Les bienfaits indirects de l'information hyperlocale
Par Alain Joannes le jeudi 20 décembre 2007, 17:33 - STRUCTURES REDACTIONNELLES - Lien permanent
Journaliste au long cours, Mark Glaser décrit dans le blog MediaShift les développements rédactionnels et économiques de l'information hyperlocale (nouvelles émanant d'associations, de communautés, de quartiers, de villages). Généralement écartée, ou abusivement filtrée, par les médias traditionnels, l'actualité des petits groupes humains représente un énorme potentiel pour un journalisme à réinventer.
D'abord parce que ce sont les moyens de
communication électronique - rapides, faciles à utiliser et peu coûteux - qui
régénèrent l'information hyperlocale. Or ces mêmes moyens de communication font
partie de l'avenir du journalisme. Ensuite parce qu 'un investissement dans
l'actualité hyperlocale permet de collecter des ressources publicitaires auprès
d'annonceurs qui recherchent une communication géographiquement très ciblée.
Sur The Olympian, par exemple, un service de maintenance informatique s'adresse
aux PME et aux particuliers résidant autour de ce port situé au fond d'une baie
dans l'Etat de Washington. Enfin et surtout parce que le web favorise des
échanges équilibrés entre les citoyens journalistes et les journalistes
professionnels.
Mark Glaser décrit différents modes de fonctionnement de l'information hyperlocale. La note et ses commentaires sont à lire dans leur intégralité. Je ne retiens ici que les approches les plus porteuses d'avenir.
Il y a d'abord l'espace d'information citoyenne pure. Il est régulé par des contributeurs non professionnels qui sont également les modérateurs du médium citoyen. Ils éliminent eux-mêmes les contenus diffamatoires ou fallacieux. Dans cette configuration, les sujets sont nombreux et variés mais n'ont pas toujours les caractéristiques de l'information selon les critères journalistiques. Ce sont souvent des témoignages, estimables en tant que tels, sur la vie d'une chorale, la remise d'un diplôme à une étudiante, la célébration chauvine du folklore.

Une autre approche plus répandue mais assez classique donne aux médias
locaux traditionnels la responsabilité de sélectionner les contributions de
citoyens journalistes, soit directement sur une plateforme d'information
dédiée, soit à travers un espace de blogging.
Il arrive que certaines informations
fournies par les amateurs soient reprises dans les versions imprimées des
journaux régionaux. Les nouvelles sont évidemment plus intéressantes mais moins
nombreuses et moins variées que dans la configuration précédente. Les
agrégations de blogs constituent des variantes de cette approche. Les reportages en video sur the Olympian
prouvent que le journalisme hybride, mi-professionnel mi-amateur, propose un
équilibre satisfaisant entre l'intérêt de l'information et la spontanéité du
témoignage citoyen.
L'exploitation des cartes électroniques interactives se répand rapidement dans l'information hyperlocale. Cherchant par exemple à savoir ce qui se passe dans une région rurale au sud est de Nashville, je dispose d'une application qui signale les sources et la fraîcheur des nouvelles disponibles dans la contrée.

La formule la plus intéressante consiste à faire collaborer des journalistes professionnels et des citoyens journalistes au sein d'un meme organe électronique. Cette collaboration préserve le caractère hyperlocal de l'actualité tout en conciliant la richesse des contributions citoyennes et la rigueur des pratiques professionnelles, notamment dans la sélection des sujets.
La note de Mark Glaser inspire plusieurs réflexions strimulantes.
La première est que l'information hyperlocale est, grâce aux moyens de communication électronique, une puissante occasion de revitaliser l'information tout court en lui donnant plus de diversité, plus de profondeur, plus de résonances avec la vie quotidienne des gens. Certains faits divers, certains personnages, certaines activités sont injustement "confinés" ( = censurés ) par les médias traditionnels trop préoccupés par les moindres faits et gestes des grands de ce monde.
La deuxième réflexion porte sur la
nécessité de réguler les contributions des citoyens journalistes, pas du tout
dans une attitude de condescendance de la part des professionnels à l'égard des
amateurs, mais parce que parmi les nouvelles compétences attendues du
journaliste à l'ère électronique figure celle qui consiste à "donner du sens"
aux faits massivement collectés et colportés. Il ne s'agit pas, là,
d'éditorialiser mais de faire apparaître les liens entre plusieurs faits
disparates.
La troisième réflexion amène à la nécessité de faire participer les médianautes à la régulation de l'information hyperlocale. Le traitement de l'actualité est une quetsion trop importante pour être abandonnée aux seuls journalistes. Les internautes doivent intervenir dans le choix des sujets, leur hiérarchisation, l'approfondissement et le suivi.
Enfin, si des "mojos" (journalistes mobiles) professionnels peuvent se porter sur le terrain pour travailler en symbiose avec les citoyens journalistes, il va de soi que le système doit permette à des citoyens journalistes de devenir professionnels. Il n'était pas rare, naguère, que la presse régionale embauche les meilleirs de ses correspondants locaux, quand ils étaient jeunes, et en fasse des journalistes à plein temps. Le blog MediaShift a d'ailleurs ouvert un atelier - IdeaLab - où les journalistes citoyens peuvent se former à la collecte et au traitement de l'actualité hyperlocale. L'ouverture du métier à toutes sortes d'enracinement, de sensibilités et de formations est une des conditions de sa survie.
SOURCE: Cyberjournalist.net
QUELQUES SOURCES HYPERLOCALES
Le site hyperlocal du Washington Post
DOCUMENTATION GENERALE
Réflexion sur le citoyen journaliste
Ethique du citoyen journaliste
Facebook et l'information hyperlocale
L'information hyperlocale par l'American Journalism Review
Un groupe de presse construit son avenir dans l'hyperlocal en ligne
Les géants de la presse papier se réveillent
Etude de cas: Hartsville Today
Un point de vue sur l'échec de Backfence
Un autre point de vue sur l'échec de Backfence
Liens trouvés sur l'excellent blog ZEROSECONDE