Trois remarques sur la publication par le site du Nouvel Observateur du contenu d'un SMS attribué au président de la République:

1) Même si ce message téléphonique était authentique, il ne présenterait aucun intérêt. Ce n'est pas une information. Tout au plus un meme. (1)

2) Le fait de diffuser une non-information sur le web mais pas dans la version imprimée de l'organe de presse en dit long sur le mépris des journalistes français à l'égard des internautes: ce qui est "bon" pour le web - "support volatile pour futilités mondaines" - est indigne du papier, "support noble de l'écriture et donc de la pensée".

3) La publication de cette non information est attribuée à quelqu'un qui se réclame du journalisme d'investigation. Telle est bien, en effet, la véritable nature de l'investigation à la française. Des "Diamants de Bokassa" à "Clearstream" en passant le "Rainbow warrior", il y a peu d'investigation réelle dans le journalisme à la française. Les rédactions qui s'en réclament servent surtout de boîtes à lettres instrumentalisées pour des opérations de déstabilisation ou des règlements de comptes entre clans au sein des pouvoirs politiques et économiques. Sauf si l'intéressé produit la preuve de ce qu'il avance, tout ce qu'il a publié (2) et publiera dorénavant comme résultat d'une investigation pourra être considéré comme suspect. Tout en le condamnant, sa rédaction est curieusement solidaire, ce qui entame la crédibilité d'ensemble de cette rédaction.

1) Un meme est un fait , réel ou fantasmé, qui se propage par autoréplication à l'instar d'un gène (Merci à Laurent Grard qui a corrigé une analogie fallacieuse). J'évoque, dans mon livre, pages 90 et 91, le meme du "camion rempli de cadavres" qui parcourt l'histoire contemporaine et l'actualité internationale de 1945 à 2005 en une dizaine de mutations-adaptations d'un seul noyau sémiotique. Il semble bien, en l'occurrence, que la plus récente version du "SMS" soit la première réplication d'une anecdote plus ancienne, avec le même personnage masculin, la même destinataire mais une autre femme "sur le point d'être épousée". Une journaliste.

2) Le New York Times du 17 février évoque un probable truquage de la conversation en chat entre Jérôme Kerviel et autre employé de la Société Générale. Une transcription de ce chat avait été diffusée par le site de l'organe de presse qui a fait état du SMS.

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