur une séquence vidéo qui montre un incident survenu au Salon de l'Agriculture, les blogs n'apportaient pas grand chose. Ils copiaient les commentaires des médias traditionnels et se copiaient les uns les autres.

Seul thème minoritaire susceptible d'attirer l'attention: quelques blogueurs français s'interrogeaient le plus sérieusement du monde sur les possibilités légales d'obtenir la destitution de l'actuel président de la République.

Destitution_1_jaune_noir.jpg Dans cette première collecte d'appréciations apparaît également un élément inédit: le Canada s'inquiète des initiatives du président français à propos de l'Afghanistan, lors du prochain sommet de l'OTAN. Cette information a été fournie par Pleegs vingt-quatre heures avant l'article du journal "Le Monde" sur les intentions élyséennes.

Destitution__3_bleu_noir.jpg

Quoi qu'il en soit, premier enseignement: pour éviter une image monochromatique et obtenir un spectre de jugements assez large, il faut attendre qu'un évènement très médiatisé se dilue dans une actualité plus diversifiée. D'où un nouveau test ce mardi.

Destitution__3_rouge_noir.jpg

La deuxième collecte sur la marque "Sarkozy" produit davantage de résultats (288) mais également beaucoup de "bruit" (données inutiles) par rapport aux "signaux" (données exploitables). Il faut donc utiliser les filtres de Pleegs pour éliminer les sources polluantes. Quatre filtres sont successivement mis en place afin de ne retenir que 222, puis 145 contenus à priori exploitables. Certains, les plus nombreux, sont en anglais, d'autres en allemand, d'autres encore en espagnol.

Destitution__4_violet__noir.jpg

Les thèmes sont beaucoup plus diversifiés. On y retrouve l'incident du Salon de l'Agriculture complété par la phrase de regrets ajoutée dans l'interview accordée aux lecteurs du "Parisien". Mais aussi les querelles sur la laïcité et les sectes, le discours sur la Shoah devant le Conseil Représentatif des Institutions Juives de France, l'épreuve de force esquissée par l'Elysée contre une décision du Conseil Constitutionnel censurant partiellement la loi qui prévoit une peine de rétention pour les criminels supposés récidivistes, les diatribes du chef de l'Etat contre Daniel Bouton, PDG de la Société Générale, l'idée de demander à l'UNESCO d'inscrire la cuisine française au patrimoine de l'Humanité. Pleegs fonctionne alors comme un aide-mémoire de l'actualité sarkozienne. Un outil intéressant pour deux usages: résister aux évolutions très rapides d'une actualité qui, actuellement, change de sujet tous les deux jours, retrouver chronologiquement et qualitativement le contexte dans lequel sont effectués les sondages qui paraîtront dans quelques jours.

Destitution__6_rouge_vif_noir.jpg

La vraie richesse de Pleegs se situe ailleurs, dans sa capacité à trouver des signaux faibles, qui n'ont pratiquement pas de retentissements dans les médias français. Outre l'hostilité du Canada aux visées sarkoziennes sur l'Afghanistan, on découvre, à propos de l'annulation d'une rencontre franco-allemande prévue en Bavière, l'ampleur de l'aversion politique et personnelle qu'Angela Merkel éprouve à l'égard du président français. La désinvolture - c'est un euphémisme - de Nicolas Sarkozy est également stigmatisée dans sa volonté de transformer en vacances privées avec sa nouvelle épouse une partie de son voyage officiel en Afrique du Sud et dans la modification, perçue comme une impolitesse, de sa visite à la reine d'Angleterre.

Sarkozy_Dilbert.jpgEnfin, parmi les signaux faibles mais symptomatiques, la décision de Scott Adams de faire de Nicolas Sarkozy, son nouveau héros politique. Scott Adams est le créateur de Dilbert, personnage qui depuis vingt ans, raconte la vie quotidienne dans une entreprise informatique. L'univers de ce comic strip est imbibé d'absurdité et d'ignominie.

Pleegs est assez décevant pour l'observation "scientifique" d'une réputation. Difficile, par exemple, de soumettre les contenus à des logiciels d'analyse lexicologique: trop de nettoyage à effectuer dans une masse de mots non structurée. L'outil devient journalistiquement intéressant quand il est légèrement détourné de son usage officiel. A condition toutefois de prendre quelques précautions dans la méthodologie et dans l'interprétation des résultats. D'abord, parce qu'il ne s'agit que de blogs: les sites éditoriaux qui contribuent à l'évolution d'une réputation ne sont pas pris en compte. Ensuite, parce que les adversaires du président de la République s'expriment beaucoup plus que ceux qui le soutiennent. Les partisans de Nicolas Sarkozy ne commençaient à réagir, faiblement, que mardi soir assez tard. Il n'y a donc rien de scientifique dans les résultats des collectes.

Cela dit, un journaliste a intérêt à "laisser traîner ses oreilles", de temps à autres, au "café du commerce" planétaire dont la blogosphère est la métaphore électronique. Il trouvera dans le brouhaha des papotages mêlés à quelques soliloques de très haut niveau quelques éléments qualitatifs à relier aux chiffres des sondages. Mais aussi et surtout des angles originaux pour des articles qu'on ne trouve guère dans l'Hexagone. La "vox populi" comme inspiratrice, muse, du journaliste.

Pas mal pour un outil gratuit qui offre, en plus, un système d'alertes sur un thème donné.

LIEN PERMANENT