Journalistiques

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

vendredi 19 juin 2009

Le "New York Times" exploite l'interactivité comme valeur ajoutée à l'information

Pionnier, et toujours en avance, dans le traitement des évènements complexes en rich media, le "New York Times" montre comment la transformation d'une base de données en une carte interactive procure une forte valeur ajoutée à l'information.

NYT_homicides_map_global.jpg

Sur cette carte, les petits cercles de différentes couleurs représentent tous les homicides recensés par la police depuis 2003 dans les cinq districts de la ville. Au premier coup d'oeil, l'infonaute comprend que le Bronx est plus dangereux que Manhattan.

Il peut vérifier cette impression initiale en entrant une adresse dans une boîte de dialogue,NYT_homicides_map_7eme_avenue.jpg sur la 7ème avenue de Manhattan par exemple: il y a peu de scènes de crimes autour du pointeur dans ce très chic quartier des médias et de la publicité.

Les codes de couleurs permettent de savoir avec quelles armes les homicides ont été commis, par qui (sexe, âge, appartenance ethnique) et qui en a été la victime avec les mêmes éléments d'identification, y compris la date, voire l'heure, du décès et les motivations du meurtrier quand elles sont connues..

NYT_homicides_map_precision_sur_un_crime.jpg

Cependant, l'information la plus intéressante de cette carte globale réside dans représentation des évolutions. En effet, si la totalité des crimes recensés depuis six ans est impressionnante, ce qui compte pour les citoyens, c'est de savoir si la mortalité est en hausse ou en baisse, quartier par quartier. Il y a dans ces mesures de précieux éléments d'appréciation sur les politiques sécuritaires.

NYT_homicides_map_curseur_temporel.jpg

Un curseur temporel situé au-dessus de la carte permet de visualiser, année par année, le caractère plus ou moins létal de la ville et de ses différents quartiers.

La valeur ajoutée de la carte du "NewYork Times" s'apprécie d'abord du point de vue de l'internaute. Il ne pourrait pas assimiler, dans un texte et même sous la forme de tableaux ou de graphismes statistiques, toutes les données textuelles et chiffrées concentrées dans cette visualisation. Du coup, les deux pages de texte du site web peuvent se consacrer à la contextualisation des données cartographiques.

NYT_homicides_genres_de_crimes.jpgC'est évidemment le travail journalistique que produit cette valeur ajoutée. Il suffit d'imaginer l'ampleur de la collecte auprès des services de police puis son traitement séquentiel, caractéristique des industries de contenus.

La collecte des reporters du service des faits divers a été formatée dans une base de données. On reconnaît, dans le fonctionnement interactif de la carte, les relations entre les tables et les champs d'un système lourd et minutieux comme celui d'Access. Une base de données de ce type n'est exploitable que par des utilisateurs compétents.

Il a donc fallu transformer un système de gestion de bases de données relationnelles en images faciles à manipuler et à comprendre, ce qui suppose une réflexion sur l'ergonomie et une bonne dose d'empathie.

Ce travail de développement a été réalisé par sept personnes: Matthew Bloch, Shan Carter,Tyson Evans, Brian Hamman, Andrew W. Lehren, Angelica Medaglia, Jo Craven McGinty dont il importe peu de savoir s'ils sont reporters, informaticiens spécialistes des bases de données, documentalistes ou infographistes.

Ce qui réjouit l'infonaute avide d'informations qui produisent du sens, c'est la symbiose de toutes ces expertises et compétences, l'importance du travail collaboratif en essaim sur une telle production et le constat qu'un organe de presse investit dans de telles compétences.

Ce qui étonne le plus c'est que le "New York Times" ne fasse pas payer l'accès à une information aussi consistante. Qu'un organe de presse offre en consuiltation gratuite des articles peu élaborés, c'est désormais la norme. Qu'il ne fonde pas, au moins partiellement, son modèle économique sur la rémunération d'une telle valeur ajoutée est beaucoup moins compréhensible.

"Le Monde" pas très au courant

Après avoir élevé Twitter au rang d'agence de presse, "Le Monde" daté du 20 juin 2009 présente comme une pratique journalistique sans précédent le fait que deux journalistes de "La Nouvelle République" aient pu raconter un procès en temps réel sur le site web du quotidien régional.

Le_Monde_beotien.jpg

Il va falloir que les salariés du morne quotidien vespéral se réveillent ou, mieux, que la sentencieuse institution du journalisme à la française se dote d'une cellule de veille. Juste pour regarder ce qui se passe autour d'elle dans l'univers de l'information.

Le compte rendu en direct sur internet de procès criminels depuis la salle d'audience se pratique en effet dans le Kansas et ailleurs depuis 2007. Et, en l'occurrence, avec beaucoup plus d'ingéniosité que l'expérience "inédite" de "La Nouvelle République." A lui seul, Ron Sylvester, du "Wichita Eagle" , avait réalisé un reportage beaucoup plus riche que la production textuelle des deux journalistes français.

France 3 Toulouse fait ça depuis mars

France_3_le_premier_jour.JPGEn plus, comme le signale Pascal Menigoz ( voir son commentaire), la rédaction de France 3 Toulouse a commencé dès le mois de mars à raconter le procès AZF, minute par minute, en direct depuis la salle d'audience.

La pleine page que "Le Monde" consacre au travail des journalistes de "La Nouvelle République" célèbre une "première" hexagonale qui n'en n'est pas une.
Toulouse, c'est sans doute trop loin pour deux journalistes parisiens. Et puis France 3 n'est pas, comme "Le Monde" et "La Nouvelle République", un organe de presse écrite.

Quoi qu'il en soit, les ébahissements successifs de la rédaction du "Monde" confrontée aux usages des technologies de réseaux peuvent refléter l'obsolescence culturelle (culture= comprendre le monde dans lequel on vit) de cette rédaction, ou s'interpréter comme un symptôme parmi d'autres du retard français. Les deux sans doute.

mardi 16 juin 2009

Webreportage en Haïti: valeurs ajoutées du rich media structuré

Haiti_nuage_de_mots_B.jpgA la question souvent posée: "Quelle différence entre multimédia et rich media? , la meilleure réponse est actuellement: "Allez voir, lire et écouter le webreportage de Jean Abbiateci et Julien Tack sur la route de la faim en Haïti."

Haiti_menu_2_B.jpg

Le projet de ces deux jeunes journalistes entrepreneurs avait inspiré une note admirative dans ce blog en novembre 2008.
Le résultat démontre que les valeurs ajoutées du rich media se situent dans la structuration du webreportage et, à partir de cette structuration, dans la manière d'affecter les modes d'expression aux contenus.

L'expression "valeur ajoutée" se justifie par rapport aux sites et blogs multimédia dans lesquels le texte, les sons, les photos, les vidéos et les liens sont disposés - souvent "déposés" - sans qu'apparaisse une démarche cohérente étroitement liée au sens du reportage (1).

Haiti_graphique_double_dimension.jpgL'architecture choisie pour "La route de la faim" est remarquable parce qu'elle concilie la consultation verticale et l'assimilation linéaire. Il s'agit, en fait, d'une grille invisible avec ses deux dimensions puissamment intuitives puisque ce sont celles des catalogues, des manuels ou des onglets dans les applications web. Lors de la consultation, l'utilisateur cherche ce qui l'intéresse, - et qui n'est pas forcément au début - il assimile puis il passe à un autre thème.

Haiti_Le_dossier_B.jpg

On n'insistera jamais assez sur les vertus de cette ergonomie utilitariste. L'infonaute cesse d'être passif comme un vulgaire téléspectateur. Il comprend d'instinct que toute liberté lui est donnée e il reçoit cette liberté comme une gratification. C'est la grande différence avec la situation souvent pénible de l'auditeur et du téléspectateur obligés de subir un déroulement linéaire imposé par autrui, même quand ce déroulement comporte des inepties. Grâce à l'ergonomie de la "grille invisible", l'infonaute agit sur sa manière à lui d'assimiler un contenu. Ce contenu en devient d'autant plus attractif. L'infonaute avisé peut, par exemple, choisir de commencer par le "making off" pour savoir qui sont les auteurs.

Haiti_les_bonus_B.jpg

La seconde valeur ajoutée de "La route de la faim" apparaît rapidement dans l'exploitation pertinente des modes d'expression.

Premier constat, tous les modes d'expression sont mobilisés.

Haiti_tableau_des_modes_d_expression_2_B.jpg

Deuxième constat: chaque mode d'expression est mobilisé pour ce qu'il apporte de manière spécifique.

  • Le texte est réduit au minimum mais il devient essentiel puisqu'il "dit" ce que les images et les sons ne peuvent pas "dire" aussi bien.


  • A part une perplexité personnelle sur le choix d'une pièce de piano romantique dans la description d"un ancien hôtel de luxe, les sons délivrent des informations que ni le texte ni les images ne peuvent fournir. C'est vrai des interviews, c'est vrai des ambiances et c'est encore plus vrai des commentaires en voix "off", sobres et consistants.


  • Les images pourraient se passer de commentaires tant elles sont riches en informations, en indices. Seules, elles constitueraient un émouvant reportage, comme d'ailleurs celui qui est proposé en bonus. Mais, précisément, les textes écrits et les sons ont été formulés de telle sorte qu'ils augmentent la puissance des images en leur fournissant un solide contexte journalistique.


  • Les liens procurent au webreportage la profondeur documentaire qui constitue la troisième dimension du rich media journalistique.


Bien conçu, bien découpé, bien scénarisé, riche en données et agréablement consultable malgré la gravité du sujet, le webreportage de Jean Abbiateci et Julien Tack était un modèle de bricolage informationnel. Il s'est transformé en exemple de journalisme actuel. Un cas d'école.

Haiti_bandeau_du_carnet_de_route_B.jpg
Lire aussi le carnet de route des deux reporters depuis leur arrivée à Miami le 27 novembre 2008 jusqu'à leurs récentes démarches pour vendre leur travail à différents organes de presse.

Un autre blog, de facture plus classique, sur certains aspects de la situation en Haïti.

1) Le secrétaire de rédaction d'un magazine imprimé avait coutume de demander une photo de dimensions précises, non pas pour donner du sens au reportage mais pour "faire joli" dans la page. C'était du multimédia sur papier.

jeudi 4 juin 2009

Diigo, outil collaboratif pour les journalistes et leurs audiences

Un de mes anciens stagiaires de l'excellente promotion CFJ Apprentissage 16-20 Mars 2009 m'adresse un commentaire tellement intéressant que je dois l'inclure dans une note afin que le maximum de visiteurs en profite.

Cette note sera donc signée, sur le mode collaboratif, par lui et par moi.

Voici l'essentiel de sa contribution:

Je cherchais aujourd'hui un outil d'annotation de pages web.
Je suis allez voir votre blog où j'ai trouvé votre article sur Fireshot, un outil de capture et d'annotation de pages web.
Ce qui me gênait, c'est le fait que Fireshot capture la page en tant qu'image.
J'ai donc cherché un moyen d'annoter une page web en tant que telle.

Diigo_logo.jpgEt j'ai trouvé Diigo qui me paraît être un très bon outil pour le travail en essaim ou simplement pour soi même.

C'est un plug-in très bien intégré à Firefox qui permet d'enregistrer toutes sortes d'annotations d'une page. Le surlignage est possible. On peut coller des petites notes sur les pages consultés.

De plus, on a la possibilité de classer chaque note dans des dossiers taggés. Et, cerise sur le gâteau, toutes les annotations peuvent être partagées et commentées sous forme de chat par ceux à qui l'on autorise l'accès.
Fireshot est tout de même plus perfectionné en matière d'outils d'annotation.

Aurélien Chartendrault

Fireshot s'est beaucoup amélioré depuis la note du 30 mars 2008Diigo_logo_Fireshot_Studio.jpg , en particulier avec l'implémentation du Studio qui - en version d'évaluation - permet d'effectuer des captures plus fines. Mais ces captures restent, en effet, des images aux formats PNG, JPEG ou BMP .Quelles que soient les performances de Fireshot, l'annotation et le partage perdent, du coup, de leur spontanéité intuitive.

D'autant que, pour rester dans le registre du texte transformé en image numérique, le système d'exploitation Vista propose un outil de capture aussi rapide que précis.

S'il est utile de recourir aux fonctionnalités de Fireshot pour surligner et commenter plusieurs aspects d'une page un peu complexe, il suffit pour attirer l'attention sur un fragment de page de bien sélectionner la zone à mettre en valeur et de la commenter dans le courriel auquel l'image est attachée.

Diigo est beaucoup plus intéressant, vous avez raison, pour le travail collaboratif. C'est un mélange de Delicious et de Jamespot, plus incitatif que Delicious, moins blogging que Jamespot, lequel reste irremplaçable pour les revues de presse commentées et partagées.

Depuis la contribution d'Aurélien Chartendrault, j'envisage d'enlever Delicious et Fireshot de mon dispositif et de concentrer ce dispositif sur trois plateformes:

- Sindup pour rationaliser ma veille.

- Jamespot pour le travail entre journalistes, documentalistes, veilleurs, férus de technologies au service de l'information.

Diigo_mon_profil.jpg - Diigo pour les relations avec certains de mes lecteurs, journalistes ou internautes, désireux de réfléchir sur l'information aujourd'hui. Diigo semble être l'outil idéal pour les communautés actives, productives.

Je suis en effet persuadé que l'information à forte valeur ajoutée ne peut se cristalliser que dans une vraie collaboration, qui reste largement à inventer, entre les professionnels et des audiences exigeantes, car averties.

J'accueillerai donc, de manière sélective, des internautes passionnés par les problèmes de l'information au sein d'un groupe à créer sur Diigo.

Diigo_diagramme.jpg

Il y aura évidemment des passerelles entre les trois étages du dispositif. Certaines réflexions ou demandes des internautes pourront être transmises à la communauté professionnelle et inversement. Mes thèmes de veilles personnelles seront forcément inspirés par les deux autres instances auxquelles seront soumis de certains de ses résultats.

Diigo_information_fluency.jpg

Je viens d'ailleurs d'adhérer à un groupe déjà constitué qui s'intéresse à la recherche sur internet.

Merci Aurélien d'avoir rappelé qu'un formateur peut apprendre de ses stagiaires.

mercredi 27 mai 2009

Journaliste et entrepreneur: une passionnante conférence au CELSA

Celsa_logo_sorbonne.jpgA l'initiative de Valérie Jeanne-Perrier, enseignante-chercheuse, le CELSA organisait ce mercredi matin une table ronde sur le thème peu abordé mais décisif des journaliste qui produisent leurs contenus en dehors des structures industrielles de l'information.

Casting bien ajusté avec Eric Scherrer, de l' indispensable AFP Mediawatch comme modérateur et questionneur, Sandeep Junnarkar, journaliste enseignant américain et auteur du blog Lives in focus , Marc Laimé, journaliste expert, spécialiste notamment des problèmes de l'eau, enjeux sur lesquels il s'exprime dans le blog Eaux glacées et Tristan Mendès-France, responsable de blogtrotters.

AFP_media_watch.jpg
Pas question de déflorer, même partiellement, le compte-rendu filmé qui sera mis en ligne sur le site du CELSA. Juste quelques points particulièrement intéressants pour nourrir la réflexion.

"Les médias traditionnels ne sont plus en capacité de produire de l'information à la hauteur des enjeux de société." Le verdict de Marc Laimé s'appuie sur de nombreux exemples tirés de son expérience d'enquêteur qui connaît son sujet à fond. Entre autres dossiers étouffés par le conformisme médiatique: celui des cinq millions de foyers qui risquent d'être victimes de l'ANC pour le plus grand profit de groupes privés en charge de l'assainissement. L'affaire concerne plus de dix millions de personnes et devrait faire l'objet, en période électorale, d'un débat démocratique ouvert puisqu'il s'agit de la mise en oeuvre d'une directive européenne.

Celsa_eaux_glacees.jpg
Tristan Mendès-France développe avec blogtrottersCelsa_blogtrotters.jpg une double expérimentation. La première porte sur les contenus et en particulier sur les nouvelles formes de narration, avec des séquences vidéo en direct et les interventions des internautes, ce que l'un de ses reporters appelle des "happenings journalistiques", expression heureuse car pleine de créativité. L'autre expérimentation concerne les dispositifs technologiques qui permettent ces nouvelles narrations, avec des succès et des échecs assumés.

Le travail de Sandeep Junnarkar se situe à mi-chemin entre le documentaire engagé et le témoignage d'une ONG humanitaire. Il témoigne lui aussi d'une grande liberté dans le choix des sujets et dans le mode de traitement. Cette liberté "produit" de la valeur ajoutée quand de grands médias traditionnels s'intéressent aux contenus de Lives in Focus.

Celsa_lives_in_focus.jpg
A partir de ces trois expériences s'impose la conclusion que le journaliste entrepreneur est soit un expert, soit un innovateur et, si possible, les deux à la fois.

Expert comme Marc Laimé qui martèle à l'intention des étudiants du CELSA "Spé-cia-li-sez-vous !"... Plus facile à faire à un certain âge que quand on débute dans le métier.

Innovateur technophile et inventeur de nouvelles formes de récits, comme Tristan Mendès-France.

Journaliste concerné mais utilitariste à l'instar de Sandeep Junnarkar quand il brandit un caméscope de poche, comme ceux que j'ai présenté récemment.

Tous les journalistes ne peuvent pas être entrepreneurs. Ceux qui se sont exprimés au CELSA sont des éclaireurs qui inventent certaines des pratiques professionnelles de demain.

lundi 25 mai 2009

Sindup, une plateforme française de veille simple et efficace

Sindup_logo.jpgBasée à Angers (technopole), la société Netprestation vient de mettre en ligne à l'intention notamment des documentalistes et des journalistes une solution gratuite qui peut se prolonger en services payants plus sophistiqués pour les entreprises. qui veulent, par exemple, évaluer leur réputation sur le web. Dans sa version gratuite, c'est un outil très performant dont la simplicité d'utilisation devrait favoriser l'initiation à la veille.

Claire, logique et stable (c'est à dire sans widgets capricieux comme ceux de Netvibes), la page d'accueil incite d'emblée à ouvrir un compte.

L'actualité s'y déploie dans la richesse et la spontanéité du "coup d'oeil" qui balaie les principaux titres de la presse pendant les premières gorgées d'expresso du matin. Alimentée, ce lundi, par 17800 sources, elle est aussi riche mais un peu plus austère que celle de Wikio.

Son contenu semble, à priori, plus pertinent, pour un professionnel de l'information, que celui de Wikio, un peu trop "people" et de plus en plus orienté vers le narcissisme des blogueurs.

Arborescences familières

Le premier regard sur la liste Sindup_themes_sous_arborescence.jpgdes thèmes révèle un souci de classification de bonne augure.
Mieux vaut un nombre restreint de centres d'intérêt qu'une exhaustivité où le novice ébloui risque de se perdre.
Les sous-dossiers s'étirent, au demeurant, de manière judicieuse.
Peu de "déchets" dans les sources d'information sélectionnées par les algorithmes de Sindup.
Ils "surveillent" pourtant et analysent en temps réel une quantité et une diversité impressionnantes se sources: sites de l'administration, de la presse généraliste nationale et régionale, des médias audiovisuels, des entreprises, les sites et blogs spécialisés, sans négliger les communautés du web.

Sélectivité productive

Sindup_types_de_sources.jpgSi une impression de trop-plein venait à poindre, il suffirait d'activer le filtre qui consiste à supprimer ou à ajouter des sources. Tâche légère et salutaire car génératrice de gains de productivité puisque le temps passé à évacuer les sources non pertinentes est un investissement dans le temps gagné avec des sources pertinentes et fiables dans les situations d'urgence. Le résultat du tri apparaît instantanément sur la page d'accueil.

Un indicateur graphique du volume de sources sur un sujet précis permet, par un simple effleurement du curseur, de détecter un buzz naissant et surtout d'éventuelles singularités annonciatrices de phénomènes émergents (1).Sindup_graphique.jpg

Le filtrage avancé fonctionne avec les opérateurs habituels des moteurs de recherche; il est affûté par un calendrier qui fait gagner du temps quand on connaît la période à laquelle une information a pu être diffusée. A noter, quand même, la possibilité de valoriser l'importance de certains mots-clés par rapport à d'autres. Les critères de recherche peuvent être transformés, par sauvegardes personnalisées, en paramètres permanents pour une veille de longue durée qui implique évidemment le système d'alertes.

Réjouissant, le système de rangement des résultats par simple glisser/déposer dans des dossiers que l'utilisateur crée à sa guise. Sindup a même l'obligeance d'informer l'utilisateur que l'information a bien été archivée. C'est un détail qui compte quand on empile les informations rares de manière un peu compulsive.

Incitation au travail collaboratif

La dimension collaborative de la plateforme est d'une rare simplicité. Le titulaire du compte distribue des droits à ceux qu'il invite à travailler avec lui sur un sujet. Ceux-ci reçoivent les actualisations de la veille menée en commun et peuvent les commenter. Ces fonctionnalités évoquent celles de l'excellent Jamespot mais dans un esprit moins communautaire, moins "web 2.0", davantage focalisé sur le travail en groupe.

Toujours dans la dimension collaborative de l'outil, une veille thématique peut être exportée par courriels, via une lettre d'information ou sur un intranet d'entreprise. L'idée de la revue de presse consultable par flux RSS vient forcément à l'esprit.

Les algorithmes "apprennent" à mieux chercher

Sindup_filterlive.jpgImpossible de clore cet éloge de cette plateforme française de veille sans mentionner une technologie qui rappelle les systèmes experts, c'est à dire la faculté qu'ont certaines applications d'apprendre à s'améliorer dans la réalisation des tâches qui leur ont été dévolues. Ainsi, plus l'utilisateur collecte d'informations et ajuste ses filtres de sélection, plus le "discernement" de Sindup augmente. Il analyse les documents sélectionnés par le cerveau humain et rangés dans les dossiers thématiques personnalisés. Il en déduit un quelques règles pour ses prochaines recherches. Le fait d'utiliser Sindup très souvent et de bien ranger les résultats intéressants devrait faire grimper le taux de pertinence des résultats ultérieurs.
Cette fonctionnalité n'est pas disponible dans la version gratuite. Je vais la tester sur un mois - délai nécessaire à l'apprentissage - et rendrai compte des performances, dans un autre billet à la fin du mois de juin.

LE BLOG DE SINDUP

1) les singularités sont des faits pour lesquelles les explications connues ne sont pas entièrement satisfaisantes. Plusieurs singularités de même nature pendant une période donnée peuvent signaler la possibilité d'une émergence. Un phénomène émergent est un phénomène dont "le tout est supérieur à la somme de ses composants".

Exemples: dès le début de l'année 2007, les singularités de la bulle immobilière américaine liées à l'opacité des hedge funds "annonçaient" la crise financière de septembre 2008, phénomène émergent puisqu'elle représente beaucoup plus qu'une accumulation de dysfonctionnements sur le marché immobilier, dans les pratiques spéculatives, dans les règles de comptabilité bancaire et dans la régulation financière. A ces composants connus de la crise actuelle, il faudrait ajouter les effets idéologiques du "reaganisme", l'imperfection des modélisations mathématiques visant à optimiser la spéculation, la défaillance des agences de notation...''

mardi 19 mai 2009

Cinq moteurs de recherche innovants pour compléter Google

L'innovation s'intensifie dans la détection, l'exploration et l'exploitation des gisements de contenus. Voici cinq applications susceptibles d'enrichir la recherche d'informations et la validation des sources en complétant Google.

Je les propose dans l'ordre séquentiel des quatre opérations auquel tout journaliste opérant sur le web devrait se consacrer s'il est soucieux de préserver sa crédibilité. En attendant que les organes de presse hexagonaux veuillent bien créer la fonction de recherchiste-vérificateur qui est enseignée depuis pas mal de temps au Québec.

Ce qui suit peut être considéré comme l'ébauche d'un dispositif à enrichir avec d'autres applications.

I - Recherches étendues

Cleeki_logo.jpgCleeki est un collecteur de mots-clés. Il considère chaque mot sélectionné sur une page web comme un élément d'une requête. Il suffit de proposer ce mot à un moteur, un annuaire ou une base de données comme Wikipedia pour déclencher une recherche sur une de ces ressources.

Cleeki_icones_barre.jpg

Cleeki est capable de ratisser plusieurs mots-clés et de les lancer dans une requête dans plusieurs directions simultanées. Il propose enfin des mots-clés qui ne sont pas présents dans la page examinée mais qui peuvent, selon lui, suggérer une extension de la recherche.

II - Recherches approfondies

Exploredge m'a été signalé par Mohamed Chelbi lors d'une récente formation sur la recherche et la veille au CAPJC de Tunis. Cet outil de recherche experte, métamoteur intelligent à vocation encyclopédique, est tout simplement fantastique et il est français.

Exploredge.jpg

Exploredge mobilise une vingtaine de moteurs dont les résultats pour une requête sont soumis aux technologies de traitement sémantique des contenus. Des interventions humaines en mode collaboratif améliorent grandement la pertinence et la précision des résultats.

Exploredge_veille_panneau_lateral.jpgConcrètement, l'approche sémantique fait émerger les mots, les notions, les associations d'idées, les suggestions avec une puissance dont le cerveau humain est incapable sur des laps de temps très courts.
Les interventions humaines vérifient, valident, classent et hiérarchisent les réponses des moteurs, ce dont les algorithmes ne sont pas capables avec une telle intelligence (= compréhension) de la requête.
Les suggestions d'approfondissements et d'affinements apparaissent dans un volet latéral gauche. Elles sont classées dans une arborescence logique. A la date de mise en ligne de cette note, dix domaines étaient structurés - dont l'intelligence économique et la veille - et onze autres étaient en cours de validation. A la fin de l'année, Exploredge proposera une centaine de centres d'intérêt comprenant chacun entre 500 et 1000 termes.

Sous le métamoteur, une encyclopédie est donc en expansion, alimentée par des contributeurs volontaires Les journalistes qui auront la sagacité d'inclure Exploredge dans leur panoplie d'investigations sur le web n'ont qu'à s'inscrire afin de recevoir la lettre d'information, sans omettre de s'abonner au blog dédié.

III - Vérification des faits

Wolfram alpha s'annonce comme un outil journalistique assez révolutionnaire dans la mesure où il semble vouloir combiner la puissance de Google et l'exhaustivité de Wikipedia.

Wolfram_Alpha.jpg

Son ambition n'est rien moins que de rendre toute connaissance immédiatement consultable par ordinateur. C'est un projet à long terme mais il suffit de tester les premières catégories proposées - par exemple, celle de la culture et des médias - pour comprendre qu'une technologie puissante est au service d'objectifs originaux, avec des résultats "non substituables", d'ores et déjà sans concurrence possible.

True knowledge ressemble à Exploredge, en moins puissant et en moins précis. Mieux vaut l'utiliser comme vérificateur factuel que comme moteur.

True_Knowledge_logo.jpg

Plus que jamais nécessaire au sein des rédactions, la fonction de facts checker associée à une expertise de recherche et de veille a besoin de bases de données "interrogeables" comme True Knowledge pour éviter ce qui vient d'arriver à plusieurs quotidiens britanniques: reprise aveugle d'une fausse citation glissée dans Wikipedia par un étudiant en sociologie qui étudie la fiabilité journalistique.

IV - Validation des sources

Touchgraph_logo.jpgTouchgraph est la providence du journaliste ou du documentaliste chargé de valider les sources d'information. Cette opération consiste notamment à mesurer l'écart entre ce qu'un site, ou un blog, prétend être et ce qu'il est réellement. Si l'écart est nul, le gisement d'informations mérite d'être validé. Si l'écart est significatif, la rédaction doit être avertie de son manque de fiabilité, voire de sa nocivité.

Plusieurs outils, dont certaines fonctionnalités de Google, permettent de confronter les contenus avec leur environnement matérialisé par les liens entrants: un blog qui se prétend juridique mais vers lequel pointent des liens sans rapport avec le droit doit être exclu, à priori, des ressources rédactionnelles.

Touchgraph_plan_large.jpg

Comme outil de validation, Touchgraph est une merveille. L'alliance de la sémantique et de la visualisation de données dévoile, dans le cas de ce blog, différents univers agrégés en constellations.

Touchgraph_plan_serre_corrige.jpg

En "zoomant" sur une de ces constellations de sites ou de blog, un coup d'oeil suffit pour vérifier le voisinage du blog correspond bien à sa ligne éditoriale: l'information, le journalisme à l'ère électronique.

Touchgraph_panneau_lateral.jpgDans un volet latéral, à gauche de la remarquable interface graphique, apparait la liste des sites qui, à un moment, ou à un autre, ont pointé vers le blog "journalistiques".

Un aperçu de ces sites ou blogs permet de se faire une idée de la raison pour laquelle ils se sont intéressés à tel ou tel billet. Il suffit de cliquer sur l'adresse du visiteur pour en savoir davantage.


Cette maquette de dispositif de recherche-vérification-validation peut accueillir bien d'autres moteurs, ainsi que des applications greffées sur les navigateurs comme Gnosis ou Surf Canyon.

Voir aussi: "Comment j'évalue l'actualité"

jeudi 30 avril 2009

Grippe: les souches de la désinformation virale

Desinformation_trois_matrices.jpgLes trois matrices de désinformation réactivées à l'occasion de l'alerte sanitaire mondiale peuvent être comparées à des souches virales.

Filons la métaphore jusqu'au bout: les mots soulignés par mes soins sont les équivalents sémantiques des signatures ADN dans les structures biologiques d'un virus.

Les rumeurs et la désinformation sont d'ailleurs des phénomènes viraux, à étudier comme tels, avec différents outils et méthodes d'analyse textuelle (1).

Les mots clés soulignés par moi dans les visualisations révèlent l'orientation idéologique des contenus.

Voici une visualisation de la souche conspirationniste:

Desinformation_1_souche_conspirationniste.jpg
J'ai effacé de ce nuage de mots le nom d'un universitaire français dont les propos sont exploités par les conspirationnistes car je ne sais pas (encore) si cet universitaire a été piégé ou s'il est un adepte de la théorie du complot.

Variante de la matrice conspirationniste, la souche à variante anti-sioniste:

Desinformation_2_souche_antisioniste.jpg
Les néologismes "yankistan" et "sionistan" trahissent une des orientations idéologiques d'un contenu qui se veut également anticapitaliste et conspirationniste.

Souche anti-scientifique:

Desinformation_3_souche_2_anti-scientifique.jpg

Souche anti-capitaliste:

Desinformation_3_souche_anticapitaliste.jpg

Ces visualisations ont été réalisées en utilisant l'application en ligne Wordle, dont je dois la découverte au blog Technologies du langage de Jean Véronis.

''1) J'utilise, pour détecter les orientations idéologiques des contenus, une technique dérivée de la sémiométrie mise au point par Ludovic Lebart, Marie Piron, Jean-François Steiner, notamment dans leur ouvrage "La sémiométrie, essai de statistique structurale", éditions Dunod, Paris, avril 2003.

J'utilise également les logiciels Tropes, de la société Acetic ainsi que parfois les logiciels "Le dico" et "Contexte", de Jean Véronis.''

mardi 28 avril 2009

La dynamique de désinformation sur les risques de pandémie

Dans l'état actuel de mon travail (1) sur les rumeurs qui ont précédé et qui accompagnent désormais l'émergence du phénomène H1N1, j'ai pu identifier trois matrices factuelles, quatre vecteurs de propagation, une structure rhétorique commune et une dynamique d'amplification, principalement dans la blogosphère.

LES MATRICES FACTUELLES

J'appelle "matrice" un fait ou un ensemble de faits avérés qui constitue la source lointaine ou récente d'une rumeur. Une des caractéristiques de la désinformation est de s'appuyer sur des réalités passées ou présentes puis de les modifier de manière plus ou moins subtile pour aboutir à des factoïdes ou pseudo-faits.

Dans le cas de la grippe dite porcine, voici par ordre d"ancienneté, les trois matrices identifiées à ce jour:

1- la guerre bactériologique: les réalités historiques, telles qu'elles sont manipulées aujourd'hui, remontent à la Deuxième Guerre mondiale et notamment aux agissements japonais. Une tentative plus récente se réfère aux relations entre les Etats-Unis et Cuba dans les années soixante-dix. Ces jours-ci est apparue une variante "prospective" qui implique Israël et l'Iran.

2 - L'accident de laboratoire: il y a eu, en février, une erreur de manipulation dans un laboratoire pharmaceutique situé en Europe. Le thème de l'éprouvette qui s'écrase sur le sol et qui libère un poison (2) dévastateur est une constante anthropologique (l'apprenti sorcier et, plus profondément, le mythe de Prométhée) que l'on retrouve dans les courants d'opinion anti-scientifiques.
Ce thème fait partie de la mémétique (Voir ce billet ainsi que mon livre, pages 84, 89, 90.)

3 - L'anti-capitalisme : les performances boursières, positives ou négatives, de certains groupes pharmaceutiques réactivent une allégation aussi ancienne que le SIDA: les "big pharmas" créeraient de nouvelles maladies pour améliorer leur chiffre d'affaires. On trouve notamment dans cette matrice 3 une référence à la firme Bayer qui a été accusée de distribuer des produits dangereux et ceux - conspirationnistes ou anti-capitalistes - qui exploitent cette matrice se réfèrent systématiquement au même article du quotidien "Le Monde".

Desinformation_trois_matrices.jpg

Desinformation_film_.jpgRemarque: Hollywood a exploité la matrice 1 (guerre bactériologique) et la matrice 2 (accident de laboratoire), dans "Alerte !" de Wolfgang Petersen avec, notamment, Dustin Hoffmann et Donald Sutherland.
Ce film catastrophe emprunte à la matrice 1, le thème du secret et celui de la pulsion apocalyptique attribués au "complexe militaro-industriel" américain (dénoncé naguère par le général Eisenhower). Sutherland incarne un général psychopathe qui renvoie au climat de guerre froide cultivé dans "Le docteur Folamour".

"Alerte !" emprunte à la matrice 2 le thème de l'accident de laboratoire. Un des personnages, incarné par Kevin Spacey, est atteint par un virus parce que sa combinaison de protection se déchire.
Ce film est sorti le 12 avril 1995, c'est à dire au moment précis où un laboratoire militaire du Maryland récupérait le virus H1N1 retrouvé dans les poumons d'une fillette tuée en Alaska par la grippe espagnole de 1918. Mais le scénario hollywoodien avait été imaginé et écrit avant la récupération militaire du virus dont la structure génétique a été publiée en 2005.

Desinformation_Epidemic.jpg A l'intention des blogueurs incultes qui commentent ce qu'ils ne comprennent pas dans un style rédactionnel typique de la confusion mentale, voici une nouvelle image à plagier.
Elle renvoie à un film de "science fiction" signé Lars Von Trier, film sorti en 1987.

LES VECTEURS DE PROPAGATION

Vecteur A: les groupes conspirationnistes, adeptes de la "théorie du complot". Leurs blogs et leurs réseaux sociaux accusent les Etats-Unis (pêle-mêle: la CIA, le Pentagone, la Maison Blanche) d'avoir fabriqué puis libéré la souche A/H1N1. Parmi les innombrables "preuves" proposées par ces groupes, celle-ci: un savant mexicain serait mort de la grippe porcine vingt-quatre heures après avoir rencontré le président Obama en visite officielle...

Vecteur B: une mouvance écolo-altermondialiste-anticapitaliste. Ces trois sensibilités se rejoignent dans la mise en cause de Wall Street, des grandes firmes pharmaceutiques et de la mondialisation. A côté de cette mouvance, des groupes opposés à la vaccination obligatoire des enfants reprennent, avec une probable sincérité, les "démonstrations" idéologiques d'une fraction de l'ultra-gauche.

Vecteur C: les réseaux anti-sionistes. Leur virulence les rend particulièrement délirants. Au point de sombrer dans une certaine confusion. L'un d'entre eux affirme que l'Iran aurait bénéficié de l'aide d'anciens biologistes militaires soviétiques afin de prévenir une attaque israélienne programmée pour la mi-juillet 2009....A noter que quelques blogs ultra-sionistes évoquent une "peste islamiste".

Vecteur D: les blogs et tweets de faux experts mythomanes affamés de notoriété. Ils semblent, pour l'instant, peu influents mais leurs "raisonnements" d'allure scientifique commencent à alimenter les vecteurs A et C en "preuves" apparemment rationnelles.

Remarque: un grand nombre de ces vecteurs, parmi les plus anciens et les plus actifs - relevant essentiellement des types A, B et D - sont géographiquement situés au Québec. Je cherche à savoir pourquoi.

Desinformation_quatre_vecteurs.jpg
Des vecteurs différents s'alimentent aux mêmes matrices pour développer leurs propres tonalités de désinformation: les alter-mondialistes (B) puisent, comme les conspirationnistes (A) dans la même matrice 1 de la guerre bactériologique qui relève, fondamentalement, de l'anti-américanisme. De même, les anti-sionistes qui se distinguent des anti-sémites mais qui, dans la désinformation que j'étudie sont dominés par les anti-sémites (C) puisent dans la matrice anti-capitaliste 3. Les traits noirs se réfèrent à des liens explicites entre les différents vecteurs: ils sont évidents entre les anti-sionistes et les conspirationnistes. Le courant (bleu) opposé à la vaccination obligatoire va chercher des arguments un peu partout. Les faux experts (D) distribuent leurs "raisonnements scientifiques" à tout le monde.

LA STRUCTURE RHETORIQUE

La rhétorique des propagateurs de désinformations en tous genres prend appui sur:

1- la perplexité, le scepticisme ou, au contraire, la crédulité voire l'anxiété qui commence à générer l'incertitude sensible depuis mardi soir chez certains officiels.

2 - les zones d'opacité qui apparaissent temporairement ou qui subsistent parfois dans l'information officielle et médiatique. Et, désormais, quelques incohérences et contradictions dans cette information.

3 - la défiance que les médias inspirent de manière latente.

Voici un échantillon synthétique, reconstitué, de cette structure narrative: "On ne vous dit pas tout. On vous cache des choses. La preuve, les officiels et les médias se contredisent sur tel point. Donc, ils mentent. S'ils mentent c'est qu'ils ont des objectifs inavouables. Objectifs cachés que nous sommes en mesure de dévoiler..." Commence alors la litanie des "preuves", souvent mélangées à des faits réels anciens ou récents, intacts ou déformés.

Desinformation_citation_Quebec.jpg

Une des manipulations les plus redoutables, dans les actuelles opérations de désinformation, consiste à amener un universitaire à apporter, sans qu'il sans doute peut-être, des éléments de preuve aux conspirationnistes. Un chercheur français vient, dans une réponse ambivalente apportée à un intervieweur, de valider une partie de la thèse conspirationniste inspirée par la matrice 1 (guerre bactériologique).

LA DYNAMIQUE D'AMPLIFICATION

Dans la mesure où l'information officielle et médiatique a été relativement rapide, dense et plutôt crédible jusqu'à présent, la désinformation menée par les groupes à irrationalités exacerbées n'a pas obtenu la même puissance qu'après les attentats de septembre 2001. Mais cette dynamique de désinformation est plus forte qu'à l'automne 2005 quand la grippe aviaire est devenue un thème médiatique.

La dynamique d'amplification prend son essor à partir de données officielles incomplètes. Par exemple, la nature exacte de l'incident de laboratoire survenu en février.

Cette dynamique se nourrit, dès qu'elle le peut, de la moindre contradiction au sein de l'information conventionnelle (= information officielle et information médiatique). Par exemple, ce mardi, un virologue a brièvement évoqué à la radio 2000 à 3000 contaminations humaines au Mexique; cette évaluation est "sortie" sans explications; elle n'a aucune cohérence avec le nombre officiel de décès dûs à ce virus au Mexique; elle accrédite la rhétorique du "on ne nous dit pas tout; donc, on nous cache quelque chose."

Une relance de la dynamique de désinformation pourrait intervenir par le biais de polémiques dont les médias audiovisuels sont friands:

- Un expert accuse le gouvernement de mentir sur la préparation de la France à une éventuelle pandémie. On a pu lire aussitôt sur certains blogs des commentaires émanant de personnels hospitaliers qui accusent (anonymement mais avec des exemples crédibles) de mentir au pays; il est évident que les personnels hospitaliers ont, en ce moment, des tas de raisons d'accuser le gouvernement mais le soupçon de défaillance en matière de santé publique est évidemment plus porteur que des revendications catégorielles.

- Un candidat aux élections européennes n'hésite pas à s'emparer du thème de la grippe porcine pour essayer d'attirer l'attention sur une campagne à laquelle personne ne s'intéresse.

- Certains sites médiatiques peu scrupuleux sont à la recherche de "sujets" susceptibles de "faire du buzz" à leurs profit (3). Leur business consiste à "balancer" n'importe quoi pourvu que ça fasse du bruit, sous la signature d'un contributeur amateur, de laisser le temps aux "vrais" journalistes de vérifier - en réalité: de laisser le "buzz" enfler - puis de faire plus ou moins machine arrière en dégageant la responsabilité de la rédaction.

- A court de matière rédactionnelle, si le développement de l'émergence ralentit dans les jours qui viennent, les médias traditionnels n'hésiterons pas à "relancer" l'actualité avec des polémiques, des "buzz" (4) et des "scoops". Autant d"atouts qui seront offerts aux maniaques de la désinformation.

Desinformation_dynamique.jpg

Dans l'état actuel des choses, grâce au web et à la partie experte de la blogosphère, le risque de pandémie n'a donné lieu à aucun dérapage de quelque ampleur. Sauf sur Twitter qui déverse des torrents d'inanités mais où l'on trouve aussi des sources rapides et fiables.

1) Pour des raisons éthiques - et mon étude n'étant pas terminée - je ne fournirai pas, dans un premier temps, les liens conduisant vers les vecteurs de propagation de la désinformation. Trop d'exaltés se précipiteraient vers ces blogs pour y chercher des arguments qu'ils répliqueraient de manière virale. Quelques sites médiatiques iraient y chercher de quoi créer le buzz indispensable à leur business''. Quelques "journalistes citoyens" s'adonneraient à leur activité préférée: le plagiat.

2) Ce n'est pas ce qui s'est passé en février 2009 où il y a eu une erreur de manipulation non expliquée entre la maison mère, sa filiale européenne et une entreprise sous-traitante .

3) J'ai été contacté par une "journaliste" se réclamant , la pauvre, de l'un de ces sites: elle était vivement intéressée par un seul détail de mon billet de dimanche: "C'est quoi la rumeur ? C'est quoi l'adresse du blog qui a lancé la rumeur ?". (Encore un peu de patience, cocotte, tu sauras bientôt tout).

4) J'attends avec une gourmandise sardonique, je dois l'avouer, l'argumentation des médias tradionnels qui diront, en substance: " C'est à cause du web. Il y avait un tel buzz qu'on a été obligés de traiter le sujet. Même si on savait que c'est faux. A partir du moment où tout le monde en parle, çà relève de l'actu." Ben voyons.

dimanche 26 avril 2009

Grippe porcine : sélection de ressources sur la pandémie

Photo_du_virus.jpgAu début du mois de février dernier, j'ai proposé comme sujet d'examen à mes étudiants de l'Institut Français de Presse un travail de recherche et d'évaluation sur le risque de pandémie grippale. Les médias se désintéressaient alors d'un phénomène sur lequel j'exerce une veille systématique depuis 2005.

Quatre raisons inspirent cette veille personnelle ainsi que le thème de l'examen proposé le 3 février 2009 à la classe de Master 1 de l'IFP:

1- J'ai été professionnellement "marqué" par la rétention d'informations qui a entouré le développement du sida entre 1981 et 1984. C'était avant le web, période obscurantiste pour un journaliste normalement constitué. De cette expérience négative est née, il y a quatre ans, la volonté d'exploiter le web comme moyen de contourner l'opacité scientifique, médicale et gouvernementale des années quatre-vingt.

Alertes_Google.jpg

2 - Dès mes premières recherches sur la grippe aviaire, j'ai acquis la certitude qu'il s'agit d'un phénomène émergent de grande ampleur. Face à une émergence, un journaliste se doit, selon moi, de scruter les conditions de son avènement à partir des singularités qui l'annoncent (1).

3 - Outre l'émergence et la singularité, l'observation pendant quatre ans du phénomène "grippe aviaire"Enquete_Telegramme.jpg m'a permis de bénéficier de la sérendipité pour réaliser une enquête sur la réactivation en 2005 de l'actuel virus H1N1 à partir de cadavres de personnes tuées en Alaska par la pandémie de 1918 (2).

Cette veille me donne également l'occasion d'étudier de près un cas récent et très intéressant de rumeur sur le web dans un contexte de "pré-pandémie"(3).

4 - Je suis convaincu, depuis 2005, du caractère inéluctable de la pandémie. Les seules questions étaient de savoir "quand" et "où" elle se déclencherait. Je savais dès l'automne 2008 que le déclenchement serait imminent, à échéance de quelques mois. Je ne savais pas dans quelles circonstances - c'est à dire où - la mutation s'accomplirait.

Compte tenu de cette demi-certitude, j'ai voulu rendre un service professionnel aux futurs journalistes de l'IFP en les incitant à se préparer au traitement en urgence et en profondeur d'un phénomène qui pourrait revêtir une portée historique. Et ce quelques mois avant que le phénomène fasse la "une" de l'actualité.

Voici une sélection de ressources trouvées par les élèves de Master 2 le 3 février 2009, ressources validées le dimanche 26 avril et auxquelles j'ai ajouté quelques liens extraits de ma documentation personnelle:

ACTUALISATIONS RAPIDES

http://www.birdflubreakingnews.com/

http://www.recombinomics.com/whats_new.html

http://www.flutrackers.com/forum/forumdisplay.php?s=bfb440466c4b458d85012960ee0f7889&f=1517

Sources à vérifier:
http://tweetscan.com/index.php?s=H1N1&site=

Source Twitter vérifiée par Knight (voir les commentaires):
http://twitter.com/Veratect

SOURCES OFFICIELLES INTERNATIONALES

Carte_mondiale_Flu_search.jpg


http://www.who.int/fr/index.html

http://www.un.org/News/

http://www.un-influenza.org/

Monitoring_europeen.jpg

Ci-dessus, tableau de monitoring capté hier après-midi sur le site Medusa,dont voici l'adresse:

http://medusa.jrc.it/medisys/moreclusteredition/fr/LePoint-ba05b1d33d182febe528fade00573d7e.html

http://www.promedmail.org/pls/otn/f?p=2400:1000

SOURCES GOUVERNEMENTALES

http://pandemicflu.gov/

http://www.cdc.gov/swineflu/investigation.htm

Sur le site du Centre américain de Contrôle des Maladies Infectieuses, un podcast téléchargeable.

http://www.grippeaviaire.gouv.fr/

http://www.ambafrance-mx.org/

http://www.invs.sante.fr/

SOURCES EXPERTES

http://www.santelog.com/modules/connaissances/actualite-sante-face-a-la-grippe-porcine,-la-preparation-33-millions-de-traitements-stock%C3%A9s-en-france_1029.htm

http://www.searchmedica.fr/search.do?q=grippe+porcine&useraction=search&ss=defLink&al=en&c=main&oq=grippe+porcine

http://www.grog.org/

SOURCES DIDACTIQUES

http://www.pandemiedegrippe.com/2009/02/06/le-mecanisme-dinfection-du-virus-de-la-grippe-devoile/

http://www.grippeaviaire.public.lu/questions_reponses/pandemie/index.html#4

http://www.fluwikie.com/pmwiki.php?n=Main.Fr-homepage (Plus intéressant en anglais qu'en français.)

http://www.powerset.com/

http://www.avianflusearch.net/

http://virusgrippeaviaire.blogspot.com/

http://www.pandemiedegrippe.com/

http://www.umd.edu/emergencypreparedness/pandemic_flu/intro.cfm

APPROFONDISSEMENTS

http://search.nejm.org/search?w=H1N1&search=SEARCH

http://www.bdsp.ehesp.fr/

http://www.birdflutoday.com/

http://www.flu-lab-net.eu/links.html

http://www.espace-ethique.org/fr/grippe.php

TRAITEMENTS JOURNALISTIQUES

http://www.observatoire-medias.info/article.php3?id_article=601

http://ekasearch01.eurekalert.org/e3/query.html?qt=swine+flu&col=ev3rel&qc=ev3rel&x=16&y=13

http://www.futura-sciences.com/fr/news/t/high-tech-4/d/dangers-ou-bienfaits-de-lacces-libre-a-la-connaissance-sur-la-toile_7362/

1) La transposition au journalisme des notions scientifiques de "singularité" et d'"émergence" est expliquée à dix sept reprises dans mon livre "Le journalisme à l'ère électronique", table des matières, pages 240 et 242

2) Mon enquête sur la recherche du virus de 1918 dans un cimetière d'Alaska et le stockage du virus dans un laboratoire militaire est disponible, en PDF, gratuitement sur demande adressée par courrier électronique avec l'identité réelle du demandeur et la mention de l'utilisation envisagée.

3) Un blogueur a "annoncé" la pandémie il y quelques semaines en affirmant qu'un chercheur appartenant à une firme connue avait laissé s'écraser sur le sol une éprouvette contenant le virus. J'étudie actuellement l'origine, la morphologie et le mode de propagation de cette rumeur.

lundi 6 avril 2009

Twitter: "Le Monde" participe à la fabrication d'une légende urbaine

Dans le quotidien "Le Monde" daté du mardi 7 avril, Laurence Girard participe à la fabrication d'une légende urbaine sur le rôle de Twitter pendant les attentats de Bombay en novembre 2008

Twitter_Le_Monde.JPG

Des utilisateurs de Twitter ont envoyé des masses énormes de "gazouillis" mais les "gazouilleurs" étaient presque tous devant leurs écrans de télévision. La journaliste du "Monde" considère que des spectateurs qui regardent un faits divers à la télévision sont des témoins. Puisse-t-elle ne jamais avoir à enquêter sur des évènements cruciaux.

Aucun des otages enfermés dans l'Hôtel Oberoi n'a livré sur Twitter sa version des faits pendant qu'ils se déroulaient.

A part quelques badauds qui ont photographié des hélicoptères dans le ciel de Bombay et le spectacle, sans aucun intérêt, de dégâts anodins dans certaines rues, aucun utilisateur de Twitter n'a produit, à l'époque, de "photos des évènements qui se déroulaient sous leurs yeux."

Les seules images journalistiquement intéressantes des attentats de Bombay ont été prises par des reporters professionnels - en particulier la seule photo d'un terroriste encore vivant une arme à la main- ou par les caméras de surveillance à la gare centrale.

Si des journaux se sont faits l'écho du volume exceptionnel de tweets émotionnels, affectifs, hystériques émis pendant les attentats, aucun journal sérieux- à part un rédacteur peu convaincant du "Figaro" - n'a utilisé Twitter comme s'il s'agissait d'une agence de presse.

Qu'une journaliste du "Monde" évoque les scoops de Twitter à propos des attentats de Bombay en dit long sur la fiabilité actuelle du quotidien du soir.

jeudi 2 avril 2009

Lecteurs électroniques et consommation de l'information

Parmi les aberrations commerciales qui prolongent et accentuent les difficultés de la presse traditionnelle, une des plus insupportables consiste à devoir payer ce que l'on ne consomme pas.

Dépenser 1,40 euro pour acquérir la version papier du quotidien "Le Monde" serait, dans mon cas, consacrer 0,84 euro par jour - soit 260 euros par an - à des contenus qui ne m'intéressent pas (1) et, pire encore, à des signatures que je déteste (2).

Aucun modèle économique ne peut survivre à une transaction qui s'apparente à de la vente forcée. Surtout depuis que le web offre une grande diversité de sources d'information aussi crédibles (3) que l'ex-"journal français de référence".

D'où la tentative que voici pour essayer d'obtenir un accès plus rationnel et plus honnête aux contenus que je souhaite consommer:

(Durée: 49 secondes. Merci à Michelle, kiosque Clément, place Gambetta.)

Parmi les remèdes à cette iniquité, les lecteurs électroniques mériteraient que les industries de la presse leur consacrent deux types d'investissements.

D'abord dans la mise au point d'un support original et évolutif conçu par la presse pour la presse.

Les tablettes de lecture qui obtiennent de plus en plus de succès aux Etats-Unis surprennent les observateurs les plus sceptiques par le nombre et la rapidité de leurs améliorations. Mais celles-ci sont d'abord destinées à accélérer l'écoulement des centaines de milliers d'ouvrages numérisés dont Amazon assure la distribution en ligne. Un lecteur électronique d"information exige d'autres fonctionnalités.

Un peu d'agilité est nécessaire pour s'adapter

Il ne devrait pas échapper aux grands décideurs affligés de "la presse en crise" que ce moyen de lecture en forte progression est proposé par une entreprise du web. C'est l'occasion de rappeler qu'avant Amazon, Apple est devenu un important distributeur de musique doublé d'un acteur majeur de la téléphonie mobile et que Google s'est emparé de services web qui n'auraient jamais dû échapper aux industries de contenus si elles avaient été, dès 1997, un peu clairvoyantes. La seule raison pour laquelle un moteur de recherche cause tant de soucis à la presse traditionnelle est que celle-ci n'a pas suffisamment d'agilité pour s'adapter aux changements de son écosystème et ce par manque de culture technologique.

Une deuxième catégorie d'investissements devrait être consacrée à l'adaptation des infrastructures de distribution. Chaque utilisateur d'un lecteur électronique devra pouvoir trouver une station de téléchargement d'articles en ville, sur la route comme à la campagne.

eReader_NYT_Reuters.jpg

Les kiosques et autres lieux de distribution conventionnels ne seraient pas désavantagés; il y a même tout lieu de croire qu'ils seraient revivifiés car il va de soi que le support papier n'est pas prêt de disparaître.

Nouveaux modes d'accès à l'information

Avec des infrastructures adaptées aux supports mobiles émergents, le nombre de personnes susceptibles de consommer des contenus électroniques s'élargit (considérablement) à toutes les personnes qui sont actuellement exclues de l'accès au web par inhibition face à l'informatique: une tablette avec quelques boutons est moins intimidante qu'un ordinateur. Les infonautes conservent un accès gratuit à la perception panoramique de l'actualité, avant de choisir les articles, éditoriaux, enquêtes qui les intéressent particulièrement. Le paiement de ces contenus s'effectue par versements réguliers sur des comptes débités selon la quantité et la valeur des articles achetés.

Nouveau modèle économique

Les organes de presse qui auront eu la sagesse de créer un système unique de rémunération pourront moduler les tarifs de leurs contenus en fonction de leur valeur. Un gros dossier en rich media, par exemple, sera plus cher qu'un simple reportage illustré de photos, parce que le rich media aura mobilisé plus de talents sur un évènement complexe (4). Le culte de la gratuité (que les industries de contenus ont laissé s'instaurer sans réagir au milieu des années quatre-vingt dix) sera ramené à une dimension plus réaliste. L'information à forte valeur ajoutée échappera, soit dit en passant, aux appétits de Google puisque la presse retrouvera un contact direct avec ses audiences, sur ce type de contenus.

Nouvelle hiérarchie dans les médias

L'exemple du trimestriel XXI montre que les gens sont prêts à payer ce qu'il faut pour acquérir des contenus singuliers, denses, "non substituables". Outre qu'elle remettra la presse gratuite à sa vraie place - entre deux stations de métro - cette propension à payer pour ce qui a de la valeur favorisera l'émergence de marques médias structurées par les valeurs fondamentales du journalisme: fiabilité, consistance, diversité.

Les kiosques et autres lieux de distribution traditionnels de la presse retrouveront, grâce aux lecteurs électroniques, une vitalité inespérée. Il est fort probable que le fait de venir y télécharger quelques articles suscitera des envies d'achat de magazines ou de quotidiens imprimés sur du papier. Avec, dans ce dernier cas, l'obligation pour les organes d'information qui veulent s'ériger en marques médias de proposer des enquêtes approfondies sur des évènements bien sélectionnés et bien hiérarchises, contenus enfin libérés du tempo superficiel que leur imposent actuellement les médias audiovisuels.

A lire: l'analyse très intéressante de Frédéric Filloux sur le modèle économique induit par le Kindle 2 d'Amazon.

1) Je ne lis en moyenne que 40% du contenu de ce quotidien.

2) Je déteste les articles de Francis Marmande dans ce quotidien, mais je suis obligé de les payer.

3) Je suis abonné payant au Wall Stree Journal depuis 1997, à l'hebdomadaire "The Economist" et, faute de mieux en France, au "Monde" électronique depuis 2004.

4) Je suis étonné qu'aucun organe traditionnel d'information n'ai proposé, sur la crise économique, le moindre produit hybride avec certains contenus imprimés sur papier et d'autres les prolongeant en rich media sur un DVD.

samedi 14 mars 2009

Une remarquable cartographie des métiers de la presse

Metiers_de_la_presse_logo_observatoire_bis.jpgLa presse reste, heureusement, une activité ouverte à toutes sortes de compétences.

Question de légitimité: la profession au sens large doit pouvoir accueillir des représentants de toutes les couches sociales.

Question de survie: toutes les compétences induites pas les innovations technologiques ne sont pas délivrées par les écoles de journalisme encore formatées par la référence au "Monde" d'Hubert Beuve-Méry. Or, l'information a également un besoin urgent de compétences émergentes.

Créé le 7 avril 2005 par un accord entre les partenaires sociaux sur la formation professionnelle, le bien nommé Observatoire prospectif des métiers de la presse vient de mettre en ligne un outil encore en devenir mais très original et déjà très performant.

Metiers_de_la_presse_carte_interactive.jpg
C'est une base de données qui bénéficie d'une interface simple, plutôt agréable et intuitive car sa métaphore graphique renvoie à la notion d'orientation, par allusion à la boussole.
Quand la molette est déplacée à l'intérieur du cadran circulaire, elle active huit onglets qui conduisent vers autant de grands domaines d'activités de la presse.

Dans la fenêtre de droite apparaissent les métiers impliqués dans ces différents domaines d'activité ainsi que, sous l'onglet voisin, les profils de ces métiers.
Si un de ces métiers intéresse particulièrement le visiteur, la fenêtre située sous le cadran circulaire propose le téléchargement d'une documentation plus complète en PDF.

Metiers_de_la_presse_animation_tres_large.jpg
C'est le premier référent professionnel commun à toutes les entreprises de presse. Il permet d'ores et déjà d'ajuster les vocations aux besoins de cette industrie de contenus. Les jeunes peuvent y découvrir toutes sortes de parcours possibles et comment y accéder.

La prochain développement, imminent, de cet outil salutaire permettra aux DRH de mettre en ligne des annonces de recrutement et aux salariés de consulter le descriptif inter-entreprises de leur poste.

SOURCE: Centre Inffo :information sur la formation

Extension de Firefox, Gnosis analyse les pages web en anglais

Quand le journaliste pressé (pléonasme) doit sélectionner des documents sur le web afin d'en extraire des données, il peut lire chaque page à priori intéressante, sélectionner les plus pertinentes pour son travail immédiat et classer les autres pour une exploitation ultérieure.

Extension gratuite du navigateur Firefox, Gnosis accomplit cette tâche plus rapidement et mieux.

Gnosis_panneau_colore_lateral.jpgUne fois installé, très facilement, le plug in peut rester invisible ou déployer son tableau de bord, à gauche de la page à inspecter, quand on a choisi cette option dans le menu "affichage".

Ce panneau revêt l'apparence d'une superposition de bandes horizontales colorées; ce sont autant de menus déroulants; ils désignent les seize critères à partir desquels Gnosis radiographie la page web soumise à sa curiosité.

Sur la barre supérieure du tableau de bord, s'alignent les fonctionnalités de cet formidable petit extracteur de données pré-sélectionnées.

Gnosis_barre_de_controle_superieure.jpg

A l'extrême-gauche, le signe "+" dans son carré vert déploie le détail de toutes les données détectées selon les seize critères d'analyse. Juste à côté, le signe "-" dans son petit carré orange referme les tiroirs de Gnosis.
Même fonctionnement pour les deux petits crayons: surligner toutes les données repérées dans la page, surligner les seules données relevant d'un critère repérable dans les code de couleurs,n'en surligner aucune.
Les deux flèches voisines résument le potentiel de productivité de l'application.

Gnosis_titre_de_la_rubrique_du_NYT.jpg
Soit une page du New York Times relatant les déclarations raisonnablement optimistes du principal conseiller économique de Barak Obama. (Ces déclarations m'intéressent car, contrastant avec le pessimisme ambiant, elles esquissent la possibilité d'une sortie de crise et constituent donc une singularité (1).

Gnosis_noms_univers_economique.jpgEn deux ou trois secondes, le cerveau d'un journaliste moyen, pas forcément expert en économie, saisit l'univers dans lequel baigne l'article.

Le cerveau reconnait deux catégories sémantiques: l'une, politique, avec les noms "Bush" et "Obama"; l'autre, économique avec les noms "Summers" et "Krugman", prix Nobel d'économie.

Pour valider cette perception spontanée, la rubrique médias mentionne une référence au Financial Time...

Gnosis_critere_medias_Financial_times.jpg

En sélectionnant, le critère bleu "organisation" et en sollicitant la flèche orientée vers la droite, Gnosis me promène dans le texte sur les seuls termes associés à des organisations.
Productivité accrue par le fait qu'en passant sur le nom d'une organisation - la "Brookings Institution", par exemple - le pointeur fait apparaître une infobulle qui propose trois sources d'approfondissement.

Gnosis_Brookings_Institution.jpg
Un clic sur la suggestion Wikipedia révèle que ce très influent think tank a inspiré les politiques libérales de dérégulation financière tout en étant parfois considéré comme centriste parce que des collaborateurs de Bill Clinton y ont travaillé.

Si le journaliste se méfie de Wikipedia, il doit prendre le temps d'aller faire un tour sur le site du think tank.

Gnosis_page_accueil_de_la_Brookings_institution.jpg

Si le journaliste, évidemment curieux, veut en savoir plus sur le rôle des think tanks anglo-saxons dans la conduite des économies dominantes et, donc, dans les causes de la crise actuelleGnosis_livre.jpg il peut se procurer le récent - 12 février 2009 - et tout à fait passionnant petit livre de Stephen Boucher et Martine Royo, aux éditions Le Félin.

Première remarque: la découverte de l'existence d'un tel gisement de données, d'informations et de réflexions aurait été peu probable, voire impossible, par les canaux de la presse traditionnelle, imprimée ou audiovisuelle. C'est la preuve qu'internet ne tue pas le papier (2) mais peut y conduire.
Deuxième remarque: partir d'une extraction de données sur une page web pour aboutir à un gisement de connaissances après avoir collecté l'information du New-York Times est une manifestation de la sérendipité, providence de la recherche sur le web (3).

Grâce à Gnosis, le journaliste qui cherche à capter des signaux conjoncturels sur l'évolution de la crise économique découvre, en quelques secondes, que le principal conseiller économique de Barak Obama choisi le think tank le plus influent du monde anglo-saxon pour proposer un indicateur de sortie de crise.
Le cerveau du journaliste aurait peut-être trouvé cette "configuration" (ce n'est pas sûr), mais certainement pas de manière aussi fulgurante.

Extraction, approfondissement, élargissement

Outre les noms de personnes citées dans la page, ceux des entreprises et des lieux, l'extension de Firefox capte les adresses électroniques des sites mentionnés ainsi que celles des courriers électroniques.
Autrement dit, dans un délai très bref, le journaliste dispose d'une vision quasiment "anatomique" de la page web. Il peut en approfondir le sens global ou seulement celui de certaines données. Il peut utiliser la collecte de Gnosis pour caractériser un document à conserver, pour en transformer une partie en tags (étiquetage).

Petite réserve: dans son zèle, Gnosis ramasse des données au-delà de l'article sur l'ensemble de la page; c'est ce qu'on appelle du "bruit" mais ces données non pertinentes ne perturbent guère le "signal" que constitue l'ensemble des données pertinentes.

Gros regret: Gnosis ne s'intéresse pas aux pages web rédigées en français. Normal et triste pour l'innovation dans notre pays: Gnosis est le tout petit produit d'une recherche sur le web sémantique menée par la firme Clearforest filiale du groupe Thomson Reuters. Mais l'hégémonie anglo-saxonne sur les contenus étant ce qu'elle est, la perte de sens n'est peut-être pas très grave pour un journaliste curieux.

1) Une singularité est un phénomène à priori important mais qui n'a pas d'explication connue. Les singularités précèdent parfois, pas toujours, les phénomènes émergents qui, eux, peuvent modifier radicalement le cours des choses. Les premières faillites d'établissements de crédits immobiliers, au printemps 2007, ont été des singularités. Ces singularités annonçaient la crise des subprimes, puis la crise du crédit, laquelle a déclenché la récession qui va amener des réformes du système financier international, donc une modification radicale du cours des choses.

2) Un pitoyable journaliste, qui a eu sa petite notoriété à la radio au milieu des années soixante-dix, a récemment utilisé dans le quotidien "Le Monde", ex-journal de référence, l'expression "internet über alles". Le recours à une telle terminologie signifie que ce piètre confrère, aussi inculte qu'obsolète, assimile internet au régime nazi avec toutes les connotations que cette allusion véhicule. La stupidité du propos n'est relevée ici que dans la mesure où elle reflète l'état d'esprit d'un très grand nombre de professionnels de la profession.

3) La sérendipité est l'art de trouver sans cherchant mais en créant quand même les conditions de la trouvaille. La curiosité journalistique devrait comporter une grande part de sérendipité, pratique particulièrement jubilatoire dans ce métier.

vendredi 13 mars 2009

Un colloque en rich media avec l'application en ligne Vuvox collage

Rien de plus statique qu'un colloque. C'est le type d'évènement qui ne convient, à priori, qu'à la presse écrite magazine ou, à la rigueur - et dans des formats réducteurs - à la télévision.

Moniteur_resume_du_diaporama.jpgPour le site de La Gazette Santé Social (groupe Moniteur), Guillaume Garvanèse a réalisé avec Hélène Delmotte et Jacques Paquier un reportage en ''rich media'' d'autant plus intéressant que le thème de la conférence n'était pas facile.


Le choix de la rédaction s'est porté sur Vuvox Collage, une application en ligne et gratuite qui intègre du texte, des sons, des vidéos et des liens dans un diaporama.

Moniteur_vue_generale_avec_icone.jpg

Du point de vue de l'internaute, la consultation de Vuvox est extrêmement gratifiante. Les photos racontent un évènements de manière linéaire. Sur certaines de ces photos, il est possible de s'arrêter pour obtenir des précisions délivrées dans une fenêtre pop up sous la forme d'un enregistrement audio, d'une séquence vidéo, d'un texte ou de liens.

Il s'agit donc bien d'une solution d'enrichissement d'un contenu primaire - ici, la photo au lieu du texte dans la plupart des cas - par d'autres contenus formulés dans différents modes d'expression.

Attractivité, consistance, profondeur

Le résultat, remarquable, est exemplaire pour deux raisons. D'abord, le sujet, bien sûr. La preuve est faite, avec le traitement que "La Gazette Santé" a fait de ce colloque, que le journalisme en rich media rend l'actualité plus attractive, plus consistante et plus profonde que quand elle est traitée par les modes d'expression des médias conventionnels: le compte-rendu de ce colloque serait ennuyeux en presse écrite (sauf à multiplier les entrées et les encadrés); il serait parcellaire en radio, assurément réducteur en télévision.

Moniteur_exposition.jpg

Ce résultat est exemplaire, aussi et surtout, parce que l'équipe de "La Gazette Santé" avait pris le risque de découvrir l'outil rich media dans les conditions réelles de la production du contenu pour le site. Elle aurait pu faire un test "à blanc", sur un sujet facile, permanent et pas forcément crucial pour la ligne éditoriale.

L'équipe a choisi, au contraire, de travailler sous la contrainte du reportage sur un évènement dont la durée était limitée dans le temps; pas question de revenir prendre du son ou refaire de photos.


Guillarme Garvanèse, secrétaire de rédaction web, justifie cette prise de risque par une approche qui est à la base de toute l'approche du rich media journalistique.
Guillaume Garvanèse (53 secondes):

Le reportage a mobilisé trois personnes: une pour le son, une pour la photo, une pour la vidéo. Mais cette configuration ne s'impose pas toujours. Dans certains cas - manifestations de rues, les spectacles de plein air très animés - un seule personne peut collecter des sons et prendre des photos parce que l'ambiance s'y prête. Dans le cas de colloque, le photographe qui voulait des images intéressantes et aussi spontanées que possible, pouvait difficilement se charger des interviews sonores.

Engranger, organiser, sélectionner

Sur place, au moment de la collecte, il est recommandé de rassembler le plus possible de matériaux visuels. Outre les photos de personnages, il faut prévoir des prises de vues qui situent les lieux, des plans d'ensemble .
La raison de cette boulimie par Guillaume Garvanèse (40 secondes):

Collecter beaucoup d'éléments en amont suppose beaucoup de temps en pour le dérushage et de la rigueur pour classer photos, sons et vidéos avant de les envoyer vers la bibliothèqe médias de l'application en ligne.
Vuvox collage est une interface agréable, confortable pour les internautes. Derrière, il y a un outil sophistiqué.
Guillaume Garvanèse résume ici les conseils de base pour gagner du temps avec Vuvox (2 minutes 02).

Autres conseils:
Durées souhaitables des modules audio dans VuVox: (32 secondes):

Comment convertir au mieux les fichiers vidéo pour VuVox (45 secondes):

dimanche 1 mars 2009

Jamespot, le micro-blogging intelligemment collaboratif

Même s'ils détestent le plagiat et n'aiment pas l'idée de "pomper" des idées dans les articles de leurs confrères, les journalistes sont obligés de gérer une revue de presse.
La revue de presse fait partie de la documentation personnelle. Elle sert à mémoriser des données, à chercher d'autres angles, à pister des opérations de communication, à détecter les tentatives d'intoxication(1).

Jamespot est une plateforme conçue pour ceux, journalistes et documentalistes, qui veulent transformer une revue de presse en un contenu hautement collaboratif.

Jamesspot_logo_du_site.jpg

Inscription gratuite, paramétrage facile: en quelques minutes l'utilisateur se retrouve dans un espace qui tient à la fois du micro-blogging, du blog et du wiki.

Jamesspot_bandeau_outils_de_gestion.jpg

Du micro-blogging, Jamespot a la dimension "instantanéiste" mais contrairement à celle de Twitter, elle est au service de la productivité.

(Dans son utilisation compulsive et un peu narcissique - l'obsession addictive des followers est de même nature que celle de l'audimat, avec les mêmes effets sur les "moitrinaires" - Twitter est chronophage. Le rapport entre le temps passé à tweeter, à gérer ses audiences et le rendement intellectuel des contenus collectés ne semble pas équilibré. On y fait de la veille cumulative dans le meilleur des cas, du relationnel la plupart du temps.)

Jamesspot_barre_edition.jpg
Jamespot fait gagner du temps dans la collecte puisqu'il suffit de cliquer sur un plug-in de navigateur pour capter le titre, les premières lignes et l'adresse d'un article.

Cet article est automatiquement sourcé. Il fait l'objet d'une mise en forme dans la présentation générale choisie par le spotter.

Jamesspot_trois_icones_fonctionnelles.jpg
Une panoplie complète d'outils d'édition permet de commenter chaque élément de la revue de presse et de partager les réflexions avec les personnes concernées ou intéressées par le sujet.

Exemple: un journaliste intrigué par la fiabilité d'un article le transmet avec les annotations qui motivent sa perplexité à un(e) documentaliste pour lui demander de faire des recherches, à un confrère plus spécialisé pour lui demander son avis, à un informateur extérieur pour vérifier une donnée.

Jamesspot_gestion_de_contacts.jpg
Une activité de ce type, hautement collaborative, se mène plus facilement que sur de nombreux blogs. Elle crée les salutaires réflexes du travail en essaims: concentration sur un thème de plusieurs compétences et expertises.

Espaces critiques pour infonautes avisés

Autre exemple: un journaliste veut discuter avec des infonautes sur un article déjà publié ou sur une enquête en cours. Il ouvre un spot et invite des interlocuteurs à commenter le thème qui justifie ce spot.
En dehors des rédactions, les infonautes peuvent évidemment ouvrir des espaces de discussions, voire des espaces critiques, à partir de revues de presse dans lesquelles seraient collectées les articles qui posent des problèmes à leurs lecteurs.

Jamesspot_panneau_outils_web_2.0.jpg
Jamespot est complètement ouvert sur les autres espaces éditoriaux de web 2.0. Un panneau énumère d'innombrables possibilités de publication ailleurs.

Jamesspot_deux_spotters_2.0.jpgIl faut sans doute être ouvert bien sûr mais aussi sélectif et rigoureux pour agréger, sur des thèmes précis et consistants, des communautés susceptibles de fonctionner en intelligences collectives.

Dans le cadre d'une rédaction normalement constituée, ce ne devrait pas être totalement impossible.

1) Le milieu journalistique est tellement petit, segmenté et conformiste qu'il est facile de savoir - en politique surtout, mais aussi en économie et dans d'autres secteurs - "qui est informé ou manipulé par qui" ou "qui roule pour tel personnage, tel groupe de pression ou telle entreprise".

Caméras de poche prêtes à dégaîner pour blogueurs réactifs

Les cameras vidéo de poche (1) sont aux caméscopes ce que les dictaphones sont aux magnétophones: des outils de captation rudimentaires prêts à enregistrer.


Inutile, donc, de s'attarder sur les labels "Haute Définition" affichés par certains modèles, car leurs capteurs et leurs processeurs spécialisés dans le traitement des signaux ne peuvent pas rivaliser avec ceux des appareils conçus pour des écrans à résolutions ultra-fines.

PVC_Creative_vado.jpg L'intérêt de ces boîtiers peu onéreux (2) est dans un terme anglo-saxon qui ne se traduit pas en français: convenient (3). C'est d'ailleurs parce qu'ils sont pratiques, faciles à utiliser, que trois modèles de deuxième génération (la première génération date du printemps 2008) font l'objet d'un véritable engouement aux Etats-Unis:

- Creative Vado, ci-dessus

- Flip mino.PVC_Flip_mino.jpg

- Kodack Zi6., sur l'image du haut.

La description de ces engins est vite faite: deux batteries rechargeables, un bouton de mise en service, un écran LCD, un paramétrage d'initialisation en trois points, le choix entre trois formats vidéo, une fonction macro, un zoom, un déclencheur d'enregistrement qui sert aussi de joystick pour la lecture et pour la navigation dans le menu, une clé USB incorporée.

Structure fonctionnelle intuitive, emplacements logiques des commandes, tout est à portée de doigts et invite à la décision rapide.

Pour les interviews et les "choses vues"

Deux exploitations sont particulièrement adaptées au web:
- l'interview grâce à l'emplacement prévu pour un petit tripode et malgré les performances limitées du microphone incorporé (4).

- la captation inopinée, à l'instinct, d'un évènement inattendu avec l'intention de mettre en ligne rapidement un document brut ou semi-brut (=sommairement monté.)

Dans la configuration du mojo (= mobile journalisme), la comparaison entre le Nokia N95GB et le Kodack Zi6 tourne à l'avantage du téléphone mobile pour la qualité des images et du son, mais la pocket video camera s'avère plus productive dans le processus captation-transfert-diffusion.

PVC_movie_maker_3.jpg

Le temps gagné dans les opérations séquentielles qui vont de l'enregistrement à la mise en ligne permet de procéder à un montage élémentaire (cut) avec un outil aussi basique que le logiciel Windows Movie Maker. Un plaisir ludique si le blogueur est un adepte du "tourner-monter" (5).

Le promeneur, le témoin et la syntaxe

Positionnés entre les webcams (6) et les capteurs vidéos des téléphones nomades, les caméscopes de poche ne peuvent pas être considérés comme des gadgets dans la mesure où leur utilisation engendre un comportement de promeneur contemplatif prêt à se transformer en témoin hyper-réactif (7) et incite à pratiquer une syntaxe vidéo dépouillée, axée sur l'efficience documentaire (8).

On aura compris que ce sont avant tout des outils de blogueurs, des instruments conçus pour ceux qui génèrent des contenus sur Youtube ou Dailymotion.


Actualisation 07 mars 2009:Jean-Luc Raymond signale dans un commentaire ci-dessous l'utilisation du Flip mino en milieu scolaire. Le blog de l'enseignant britanniquest est trop intéressant pour le laisser en commentaire. Je remonte donc l'info dans le billet, ce qui ne dévalue en rien le commentaire signé JLR.

1) C'est Jean-Luc Raymond qui m'a fait découvrir ces petits ustensiles: il venait de recevoir un Flip en direct de Las Vegas.

''2) Le Kodack Zi6 coûte 179,90 euros avec deux batteries rechargeables et leur chargeur. Prévoir une carte mémoire additionnelle: 8 gigas= 2 heures de vidéo.

3) La langue française ne connaît que le terme contraire: "inconvénient". D'où la vraie traduction du slogan "Yes we can": " Ah ben, ça va pas être possible..."

4) Deux bricoleurs affirment, sur YouTube, avoir détourné la prise de son vers un microphone externe; il semble qu'il s'agisse d'un bidouillage hasardeux de la piste audio sur un logiciel de montage. Peu importe: le simple fait que des "bidouilleurs" cherchent à modifier les modèles commerciaux indique que les Pocket Video Cameras sont éligibles au statut d'objets emblématiques.

''5)Tourner-monter= diversifier les angles et les cadrages pendant la prise de vues: en appuyant sur le déclencheur, penser au plan précédent et prévoir le plan suivant.

6) Creative avait conçu au milieu des années 90 une webcam mobile qui ressemblait beaucoup aux actuelles Pocket Video Cameras mais qui n'en avait évidemment pas les fonctionnalités web 2.0.

7) La manière de filmer avec ces caméscopes de poche s'apparente aux notes descriptives accumulées par Victor Hugo à l'occasion de ses promenades dans Paris. Rassemblées dans "Choses vues" - en livre de poche - ces notes seraient aujourd'hui les billets d'un blog. A traduire dans le langage de l'image animée.

8) Ma théorie sur le langage vidéo: plus les appareils de prises de vues, comme les actuels caméscopes tri-CCD sont sophistiqués, plus leurs utilisateurs cherchent à se rapprocher de l'esthétisme des oeuvres de fiction; plus les appareils de prises de vues sont rudimentaires, plus ils incitent leurs utilisateurs à filmer simplement, selon une syntaxe du type sujet-verbe-complément. Comme les grands documentaristes qui se soucient généralement peu d'esthétique.

mercredi 18 février 2009

LexFeed facilite la veille législative

Détecter et pister les initiatives des gouvernements et des parlements susceptibles de devenir des directives ou des lois est une activité étourdissante.

Qu'ils exercent le pouvoir ou qu'ils le contrôlent, les politiciens ne peuvent s'empêcher de répondre par un "texte" au moindre "problème" un peu amplifié par les médias. Cette surproduction a deux conséquences: inflation législative et difficulté croissante, pour les journalistes, d'avoir une connaissance globale et actualisée du travail des élus.

Lexfeed_logo.jpgLexFeed apporte une solution partielle au deuxième phénomène. Ce service ne crée pas de contenus. Il établit des liaisons dynamiques entre ses utilisateurs et certaines données stockées sur les sites web officiels. Ces liaisons dynamiques sont évidemment des flux RSS mais aussi des alertes par courriels.

Il suffit de s'abonner, sur le site de Lexfeed, au résumé en quelques lignes Lexfeed_assemblee_nationale.jpgd'un projet ou d'une proposition de loi déposé, par exemple, à l'Assemblée nationale pour avoir accès, via le site officiel du Palais-Bourbon, à ses origines - auteurs, ou extraits de communiqués officiels de conseils des ministres - et pouvoir suivre, ensuite, le cheminement tout au long de la procédure parlementaire.

Les abonnements s'effectuent en plusieurs formats et protocoles, se sauvegardent et se partagent sur différentes plateformes de folksonomies.

L'activité législative est ainsi connectée au web 2.0.

LexFeed_barre_abonnement_sauvegarde_partage.jpg
Outre l'Assemblée nationale et le Sénat français, Lexfeed surveille les activités du parlement européen , des différentes assemblées belges, des parlements britannique,allemand, hollandais et américain.

Il faut faire preuve de discernement pour repérer parmi les propositions de loi, celles qui ont une chance d'aboutir et il faut donc connaître la différence entre un "projet" et une "proposition" de loi, car si les secondes sont beaucoup plus nombreuses que les premiers, elles ont beaucoup de chances d'être votées, ou même examinées, en France où l'Exécutif régente le Législatif.

Lexfeed_europe.jpgMais la tâche du recensement quotidien étant automatisée, le journaliste peut déployer sa créativité en utilisant LexFeed pour étudier de près le travail parlementaire. Une excellente occasion de mieux informer les citoyens, d'enrichir la fonction de journaliste parlementaire et de contribuer à la réhabilitation du parlement.
Grâce à LexFeed, il est possible de repérer et d'observer de près les élus qui profitent du moindre emballement médiatique pour déposer une proposition de loi en croyant qu'ils pourront ainsi être invités dans les journaux télévisés et "se faire un nom"; ceux qui relaient servilement la parole présidentielle en espérant se faire remarquer pour le prochain remaniement gouvernemental; ceux qui ne s'intéressent qu'aux enjeux locaux en songeant a remplir leur bilan de mandat pour se faire réélire; ceux, enfin, qui privilégient plus ou moins discrètement les intérêts de certains groupes de pressions, voire de puissants lobbies.

samedi 14 février 2009

Le New York Times explore en rich media toutes les dimensions de la catastrophe aérienne de Buffalo

Pionnier et virtuose du traitement de l'informationBuffalo_diaporama.jpg en rich media depuis la fin des années quatre-vingt dix, le site du New York Times démontre, à propos de la catastrophe aérienne de Buffalo, l'absolue et irréversible supériorité de l'écran sur le papier pour l'analyse et la compréhension d'évènements complexes.

Sur l'écran, le texte reste prépondérant en volume mais il ne monopolise plus la production de sens. Il devient la trame d'un récit éclaté.

Un récit structuré de telle sorte que l'internaute est libre de voyager à l'intérieur du contenu au gré de ses curiosités.

La trame du texte distribue les réponses aux attentes des lecteurs.
La répartition des modules qui enrichissement la narration se fait sur trois niveaux:

Buffalo_diagramme_des_trois_niveaux.jpg

- Niveau 1: 7 liens hypertexte renvoient aux définitions sommaires, au rapides compléments d'information qui correspondent, sur le support papier, aux encadrés ou aux notes en bas de page. Un clic permet de savoir ce qu'est, et ce que fait, le Bureau National de la Sécurité des Transports.
Un autre conduit vers les articles que le New York Times a consacré au constructeur canadien de l'avion.
Ces liens de premier niveau ne perturbent pas une lecture linéaire de l'article: 7 sorties possibles dans un corpus de 1252 mots représentent une digression tous les 178 mots, soit à peu près le volume de texte, et la durée de lecture, de ce billet depuis son début jusqu'à la fin de ce paragraphe.

Les tentations de quitter la trame du récit sont donc rares.

Il va de soi que les infonautes peuvent revenir sur chacun de ces liens pour aller au-delà de la brève présentation du constructeur de l'avion, par exemple. Ils peuvent également suivre le forum de discussion d'experts et de passionnés sur un site dédié à la sécurité aérienne.

Buffalo_phases_du_vol.jpg- Niveau 2 : 4 modules graphiques font pénétrer l'internaute dans les mécanismes intimes de la catastrophe.
Une carte analyse les principales phases du vol de New York à Buffalo avec les principales données que sont les altitudes successives et la chronologie.
Une animation interactive décompose en cinq séquences les dernières minutes du vol 3407.Buffalo_degivrage.jpg L'ultime image - ici en teintes inversées pour une meilleure lisibilité - de ce module interactif explique le fonctionnement du système qui aurait dû éliminer la glace en formation sur les ailes, l'empennage et les stabilisateurs de l'appareil.
Un plan de Buffalo utilisant les vues de Google Street View situe les lieux de la catastrophe.
Un diaporama de dix photos montre les conséquences du crash sur le secteur habité.

- Niveau 3 : 4 hyperliens signalent l'existence d'autres articles relatifs à la catastrophe, parmi lesquels une émouvante évocation des vies brisées de quelques passagers. Celle d' une avocate qui enquêtait sur le génocide au Rwanda. Celle d'un ancien combattant au Vietnam qui avait survécu à deux accidents d'hélicoptères, qui avait une peur bleue de l'avion mais qui s'était résolu à prendre le vol 3407 pour rendre visite à un vieil ami.
Buffalo_six_vies_brisees.jpg
Le fait qu'il n'y ait pas de séquence vidéo dans ce contenu en rich media signifie que les équipes du New York Times n'en ont pas obtenu ou que ce mode d'expression n'apporte rien à la compréhension de l'évènement. Une analyse des quatre vidéos mises en ligne par le Buffalo News révèle la différence de traitement d'un même faits divers par un quotidien national et par un quotidien local: la première approche déploie toutes les dimensions techniques et humaines de la tragédie; la seconde privilégie l'aspect émotionnel, avec des récits de témoins qui, au demeurant, n'ont pas vu grand chose, sauf l'incendie, mais qui racontent leur peur rétrospective.

La puissance tragique du son brut

Rien d'étonnant à ce que le son soit le mode d'expression le plus émouvant dans le récit de la catastrophe. Les journaux télévisés remplacent souvent le son original d'un évènement tragique par de la musique de fiction parce que les sons réels - hurlements des blessés, cris des témoins et des sauveteurs, par exemple - seraient insupportables.

Buffalo_bandeau_site_audio.jpg

Buffalo_Rebecca_Shaw.jpgLe document proposé par le New York Times provient du site spécialisé Air Traffic Control. C'est l'enregistrement brut, avec des silences, de trente minutes de conversations entre la tour de contrôle de Buffalo et les avions aux alentours. Dont le vol 3407. Dans cet extrait, la voix de la co-pilote Rebecca Shaw, 24ans, (photographiée ici au terme de ses études avant d'entrer au sein de la compagnie aérienne en janvier 2008) dialoguant avec un contrôleur aérien quelques minutes avant la chute:

Bribe de conversation qui a dû se produire peu avant l'enregistrement des derniers échos radar:
Buffalo_derniers_echos_radars3.jpg
Le document sonore aurait dû figurer, normalement, au niveau 2 à côté des modules graphiques dans un souci de cohérence audiovisuelle. C'est peut-être la durée de l'enregistrement qui a incité les journalistes du New York Times à le placer au niveau 1 où il illustre, en quelque sorte, les témoignages des autres pilotes et des responsables de la navigation aérienne.

De cette nouvelle (1) leçon de journalisme en rich media, six enseignements pratiques peuvent être tirés:

1) La rédaction web du New York Times ne recourt pas au rich media à tout propos. Elle choisit des évènements complexes - une catastrophe aérienne résulte toujours de plusieurs causes cumulatives - et à propos desquels l'opinion a besoin d'un maximum d'explications (cf. la catastrophe du Mont Saint-Odile, en France, enveloppée de graves suspicions par manque d'explications.)

2) Les équipes du New York Times ont fait preuve d'un réel discernement dans l'affectation des différents modules et des hyperliens.

3) Dense, précis et diversifié, le contenu a été réalisé en vingt-quatre heures.

4) La rédaction du New York Times exploite une des potentialités les plus intéressantes du traitement en rich media: la progressivité de l'enrichissement. Actualisation: le 15 février, soit quarante-huit heures après la catastrophe et vingt-quatre heures après la mise en ligne de modules déjà très complets, le site publiait un diaporama consacré à quelques une des victimes, un reportage sur les lieux et une analyse sur certaines conséquences de la récession dans l'évolution récente du trafic aérien.

5)La presse écrite imprimée ne peut pas lutter contre la richesse et la profondeur documentaire de l'information électronique traitée en rich media.

6) Les organes d'information sur le web qui se contentent de refaire, pour les écrans d'ordinateurs, le traitement très limité du papier (texte, carte, photos) apparaitront de plus en plus ternes et "plats" au fur et à mesure que le rich media se développera.

Ces poor medias en ligne qui trouvent le moyen de "faire du papier" avec des pixels - régression objective - se condamnent au dépérissement.

LIENS COMPLEMENTAIRES OBTENUS PAR APTURE

1) En juillet 2002, le site du New York Times avait mobilisé et remarquablement structuré tous les modes d'expression du rich media- textes, sons, photos, vidéos, cartes, animations électroniques - pour raconter, quasiment en temps réel, le sauvetage des mineurs de Quecreek en Pennsylvanie (page 35 de mon livre "Le journalisme à l'ère électronique".)

mercredi 11 février 2009

APTURE révolutionne l'écriture avec des hyperliens en rich media

L'apparition, il y a vingt ans, des systèmes hypertexte transformait radicalement la manière de consommer un récit. La norme linéaire était bousculée par l'accès aléatoire à de multiples séquences agrégées dans un contenu.
Apture_carres_colores.jpgFinalisée par le World Wide Web de Tim-Berners-Lee, cette révolution a régénéré le récit journalistique tout en lui imposant quelques contraintes, dont celle de produire des contenus à la fois riches et facilement assimilables.
Une bande de jeunes informaticiens de Stanford réunis dans la start up Apture est en train de répandre la révolution des hyperliens en rich media.

Apture_image_principale.jpg

Il faut d'abord ouvrir un compte gratuit sur le site d'Apture et y inscrire son ou ses blog(s). Chaque site ou blog doit ensuite être pourvu d'un script sans lequel l'innovation ne peut pas fonctionner. Pour implémenter cette ligne de code, un tutoriel propose une procédure généraliste ainsi que des méthodes adaptées aux principaux éditeurs de blogs.
(Sur ce blog, par exemple, qui utilise DocClear, le script d'Apture est à copier-coller dans un widget "texte.)

Apture_logos_des_editeurs.jpg

Quand Apture a reconnu le site ou le blog qui lui est affilié, l'administrateur ou les rédacteurs sont en mesure de confier à un seul hyperlien plusieurs accès vers différentes sources textuelles, sonores, visuelles (photos, cartes, vidéos, animations électroniques).

Apture_logos_des_medias_exploitables.jpg

Démonstration rapide avec le mouvement de protestation des chercheurs.

Un lien, six contenus différents dans une seule fenêtre pop up

Pour que l'hyperlien aille de l'expression "mouvement de protestation" vers six destinations différentes - trois vidéos et trois documents textuels - proposées dans une seule fenêtre annexe, il m'a suffi de surligner l'expression en question. Un boîte de dialogue m'a proposé d'inscrire de adresses de sites, des fichiers vidéos. J'aurais pu ajouter sur le même lien des sons, des cartes ou des animations. Il s'agit bien de rich media, mais il est proposé en arrière-plan du contenu.

Si les ressources disponibles par syndication automatique dans le hub d'Apture sont encore limitées en français, cette lacune peut être comblée par la sélection manuelle d'adresses ou de contenus audio et visuels "empaquetés". Les formats de contenus acceptés sont suffisamment nombreux pour que l'on puisse, par exemple, regarder (vidéo Flash) et écouter (MP3) un instrumentiste tout en suivant la partition du morceau qu'il interprète (PDF).

Apture_musicien_et_partition.jpg
Le site Apture.com propose des exemples de mise en oeuvre particulièrement adaptées au journalisme. En particulier:

- Le Washington Post propose des données politiques plus denses et plus transparentes, dont les résultats de votes parlementaires, les statistiques du Congrès, etc.

- Les blogs du San Francisco Gate proposent d'agréables enrichissements du texte par des vidéos pertinentes.

Implications considérables.

Au niveau de l'assimilation d'abord.
Dans le système hypertexte antérieur à l'émergence d'Apture, il y a une contradiction potentielle entre le nombre de liens que le journaliste souhaite proposer et le confort d'assimilation de ses lecteurs.

Un journaliste qui a bien compris les apports professionnels du web, ainsi que l'éthique qui en découle, est tenté d'incruster dans son récit de très nombreux liens:
- parce qu'il n'a pas suffisamment de place pour développer un aspect intéressant de son reportage
- parce qu'il met un point d'honneur à donner ses sources afin que ses lecteurs évaluent la qualité de son propos
- parce qu'il souhaite partager des connaissances plus profondes.

Mais, plus il incruste de liens, plus il risque de pulvériser l'acte de lire. Le lecteur peut se perdre dans une prolifération de liens, en particulier si ces liens conduisent à des sources riches, elles-mêmes très arborescentes.

Avec Apture, le danger de dispersion de l'attention est considérablement atténué. La fenêtre qui s'ouvre n'est pas une digression aussi perturbante que la perdition dans une arborescence infinie. Le lecteur ne perd pas le fil. Exemple, avec une documentation expresse proposée dans un reportage à San Francisco:

Apture_carte_et_3D.jpg

C'est donc au niveau de l'écriture que tout se joue.

Le journaliste doit évidemment limiter le recours à Apture dans un contenu qui est déjà structuré en rich media. Inutile de plaquer de nombreuses structures légères comme celles d'Apture sur une structure lourde.

Le journaliste doit aussi séparer les liens hypertexte en deux catégories pour deux usages différents.

Réserver pour Apture, ceux qui conduisent vers des documents qui appuient le corps du récit: cartes, photos, sons brefs, vidéos courtes.

Les autres sources, notamment celles qui approfondissent le contenu journalistique, doivent être ciblées par des liens proposés à part, de manière traditionnelle. Ce qui exige un sens de la construction non linéaire assez développé et rigoureux.

Avec Apture, le journaliste devient un réalisateur au sens où il agrège et structure des contenus avec le souci de leur richesse et de leur impact.

Il créé des atolls de cohérence dans le chaos du web.

Actualisation le 15 février:

Le New York Times en ligne exploite une application qui ressemble beaucoup à celle d'Apture pour "raconter" la tournée à travers les Etats-Unis de la chanteuse Neko Case: une carte, de nombreuses fenêtres pop up qui proposent des photos et des extraits de chansons en MP3.

Apture_Neko_Case_.jpg
Les trois développeurs du NYT ont prévu, ici, un code de couleurs qui indique avec quel orchestre la chanteuse s'est produite dans les différentes étapes de sa tournée. Une fonctionnalité en parfaite adéquation avec le fond d'un article de cinq pages.

- page 3 de 10 -