Usages alternatifs de Wikipédia
Par Alain Joannes le lundi 11 février 2008, 19:36 - METHODES DE VERIFICATION - Lien permanent
Intéressantes réflexions, dans l’American Journalism Review de
février-mars 2008, sur l’exploitation journalistique de Wikipedia. Donna Shaw,
auteur de l’article, cite trois journaux qui ont publiquement mentionné
l’encyclopédie en ligne comme une de leurs sources d’information. Elle fait
également état d’interdictions formelles, édictées par des rédacteurs en chef,
de recourir à cette publication controversée.
L’anonymat des contributeurs suffit à exclure Wikipédia des sources
d’information et de vérification. L’historique des débats qui ont entouré
l'actualisation de la biographie de Ségolène Royal, en 2005-2006, montre que
des enseignants ont tenté de régler des comptes avec l’ancienne secrétaire
d’Etat à l’Education.
Depuis le 13 août 2007, le moteur WikiScanner.Virgil.com détecte
les ingérences de grandes firmes: elles croient pouvoir profiter de l'anonymat
des contributeurs pour faire modifier, par leurs salariés, les contenus qui
leur sont défavorables.
Ainsi, le 1er février 2007, entre 11h46 et 12h06, quelqu’un
a voulu introduire neuf changements dans la biographie de Patrick Poivre
d’Arvor, dont la suppression du passage consacré à sa fausse interview de Fidel
Castro.

Or les tentatives de manipulation de Wikipédia émanent d'un ordinateur
connecté au réseau depuis le siège de TF1, ordinateur associé au nom d'une
certaine Sophie B.:

WikipediaVision, une
application plus récente du type Twitter, relève en temps réel toutes les
tentatives de modification.

Il n’y a rien donc rien d’étonnant à ce que le bannissement de Wikipedia soit inscrit dans le code de déontologie du bureau de l’AFP à Londres.
Pourtant, Donna Shaw relève plusieurs concentrés d’érudition dans cette
encyclopédie. Elle cite le cas de la bataille de
Guadalcanal qui fait l’objet de 95 citations avec leurs références, 33
ouvrages et 19 liens vers des sites web. Obtenir une telle quantité et une
telle diversité de sources en deux clics est assez rare, même avec un moteur
comme Google qui « ramasse » beaucoup trop de liens inutiles. Il y a
donc dans Wikipedia des zones de savoir recommandables.
D’où l’idée d’utiliser dans certains
cas l’encyclopédie comme un moteur thématique. Testé à propos des élections
municipales , cet usage alternatif s'avère productif avec, notamment, un
tableau exhaustif de tous les scrutins depuis les débuts de la Vème République.
Sur la Société
Générale, l’actualisation est presque convaincante. Dommage qu'une phrase
ajoutée le 6 février et qui se réfère à un site web pas particulièrement
crédible, laisse entendre que le ministère de l’Economie va « aider »
la banque avec un chèque d’un milliard. Sans cette formulation tendancieuse,
qui manque singulièrement de recul pour une encyclopédie, l’entrée
« Société générale » serait crédible.
Wikipedia, point d’appui vers des sources fiables, oui à trois
conditions:
- éviter les sujets à la mode
- éviter les thèmes passionnels
- privilégier les articles qui proposent le plus grand nombre possible
d'instances de validation: livres, revues et sites web qui font autorité dans
le domaine traité.
