Actualisation N°4 (30 mars 2010) : neuf
membres d'une milice armée du Michigan arrêtés pour avoir préparé
des attentats contre des représentants de l'Etat. Leur but: faire en sorte que
ces meurtres déclenchent l'insurrection générale contre le gouvernement.
- Un "suprématiste" du Tennessee plaide coupable dans un projet
d'attentat contre Barak Obama en 2008.

(Photo Associated Press)
Actualisation
N°3 (26 mars 2010) : une métaphore républicaine précède une tentative
d'attentat contre un élu démocrate:

Ce calembour fabriqué par la fusion du terme virer (fire) et de
l'image du feu (fire) s'étale sur le site du parti républicain.
La métaphore visuelle incite à donner de l'argent pour obtenir, lors des
élections de novembre 2010 une victoire républicaine et, donc, le départ de
Nancy Pelosi, présidente démocrate de la Chambre des Députés.
Rien ne prouve, évidemment, que cette image a directement inspiré l'auteur de
l'attentat manqué d'un élu démocrate de Virginie. Il reste que cette tentative
de meurtre a consisté à couper une conduite de gaz au domicile d'une personne
qui portait le même nom que la cible. La fausse adresse figurait sur un site du
mouvement ultra-conservateur Tea Party.
Actualisation N° 2 (25 mars 2010): parlementaires
démocrates menacés de mort.
Actualisation N° 1 (23 mars 2010)
Deux jours avant la promulgation de la loi sur l'assurance maladie aux
Etats-Unis, un blogueur nommé Solomon Forell a publié le dimanche 22 mars sur
Twitter un appel au meurtre du président Obama:

Il en a fourni une "justification patriotique" avec un rappel historique des
précédents assassinats de présidents:

Ces messages de moins de 140 caractères mis en ligne par un individu qui
exprime sa fureur sur plusieurs blogs peuvent sembler anecdotiques; ils
s'inscrivent pourtant dans la "logique" qui a suscité cette veille.
Un climat psychologique exacerbé par une partie de la droite, quelques cercles
d'exaltés qui s'excitent mutuellement et, un jour peut-être, un passage à
l'acte.
Un examen attentif des abonnements souscrits par Solomon Forell sur Twitter et
des souscripteurs de Twitter qui suivent ses gazouillis apporte un éclairage
intéressant sur la cohérence interne de ces petits noyaux d'exaltés.
Le climat psychologique instauré par la radicalisation d'une partie de la
droite américaine est décrit dans ce billet.
Quoi qu'il en soit, deux exaltés isolés sont déjà passés à l'acte depuis le
début de l'année 2010:
- l'un a jeté son avion de tourisme sur un immeuble abritant les services
fiscaux. Il a été considéré comme un "héros" par d'autres cercles
d'exaltés.
- l'autre a traversé les Etats-Unis d'Ouest en Est afin de tirer sur les
militaires en faction aux abords du Pentagone.
Rappel: à l'automne dernier, un couple a réussi à déjouer la vigilance des
services de sécurité de la Maison Blanche et à pénétrer jusqu'à la salle de
réception où se déroulait un dîner officiel en l'honneur du premier ministre
indien.
Début du billet avant actualisation:
A l’ouverture d’une réunion, à Washington, de la Conférence pour l’Action Politique
Conservatrice, la chaîne télévisée d'information continue
Fox News
Channel a invité le fondateur du mouvement « Les Gardiens du Serment
», une des organisations les plus menaçantes pour la stabilité
politique des Etats-Unis.

La simultanéité des deux évènements justifie la mise en place d’un dispositif
de veille sur la droite américaine pour quatre raisons :
- Les groupes de haine se réactivent depuis l’élection de Barak
Obama.
- Les élections de la mi-mandat en novembre prochain attisent les passions
politiques.
- Le parti Républicain cherche son candidat pour la présidentielle de
2012.
- Le discours conservateur se radicalise.
Chacun de ces phénomènes suffirait à éveiller la curiosité d’un journaliste
dont le premier devoir est de chercher à comprendre son époque.
Mais il est beaucoup plus intéressant de constater que les quatre
justifications précédemment énoncées forment une chaîne de
causalité: l'élection d'un afro-américain considéré comme
"progressiste" réactive les groupes de haine; phénomène qui, amplifié par les
médias conservateurs, conduit à la radicalisation du discours de la droite dans
la perspective des prochaines élections.
La veille comme investigation proactive
Dans ces conditions, une veille journalistique peut se concevoir comme de
l’investigation proactive.
Concevoir une veille de cette nature relève d’un processus mental complexe et
jubilatoire.
Il s’agit d’abord de déclencher une surveillance ciblée en fonction d’une
intuition ou d’un instinct professionnel issu de l’expérience. (Deux
motivations qu’il convient de canaliser dans un raisonnement de type
probabiliste car une exacerbation non contrôlée de la
curiosité peut engendrer des biais nuisibles à la crédibilité).
Le raisonnement d’inspiration probabiliste s’appuie sur les notions de
singularité et d’émergence.
Une singularité est un phénomène significatif qui n’a pas
d’explication connue totalement satisfaisante. S’agissant de l’extrême droite
américaine, les singularités surgissent peu après l’entrée de Barak Obama à la
Maison Blanche avec l’apparition
de caricatures à connotations racistes et de métaphores
meurtrières.

Une diatribe radiophonique a déclenché en février 2009 quelques
manifestations anti-fiscales, puis une profusion de rassemblements du Tea
Party, une démonstration nationale de ce Tea Party et la création du mouvement
des Oath Keepers qui prévoit une possible désobéissance des militaires et
policiers à l'Etat fédéral.
La multiplication des singularités ouvre l’hypothèse d’une
émergence, c'est-à-dire l’instauration soudaine ou progressive
d’une situation qui est nouvelle dans la mesure où ses caractéristiques sont
supérieures à la somme de ses composantes connues. Il peut s’agir, en
l’occurrence, d’une paralysie de l’exécutif américain ou de troubles politiques
graves, incluant des tentatives d’assassinat. (Lesquelles ne seraient pas
automatiquement imputables à la droite mais, plus vraisemblablement, à
l'influence d'un climat psychologique crée par cette droite sur des esprits
détraqués.)

En haut, le parti républicain et la chaîne Fox News constituaient les
composantes d'une situation qui a prévalu notamment entre 2000 et 2008 quand
George W.Bush était président des Etats-Unis. Sous le trait en pointillés, les
singularités en rouge révèlent une dynamique qui peut déboucher sur une
situation émergente, laquelle comporte - avec la résurgence des groupes de
haine notamment - quelque chose de plus que la somme de ses composantes (droite
+ Fox news), la possibilité d'une crise politique.
La veille étant décidée, il s’agit de la construire avec un triple objectif
de pertinence, d’acuité et
d’exhaustivité.
C’est alors que le discernement doit être mobilisé au service
d’une véritable investigation.
Trouver l'épicentre et ses liens
L’idéal, dans le cas du réveil de l’extrême droite américaine, serait de
pouvoir, à tout moment, produire un article de fond autour d’évènements prévus
comme les élections de novembre 2010 ou la désignation du candidat républicain
pour l’élection présidentielle de 2012.
Mais aussi, éventuellement, autour d’évènements soudains comme des attentats
contre les institutions démocratiques américaines, des actes d’insoumission
dans les administrations armées de la République, une tentative d’assassinat,
voire le meurtre du président des Etats-Unis.
Ce travail de discernement
consiste à trouver l’épicentre du phénomène à observer. Il s’agit en
l’occurrence de la Conservative Political Action Conference, émanation de
l’American Conservative
Union créée en 1964.
La CPAC vient de tenir une
convention remarquablement relayée sur internet. Cette convention
a été, du 18 au 20 février, une synthèse de toutes les idées qui agitent la
droite américaine, y compris les plus délirantes, les plus infamantes et les
plus violentes. Elles sont cultivées par les groupes de haine, endémiques dans
ce pays.
La CPAC est le point de convergence entre les politiciens les plus radicaux du
parti républicain, les relais médiatiques des ultra-libéraux – un des
animateurs de la conférence de février était Glenn Beck, de Fox News Channel –
et les groupes activistes comme les Oath Keepers.
.

Photo prise en mars 2009 dans l'Utah par KM Cannon pour le Las Vegas Review
peu après la fondation du mouvement des Gardiens du Serment.
En lien direct avec l’épicentre idéologique et financier, Fox News Channel et
ses trois talk shows les plus virulents (1) permettent de suivre la
radicalisation du discours conservateur. Les gens de Fox ne sont pas les
seuls contempteurs de l’administration Obama. L’homme de radio Rush Limbaugh
avait animé la précédente convention de la CAPC et il a été à l’origine des
premières manifestations anti-Obama, qui allaient inspirer le Tea
Party.

Précisément, Fox News Channel accorde une attention particulière au mouvement
Tea Party d’opposition à la politique de Barak Obama.
C’est par ailleurs sur Fox News Channel, dans l’émission de Bill O’Reilly,
qu’est intervenu le 18 février Stewart Rhodes fondateur des « Oath Keepers
». Cette organisation s’efforce de rassembler des anciens combattants, des
militaires en activité, ainsi que des policiers. Le fait de s’adresser de
préférence à des personnes armées et habituées au maniement des armes explique
que cette organisation puisse être considérée comme une milice extrémiste. Bien
qu’ils se défendent de vouloir attenter aux institutions républicaines, les
« Oath Keepers » prônent la désobéissance à l’Etat fédéral, auquel
ils prêtent des intentions qui relèvent parfois des
théories du complot.
L’épicentre, son relais médiatique et le groupe le plus significatif étant
identifiés, il faut évidemment s’abonner à tous les fils RSS, toutes les
alertes par courriels, toutes les lettres d’informations proposés par les trois
sources primaires.

Le logiciel The Brain cartographie des thèmes de recherche sur le web et
hors-ligne. Les liens entre ces thèmes étant établis, il est possible de
densifier la carte avec des adresses URL, des documents textuels et visuels et
de les annoter.

Cette observation attentive gagne à être complétée par des abonnements à
toutes les organisations – sources secondaires - qui, aux Etats-Unis,
surveillent de près la vie politique, les groupes activistes,comme le
Southern Povert Law
Center et les médias, comme Medias matters for America ou
FAIR.

Ce dessin essaie de concilier les notions d'instantanéité et de volume. Les
cercles les plus sombres représentent les sources les plus rapides par ordre
décroissant. Les cercles les plus amples représentent les volumes.
Principal apport de Twitter
dans ce dispositif: dès que je
me suis abonné à une des organisations de la droite, plusieurs de leurs membres
se sont abonnés à mon propre fil de tweets. Je pourrais les contacter pour
obtenir des témoignages personnalisés.
La veille conçue et construite comme une investigation
proactive devient opérationnelle quand elle permet, grâce aux liens et
à la documentation accumulés, de créer une visualisation du phénomène
global.

Dans le cas de résurgence de l’extrême droite activiste aux Etats-Unis, la
tâche consiste à montrer les liens éventuels entre les sources primaires
et d’autres groupes
plus ou moins périphériquescomme les birthers, les
truthistes, les néo confédérés, les suprématistes, et autres fragments
d’un fondamentalisme difficile à décrire.
On y trouve en effet des croyances religieuses, des convictions libertariennes
(2), des postures politiques ou vénales, souvent entremêlées, parfois
violemment antagonistes.
Quatre exploitations possibles
L’exploitation professionnelle d’un tel dispositif dépend de l’idée que chaque
journaliste se fait de son métier.
- Il ou elle peut avoir envie, ou besoin, de se faire remarquer en publiant
une enquête relativement inédite, affectée d’une dimension prémonitoire plus ou
moins accentuée.
- Il ou elle peut simplement vouloir se tenir prêt(e) à enrichir le
traitement d’évènements prévus ou soudains. Il est intéressant, dans cette
configuration, de se doter le dispositif de veille d’un outil de pilotage
organisé autour de trois séquences qui séparent le possible,
le plausible, le probable.
Plus les singularités s’accumulent dans la deuxième et surtout dans la
troisième séquence, plus la veille doit être intensifiée et densifiée. Avec le
risque d’un biais journalistique peu connu : le « wishfull searching
», investigation faussée par une veille tellement ciblée qu’elle en devient
sélective et ne collecte plus que certains signaux.

Dans la perspective d’un investigation proactive,
l’observation des singularités annonciatrices d’une
émergence doit prêter une attention particulières aux
résonances, c'est-à-dire aux rencontres parfaitement adéquates
entre deux singularités de même nature ou s'inscrivant dans une même
dynamique. Il y a, ainsi une résonance entre
la résurrection de groupes activistes potentiellement violents et la
radicalisation du discours de la droite.
- Si rien ne se passe, c'est à dire si une accumulation de singularités
n'engendre aucune situation émergente, la veille pro-active aura servi à
amasser une énorme documentation sur la sélection du prochain candidat
républicain à l'élection présidentielle et à acquérir une bonne connaissance de
la droite américaine.
- Quatrième exploitation possible: vérification d’un dispositif de veille.
C’est d’ailleurs le sens de ce billet.

1) « The O’Reilly Factor », « Glenn Beck », « Hannity »
2) Les réseaux libertariens français sont désormais repérables sur
Facebook.
RESSOURCES
La carte de la
haine aux Etats-Unis
Le fondateur des Oath keepers sur Fox News Channel
Diaporama
sur les Oath Keepers dans l'Utah
Les Tea Part
patriots
Les birthers
Les truthers
Les
suprematists
Les
borderers
Freedom works
First patriots
Teapublicain