Loïc Hergott, étudiant à Rennes, pose à propos du chapitre de mon livre consacré à l'information en rich media, le problème de la hiérarchisation. Donner du sens à l'actualité en aidant les lecteurs, auditeurs, téléspectateurs, internautes à distinguer ce qui est important de ce qui l'est moins reste une des plus hautes responsabilités des journalistes. C'est d'ailleurs en grande partie parce qu'ils ont renoncé à l'effort de discernement, et parce qu'ils ont esquivé le risque de se tromper dans leurs évaluations, que les journalistes ont vu leur fiabilité s'éroder notamment depuis la fin des années quatre-vingt.

L'information en temps réel, la profusion des sources et le mélange des genres accentuent les risques de déclin de l'autorité morale et de l'influence de ceux qui sont payés pour rendre compte de "l'Histoire en train de se faire" et rendre intelligible sa matière chaotique et complexe.

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Marcos Wescamp propose, avec sa newsmap, une résolution à priori intéressante du dilemme " rapidité ou complexité". Il a mis au point un logiciel de visualisation qui cartographie les flux de l'agrégateur Google News. Fréquemment actualisées, donc pas très éloignées de l'impératif du temps réel, les cartes informatives de Marcos Wescamp effectuent trois opérations de discernement:

- en fonction des origines géographiques

- en fonction des principaux thèmes de l'actualité

- en fonction du volume de dépêches sur un sujet donné.

Rich_media_France_1_international_et_business.jpg Le nombre d'occurrences captées par un moteur de recherche constitue un critère d'évaluation de l'information en ce sens que si un évènement réellement historique survient, il suscitera forcément de nombreux articles et commentaires. Mais l'algorithme de Google n'est pas un modèle de discernement journalistique. Par exemple, la nouvelle de la mort de sir Edmund Hillary, vainqueur de l'Everest, occupe un territoire plus important parce que Google a drainé 2800 articles à ce propos. Or, il y avait assurément, ce jour-là, des évènements plus porteurs d'avenir que le décès de cet homme estimable. La quantité d'articles peut être un symptôme de conformisme en même temps qu'une incitation à s'y soumettre.

Il y a pourtant un aspect intéressant dans cette fonctionnalité: elle donne un peu de profondeur à cette planisphère. Le fait de cliquer sur un quadrilatère coloré donne accès aux articles.Rich_media_France_2_OGm_et_arche_de_zoe.jpg Cette même fonctionnalité peut conduire au traitement en riche media d'un évènement complexe, grâce à des liens qui conduisent vers les textes, les sons, les photos, les vidéos. Bien sûr, ce n'est pas parce qu'un évènement est complexe qu'il est plus important que d'autres. Il y a quand même de fortes probabilités pour qu'un évènement de portée historique soit assez complexe.

Par ailleurs, les lecteurs, auditeurs, téléspectateurs, internautes assimilent l'information selon des modalités variables. Certains veulent être alertés sur leurs terminaux nomades, d'autres sur leurs récepteurs radio, d'autres sur leurs ordinateurs. Ce qui suppose des visualisations très différentes.

La réflexion gagnerait sans doute à se prolonger à partir d'un code de couleurs par catégorie d'évènements parce qu'un tel code est assimilable sur tous les écrans. Y ajouter, peut-être une évaluation en trois points:

- Majeur : 000

- A suivre : OO

- Courant : O

Un traitement en rich média ne s'imposerait que pour les évènements majeurs, étant entendu que les évènements "à suivre" et "courants" peuvent devenir "majeurs".

''LIEN PERMANENT''