Observer la réputation de Nicolas Sarkozy dans la blogosphère
Par Alain Joannes le mardi 26 février 2008, 19:32 - METHODES DE COLLECTE - Lien permanent
Outil gratuit de surveillance des
réputations, Pleegs
mobilise plusieurs moteurs spécialisés dans la recherche de blogs. Je viens de
le tester sur l'image du président de la République.

Lundi après-midi, la marque "Sarkozy" se propageait en résonances
insistantes et répétitives dans 243 résultats. Concentrés sur une séquence
vidéo qui montre un incident survenu au Salon de l'Agriculture, les blogs
n'apportaient pas grand chose. Ils copiaient les commentaires des médias
traditionnels et se copiaient les uns les autres.
Seul thème minoritaire susceptible d'attirer l'attention: quelques blogueurs
français
s'interrogeaient le plus sérieusement du monde sur les possibilités légales
d'obtenir la destitution de l'actuel président de la
République.
Dans cette première collecte d'appréciations apparaît également un élément
inédit: le Canada s'inquiète des initiatives du président français à propos de
l'Afghanistan, lors du prochain sommet de l'OTAN. Cette information a été
fournie par Pleegs vingt-quatre heures avant l'article du journal "Le Monde"
sur les intentions élyséennes.

Quoi qu'il en soit, premier enseignement: pour éviter une image
monochromatique et obtenir un spectre de jugements assez large, il faut
attendre qu'un évènement très médiatisé se dilue dans une actualité plus
diversifiée. D'où un nouveau test ce mardi.

La deuxième collecte sur la marque "Sarkozy" produit davantage de résultats
(288) mais également beaucoup de "bruit" (données inutiles) par rapport aux
"signaux" (données exploitables). Il faut donc utiliser les filtres de Pleegs
pour éliminer les sources polluantes. Quatre filtres sont successivement mis en
place afin de ne retenir que 222, puis 145 contenus à priori exploitables.
Certains, les plus nombreux, sont en anglais, d'autres en allemand, d'autres
encore en espagnol.

Les thèmes sont beaucoup plus diversifiés. On y retrouve l'incident du Salon
de l'Agriculture complété par la phrase de regrets ajoutée dans l'interview
accordée aux lecteurs du "Parisien". Mais aussi les querelles sur la laïcité et
les sectes, le discours sur la Shoah devant le Conseil Représentatif des
Institutions Juives de France, l'épreuve de force esquissée par l'Elysée contre
une décision du Conseil Constitutionnel censurant partiellement la loi qui
prévoit une peine de rétention pour les criminels supposés récidivistes, les
diatribes du chef de l'Etat contre Daniel Bouton, PDG de la Société Générale,
l'idée de demander à l'UNESCO d'inscrire la cuisine française au patrimoine de
l'Humanité. Pleegs fonctionne alors comme un aide-mémoire de l'actualité
sarkozienne. Un outil intéressant pour deux usages: résister aux évolutions
très rapides d'une actualité qui, actuellement, change de sujet tous les deux
jours, retrouver chronologiquement et qualitativement le contexte dans lequel
sont effectués les sondages qui paraîtront dans quelques jours.

La vraie richesse de Pleegs se situe ailleurs, dans sa capacité à trouver
des signaux faibles, qui n'ont pratiquement pas de retentissements dans les
médias français. Outre l'hostilité du Canada aux visées sarkoziennes sur
l'Afghanistan, on découvre,
à propos de l'annulation d'une rencontre franco-allemande prévue en
Bavière, l'ampleur de l'aversion politique et personnelle
qu'Angela Merkel éprouve à l'égard du président français. La désinvolture -
c'est un euphémisme - de Nicolas Sarkozy est également stigmatisée dans sa
volonté de transformer en vacances privées avec sa nouvelle épouse une partie
de son voyage officiel en Afrique du Sud et dans la modification, perçue comme
une impolitesse, de sa visite à la reine d'Angleterre.
Enfin, parmi les signaux faibles mais
symptomatiques, la décision de Scott Adams de faire
de Nicolas Sarkozy, son nouveau héros politique. Scott Adams est le
créateur de Dilbert, personnage qui depuis vingt ans, raconte la vie
quotidienne dans une entreprise informatique. L'univers de ce comic
strip est imbibé d'absurdité et d'ignominie.
Pleegs est assez décevant pour l'observation "scientifique" d'une
réputation. Difficile, par exemple, de soumettre les contenus à des logiciels
d'analyse lexicologique: trop de nettoyage à effectuer dans une masse de mots
non structurée. L'outil devient journalistiquement intéressant quand il est
légèrement détourné de son usage officiel. A condition toutefois de prendre
quelques précautions dans la méthodologie et dans l'interprétation des
résultats. D'abord, parce qu'il ne s'agit que de blogs: les sites éditoriaux
qui contribuent à l'évolution d'une réputation ne sont pas pris en compte.
Ensuite, parce que les adversaires du président de la République s'expriment
beaucoup plus que ceux qui le soutiennent. Les partisans de Nicolas Sarkozy ne
commençaient à réagir, faiblement, que mardi soir assez tard. Il n'y a donc
rien de scientifique dans les résultats des collectes.
Cela dit, un journaliste a intérêt à "laisser traîner ses oreilles", de
temps à autres, au "café du commerce" planétaire dont la blogosphère est la
métaphore électronique. Il trouvera dans le brouhaha des papotages mêlés à
quelques soliloques de très haut niveau quelques éléments qualitatifs à relier
aux chiffres des sondages. Mais aussi et surtout des angles originaux pour des
articles qu'on ne trouve guère dans l'Hexagone. La "vox populi" comme
inspiratrice, muse, du journaliste.
Pas mal pour un outil gratuit qui offre, en plus, un système d'alertes sur
un thème donné.