Du webreportage à l'état pur sur le site du magazine Géo
Par Alain Joannes le mercredi 17 octobre 2007, 19:58 - PRATIQUES PROFESSIONNELLES - Lien permanent

Transjournalisme : "traversée en profondeur de l'info", selon Jean-Luc
Marty, directeur éditorial de Géo. Pourquoi pas. L'essentiel, c'est le résultat
et il est exemplaire. Aucun autre terme ne peut rendre compte de la la
pertinence et de la qualité atteintes d'emblée par le premier webreportage
disponible sur le site web du
magazine Géo.
Il est
exemplaire, d'abord, parce qu'il ne cherche pas à reproduire sur internet ce
qui se fait à la télévision. Un sujet est découpé en plusieurs modules de
quatre minutes, diffusés comme les chapitres d'une grande enquête. La rupture
du flux linéaire propre à la radio et à la télévision n'est pas simplement une
astuce pour fidéliser les audiences comme tentent de le faire les feuilletons;
c'est conforme à la manière dont les contenus sont assimilés sur internet où
l'interactivité de l"internaute se substitue à la passivité du
téléspectateur.
Le découpage d'une enquête en
plusieurs
volets fonctionne depuis longtemps dans la presse écrite. Il prend une autre
dimension à l'ère électronique caractérisée par la diversité des supports: les
webreportages de Géo se regardent sur un écran d'ordinateur mais également sur
des terminaux nomades de type Ipod.Le format de quatre minutes par chapitre
correspond aussi au mode de vie de l'individu hypermoderne qui fragmente son
emploi de temps en courtes séquences correspondant aux durées de ses trajets, à
ses instants de convivialité, à ses pulsions de curiosité.
Enfin et surtout l'interactivité greffée sur des formats courts permet la profondeur. Les webreportages de Géo se déclinent en vidéo, en sons, en textes et en liens vers des ressources plus denses. C'est du rich media avec tout ce que la notion de "richesse" implique d'attractivité pour ce type de journalisme. Selon le journal "Le Monde", Jean-Luc Marty "ne sait pas ce que multimédia veut dire". Mais quand il ajoute: "C'est le contenu qui dicte le média que l'on va utiliser", il paraphrase sans le savoir la définition que je propose du journalisme en rich media dans le chapitre 2 de mon livre. Comme on ne ne se connaît pas, j'applaudis avec d'autant plus d'enthousiasme que le résultat est superbe.

Car la griffe de Géo est perceptible dans le professionnalisme qui imprègne le premier sujet traité. Prises de vues, montage, commentaires, mixage et "making of" et surtout ressources documentaires portent la marque d'un organe d'information prestigieux. Le plus réjouissant, enfin, c'est que cette vénérable institution des médias conventionnels réussit, beaucoup mieux que des publications réputées "jeunes", l'éclatante démonstration qui est le credo de ce blog : l'innovation régénère le journalisme de toujours.
