Pionnier et virtuose du traitement de l'information
en rich media depuis la fin des années quatre-vingt dix,
le site
du New York Times démontre, à propos de la catastrophe aérienne de
Buffalo, l'absolue et irréversible supériorité de l'écran sur le papier pour
l'analyse et la compréhension d'évènements complexes.
Sur l'écran, le texte reste prépondérant en volume mais il ne monopolise plus
la production de sens. Il devient la trame d'un récit éclaté.
Un récit structuré de telle sorte que l'internaute est libre de voyager
à l'intérieur du contenu au gré de ses curiosités.
La trame du texte distribue les réponses aux attentes des lecteurs.
La répartition des modules qui enrichissement la narration se fait sur trois
niveaux:

- Niveau 1: 7 liens hypertexte renvoient aux définitions
sommaires, au rapides compléments d'information qui correspondent, sur le
support papier, aux encadrés ou aux notes en bas de page. Un clic permet de
savoir ce qu'est, et ce que fait, le Bureau National de la Sécurité des
Transports.
Un autre conduit vers les articles que le New York Times a consacré au
constructeur canadien de l'avion.
Ces liens de premier niveau ne perturbent pas une lecture linéaire de
l'article: 7 sorties possibles dans un corpus de 1252 mots représentent une
digression tous les 178 mots, soit à peu près le volume de texte, et la durée
de lecture, de ce billet depuis son début jusqu'à la fin de ce
paragraphe.
Les tentations de quitter la trame du récit sont donc
rares.
Il va de soi que les infonautes peuvent revenir sur chacun de ces liens pour
aller au-delà de la brève présentation du constructeur de l'avion, par exemple.
Ils peuvent également suivre le forum de discussion d'experts et de passionnés
sur un
site dédié à la sécurité aérienne.
- Niveau 2 : 4 modules
graphiques font pénétrer l'internaute dans les mécanismes intimes de la
catastrophe.
Une carte analyse les
principales phases du vol de New York à Buffalo avec les
principales données que sont les altitudes successives et la chronologie.
Une animation interactive décompose en
cinq séquences les dernières minutes du vol 3407.
L'ultime image - ici en teintes inversées pour une meilleure lisibilité - de ce
module interactif explique le fonctionnement du système qui aurait dû éliminer
la glace en formation sur les ailes, l'empennage et les stabilisateurs de
l'appareil.
Un plan
de Buffalo utilisant les vues de Google Street View situe les
lieux de la catastrophe.
Un
diaporama de dix photos montre les conséquences du crash sur le
secteur habité.
- Niveau 3 : 4 hyperliens signalent l'existence d'autres articles
relatifs à la catastrophe, parmi lesquels une
émouvante évocation des vies brisées de quelques passagers. Celle
d' une avocate qui enquêtait sur le génocide au Rwanda. Celle d'un ancien
combattant au Vietnam qui avait survécu à deux accidents d'hélicoptères, qui
avait une peur bleue de l'avion mais qui s'était résolu à prendre le vol 3407
pour rendre visite à un vieil ami.

Le fait qu'il n'y ait pas de séquence vidéo dans ce contenu en rich media
signifie que les équipes du New York Times n'en ont pas obtenu ou que ce mode
d'expression n'apporte rien à la compréhension de l'évènement. Une analyse des
quatre vidéos mises en ligne par le Buffalo
News révèle la différence de traitement d'un même faits divers par
un quotidien national et par un quotidien local: la première approche déploie
toutes les dimensions techniques et humaines de la tragédie; la seconde
privilégie l'aspect émotionnel, avec des récits de témoins qui, au demeurant,
n'ont pas vu grand chose, sauf l'incendie, mais qui racontent leur peur
rétrospective.
La puissance tragique du son brut
Rien d'étonnant à ce que le son soit le mode d'expression le plus émouvant dans
le récit de la catastrophe. Les journaux télévisés remplacent souvent le son
original d'un évènement tragique par de la musique de fiction parce que les
sons réels - hurlements des blessés, cris des témoins et des sauveteurs, par
exemple - seraient insupportables.

Le document proposé par le New York
Times provient du site spécialisé Air
Traffic Control. C'est l'enregistrement brut, avec des silences,
de trente minutes de conversations entre la tour de contrôle de Buffalo et les
avions aux alentours. Dont le vol 3407. Dans cet extrait, la voix de la
co-pilote Rebecca Shaw, 24ans, (photographiée ici au terme de ses études
avant d'entrer au sein de la compagnie aérienne en janvier 2008)
dialoguant avec un contrôleur aérien quelques minutes avant la chute:
Bribe de conversation qui a dû se produire peu avant l'enregistrement des
derniers échos radar:

Le document sonore aurait dû figurer, normalement, au niveau 2 à côté des
modules graphiques dans un souci de cohérence audiovisuelle. C'est peut-être la
durée de l'enregistrement qui a incité les journalistes du New York Times à le
placer au niveau 1 où il illustre, en quelque sorte, les témoignages des autres
pilotes et des responsables de la navigation aérienne.
De cette nouvelle (1) leçon de journalisme en rich media, six
enseignements pratiques peuvent être tirés:
1) La rédaction web du New York Times ne recourt pas au rich media à tout
propos. Elle choisit des évènements complexes - une catastrophe aérienne
résulte toujours de plusieurs causes cumulatives - et à propos desquels
l'opinion a besoin d'un maximum d'explications (cf. la catastrophe du Mont
Saint-Odile, en France, enveloppée de graves suspicions par manque
d'explications.)
2) Les équipes du New York Times ont fait preuve d'un réel discernement dans
l'affectation des différents modules et des hyperliens.
3) Dense, précis et diversifié, le contenu a été réalisé en vingt-quatre
heures.
4) La rédaction du New York Times exploite une des potentialités les plus
intéressantes du traitement en rich media: la progressivité de
l'enrichissement. Actualisation: le 15 février, soit
quarante-huit heures après la catastrophe et vingt-quatre heures après la mise
en ligne de modules déjà très complets, le site publiait un
diaporama consacré à quelques une des victimes, un
reportage sur les lieux et une
analyse sur certaines conséquences de la récession dans
l'évolution récente du trafic aérien.
5)La presse écrite imprimée ne peut pas lutter contre la richesse et la
profondeur documentaire de l'information électronique traitée en rich
media.
6) Les organes d'information sur le web qui se contentent de refaire, pour les
écrans d'ordinateurs, le traitement très limité du papier (texte, carte,
photos) apparaitront de plus en plus ternes et "plats" au fur et à mesure que
le rich media se développera.
Ces poor medias en ligne qui trouvent le moyen de "faire du papier"
avec des pixels - régression objective - se condamnent au dépérissement.
LIENS COMPLEMENTAIRES OBTENUS PAR APTURE
1) En juillet 2002, le site du New York Times avait mobilisé et remarquablement structuré tous les modes d'expression du rich media- textes, sons, photos, vidéos, cartes, animations électroniques - pour raconter, quasiment en temps réel, le sauvetage des mineurs de Quecreek en Pennsylvanie (page 35 de mon livre "Le journalisme à l'ère électronique".)
Finalisée par le World Wide Web de
Tim-Berners-Lee, cette révolution a régénéré le récit journalistique tout en
lui imposant quelques contraintes, dont celle de produire des contenus à la
fois riches et facilement assimilables.





Pendant que les
responsables, globalement incompétents, de la presse écrite quotidienne
quémandent de l’argent au pouvoir politique et tandis que des regroupements de
journalistes préparent l’avenir en scrutant attentivement leurs rétroviseurs,
les créateurs de XXI enregistrent un phénomène à peine croyable: la qualité
paie puisque leur trimestriel est rentable au bout d’un an.


Quoi qu'il en soit, le
fait que des journalistes soient considérés comme des auteurs prouve que
la profession n'est pas fatalement vouée à la déqualification.
Et la notion d'aristocratie qui s'attache au statut d'auteur renvoie à au
prestige d'une marque média, avec sa
légitimité fondée sur des valeurs reconnues:
fiabilité, singularité, créativité, profondeur. Laurent Beccaria
récuse l'idée de marque media. Il préfère parler de titre.
D'accord: un titre, c'est aristocratique aussi.





A la mi-décembre de
l'année 2008, France Info a ouvert pratiquement toutes ses sessions
d'information de la journée avec l'histoire d'une dame qui avait glissé sur une
frite.

de ses contenus par la
radio et la télévision parce que ce pillage relève moins du droit de citation
que du plagiat et du vol d'idées. Il faut savoir, en effet, que toute
conférence de rédaction au sein d'une station de radio ou d'une chaîne de
télévision consiste essentiellement à chercher dans les journaux imprimés ce
qui peut être transposé en sons ou en images. Bien sûr, il y a l'AFP, agence de
presse encore respectable. Mais les dépêches de l'AFP ne sont pas diffusables
telles quelles. C'est du brut. Les articles de la presse écrite ont prédigéré
cette matière brute et préparé, en synthétisant un évènement complexe et en
scénarisant un récit, la mise en forme dont l'audiovisuel a besoin.
Si quelques mémorables
reportages sonores, sur les journées des barricades à Alger ou pendant les
évènements de mai 68 par exemple, ont joué le même rôle de légitimation du
journalisme radiophonique que "Cinq colonnes à la une" pour la télévision, ces
prouesses historiques (au sens où elles servent l'Histoire) ont surtout été un
alibi au déploiement d'une industrie du plagiat qui prospère quotidiennement
jusqu'à aujourd'hui au détriment de la presse écrite.

celle de John Gunther par exemple (3),
s'explique - en partie, pas chez tout le monde, il est vrai - par des
motivations balzaciennes: un journaliste de presse écrite ambitionne
naturellement de passer par la radio, puis "faire" de la télévision.
8
janvier 2009: 

Et d'ailleurs, le
dispositif Napster d'échange de fichiers musicaux dans la configuration de
réseau P2P (=Peer to Peer ) a plongé les responsables de l'industrie
discographique dans la même rage impuissante que les "représentants" de la
presse écrite qui vociféraient récemment contre les animateurs de Google venus
les rencontrer à Paris.
Un mathématicien du
CNET avait conçu un protocole de transmission par paquets qui intéressait
beaucoup les précurseurs américains du web: son projet a été torpillé par la
DGT, ancêtre de France Telecom, et par le pouvoir politique de l'époque
(Giscard-Barre-Segard) qui craignait que des contenus voyageant sur de
puissants réseaux décentralisés portent préjudice à l'audiovisuel centralisé et
à la presse régionale.

Chris Atton, de









Créée
en 2007 à partir de technologies développées depuis près de dix ans,





Excellent exercice de
vérification journalistique: dans son souci d'évaluer la consistance de cette
rumeur,
Le
thème de l’exode rural dans un des pays les plus pauvres du monde est
intéressant. Mais ce qui l’est encore plus, c’est la manière d’entreprendre ce
webreportage en vue d’un déploiement ultérieur en rich media.
Dans
l’immédiat, il s’agit d’
Cette
plate-forme est structurée à la fois pour une répartition des contenus en rich
media et pour un dispositif multicanal.
Relèvent de la répartition rich media les
espaces dédiés aux textes,- dont
Le
dispositif multicanal comporte des flux RSS,
Dans le cahier des charges d'un appel
d'offre destiné à se doter des moyens de mieux comprendre l'opinion, le
ministère de l'éducation nationale fournit gratuitement une belle leçon de
veille.
Pour chaque citation qui se propage
amplement sur le web, l'outil permet d'en trouver l'origine. Il mesure la
décroissance de sa propagation virale.
- "Les
fondamentaux de notre économie sont bons" - retombe bien vite en nombre de
reprises parce que, dans l'actualité de la crise financière radiographiée à
travers les traînes de réplications, une citation chasse l'autre.

Le quotidien sud africain The Times vient
d'ouvrir
L'offre de contenus englobe les
informations mondiales, nationales et locales dans les rubriques géopolitiques,
économiques, culturelles et sportives. Les infonautes sont prévenus par des
alertes et peuvent accéder aux articles de fond. Ils peuvent également
télécharger des reportages ou des débats en vidéo.

Le reproche qui était adressé à France
Info en 1987 prend ici une nouvelle acuité. La radio d'information continue
place généralement au début de ses sessions, non pas ce qui est le plus
important mais - sauf circonstances exceptionnelles comme les élections
américaines - ce qui est le plus récent: un faits divers à forte charge
émotionnelle qui sera oublié le lendemain prend la place, dans le flux
radiophonique linéaire, d'un fait qui aura peut-être une portée
historique.