Journalistiques

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

mercredi 10 décembre 2008

Une place de marché pour financer des reportages coopératifs

Spot.us est une plateforme californienne sur laquelle des citoyens demandent à des journalistes de réaliser des reportages que des organes de presse peuvent acheter.
Ainsi résumée, la place de marché relèverait d'une forme de journalisme à la demande.

Spot_us_tableau_general.jpg

Cependant, le fonctionnement détaillé de l'espace triangulaire - audiences, reporters, publications - révèle des potentialités plus intéressantes qu'un journalisme soumis aux éventuelles lubies de lecteurs futiles et capricieux.

Le principe de base est celui de l'offre et de la demande mises en relations grâce à ce que l'on appelait dans les années quatre-vingt dix une marketplace C2B (= Consumers to Business).

Spot_us_make_the_news_pitch_bus.jpg

Offre: un journaliste dont le profile professionnel est disponible sur le site propose un sujet de reportage et en affiche le prix (frais de réalisation + rémunération).

Le journaliste s'explique en vidéo sur la manière dont il va mener l'enquête et en quoi le sujet est à la fois important et intéressant. Il défend son projet de reportage comme dans une conférence de rédaction. Mais, grosse différence, directement devant ses audiences potentielles. Bonnie, par exemple, plaide pour son projet dont le thème est: "comment la récession économique peut affecter l'industrie du sexe à San Francisco."

Spot_us_Bonnie_interview.jpg

Les offres journalistiques rencontrent une demande ou des attentes dans la mesure où des internautes intéressés par le sujet investissent quelques dizaines de dollars sur ce projet.

Spot_us_410_sur_590.jpg
La progression du financement est constamment actualisée et les donateurs peuvent se regrouper en communauté autour du journaliste et de son sujet de reportage.
Spot_us_liste_supporters.jpg
Un blog ainsi qu'un fil sur Twitter rendent compte de l'activité de ces communautés d'infonautes.

Quand le montant des dons (fiscalement déductibles) atteint le prix fixé par le journaliste, le reportage peut débuter.

Spot_us_fully_funded__.jpg
Il n'est pas publiable avant d'avoir été relu par un vérificateur " factualiste" (= facts checker).
Pour limiter les risques de financements orientés, les investissements individuels ne peuvent pas dépasser 20% du coût total du reportage.

Demande: des internautes déposent sur le site des idées de reportages. Les demandes rencontrent les offres quand des journalistes s'emparent des suggestions qu'ils reformulent parfois. Là encore, le financement est assuré par les audiences.

Publication: un organe d'information qui veut acheter un reportage doit être agréé par Spot.US qui vérifie si le fonctionnement de cette publication correspond à l'éthique de la Société des Journalistes Professionnels.
Si un organe d'information verse 100% du coût du reportage, il en obtient l'exclusivité. S'il verse 50% du coût, il n'en a l'exclusivité que pour une première publication.

L'intérêt, pour une publication, d'entrer dans la coopérative porte d'une part sur une meilleure connaissance des attentes des audiences et, d'autre part, sur une diversification des traitements journalistiques: un "indépendant" a une manière de s'exprimer différente de celle des journalistes intégrés dans l'organisation.

Quand un reportage n'obtient pas son financement, l'argent déposé par les internautes leur est remboursé ou déposé sur un compte destinés à d'autres investissements dans des contenus journalistiques. Les organes de presse agréés peuvent alimenter un compte qui permet à Spot.us de payer des journalistes indépendants afin qu'ils puissent entreprendre des reportages intéressants mais peu demandés.

Donner un pouvoir éditorial aux audiences

Ce n'est pas un hasard si cette expérience de coopération triangulaire a lieu dans la région de San Francisco, berceau des technologies de la communication mais aussi creuset historique d'innovations sociales.

La mobilisation de citoyens impliqués est plus évidente dans la Baie que dans n'importe quelle autre région du monde. Les anciens hippies devenus universitaires, financiers ou chefs d'entreprises y ont crée des formes d'investissements éthiques qui s'efforcent de concilier les valeurs écologistes et la spéculation: plusieurs firmes cotées en bourse en ont subi les implacables exigences (1).

L'engagement peut prendre, en Californie, des formes d'engagement militant en faveur d'un thème d'investigation journalistiques. Des groupes de supporters se forment, arborant des T shirts sur lesquels s'inscrivent les attentes des internautes.

Spot_us_T_shirt.jpg

Cet engagement citoyen se manifeste d'ailleurs dans la hiérarchie des sujets réclamés par les internautes: pollution, fonctionnement de la police, mesures de sécurité dans l'éventualité d'un tremblement de terre. Il n'est pas certain que les organes de presse aient eu spontanément l'idée de lancer une enquête sur les dysfonctionnements de la police à Okland.

Spot_us_oakland_police_blues.jpg

En attendant que soit validé le modèle économique de Spot.us, le premier enseignement qui émerge de cette expérience concerne le rôle des audiences dans la stratégie éditoriale.

Sans verser dans la démagogie ou dans le marketing de l'info, le journalisme a un besoin urgent de relations formalisées avec des audiences motivées et exigeantes.

Seule l'intervention directe et permanente des audiences peut permettre au journalisme à la française d'en finir avec les connivences et le conformisme.

Seul un droit de regard des audiences sur la stratégie éditoriale est de nature à limiter les effets désastreux des connivences entre les journalistes et les pouvoirs politiques (soumission et carriérisme) et les pouvoirs économiques (veulerie et corruption).

Seuls ceux qui font à priori confiance aux journalistes peuvent les dissuader de se copier les uns les autres - les journaux puis la radio puis la télévision, en boucle - dans une quête de conformisme - "surtout, être dans le ton général"- qui est proprement suicidaire.

Il faut maintenant imaginer les modalités d'une implication des audiences.
La solution californienne du financement coopératif ne semble pas adaptée aux mentalités hexagonales.
Reste la communauté d'infonautes dont les membres seraient cooptés.
Cette communauté proposerait des thèmes d'investigation.
Elle interpellerait la rédaction sur le traitement de l'actualité.
Elle imposerait une régulation des emballements médiatiques.
Elle exigerait un meilleur suivi, voire un approfondissement des dossiers importants.

Il s'agit bien, comme l'a écrit le New York Times, de donner un pouvoir éditorial aux audiences.

Les outils existent, qui peuvent favoriser l'affirmation de ce "Tiers-Etat de l'information" (2).

(1) Des fonds d'investissements éthiques californiens ont obligé une puissante firme japonaise à renoncer à construire une installation industrielle sur un site de reproduction des baleines; ce projet avait été obtenu grâce à la corruption des décideurs mexicains. Les fonds éthiques californiens ont amené d'autres investisseurs à vendre massivement leurs actions, ce qui a provoqué la chute en bourse de la firme japonaise. Ils se sont également donné les moyens de révéler la corruption des politiciens mexicains.

(2) La référence au Tiers-Etats de 1789 n'a évidemment rien à voir avec la sinistre bouffonnerie des "états généraux" de la presse. Il s'agit d'une métaphore historique dans laquelle le rôle de l'aristocratie est tenu par les propriétaires des organes de presse, les journalistes incarnant le bas clergé médiatique, les lecteurs-auditeurs-téléspectateurs-internautes s'entassant dans un Tiers-Etat que les deux castes professionnelles méprisent.

jeudi 4 décembre 2008

Une cartographie des outils collaboratifs en ligne

Aaarrrgh ! J'aurais tellement aimé rédiger le billet que Marc Mentré a publié mercredi sur son indispensable blog...Il y est question d'une cartographie des principaux outils collaboratifs gratuits en ligne.

Collaborative_tools_online.jpg

Pas question de plagier le travail d'un confrère sous prétexte de le résumer. Juste un petit aperçu, rien que pour vous inciter à vous ruer sur son billet et vers les sources qu'il rassemble: 150 outils, répartis en 13 catégories, de la créations de réseaux sociaux privés au micro-blogging en passant par les logiciels de présentation, les wikis, les espaces de messagerie instantanée. De quoi s'émerveiller comme un gamin de moins de douze ans devant un magasin de jouets

Cet inventaire est, évidemment, le fruit d'un travail collaboratif en ligne qui se poursuit.

Il me reste à tester, dans les jours et les semaines qui viennent, certains de ces outils et à imaginer leurs possibles contributions à une régénération du journalisme.

SOURCE:Media Trend, les nouveaux médias & les nouveaux usages

Les médias en ligne et leurs blogs

Remarquable étude de François Guillot complétée par Samuel Degremont sur les stratégies de blogging des médias en ligne de l'Hexagone.

Les auteurs ont manifestement passé un temps fou à recenser les carnets, à les décortiquer. Et ils ont trouvé un moyen convaincant de les catégoriser de manière opérationnelle.

Ce travail complète, élargit, précise - et corrige dans une certaine mesure - les données purement statistiques réunies par un confrère britannique sur les journalistes blogueurs européens.

De cette étude qui ne se résume pas (il faut la lire à la source) se détachent des démarches émergentes comme celle de LePost qui prétend abolir le clivage entre les journalistes et leurs lecteurs. D'autres approches parient sur le fait que l'ouverture des blogs aux journalistes, à des invités prestigieux et aux internautes génère un enrichissement des contenus. D'autres, plus fermées, semblent vouloir préserver la marque du media. Et puis, il y a des blogs de médias sans stratégie apparente.

Le travail de François Guillot et les tableaux explicites de Samuel Degremont incitent à s'interroger les contenus produits par ces différentes stratégies ou les absences de stratégie.

Voilà un passionnant sujet de recherche universitaire à mener à partir de la typologie proposée par François Guillot, avec les outils d'analyse sémantique et une méthodologie qui devrait permettre d'évaluer sereinement ce que les blogs apportent à l'information (1).

1) Cette recherche universitaire est déjà bien engagée avec le l'analyse critique de Franck Rebillard, maître de conférence à l'Université Lyon 2, enseignant à l'Institut de la Communication et spécialiste de la socio-économie des médias et de l'internet. Son livre "Le web 2.0 en perspective", publié aux éditions de l'Harmattan, est riche, stimulant, lucide: incontournable.
Franck Rebillard appartient à l'une des quatre équipes de l'unité de recherche Elico

SOURCE: Internet et Opinion

dimanche 30 novembre 2008

Webzzle: service de recherches orienté vers le web sémantique

Webzzle_logo.jpgCréée en 2007 à partir de technologies développées depuis près de dix ans, Webzzle est une application hybride qui fonctionne comme un métamoteur et comme une plate-forme de recherches collaboratives.

Ses performances sont étonnantes et prometteuses.

Avec son allusion au puzzle et sa référence à Wikipedia, le logo ci-contre illustre bien la philosophie du projet.

Elle s'appuie sur Wikipedia comme base de connaissances pour essayer de dépasser les syntaxes souvent ambivalentes des moteurs classiques et pour aller au-delà du système des tags chers aux folksonomies.

Il s'agit bien de considérer le web comme un gisement de savoirs à détecter à partir du sens des mots, à organiser et à partager, le partage remplaçant en partie les algorithmes d'indexation et, au final, la sélection des sources.

Productivité

La première singularité réside dans la formulation des requêtes avec des concepts plutôt qu'avec des mots-clés. J'ai testé cette approche en associant "récession", déflation", "stagnation", trois notions qui semblent devoir s'inscrire durablement dans l'actualité.

Webzzle_requete_stagnation.jpg

Google a dégluti 155 000 résultats en 0,29 secondes.
Webzzle en a choisi 39 pendant le même laps de temps parce qu'il ne retient que les sites qui correspondent à ces trois idée, pas à une chaîne de caractères décortiquée et indexée par des robots.
Le gain de productivité est énorme. Déjà, avec Surf Canyon qui explorait les dizaines de milliers de résultats de Google pour faire remonter les suggestions les plus pertinentes, l'utilisateur du roi des moteurs perdait un peu moins de temps à écarter les fausses pistes et les redondances. Avec Webzzle, il est possible de vérifier l'intérêt d'une quarantaine de résultats sans avoir l'impression de perdre du temps en nettoyage stérile.

Transparence

C'est d'autant plus facile que le service montre d'abord le concept tel qu'il est traité par Wikipedia. Traitement que l'utilisateur peut approuver ou récuser. S'alignent aussitôt après les sites sélectionnés parce que leur contenu correspond aux idées véhiculées dans la requête.
Je n'ai éliminé qu'un seul résultat sur les dix premiers lors du test avec les trois concepts économiques.

Webzzle_pertinence_elevee_2.jpg

Viennent ensuite, dans la sélection de Webzzle, les résultats les plus pertinents de Google: aucun déchet.

Pertinence

De plus en plus intéressé, j'ai ouvert un compte gratuit afin de participer à l'évaluation collective de mes trouvailles. La vérité oblige à dire que la version anglaise du site est beaucoup plus facile à utiliser que la version française mais les choses vont peut-être s'améliorer. Comme dans Delicious, les résultats des recherches sont sauvegardées et partagées mais ils sont, en plus et surtout, évalués par les utilisateurs.

Webbzle_profondeur_historique.jpg

C'est une fonctionnalité fondamentale pour les journalistes.

Pour échapper au conformisme de la Google democracy

La "Google democracy", qui consiste à faire placer en tête des résultats les sites vers lesquels convergent le plus de liens, est une mécanique qui fabrique du conformisme à grande échelle: tout le monde exploite les mêmes sources (l'AFP, en général) et c'est une des raisons pour lesquelles l'information française est tellement ennuyeuse.

Avec Webzzle, les évaluations ne sont pas quantitatives mais qualitatives. Elles font savoir, par exemple, qu'une source est appréciable pour la profondeur de son érudition mais pas forcément pour la fraîcheur de ses analyses. Quand Webzzle propose en bonne place le blog de Nouriel Roubini, mon évaluation porte sur la pertinence et la fréquence d'actualisation parce que Roubini avait annoncé la crise des subprimes dès 2006 et parce que son blog RGE propose chaque jour des analyses adaptées à la conjoncture.

Plus il y aura, dans la communauté Webzzle, d'utilisateurs soucieux de trouver des sources fiables, originales et diversifiées, plus ce service de recherches s'approchera du vieux rêve du web sémantique. Pour l'instant, il est ancré dans le web 2.0.

Avec, cependant, une exigence que le web 2.0 est en train de piétiner: le discernement comme fondement de l'intelligence collective.

SOURCE: AltSearchEngines

LIRE AUSSI: le remarquable entretien avec un fondateur de Webzzle publié par le blog non moins remarquable de Gilles Balmisse

jeudi 27 novembre 2008

Attentats de Bombay: "citizen journalists" plus commentateurs que reporters ou analystes

Amy Grahan, du blog collectif E-Media Tidbits, a eu l'excellente idée de s'intéresser, dès mercredi soir, à la couverture des attentats terroristes en Inde:

- par les médias traditionnels

- par les réseaux sociaux

- par les blogs.

Le classement opéré par la consultante en communication de Boulder (Colorado) incite à comparer les contenus des trois vecteurs disponibles sur le web. Il résulte de cette confrontation un double constat:

- les réseaux sociaux se contentent de "citer" les contenus des médias traditionnels

- les blogueurs commentent et lancent des initiatives humanitaires.

Bombay_mosaique.jpg

Les "journalistes" citoyens ne produisent ni information ni analyse

Les contenus des blogs n'ont même pas la valeur de témoignages exclusifs. Ils sont d'une parfaite banalité comme ce billet qui raconte comment des individus qui voulaient prendre un verre à une terrasse ont entendu des coups de feu...Souvent, d'ailleurs, les "articles" des "journalistes" citoyens se terminent par "...alors, on a allumé la télé pour savoir ce qui se passe."

Si les "journalistes" citoyens n'ont pas accès aux lieux privilégiés d'observation, ils n'ont pas davantage la capacité de produire la moindre analyse originale sur les tenants et les aboutissants de la tragédie. Reprocher aux services de sécurité de ne pas avoir prévu les attaques ne constitue pas une analyse. C'est une réaction. Elle n 'apporte rien tant qu'elle n'explique pas pourquoi les services de renseignement n'ont rien su.

Les photos de blogueurs ne présentent aucun intérêt. Elles montrent, au mieux, une foule de spectateurs tenue à distance par le service d'ordre; au pire, des débris dans des rues...

Bombay_terroriste_possible.jpg

Le seul document intéressant est celui d'un possible terroriste. L'auteur n'est pas connu. Il peut s'agir d'un employé d'hôtel, d'un otage libéré ou d'un journaliste. En tous cas, c'est un document de presse.

Critique hypocrite des médias et rumeurs symptomatiques

La vacuité du "journalisme" citoyen est comblée par deux réactions significatives:

1) les réseaux sociaux et les blogueurs accusent les médias traditionnels de privilégier le spectaculaire, le sensationnel, l'émotion...

2) les micro-blogeurs font état d'une rumeur selon laquelle les médias traditionnels auraient perturbé le fonctionnement de Twitter.

Bombay_Mumbai_twitter_logo.jpgExcellent exercice de vérification journalistique: dans son souci d'évaluer la consistance de cette rumeur, Amy Grahan découvre que le gouvernement indien "aurait" demandé aux adeptes de Twitter de ne pas renseigner les terroristes en répercutant les mouvements des forces de l'ordre tels que les médias les décrivent (curieux, car les terroristes peuvent écouter directement les médias sans passer par Twitter), que la BBC "aurait" repris un tweet sans le vérifier (étonnant de la part de la BBC). Amy finit par débusquer l'origine de la rumeur chez un abonné de Twitter qui ne réside pas en Inde, mais à Boston (USA)

On peut reprocher beaucoup de failles et de travers aux journalistes - je ne m'en prive pas - mais le fait est que le "journalisme" citoyen est incapable de donner du sens à un évènement soudain comme la tragédie de Bombay ou à un phénomène complexe comme la crise financière.

lundi 24 novembre 2008

Webreportage astucieux en Haïti: un modèle de journalisme actuel

Deux jeunes journalistes, Jean Abbiateci et Julien Tack, suivent du 25 novembre au 14 décembre la route des paysans haïtiens qui renoncent au travail de la terre pour venir s’entasser dans les 350 bidonvilles de Port au Prince.

Haiti_1_le_sujet.jpgLe thème de l’exode rural dans un des pays les plus pauvres du monde est intéressant. Mais ce qui l’est encore plus, c’est la manière d’entreprendre ce webreportage en vue d’un déploiement ultérieur en rich media.

Haiti_itineraire.JPG

Haiti_2_live.jpgDans l’immédiat, il s’agit d’un carnet de route. Le vecteur pour cette forme de narration sporadique est une plate-forme de micro blogging qui accueille du texte, des liens, des sons, des photos, de la vidéo envoyés par un ordinateur ou par un téléphone mobile.

Haiti_5_mobile.jpgCette plate-forme est structurée à la fois pour une répartition des contenus en rich media et pour un dispositif multicanal.

Haiti_3_Picasa.jpgRelèvent de la répartition rich media les espaces dédiés aux textes,- dont un conteneur dédié aux sources et ressources du reportage -, aux photos et à la cartographie actualisée.

Haiti_4_twitter.jpgLe dispositif multicanal comporte des flux RSS, un fil twitter et une plate-forme multimedia accessible aux téléphones mobiles.

Entreprenants, astucieux, créatifs et libres

Les intentions de Jean Abbiateci et Julien Tack sont développées sur le réseau professionnel Media Chroniques. La réalisation dépendra beaucoup des circonstances locales et notamment de l’état des infrastructures haïtiennes de télécommunications.

D’ores et déjà, six remarques:
1 - Jean et Julien ont préparé leur webreportage comme une véritable entreprise ou, comme on dit dans certains milieux, « en mode projet ». Cette conception du journalisme est porteuse d’avenir

2 - Sans renier les fondamentaux du métier – documentation préalable, travail sur le terrain, immersion, observation, témoignage – le journaliste adapte ses méthodes de travail aux moyens de collecte, de traitement et de diffusion d’aujourd’hui.

3 - A la différence de la plupart de leurs confrères technophobes, Jean Abbiateci et Julien Tack s’intéressent suffisamment aux outils actuels pour dénicher les solutions les mieux adaptées à leur projet. Et les moins coûteuses.
(Voir, à ce sujet, leur remarquable reportage sur le recyclage des vieux ordinateurs en Chine.
Voir aussi les interventions de Jean Abbiateci sur un de mes billets consacré au rich media).

4 - Les choix technologiques de Jean et Lucien sont parfaitement ajustés à leurs ambitions éditoriales. Ils ont déniché les outils qu’il leur fallait pour dire ce qu’ils auront à dire et ils ont combiné ces outils selon les meilleurs critères de productivité. (Rien que pour cela, ils ont déjà le profil de concepteurs-organisateurs dans le journalisme à venir.)

5 - Maîtres de leur sujet et de leurs outils, les deux jeunes journalistes sont autonomes par rapport aux contraintes économiques et aux conformismes corporatistes. Ils sont libres.

6 - Le fait que les outils gratuits leur donnent la possibilité de travailler en toute liberté ne les dispense pas d’exercer leur discernement. Leur carnet de route est une ébauche de rich media journalistique; cette ébauche sera prolongée par un traitement en rich media plus complet.

(Petit rappel aux technophobes qui continuent à radoter sur le thème " avec le web, il n'y a plus de recul, mon bon monsieur": un traitement journalistique en rich media se déploie dans le temps, se vérifie avec des outils extrêmement rapides, se corrige et s'améliore graduellement.)

Un rédacteur en chef avisé devrait suivre le travail des deux webreporters. Ils sont en train de montrer, en direct, ce que le journalisme sera demain.

LEUR OUTILS:

Micro-blogging multimedia: Tumblr

Micro-blogging textuel: Twitter

Folksonomies: Delicious

Photos: Picasa

Web mobile: Mippin

Diffusion en rich media: VuVox Collage, outil fantastique. Il permet des narrations sophistiquées qui mélangent la photo, la vidéo (et même la vidéo dans la photo), le texte et le son.

samedi 22 novembre 2008

Comment concevoir une veille

Veille_Education.jpgDans le cahier des charges d'un appel d'offre destiné à se doter des moyens de mieux comprendre l'opinion, le ministère de l'éducation nationale fournit gratuitement une belle leçon de veille.

ARTICLE 1 - OBJET DES MARCHES ET MODE DE PASSATION

Les présents marchés portent sur la veille de l’opinion dans les domaines de l’éducation, de l’enseignement supérieur et de la recherche.

Ils sont passés en application des dispositions des articles 57 à 59 du code des marchés publics, relatives à l’appel d’offres ouvert.

ARTICLE 2 - ALLOTISSEMENT ET FORME DES MARCHES

L’appel d’offres comporte deux lots. Ils s’agit de marchés à bons de commande passés en application de l’article 77 du code des marchés publics :

Lots Montant estimatif HT

Lot n° 1 : Veille de l’opinion pour le compte du ministère de l’éducation nationale (MEN)

100 000 € HT/an

Lot n° 2 : Veille de l’opinion pour le compte du ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche (MESR)

120 000 € HT/an

ARTICLE 3 - PIECES CONSTITUTIVES DU MARCHE

Chaque marché est composé des pièces suivantes, par ordre décroissant de priorité :

− l’acte d’engagement et le bordereau des prix ;

− le présent cahier des clauses particulières ;

− le cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de fournitures courantes et de services (approuvé par décret n° 77-699 du 27 mai 1977 modifié) − la proposition du titulaire.

ARTICLE 4 - DUREE DU MARCHE

Chaque marché est conclu du 1er janvier 2009 ou à partir de la date de notification (si celle-ci est postérieure au 1er janvier 2009) jusqu’au 31 décembre 2009. Il pourra ensuite être renouvelé pour une nouvelle période d’une année sans que sa durée totale puisse excéder deux ans.

ARTICLE 5 - DESCRIPTION DES PRESTATIONS

5.1 Présentation

5.1.1 Objectif

Le dispositif de veille en question vise, en particulier sur Internet, à identifier les thèmes stratégiques (pérennes, prévisibles ou émergents)

Identifier et analyser les sources stratégiques ou structurant l’opinion

Repérer les leaders d’opinion, les lanceurs d’alerte et analyser leur potentiel d’influence et leur capacité à se constituer en réseau

Décrypter les sources des débats et leurs modes de propagation

Repérer les informations signifiantes (en particulier les signaux faibles)

Suivre les informations signifiantes dans le temps

Relever des indicateurs quantitatifs (volume des contributions, nombre de commentaires, audience, etc.)

Rapprocher ces informations et les interpréter

Anticiper et évaluer les risques de contagion et de crise

Alerter et préconiser en conséquence

Les informations signifiantes pertinentes sont celles qui préfigurent un débat, un « risque opinion » potentiel, une crise ou tout temps fort à venir dans lesquels les ministères se trouveraient impliqués.

5.1.2 Sources surveillées

La veille sur Internet portera sur les sources stratégiques en ligne : sites « commentateurs » de l’actualité, revendicatifs, informatifs, participatifs, politiques, etc.
Elle portera ainsi sur les médias en ligne, les sites de syndicats, de partis politiques, les portails thématiques ou régionaux, les sites militants d’associations, de mouvements revendicatifs ou alternatifs, de leaders d’opinion.
La veille portera également sur les moteurs généralistes, les forums grand public et spécialisés, les blogs, les pages personnelles, les réseaux sociaux, ainsi que sur les appels et pétitions en ligne, et sur les autres formats de diffusion (vidéos, etc.)

Les sources d’informations formelles que sont la presse écrite, les dépêches d’agences de presse, la presse professionnelle spécialisée, les débats des assemblées, les rapports publics, les baromètres, études et sondages seront également surveillées et traitées.


Les interactions entre des sources de nature différente, les passages de relais d’un media à l’autre seront soigneusement analysés.

5.1.3 Finalités

L’analyse attendue des principaux arguments, des critiques et des tendances, à partir du corpus défini, tous les canaux étant pris en compte, donnera lieu à des notes de synthèse (rapport quotidien, note de synthèse hebdomadaire, cartographie commentée des acteurs et débats en présence).

Plus particulièrement en matière de veille Internet, l’analyse permettra un suivi précis de l’évolution de l’opinion internaute et des arguments émergents relayés et commentés sur ce canal.

5.2 Prestations à réaliser

5.2.1 Définition des thèmes

Les thème(s) pérennes ou prévisibles sont prédéfini(s) par la personne publique.
Ils varient selon l’actualité, le calendrier de travail des deux ministères, en fonction des échéances (parlementaires, médiatiques, événementielles…) auxquelles sont soumis le ministre chargé de l’Education nationale et le ministre chargé de l’Enseignement supérieur et de la Recherche.

Les thèmes émergents sont signalés par le prestataire.
Les thèmes émergents seront identifiés dans le cadre de l’activité de veille Internet qui permettra de mieux anticiper les mouvements d’opinion et les critiques et de détecter systématiquement les signaux faibles de crise.

Toute nouvelle veille thématique donne lieu à une réunion de lancement, à la constitution du corpus à observer et analyser, à une cartographie détaillée de ce corpus et des types d’arguments et de critiques en présence.

Un plan de veille constituera le référentiel commun entre le ministère et le prestataire. Il sera formalisé et mis à disposition du ministère.

5.2.2 Livrables attendus

La veille est active : quotidienne, hebdomadaire et accompagnée de recommandations (ou non).

La veille doit être avant tout anticipatrice, analytique et synthétique (et non descriptive).
Elle apportera des indicateurs tant qualitatifs que quantitatifs.

Plusieurs produits de veille pourront être élaborés suivant une périodicité hebdomadaire, quotidienne ou autre (à définir en fonction de l’actualité) :

- la note de veille éducation (tous sujets confondus)

- la note de veille enseignement supérieur (tous sujets confondus)

- la note de veille recherche (tous sujets confondus)

- la note de veille thématique (un seul sujet couvert)

- la cartographie commentée des acteurs et des débats en présence (un seul thème ou un seul acteur couvert)

Clé de voûte du dispositif de veille, le passage en « mode alerte » visera à transmettre systématiquement les informations stratégiques ou les signaux faibles susceptibles de monter de manière inhabituellement accélérée.

Les notes de veille pourront porter ou sur l’ensemble des canaux (média traditionnels et Internet formel et informel) ou être limitées à l’internet (cf. liste des produits au bordereau des prix).

Les vidéos, pétitions en ligne, appels à démission, doivent être suivis avec une attention particulière et signalées en temps réel.

Des éléments quantitatifs (nombre d’interventions, nombre de commentaires, mots les plus fréquemment cités) seront systématiquement inclus.
L’audience et l’influence des sources et des relais seront précisées.

Aucune donnée brute ne sera transmise.

Les informations recueillies seront toujours analysées, recoupées, synthétisées, mises en perspective, et comparées dans le temps.
Les verbatims auront une valeur d’exemple ou d’illustration.
Les synthèses devront être lisibles et facilement appropriables. Une présentation qui facilite la lecture et l’appropriation, tout en préservant la profondeur de l’analyse et l’exhaustivité du corpus, sera fortement appréciée.

La date et l’heure de réception des notes de veille sera fixée par le ministère.
Compte tenu de la nature même des objectifs du dispositif de veille (mesurer la compréhension des problématiques en particulier dans les communautés online, détecter les signaux avant-coureurs, identifier les réseaux d’influence) la date et l’horaire de réception des livrables devront être rigoureusement respectés.

Des échanges réguliers entre le prestataire et le ministère pour ajuster les enjeux du moment, commenter la livraison d’une note et partager les connaissances en matière de veille auront lieu régulièrement.

Lorsqu’un thème sera « clos », le prestataire fournira un document récapitulatif de la veille réalisée pour aider le ministère à calculer le retour sur investissement pour cette opération. A l’échéance du marché, le prestataire fournira également un récapitulatif détaillé des prestations réalisées dans l'année.

vendredi 14 novembre 2008

Pistage visuel des citations qui se répliquent sur le web

Meme_tracker_petit_logo.jpgTrois chercheurs de l'Université Cornell viennent de mettre en ligne un outil de monitorage et de traçabilité des citations dans les sites médiatiques et les blogs.
Le nom de memetracker pose un léger problème de définition car les memes ne se réduisent pas à des extraits de discours et à des framents de phrases. (1) Cependant, l'application mérite mieux qu'une querelle de mots.

Il s'agit d'un dispositif de visualisation de données, technologie de pointe dans laquelle les Américains ont une bonne dizaine d'années d'avance sur l'Europe (2). Les créateurs sont Jure Leskovek - sa thèse en vidéo, commentée avec un accent inoubliable, est ici -, Lars Backstrom, et Jon Kleinberg.

Toutes_citations_confondues_en_negatif.jpg

Memetracker inspecte 900 000 thèmes de récits (stories) repérés sur un million de sites d'information et de blogs. Il extrait de 17 millions de phrases les citations les plus fréquemment reprises au fil des heures et des jours sur le "spectre" de sites et de blogs qui consituent l'échantillon de référence. Les fréquences de citations sont calées sur une ligne temporelle et du croisement entre quantités et durées naissent les courbes ci-dessus (les couleurs du graphiques ont été inversées par moi).

Obama: "Un porc avec un du rouge à lèvres reste un porc"

You_can_put_a_lipstick.jpgPour chaque citation qui se propage amplement sur le web, l'outil permet d'en trouver l'origine. Il mesure la décroissance de sa propagation virale.
Exemple: paraphrasant Sarah Paulin qui s'était dépeinte "en pit-bull avec du rouge à lèvres", Barak Obama a déclaré le 9 septembre 2008: "On a beau mettre du rouge à lèvres sur un porc, ça reste un porc." Le pic révèle un record de reprises juste après le meeting mais la décroissance des reprises est relativement lente parce que les médias et blogs conservateurs ont exploité la phrase d'Obama comme une faute dans la conduite de sa campagne électorale. Ils ont donc fait durer la réplication virale aussi longtemps que possible. C'est l'explication de la "bosse" observée le 16 septembre: les adversaires du candidat démocrate ont essayé de faire rebondir la polémique.

Bush: "Les fondements de notre économie sont sains"

Inversement, la déclaration de George Bush du 24 septembreNotre_economie_est_forte_du_21_au_27_septembre.jpg - "Les fondamentaux de notre économie sont bons" - retombe bien vite en nombre de reprises parce que, dans l'actualité de la crise financière radiographiée à travers les traînes de réplications, une citation chasse l'autre.
Cette déclaration de douze minutes était au demeurant paradoxale puisque le Président pressait le Congrès de voter un plan de secours de 700 milliards de dollars tout en affirmant que l'économie avait de bonnes bases. La suite a d'ailleurs démontré, à travers le changement de stratégie opéré en novembre par le secrétaire d'Etat au Trésor, que le locataire de la Maison-Blanche était, le 24 septembre, dans le flou le plus total. Comme la plupart des dirigeants occidentaux.

La surprise provoquée par l'aggravation soudaine de la crise des subprimes (qui a pourtant commencé en juillet 2007) se lit dans les courbes de citations ayant trait à l'économie. Le memetracker ne décèle rien avant le 27 août. Il s'écoule trois semaines avant que les phrases ayant trait à la conjoncture économique se propagent massivement. Ce qui signifie que les dirigeants n'ont rien vu venir ou n'avaient pas de solution. Le pic de réplication atteint par la phrase du président Bush est dépassé par celui (en bleu) d'une autre déclaration faite un mois plus tard: "Les perspectives de croissance se détériorent."
Total_economie_27_aout_.jpg

Les sites ou blogs qui donnent le ton

L'analyse des cycles hebdomadaires de citations auto-répliquées sur le web révèle que les pointes de reprises se produisent le mercredi.

Cycle_hebdomadaire_pointe_vendredi.jpg
Le memetracker comporte également une fonctionnalité qui mesure "l'influence" des sources d'informations sur la masse des autres sites qui servent d' amplificateur.
Selon que les pics de réplication précèdent ou suivent la publication d'un récit par un site, celui-ci est déphasé (par exemple: publication d'une information 19 heures après le pic de réplication) ou leader, précurseur, (publication, par exemple, d'un récit douze heures avant son pic de réplication).
A travers ces paramètres se révèlent la puissance, la densité de texture, des réseaux qui relaient les sites médiatiques et les blogs conservateurs aux Etats-Unis.

SOURCE: Infosthetics

1) les memes ne se réduisent ni à des petites phrases ni à des particules de buzz. Ce sont des entités socio-culturelles - pièces musicales, tenues vestimentaires, comportements - qui semblent avoir la faculté de se reproduire en se propageant à la manière de certains éléments biologiques. Il existe une Société Francophone de Memetique.

La memetique ou étude des memes est une discipline controversée. Certaines de ses approches sont intéressantes pour le journaliste confronté aux rumeurs. Dans mon livre, pages 89 et 90, je propose une traçabilité en dix occurences du meme des "camions remplis de cadavres" de 1945 à 2005.

Je montre, dans mon blog "Communiquer par l'image" un exemple de ''meme'' dans la photographie d'actualité.

2) En juillet 1997, j'ai vu dans un laboratoire de Stanford une impressionnante visualisation informatique des principaux thèmes abordés par les moyens d'information télévisuels aux heures de grande écoute.

samedi 8 novembre 2008

Une plate-forme de témoignages en temps réel sur la crise du Congo

Signalée par Jean-Luc Raymond, Ushahidi fournit en temps réel des témoignages sur ce qui se passe en République Démocratique du Congo.

Ushahidi_carte_generale_avec_codes_couleurs.JPG

Toute personne qui, sur place, assiste à un évènement significatif peut raconter ce qu'elle a vu par téléphone (SMS, mail) ou par tous les fichiers web via un ordinateur connecté.
Les auteurs des récits sont invités à spécifier la nature des faits qu'ils relatent. Quatorze catégories de faits ( incidents, batailles, pillages, viols, déplacements de populations, épidémies, etc...) permettent à la base de données d'affecter un code de couleurs à chaque type de tragédie.
Ushahidi_verifie_oui_non.JPGLes récits font l'objet d'un classement chronologique et ils sont localisés sur une application Google Maps.
Dès le premier coup d'oeil, l'infonaute appréhende globalement la situation dans deux de ses multiples dimensions: ce qui se passe et où ça se passe. Il est également averti du fait qu'un témoignage a été, ou non, vérifié.
A côté des récits spontanés, il peut consulter une liste d'articles publiés par les médias ordinaires.

Ushahidi_attaque_Rutshuru.JPG
Un exemple de récit (vérifié) a été fourni samedi après midi après l'attaque d'un camp du CNDP tutsi par une milice congolaise MayiMayi. Le témoin fait état d'un massacre en représailles, les combattants tutsis pénétrant dans chaque maison pour abattre systématiquement tous les hommes qu'ils trouvaient sous les yeux de représentants de la force d'interposition de l'ONU, qui ne semblaient pas en état d'intervenir, d'après l'auteur du témoignage.

Un outil adapté aux crises
Ushahidi a été crée au début de 2008 par un groupe de développeurs et de blogueurs qui se méfiaient du traitement de la crise au Kenya par les médias traditionnels.
Ushahidi_diagramme.JPGErik Hersmann, un blogueur américain, fils de missionnaires, est retourné en Floride pour créer une ONG dont plusieurs membres experts en informatique ont construit un CMS ( Système de Gestion de Contenus) facile à déployer. Un système original puisqu'il est capable d'intégrer des SMS dans des formats spécifiquement web.
L'application a d'ailleurs été classée parmi les plus prometteuses de l'année par la célèbre Technology Review du MIT. De plus en plus sophistiquée, Ushahidi a collecté les témoignages sur les évènements du Kenya, puis elle a fonctionné sur les violences contre les immigrants en Afrique du Sud. La voici maintenant en action au Congo.
C'est un outil Open Source, à la disposition de tous. C'est la plate-forme d'information en temps réel la mieux adaptées aux grandes crises.

La vraie place du "journalisme citoyen"
Ushahidi a aussi le mérite de situer enfin et concrètement le rôle du "citizen journalism" dans l'information à l'ère des réseaux.
Par son nom, elle indique que les contenus ne sont pas majoritairement des articles rédigés par des journalistes. "Ushahidi" signifie "témoignage"en langue swahili. Pas "article", ni "éditorial", ni même "reportage" et encore moins "enquête".
Cette salutaire distinction entre "témoins" et "journalistes" signifie que les citoyens peuvent voir des choses que les journalistes ne voient pas; mais ils ne peuvent pas construire l'actualité, c'est à dire donner un sens global, et généralement provisoire, aux évènements.

Il n'y a pas de corporatiste hautain dans le fait de rappeler qu'un témoin n'est pas un reporter et qu'un citoyen n'est pas éditorialiste sous prétexte qu'il publie ses opinions.
Ushahidi_logo.JPGAu contraire. Ushahidi prouve que les journalistes ont absolument besoin de citoyens vigilants qui alertent et qui racontent.

D'abord parce que les témoignages leur permettent de hiérarchiser les évènements à inclure dans le traitement de l'actualité.
Ensuite et surtout parce que plus les gens sur place raconteront ce qui se passe, moins les journalistes seront tributaires des communiqués officiels et des manipulations des pouvoirs en place. Même si un récit ne semble pas fiable à 100% à priori: il appartient précisément au journaliste de le vérifier.
Et puis, certaines de ces humbles "choses vues et racontées à chaud par des non professionnels" auront peut-être une portée historique bien supérieure à celle de nombreuses productions journalistiques.

mercredi 5 novembre 2008

Le Times sud africain diffuse ses contenus en téléphonie mobile

Times_mobiles__logo.jpgLe quotidien sud africain The Times vient d'ouvrir une plate-forme dédiée aux terminaux nomades. Les utilisateurs de téléphones mobiles sont reconnus par le site qui adapte les contenus numérisés du journal aux caractéristiques de l'appareil récepteur. Des services particuliers comme les bulletins météorologiques sont délivrés en fonction de la localisation de l'abonné.

Times_mobiles_apparence.jpgL'offre de contenus englobe les informations mondiales, nationales et locales dans les rubriques géopolitiques, économiques, culturelles et sportives. Les infonautes sont prévenus par des alertes et peuvent accéder aux articles de fond. Ils peuvent également télécharger des reportages ou des débats en vidéo.

Le modèle économique de ce mode de diffusion de l'information est fondé sur le fait que l'Afrique du Sud est le marché de téléphonie mobile qui connaît le plus gos développement actuellement dans le monde. Les dirigeants du Times estiment que les abonnés à leur plate-forme devraient pouvoir se passer rapidement d'ordinateurs pour accéder au services élémentaires du web comme l'information en temps réel mais aussi et surtout les offres d'emploi. La plate-forme a été réalisée par Boost Com , une entreprise norvégienne issue d'une université de technologie en collaboration avec la firme sud africaine Avusa.

SOURCES: Bizcommunity , via The Editors Weblog

lundi 3 novembre 2008

Le Washington Post entre dans l'économie de l'attention

Le Washington Post propose à l'occasion des élections une carte interactive en rich media.

Washington_Post_Carte.jpg

Au bas de la carte, une ligne temporelle indique les quantités de documents disponibles tel jour à telle heure.
Le passage du curseur fait apparaître un inventaire des articles de journaux, billets de blogs, fichiers audio, photographies, séquences vidéos, messages au format de micro-blogging selon Twitter.
L'infonaute peut sélectionner tout ou partie de l'offre. Il peut donc suivre cette actualité dans plusieurs registres de traitement de l'information. Simultanément ou successivement. Sur l'ensemble du territoire ou dans une localité particulière.

Comparée aux mappemondes fades et inertes que les sites web des médias français s'obstinent à mettre en ligne, simples numérisations de planisphères imprimées sur papier, la performance technologique des développeurs et infographistes du Washington Post - Dan Berko, Chris Buddie, Jesse Foltz et Steven King - est admirable. Elle semble regorger de réponses variées aux 5 "W" : "What ?", Who?" "Where ?", "When", "Why" ?.

Washington_Post_Profusion.jpg

La prolifération de documents suscite cependant une seconde réflexion sur la manière dont l'évènement est appréhendé par les médianautes et sur le rôle des journalistes dans la mise en oeuvre de cet entendement.

La twitterisation du journalisme
La hiérarchisation des faits, qui aurait dû rester une responsabilité essentielle du journaliste, semble complètement pulvérisée par le mélange de tweets, de posts et clips dont l'origine n'est pas toujours clairement perceptible, pour ne rien dire de leur valeur informative.

Washington_Post_Tweet.jpgLe reproche qui était adressé à France Info en 1987 prend ici une nouvelle acuité. La radio d'information continue place généralement au début de ses sessions, non pas ce qui est le plus important mais - sauf circonstances exceptionnelles comme les élections américaines - ce qui est le plus récent: un faits divers à forte charge émotionnelle qui sera oublié le lendemain prend la place, dans le flux radiophonique linéaire, d'un fait qui aura peut-être une portée historique.

La carte espace-temps interactive du Washington Post n'est évidemment pas un flux. C'est un amoncellement de document relatifs à un évènement. Aucun n'est donné comme plus important que les autres. L'anecdote insignifiante y côtoie, peut-être, le fait porteur d'avenir. Les factoïdes, ou non-évènements qui ont un retentissement non justifié, brouillent la compréhension de l'Histoire en train de se faire. C'est sans doute une des formes de la ''twitterisation'' du journalisme.

Cependant, la sensation de profusion conduit inévitablement à la notion de temps passé par les internautes sur une plate-forme d'information et, donc, à l'économie de l'attention (1) qu'aucun journaliste ne peut désormais ignorer. Eric Sherer, de l'AFP Media Watch a publié cet été un remarquable document de 150 pages sur cet environnement à la fois stimulant et contraignant. Un écosystème qui renvoie au fameux "temps de cerveau disponible" énoncé par l'ancien président de TF1.

Il s'agit bien, avec cette carte, d'attirer l'infonaute sur le site et de l'y retenir le plus longtemps possible, en espérant en outre le fidéliser.
Si l'attractivité des contenus est suffisamment forte, même au détriment de la hiérarchisation des faits dans un premier temps, le médianaute peut à la longue retrouver le goût de l'information - sortir de l'inforexie - et se rallier ensuite aux contenus journalistiquement structurés. Ce dont le Washington Post ne manque pas.

1) Sur l'économie de l'attention, lire aussi l'article de Philippe Chantepie dans "Culture web", pages 495 à 510, notamment page 500.

vendredi 31 octobre 2008

Un centenaire migre sur le web

Christian_Science_Monitor_logo.JPGAnnoncée par Mediapost, la migration en avril prochain du Christian Science Monitor vers le web constitue un évènement important dans l'histoire de la presse.

Il s'agit d'un quotidien national centenaire dont la prestigieuse "marque media" s'enracine dans une forte crédibilité, notamment pour le traitement de l'actualité internationale, ainsi que dans la qualité de ses grands reportages. Sa rédaction a reçu sept prix Pulitzer.

Le vénérable et respecté journal perd beaucoup d'argent.

Ses dirigeants ont décidé de transférer les contenus journalistiques à forte valeur ajoutée sur un site web dont l'accès sera en partie payant et de ne plus publier qu'un hebdomadaire imprimé.

Remarque d'un spécialiste américain des industries médiatiques: "Les lecteurs du Christian Science sont des gens intelligents et cultivés mais plutôt âgés, pas forcément très connectés."

jeudi 30 octobre 2008

Les journalistes français bloguent moins que leurs confrères

Le passionnant Online Journalism Blog de Paul Bradshaw a interrogé 200 journalistes dans 30 pays sur leurs pratiques de blogging.

Avant de résumer certaines réponses, les auteurs du questionnaire rappellent que 85% des organes de presse britanniques et 70% des journaux américains mettent des plateformes de blogs à la disposition de leurs journalistes.
Si la moyenne dans le reste de l'Europe tombe à 44%, c’est en grande partie parce que les journalistes français ignorent ou dédaignent cet aspect de leur métier.

Selon une étude publiée en juin dernier par Oriella PR Network et signalée par l'European Journalism Center, l'offre française de blogs journalistiques par les organes de presse (1) est en dernière position (18%), derrière l'offre allemande(31%).

Blogs_de_journaliste_France_en_rouge.jpg

C’est d’ailleurs la raison pour laquelle la moitié des confrères qui ont répondu au questionnaire de l’OJB travaillent aux Etats-Unis, au Canada et en Grande-Bretagne. Leurs réponses éclairent, par contraste, deux des nombreuses failles du journalisme à la française :

Moins de conformisme, moins d'arrogance

1 - Le blogging permet aux journalistes qui s'y livrent de diversifier les sources d’information afin de ne pas être trop tributaires des sources institutionnelles, d’échapper au moins en partie au traitement formaté de l’actualité.

Mon commentaire: à contrario, les journalistes français, qui bloguent peu, produisent globalement une information conformiste et ennuyeuse dont les thèmes sont fixés de manière bureaucratique; c’est, selon moi, une des causes de la fameuse « crise de la presse ».

2 - Le blogging permet aux journalistes qui le pratiquent d’entretenir des relations qualitatives inédites avec leurs audiences. Ils considèrent les lecteurs de leurs blogs comme des co-créateurs de contenus, et non comme des destinataires passifs. Ils les associent parfois à leurs recherches et répondent à leurs perplexités en vérifiant des rumeurs. Ils estiment surtout devoir rendre des comptes aux lecteurs de leurs blogs, plus qu’aux pouvoirs établis.

Mon commentaire: contrairement à leurs confrères anglo-saxons qui bloguent beaucoup et s’en trouvent mieux sur le plan professionnel, les journalistes français qui bloguent peu perpétuent à l’égard de leurs audiences une arrogance qui rappelle celle des intellectuels à l’égard des masses; à cette différence près que, victime de sa technophobie et de sonarrogance, la sous-culture journalistique est assez largement méprisée par les audiences qui s'en détournent. Ce qui réduit la caste journalistique à aller mendier l’aide du pouvoir politique par le truchement d'indécentes bouffonneries baptisées "états généraux".

Les résultats du questionnaire sont tellement riches qu’ils ont fait l’objet de sept billets successifs. Voici les liens qui y conduisent:

Note 1
Note 2
Note 3
Note 4
Note 5
Note 6
Note 7

En plus de ses analyses, Paul Bradshaw fournit énormément de ressources en profondeur sur les nouvelles pratiques professionnelles.

1) L'étude est bienveillante pour les journalistes français car elle prend en compte les plateformes de blogging dans lesquelles les journalistes se contentent de faire copier par leurs secrétaires - car ils ne touchent pas au clavier - les éditoriaux qu'ils destinent aux versions imprimées sur papier. Pour un grand nombre de journalistes français, bloguer c'est faire faxer leurs oeuvres.

lundi 20 octobre 2008

Le web et quelques logiciels au service des rédactions

Voici quelques ressources à l'intention des journalistes qui considèrent que le web peut leur être utile.

L'exploitation optimisée de ces ressources en ligne et des logiciels que je préconise repose sur une méthodologie personnelle que je réserve à mes étudiants, à mes stagiaires et à quelques technophiles dignes d'intérêt.

I - IDENTIFIER LES GISEMENTS ELECTRONIQUES
Bases de données, sites web, forums, blogs, wikis.

A - Répertoires de bases de données

  1. Complete planet
  2. Searchsystems.net
  3. Dadi
  4. Formist


B - Répertoires d'annuaires et portails

  1. Dmoz
  2. Les annuaires
  3. Tous les annuaires

C - Répertoires de moteurs de recherche

  1. Les moteurs de recherche
  2. Beaucoup
  3. Wikipedia


D - Répertoires de forums et groupes de discussion

  1. Intelligence Center
  2. Groupes yahoo français
  3. Big boards


E - Répertoires, annuaires et moteurs de recherches de blogs

  1. TechnoCrati
  2. All-blog
  3. Search 4 blogs

F - Répertoires de wikis

  1. Annuaire thématique
  2. Wiki Index (merci à B&C pour le commentaire rectificatif et, donc, enrichissant.)

Deux exemples de wikis:

  1. Wiki News francophone
  2. WikiSource


II - VERIFIER LES FAITS
Traquer les rumeurs, les légendes urbaines et les farces.

A - Farces et rumeurs

  1. Hoaxbuster
  2. Snopes

B - Erreurs et plagiats

  1. FactCheck
  2. Regret the Error

C - Medias watch

  1. FAIR
  2. Stinky journalism
  3. Media Standards Trust

D - Disséquer les textes

  1. Tropes
  2. Le Dico
  3. Contexte


E - Valider les sources

  1. La méthode Cornell
  2. La méthode Berkeley
  3. Blogpulse ( autorité d'un blog)

F - Identifier les auteurs

  1. WikiScanner
  2. DomainTools

III - DETECTER CE QUI FERA L'ACTUALITE

A - Monitoring

  1. Mapped up
  2. Newsmap
  3. Eufeeds
  4. Newsbrief
  5. NewsExplorer
  6. WikioBuzz

B - Répertoire d'agrégateurs de flux RSS

  1. All RSS
  2. BlogSpace
  3. Mon préféré: Bandit

IV - TROUVER DES ANGLES

  1. RefDesk
  2. JournalismeNet
  3. Newspaper Index
  4. Réseaux des personnalités par News Explorer
  5. Réseaux des personnalités par NNDB
  6. Sémantique et associations d'idées

V - QUELQUES EXEMPLES DE FORMATIONS

  1. Licence Référenceur & Rédacteur web à l'IUT de Mulhouse
  2. Association des professionnels de l'Information et de la Documentation lien offert par Bibliobsession
  3. Le métier de recherchiste au Québec (lien intéressant proposé par Jean-Michel Salaun, de Montréal.


vendredi 17 octobre 2008

La créativité rich media du Financial Times

Alors que les sites d'information français les plus influents s'entêtent à déverser sur leurs pages web inertes de la texture grisâtre avec, ici et là, des clichés usés jusqu'à la corde ou de mornes cartographies statiques, le vénérable Financial Times déploie à l'occasion de la crise financière une réjouissante créativité en rich media.

FT_bandeau_superieur.jpg

Le chef d'oeuvre est, ci-dessous, une interface signée Skye Doherty, Steve Bernard et Caroline Nevitt.
Intitulée "La rue des banques", la métaphore graphique renvoie au bandeau ci-dessus qui exploite, lui, la métaphore de la ville pour exprimer la notion de globalité. On ne peut pas s'empêcher de penser que cette "Ville globale" -où l'on reconnaît des empreintes de San Francisco, de Tobyo, Melbourne ou New York - est une excroissance, par glissement sémantique, du prophétique "village global" de Marshall McLuhan.

FT_interface_interactive.jpg

Quoi qu'il en soit, les artistes développeurs du FT ont su incruster dans cette métaphore de la rue:

- une ligne chronologique qui débute en septembre 2007, date de la prise de conscience de la gravité de la crise des subprimes
- des données que le curseur de la souris découvre en passant sur les gratte-ciel
- un diaporama sur l'affaire Kerviel
- les interventions en vidéo d'analystes financiers.

Le résultat est ergonomie exemplaire qui associe la réactivité à la profondeur.

Parmi les autres modules en rich media, une webTV qui rappelle celle de BreakingViews et une carte interactive qui montre et chiffre les interventions des différents gouvernements à travers le monde.

FT_carte_interactive_mondiale_des_interventions_gouvernementales.jpg

Face à une telle offre de contenus, et compte tenu de la haute fiabilité qui caractérise la marque média "FT", l'infonaute ne peut que souscrire un abonnement.
Car l'attractivité et la fidélisation figurent en bonne place parmi les avantages concurrentiels du rich media journalistique.

jeudi 16 octobre 2008

La crise financière implique un travail collaboratif en essaim

Un phénomène complexe et durable comme la crise financière appelle un traitement fiable, riche en angles et aussi didactique que possible.

Dans les médias traditionnels soumis aux flux linéaires, la rigidité de l’organisation verticale et cloisonnée des rédactions ne favorise ni la régénération du travail de journaliste ni la productivité.
Les contenus sont toujours conçus et fabriqués selon un schéma top-down qui va, schématiquement, du rédacteur en chef au reporter de base en passant par les services spécialisés.

Crise_organisation_redaction_verticale_2.jpg

Dérivée des organigrammes militaires, cette structure favorise le contrôle de la ligne éditoriale mais surtout le conformisme. Elle stérilise la créativité et occasionne des gaspillages de temps et de ressources.

Les médias électroniques, en particulier s’ils opèrent en ''rich media'', sont à priori mieux adaptés au caractère (très) évolutif de l’actualité boursière. Du moins s’ils renoncent à proposer sur le web ce qui se fait sur les supports et vecteurs traditionnels.

Crise_redactions_Organisation_circulaire_corrigee_et_coloriee.jpg

Le mode d’organisation adapté au web et à ce type d’actualité (crises, catastrophes, élections décisives) est celui de l’essaim.

Le fonctionnement réactif et aéré de l'essaim

C’est un dispositif flexible dont l'efficacité opérationnelle dépend de cinq pré-requis:

1 - Des responsabilités partagées supposent qu’à tout moment décisif du traitement de l’actualité, chaque partie prenante de l’essaim assume la "direction" du projet. Il peut s’agir du rédacteur en chef à un moment T, du chercheur-vérificateur à un autre moment si sa fonction lui permet de trouver des angles originaux, du développeur s’il propose des représentations graphiques interactives, du reporter s’il a trouvé des données qui ne sont pas encore intégrées dans la production rédactionnelle.
Si la responsabilité principale est située, par convention graphique, en haut du cercle, le cercle peut tourner pour placer temporairement le reporter en position de chef de projet.

2 - Une certaine polyvalence est utile afin que, par exemple, le « recherchiste » (= spécialiste de la veille et de la vérification des faits) aie de bonnes notions en matière financière, que le spécialiste des affaires boursières sache ce qu’un infographiste peut développer en guise d’illustrations interactives.

3 - Un protocole intériorisé par chacun évite que les responsabilités soient trop diluées. Ce protocole repose sur le partage instantané et permanent des informations et ressources, dans le respect du temps de travail de chacun. (La France est un des pays où la gestion du temps de tous et de chacun est ignorée, notamment au sein des rédactions où la perte de temps productif est considérable.)

4 - Des outils de travail collaboratif, sortes de bureaux virtuels temporaire. Chaque phénomène de type « crise financière » peut justifier la création d’un espace électronique dédié comme, par exemple la solution gratuite Think Free qui permet de produire, de stocker et departager des documents, y compris sur des terminaux nomades. N’ont accès à ces ressources que les journalistes impliqués dans le traitement d’une actualité précise. La plateforme Twitter est un exemple d’outils pertinents dans le traitement d’un phénomène complexe et très évolutif.

5 - Une méthodologie. Elle dépend, évidemment, du positionnement de chaque rédaction. En voici une esquisse possible :

- La stratégie éditoriale définit les finalités du traitement d’une actualité donnée, depuis le rythme de diffusion des alertes jusqu’à un éventuel DVD ou supplément imprimé.

- La charte éditoriale d’une actualité complexe définit de manière approximative les parts relatives des contenus textuels, audio et picturaux.

- L’organisation du travail de chacun fait l’objet d’adaptations périodiques et concertées.

- Les réunions et conférences de rédaction sont à priori exclues au profit des communications brèves et ponctuelles.

Dans de telles conditions et quel que soit le nombre de professionnels impliqués, le fonctionnement de l'essaim est à la fois beaucoup plus réactif que celui d'une rédaction rigide et cloisonnée et, pour chacun de ceux qui en font partie, beaucoup plus aéré pour la gestion des blocs de temps.

Un investissement immatériel pour un avantage concurrentiel

L’essaim journalistique économise beaucoup de temps, implique de manière forte et soutenue tous les acteurs du traitement de l’actualité, stimule la créativité et la réflexion, anticipe les attentes des infonautes.

La mise en place d'une organisation de ce type ne s'improvise pas. C'est un investissement dans l'innovation technologique au service du métier de journaliste. Le retour sur investissement sera, notamment, mais pas uniquement, un avantage concurrentiel décisif entre les marques média.

mercredi 8 octobre 2008

Les racines et la trame idéologiques de la crise financière

Sous le déluge de données que provoque le déploiement de la crise financière, le journaliste a le choix entre tendre le micro à un Marc Touati et à un Nicolas Baverez (1) ou essayer de donner du sens aux flux saccadés de dépêches. Donner du sens, ce n’est pas forcément éditorialiser. C’est s’obliger à rendre intelligibles des enchaînements d’évènements, y compris et d’abord dans les récits factuels.

Racines_2_grille_A.jpg

Quand les évènements prolifèrent de manière désordonnée et sporadique, l’observateur professionnel se trouve face à des amas de données et de faits hétérogènes - statistiques, déclarations, sondages - qui n’ont aucune cohérence apparente. Un minimum de culture et un zeste de discernement devraient permettre au journaliste de relier certains de ces faits entre eux, par la logique ou l’intuition.

Racines_2_grille_B.jpg

En s’appuyant sur les relations de causalités entre certains évènements, certaines idées et les phénomènes en cours de développement, le journaliste se fabrique une grille d’interprétation aussi solide que possible. Les relations de causes à effets constituent le meilleur point de départ pour la construction d'une grille d'interprétation de l'actualité. Même si l'Histoire ne se répète pas, toute crise financière évolue selon des schèmes connus, schèmes dont on découvre vite qu'ils sont ceux du libéralisme.

Pour illustrer la valeur empirique des relations de causes à effets, voici comment la Banque de France analysait la crise financière asiatique et russe des années 97-98. Le diagramme montre la complexité et le caractère inexorable des enchaînements quand certaines conditions sont réunies:

Racines_crises_Asie_Russie_BdF.jpg

Le journaliste au travail aujourd'hui ne dispose pas des connaissances et du recul des analystes de la Banque de France. Il peut cependant se fabriquer une grille d'interprétation de l'actualité en cherchant les liens de causalité avec un risque d'erreurs limité : si les faits n’entrent pas dans cette grille, il la modifie et en construit une autre. Validée au moins partiellement par quelques exemples probants, cette grille devient la trame à partir de laquelle le journaliste peut construire ses récits factuels.

Racines_Quintura.jpg

Modifiable à tout instant, cette grille doit être enrichie par des analyses qui renouvellent l'approche de l'actualité politique et financière. Elle est, en fait, une métaphore des synapses qui, dans le processus cognitif, génèrent des idées ou des associations d’idées. Les proximités lexicologiques ou les glissements sémantiques - suggérés dans la capture d'écran ci-dessus par le fonctionnement du moteur Quintura - servent souvent de fondations aux constructions intellectuelles.

La grille d’interprétation de l’actualité relève du bricolage intellectuel. C’est un outil que le journaliste se fabrique, tel un artisan, et qu’il peut transformer ou jeter.

Sans Google, sans Wikipedia, sans sites médiatiques

Exercice pratique à partir du mot « libéralism » , complété par « financial crisis » afin d'obtenir d'emblée les résultats les plus pertinents. J’exclus, évidemment, le recours à Google ainsi qu’à Wikipedia et je fuis les sites entretenus par des organes de presse.

Racines_crise_Kartoo.jpg

Les moteurs cartographiques sont particulièrement adaptés à la métaphore des synapses, donc à la grille mentalement imagée du journaliste. D’emblée, le métamoteur Kartoo (2) affiche une constellation intéressante de ressources.
Pour rester cohérent avec le mépris que je nourris à l'égard du conformisme journalistique, je me détourne de tout ce qui pourrait me conduire vers des gourous médiatiques (3).
Je choisis un site en .org et arrive sur le site d’une ONG dont le premier article me renvoie à Bush, au parti Républicain, aux « reaganomics » et au « thatcherism ».

Racines_crise_wikiliberal.jpgDans « La vie des idées », je retrouve les racines idéologiques du libéralisme dont se réclame le parti Républicain: l’Ecole de Chicago, l’Ecole de Fibourg, l’école de Vienne. Avec des noms comme Milton Friedman ou Friedrich Hayek.

Un blog d'expert et un wiki libéral complètent la documentation avec les noms d’Alan Greenspan qui fut président de la FED, proche de Reagan et de Bush mais aussi et surtout, ce qui se sait moins, secrétaire particulier d’une romancière ultra-libérale férocement anti-étatique, Ayn Rand.

Pister les idées qui produisent les faits

Ce que je viens de faire pourrait s'appeler "pistage des idées dans l'actualité". Pendant la campagne présidentielle de 1988, Jérôme Bellay m'avait demandé de faire, sur France Info qu'il venait de créer, une revue de presse qui ne s'intéressait qu'aux idées discutées dans les journaux.

Ce pistage (tracking) des idées dans les news est très prisé dans certaines sphères du journalisme américain. C'est en effet l'occasion de prouver que le journalisme ne se réduit pas à la lecture des dépêches d'agences et des communiqués officiels.

En tous cas, le pistage des idées "Libéralisme" dans le contexte de "crise financière" me procure en moins d'une heure une documentation de cinq feuillets.
Cela me suffit pour construire une grille d’interprétation de l’actualité qui repose sur des enchaînements idéologiques encore très actifs :

racines_arbre_historique.jpg

1 – Elaborées pour combattre l’idéologie communiste puis l’influence sociale-démocrate, les théories libérales d'abord testées dans des pays d'Amérique du Sud ont permis aux politiques – Reagan, Thatcher puis Bush – d’affaiblir le rôle de l’Etat dans l’économie.

2 – L’affaiblissement du rôle économique de l’Etat a permis aux politiciens libéraux d’orienter le fonctionnement de l’économie de telle sorte que les actionnaires soient privilégiés dans le partage des gains de productivité et de la valeur ajoutée, au détriment des salariés et des consommateurs.

3 – La primauté des actionnaires a été, en quelque sorte, scellée par un mode de rémunération des managers (stocks options, primes, bonuses, indemnités surévaluées) qui les incite à donner la priorité absolue au rendement du capital. Matériellement associés à la recherche prioritaire du rendement, les managers sont obsédés par la performance financière.

Cet enchaînement a été inspiré et cautionné par des thèses universitaires variées qui vont du monétarisme aux "coûts de transactions". Dominantes dans la pensée économique actuelle, elles sont dopées – au sens du dopage sportif – par les progrès de la modélisation mathématique appliquée à la spéculation financière.

Pour tester la validité de cette grille, il suffit de vérifier que les faits connus depuis le début de la crise en juillet 2007, ainsi que les évènements actuels et à venir, entrent ou non dans ce cadre d’interprétation.

Un outil narratif et d'investigation

La grille (ou le cadre) d'interprétation de l'actualité n’a aucune fonction prédictive. Elle permet juste au journaliste de choisir un point de vue pour essayer de donner du sens à un fait problématique en le raccordant à d’autres faits dont les liens de cohérence sont avérés.
Elle permet surtout de relativiser les postures et autres gesticulations politiques. Annoncer, par exemple, que la rémunération des managers sera limitée par les gouvernements, c’est aller contre le pacte « Actionnaires-Managers » tel qu’il a été scellé à la fin des années soixante-dix dans les années Reagan-Thatcher sous les auspices des thèses libérales. Or ce pacte idéologique reste en vigueur partout dans le monde occidental.

Aussi imparfaite et fragile qu’elle soit, cette grille permet d’inscrire un récit factuel dans une logique narrative qui n’a aucune intentionnalité polémique: dire que le capitalisme financier est devenu omnipotent et, donc, incontrôlé après l’implosion du modèle communiste est une donnée historique.

Si, au-delà de la cohérence du récit factuel, le journaliste veut préparer un cadre de veille et de recherches ultérieures, il lui suffit de compléter la grille par les réponses positives ou négatives à la question de savoir si une idéologie sans rivale est capable de s’auto-réguler et de quelle(s) manière(s).

(1) Ce sont deux figures emblématiques des experts que les médias épuisent quand, renonçant à une réflexion personnelle, les journalistes se laissent dépasser par les évènements. Le recours intensif aux experts comme remède à la paresse intellectuelle des journalistes a été inauguré lors de la première Guerre du Golfe en 1991: un général médiatique passait d’une chaîne de télévision à l’autre pour se faire lire les dernières dépêches et les commenter par des banalités.

(2) Je sais que Kartoo est un métamoteur et qu'il y a donc forcément du Google dans ses résultats. Mais, d'une part, je n'ai rien contre Google en tant que moteur, c'est l'usage qui en est fait qui me paraît nocif. D'autre part, les autres moteurs mobilisés par Kartoo atténuent les effets de formatage intellectuel induits par un recours exclusif à Google. J'aurais pu utiliser un autre moteur cartographique, plus proche de la métaphore synaptique, comme Quintura. avec des résultats comparables à ceux de Kartoo.

(3) L'appel intensif aux gourous est un symptôme de vacuité intellectuelle au sein d'une rédaction. Quand des organes de presse demandent à des philosophes, à des romanciers d'expliquer une crise financière, ils avouent que leurs journalistes ne sont pas à la hauteur des évènements et que ce constat les affole au point de leur faire perdre le sens de la mesure. Comme "Libération" et une chaîne publique de télévision faisant "expliquer" une crise précédente par l'acteur Yves Montand, en analogie avec Ronald Reagan, ancien acteur et artisan lointain de la crise actuelle. Selon ma grille d'interprétation.

lundi 6 octobre 2008

Quelques outils pour observer et comprendre la crise financière

NYT_chute_du_Dow_Jones.jpg
Quand l’actualité évolue très vite et quand tous les organes d’information tentent de la traiter au plus près du temps réel, les sources sont tellement nombreuses et redondantes que le journaliste risque l’égarement de la raison.
NYT_DowJones_bis.jpg
Ajoutés à la dimension mondiale et au caractère multiforme de la crise, la profusion de dépêches et l’emballement médiatique saturent l’entendement.

NYT_DowJones_ter.jpg
Pour comprendre, raconter et expliquer, il faut paradoxalement restreindre le nombre d’outils d’observation.

Les alertes des sources fiables

Dans la répartition que je préconise entre recherche active et collecte passive, cette dernière rationalise la frénésie de nouvelles grâce aux alertes qui, comme celles du Wall Street journal du New York Times ou du Monde, moins réactif mais donc plus sélectif, délivrent les faits bruts les plus récents en une seule ligne sans omettre de les relier à une ou plusieurs explication(s) disponible(s) quelques minutes plus tard.

Alerte_Le_Monde_CAC_40_V2_mieux.jpg

Un moteur singulier

Je ne citerai pas, par charité, les moteurs classiques qui produisent au mieux du conformisme en proposant tous les mêmes dépêches dans le même ordre, au pire des réponses qui n’ont aucune pertinence. Deux exceptions cependant.
D’abord Google qui dénichait ce lundi un intéressant podcast délivré par l’école HEC de Lausanne: six minutes d’analyse par un professeur d’économie de Harvard.

Podcast_HEC_Lausanne_V2_medilleur.jpg

Ensuite, et c’est la bonne surprise, le moteur Echonimo, développé par le site Retronimo.

Moteur_echonimo.jpgEchonimo est précieux en ces temps fébriles parce qu’il ne propose que 116 réponses à la requête « crise financière » (Google en déverse cinq millions) et parce que ces résultats d’origines diversifiées mais très pertinents sont chronologiquement répartis entre une "actualité du jour" et une "actualité de la semaine". Le journaliste peut, dès lors, construire son récit et le mettre en perspective.

Annuaires et portails

Pour prolonger cette mise en perspective- exercice qui oblige à prendre du recul sans renoncer à l’instantanéité – rien de tel qu’un portail ou annuaire, répertoire de sites spécialisés bien classés.

Annuaires_portail_Finaperf_logo.jpg

Finaperf est celui qui contient les ressources les mieux adaptées au suivi de l’actualité avec un minimum de distanciation.

Il est à peine plus performant que le portail Ernstrade, lui aussi passionnant. Ces deux voies d’accès aux gisements électroniques de données et d’analyses permettent de sélectionner des sources à consulter régulièrement pendant la durée de la crise.

Annuaires_portail_Ernstrade_logo.jpg

Effondrement du "journalisme citoyen"

Pas grand-chose du côté des blogs. La crise financière montre les limites du soi-disant "journalisme citoyen", mythologie du Web 2.0 qui s'effondre dans les mêmes profondeurs abyssales que les indices boursiers.
La raison en est que si des citoyens peuvent évidemment publier leurs opinions sur la crise - opinions généralement copiées sur celles des gourous médiatiques qui disent tous les mêmes choses- les citoyens sont beaucoup moins aptes que les journalistes à trouver et à structurer les données et les analyses qui permettent de comprendre et d'expliquer le cours des évènements. Ces évènements démontrent qu'il peut y avoir des citoyens témoins, des citoyens commentateurs et des citoyens vigilants à l'égard des médias, mais qu'il ne peut pas y avoir de citoyens journalistes pour la simple raison qu'ils n'ont pas les moyens, l'organisation et les procédures dont disposent les rédactions.

Fulgurance et complexité

Seuls importent, en ces temps de fulgurance et de complexité, les blogs d'experts, comme celui de Nouriel Roubini évoqué dans un précédent billet. Blog tellement pertinent que Martin Wolf, éditorialiste du Financial Times, avait repris le scénario en 12 séquences de la crise en cours. C’était le 21 février 2008 sur le site Contre Info.

Contre Info est à consulter périodiquementContre_info_logo.jpg en raison de la diversité et de la qualité de ses contributeurs.Pas vraiment didactique mais utile, quand même, pour qui veut comprendre ce qui se passe en évitant les fadeurs médiatiques. Ce site se donne pour ambition de diffuser «Les infos absentes des prompteurs des journaux télévisés ».
Il est donc salutaire.

lundi 29 septembre 2008

Le blogueur crucial de la crise financière

Pendant une crise internationale comme celle qui semble se confirmer les sources fiables de données prolifèrent. Ce ne sont donc pas les chiffres - pertes bancaires, injections de liquidités par les autorités et les institutions, indices boursiers, taux de toutes sortes - qui posent un problème, mais la compréhension des mécanismes qui les produisent.

La fiabilité des responsables politiques commence à vaciller. Trop médiatisés, les gourous de la finance sont dépassés. Sauf un, pour l'instant: Nouriel Roubini. Il a prévu cette crise le 7 septembre 2006 (un an avant tout le monde) et il tient un blog (1).

Roubini_portrait.jpgC'est après avoir lu, dans Courrier international, un remarquable portrait signé Stephen Mihm (2) de ce professeur newyorkais que j'ai décidé de le tester comme expert susceptible d'aider les journalistes.

Du bon usage de Roubini

Le recours au blog de Nouriel Roubini par les journalistes suppose quelques précautions.

1- Il s'agit avant tout de recueillir des analyses pour comprendre et expliquer et non des informations exclusives.

2 - Roubini enseigne mais son think tank économique Rubini_logo_RGE.jpgest également consulté par des institutions qui le rémunèrent; il n'y aucune raison pour que l'économiste délivre gratuitement des analyses qu'il fait payer par ailleurs. Seules une certaine éthique et la crédibilité du professeur garantissent l'intérêt des analyses gratuites car leur auteur ne peut pas publier le contraire de ce qu'il vend.

3- Ses analyses contiennent des anticipations mais ce n'est pas parce que Roubini a eu raison avant tout le monde qu'il sera toujours dans le vrai.

4- Un expert qui accède à une telle renommée peut être tenté de cultiver sa posture de "prophète" de malheur.

5- Nouriel Roubini est sans aucun doute lucide, intelligent, travailleur et original dans son approche des phénomènes économiques. Malgré ces qualités rares, l'accélération des évènements et les sollicitations dont il est l'objet peuvent altérer son jugement.

6- Un journaliste qui veut se fabriquer une "grille de compréhension" doit donc lire les billets récents du blogueur crucial mais aussi les plus anciens afin d'identifier les moindres rouages du mécanisme de la crise tout en vérifiant que Roubini a eu raison dans tous les détails.

Trois remarques secondaires :

- J'ai trouvé l'adresse du blog de Nouriel Roubini sur un support imprimé, parce que je ne suis pas abonné à la version électronique de Courrier International; je ne suis pas abonné à la version électronique du Courrier international parce que j'ai trop d'abonnements gratuits et payant à gérer, ce qui prend du temps, alors que cette excellente publication ne m'intéresse que de manière ponctuelle.
- Il est impossible pour un journaliste de profiter des analyses de ce blogueur expert ailleurs que sur le web.
- Tout n'est pas gratuit sur le web: les contenus à haute valeur ajoutée sont logiquement payants.

1) Abonnement à l'essai gratuit puis abonnement payant.

2) Article en ligne disponible pour les seuls abonnés au site.

lundi 22 septembre 2008

Webreportage de Géo récompensé aux Etats-Unis

Logo_ONA.jpgMeilleur site d’information en rich media selon ma conception du rich media (1) Webreportage de Géo vient d’être récompensé à Washington par la Online News Association.

Webreportages_logoi_ONA_2008.jpg

La distinction concerne ce que j’ai salué dès la naissance du site il y a un an: « capacité à raconter une histoire à un public d’internautes en utilisant l’interactivité, les animations électroniques, les photos, l’audio et la vidéo. »

Webreportage_winners_dinner.jpg
(Photo Ashleigh Bennet/Morgan Phelps)

A première vue, le palmarès de l’édition 2008 n’est pas très enthousiasmant : vingt quatre récompenses, c’est beaucoup surtout quand on y retrouve Reuter, CNN, le Washington Post et le New York Times. Il est vrai que ces organes d’information investissent énormément dans le journalisme électronique et que sur certains évènements, ils lui donnent ses lettres de noblesses.

Webreportage_logo.jpg

Le fait important est que le Webreportage de Géo est le seul site français dans le palmarès où ne figurent que quatre lauréats non américains. Webreportage de Géo a été choisi par une centaine de journalistes parmi 800 sites dans sa catégorie.

Et cette appréciation, qui vaut tous les trophées : « Un des meilleurs exemples de profondeur et de richesse dans une approche fluide et claire. »
Exactement ce dont le journalisme français a besoin pour se re-légitimer.

1) Rappel: Largement développée, illustrée et discutée dans ce blog, ma conception du rich media se distingue de ce que recouvre le terme " multimedia" dans son utilisation la plus fréquente – du texte partout, une photo ici, un son là, une vidéo ailleurs – par ,au moins, deux exigences:

- structurer les contenus selon une stratégie éditoriale cohérente

- affecter aux modes d’expression les plus pertinents (textes,images, sons, liens) les différentes composantes d’une information et articuler les modules ainsi constitués de manière ergonomique. Ce que fait parfaitement le site Webreportage de Géo.

- page 3 de 10 -