Il y a un peu plus d'un an, le Poynter Institute s'interrogeait sur la fiabilité des blogs en tant que sources d'information pour les journalistes. Réponse: à quelques rares exceptions près (1), les blogs ne peuvent pas être considérés comme des sources journalistiques. Certains blogs suggèrente des pistes, des angles; quelques uns peuvent être cités, parfois mais pas toujours, en raison de la fiabilité établie de leur auteur. Or de plus en plus de journaux hexagonaux se décrédibilisent en reprenant des rumeurs qui émanent de la blogosphère.

La dernière défaillance journalistique en date a été le traitement d'une rumeur concernant une femme très médiatisée depuis quelques temps. X..., Un blogueur dont le niveau de fiabilité est proche de zéro, diffuse le 9 janvier ce qu'il présente comme un "scoop". Cette fausse information - dont l'auteur écrit qu'elle lui a été confiée par "des personnes proches des gens qui ont vu" - est reprise par les blogueurs Y et Z qui publient leurs billets sur une plateforme appartenant à un quotidien.

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Une agence reprend la fausse information en l'attribuant au quotidien qui gère cette plateforme de blogs (zone encadrée en pointillés entre la blogosphère et la presse). Avec le nom du quotidien cité dans la dépêche de l'agence, la fausse information est labellisée "presse".

A partir de ce moment, la rumeur enfle dans la blogosphère. Les moteurs de recherche et les agrégateurs s'empiffrent mécaniquement des trois mots clefs qui résument la rumeur. Les blogs qui ressassent ces trois mots magiques gagnent en "audience", notion qui se confond désormais avec "influence". De fait, des bloggueurs ordinairement sérieux font semblant de décortiquer la rumeur mais ils se montrent ravis de voir leur prose bien placée dans les palmarès robotisés de la blogosphère. L'amplification mécanique et virale de la fausse information devient en elle-même un "phenomène" sur lesquels des universitaires ne craignent pas de se pencher . Ce qui autorise certains journalistes à se dire: "Puisqu'on en parle tellement, ce doit être vrai.".Version peu reluisante de l'adage: " Il n'y a pas de fumée sans feu".

Les journalistes ont été défaillants à trois moments du phénomène (taches d'encre sur le visuel):

- quand l'agence de presse a confondu - probablement volontairement - la plateforme de blogs et le titre du journal qui gère cette plateforme.

- quand les quotidiens et hebdomadaires ont repris la dépêche d'agence sans vérifier la source, au moins au niveau des blogs Y et Z.

- quand des quotidiens, des radios et des télévisions se ont abrités derrière la mesure quantitative mais automatique du buzz pour "valider" la fausse information.

1) Mon livre propose une tyopologie des blogs qui ne peut pas être reproduite ici. Les "quelques rares exceptions" sont les blogs d'experts, alimentés par des personnes compétentes évoluant près des sources d'information. __Voir l'affaire de la Société Générale__

''LIEN PERMANENT''