Journalistiques

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mardi 5 octobre 2010

La valeur de l'information dépend des internautes exigeants

Animateur du groupe de réflexion BetaTales, John Einar Sandvand (à suivre sur Twitter) examine les différentes manières d’apprécier la valeur – et, donc, la rémunération – d’un contenu journalistique.

Le problème concerne surtout les jeunes journalistes indépendants et plus particulièrement ceux qui opèrent sur le web.

John Einar Sandvand distingue trois modes d’évaluation du travail des journalistes. En voici les principaux paramètres :

1 – Le temps de travail consacré à la production du contenu et la puissance financière de l’organe de presse qui l’achète pour le diffuser.
Dans ce modèle, qui est celui de la presse conventionnelle, le journal, le magazine, la station de radio, la chaîne de télévision ou le site web assument les risques.

2 - Le nombre de clics générés par le contenu en ligne détermine la valeur du contenu, valeur qui est partagée entre le site et le journaliste.
Cette approche compense les lacunes des modalités actuelles de rentabilisation de l’information sur le web.

3 - Le site ne paie pas le producteur du contenu mais lui offre une "visibilité" sur le web.Le procédé s’adresse aux blogueurs qui croient pouvoir se doter d’une « marque personnelle ». (Une blogueuse de talent vient de quitter le très célèbre Huffington Post, qui ne la payait pas alors même que son travail contribuait à entretenir l'audience du site.)

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Le tabou de la qualité

L’analyse de John Einar Sandvand touche à l’aspect crucial du travail journalistique aujourd’hui : la qualité.
(Il faudrait un billet spécifiquement dédié à la définition de la qualité dans l’industrie de l’information. Esquisse : originalité, fiabilité, densité sur le fond ; singularité, attractivité dans la forme…)

Avec le modèle N°1, la valeur d’un contenu n’est reconnue et rémunérée comme telle que par les organes de presse ou sites qui ont placé la qualité éditoriale au-dessus de toute autre considération.

Ils sont peu nombreux (1).

Le rédacteur en chef qui choisit peut se tromper.

Un contenu très intéressant parce qu’il est valorisé par une séquence particulière de l’actualité peut demander moins de travail qu’un autre article, intéressant lui aussi, mais moins favorisé par l’air du temps, lequel est déterminé par le conformisme de la presse français et ses emballements médiatiques.

Un(e) jeune journaliste inventif ou au style inhabituel sera toujours moins bien considéré(e) qu’un journaliste expérimenté, au style convenu, voire formaté, et qui sait « se vendre ».

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Le modèle N° 2 peut être un pis-aller. Mais il met en péril la qualité des contenus pour des raisons évidentes et de plus en plus visibles.

Ce qui plaît le plus massivement relève rarement d’une exigence de qualité de la part des lecteurs, des auditeurs, des téléspectateurs et des internautes.

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Le journalisme lol, qui privilégie les idioties n’est rien d’autre que du racolage.
(Ce journalisme lol se répand partout sur le web franchouillard mais aussi et surtout à la radio (2).
Enfin, la pression des propriétaires de sites peut amener les meilleurs journalistes à entrer dans la dérive mercantile des contenus web (3)

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Excellent pour les blogueurs, notamment experts, le modèle N°3 est, pour un journaliste, une pure escroquerie (4).
Cette escroquerie repose sur un mélange à trois composantes :
- l’idéologie de la gratuité qui est, en fait, un travestissement sournois de l’idéologie « libertarienne » à la sauce hexagonale, un peu grasse : « L’information n’a pas de valeur, donc il n’y a aucune raison de payer ceux qui la produisent.»

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- la stratégie de Patrick Lelay, ancien patron de TF1, qui consiste à « offrir » des contenus gratuits en échange d’une quantité « de temps de cerveaux disponibles » revendus à des annonceurs (5)
- la croyance débile en la possibilité d’exercer une « influence sur le web », le délicieux « doudou » des « geeks » un peu zozos, immatures ou séniles.

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Poursuivre la réflexion amorcée sur Beta Tales par John Einar Sandvand est une ardente obligation pour quiconque s’intéresse à l’avenir du journalisme à travers la situation qui est faite aux jeunes journalistes et aux étudiants en journalisme.

Contribuer au développement de cette réflexion suppose par ailleurs l’approfondissement de ce qui détermine la qualité des contenus journalistiques et qui est un tabou dans les vaticinations sur « la crise de la presse » :

L’information de qualité se mérite.

Les journalistes épris de qualité doivent se tourner délibérément vers l’élite des lecteurs, auditeurs, téléspectateurs, internautes. Ne s'adresser qu'aux citoyens exigeants, en somme. A ceux qui méritent le pluralisme de la presse et la liberté de l'information, entre autres droits démocratiques.

Ce qui signifie, concrètement, que le journaliste soucieux faire respecter la valeur de son travail doit s'orienter, en France, non pas vers l'information de masse mais vers une information à haute valeur ajoutée - ce que les gens de marketing appellent des "niches" - quitte à inventer de nouvelles offres de contenus, en particulier sur le web.

Il vaut mieux reléguer dans la gratuité ce qui n’a pas de valeur et l’offrir à ceux que ça intéresse.

C’est en étant élitiste que le journalisme se réhabilitera, en partenariat avec des audiences exigeantes.

Parce que la qualité (se) paie.

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''1) En France : Arte, XXI, Le Monde, Courrier international...

2) France Info a été polluée jusqu’à cet automne par une forme particulièrement méprisable de journalisme lol qui véhiculait une idéologie technophobe dans la mesure où elle consistait à ne retenir des contenus du web que les imbécilités, les vulgarités et surtout le « buzz » instrumentalisé.

3) Un jeune journaliste d’investigation – un des meilleurs de sa génération et, donc, un talent prometteur pour la réhabilitation du métier – avait réalisé une enquête austère sur ce qui se passe dans les prisons françaises. Le mot « fellation », qui figurait dans un titre ou un sous-titre, a déclenché une quantité extraordinaire de consultations. Il est facile d'en déduire ce qu'un journaliste lol peut faire dans le choix des sujets, dans la mise en forme, surtout avec le concours de nervis déguisés en SEO.

4) Une plateforme se présentant comme le « laboratoire du journalisme » a, naguère, publié un des billets de ce blog en promettant – ce qui m’indiffère totalement – un nombre accru de visiteurs sur journalistiques.fr. Rien, Pas un visiteur de plus. Le « laboratoire du journalisme » s’est simplement offert un billet gratuit.

5) « Mythologie de la presse gratuite », Rémy Rieffel, éditions du Cavalier bleu, février 2010. Un billet sera prochainement consacré à ce petit ouvrage lucide, argumenté et équilibré.''

mardi 14 septembre 2010

Protection des sources: pourquoi la plainte du "Monde" n'aboutira pas

La plainte que le quotidien "Le Monde" s'apprêtait à déposer pour atteinte à la protection des sources journalistiques n'aboutira pas pour deux séries de raisons qui découlent du double verrouillage auquel le président de la République a procédé durant les premiers mois de son mandat:

Verrouillage légal

Comme je l'écrivais dans ce blog dès le 30 mars 2008, la loi invoquée par "Le Monde " prévoit deux exceptions à la protection du secret des sources:

- « la nature et la particulière gravité d’un crime ou d’un délit »

- « les nécessités des investigations judiciaires»

C'est évidemment la seconde exception, activée par le directeur de la Police Nationale, qui sera invoquée pour débouter le quotidien du soir.

Le journal, en effet, n'a pas été espionné, comme ce fut le cas du "Canard enchaîné" lorsque le pouvoir pompidolien avait tenté de poser des micros au sein de la rédaction de la rue Saint-Honoré. Ce sont les communications téléphoniques d'un haut fonctionnaire qui ont été transmises à la DCRI par un opérateur de téléphonie mobile.
Puisque rien n'est dit, dans cette loi cosmétique,contre la possibilité donnée au pouvoir politique de faire neutraliser un informateur, la source de documentation des journalistes se tarit en toute légalité.

En admettant qu'un juge soit néanmoins saisi de la plainte et veuille essayer de se renseigner, il n'ira pas loin.
La Loi de programmation militaire adoptée en conseil les ministres le 24 novembre 2008 étend le "secret défense" à la Direction Centrale du Renseignement Intérieur. C'est cet organisme - issu de la fusion entre les RG et la DST - qui a neutralisé le haut fonctionnaire informateur du "Monde".
Un juge ne pourra même pas pénétrer dans les locaux de la DCRI.

Verrouillage fonctionnel et humain

Pendant que le verrouillage légal cheminait dans la procédure - Conseil d'Etat, Parlement, etc... - le président de la République procédait à un verrouillage fonctionnel et surtout humain qui explique la sérénité de l'Elysée face à la menace du journal "Le Monde":

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En noir, les liens fonctionnels. En rouge les liens personnels.
Frédéric Péchenard, patron de la Direction Générale de la Police Nationale - qui a activé la DCRI pour neutraliser l'informateur du "Monde" - est un ami d'enfance de Nicolas Sarkozy.
Bernard Squarcini, patron de la DCRI, est un proche de Nicolas Sarkozy depuis 2002.
Bernard Bajolet, coordonnateur du renseignement est un proche de Nicolas Sarkozy, via un de ses conseillers.

lundi 13 septembre 2010

"NET RECHERCHE 2010": une bible et une boîte à outils

Normalement, une expression comme "journaliste curieux" devrait être soumise à la taxe sur les pléonasmes.

Mais si les journalistes français étaient vraiment curieux, l'information hexagonale serait moins terne, morne et mortellement conformiste.

Les remèdes à ce manque de curiosité se trouvent dans la quatrième édition du guide de Véronique Mesguich et Armelle Thomas.

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C'est une bible qui raconte et explique l'état du web dans un style simple.

Il y a de l'érudition derrière ce style. De la vraie, avec beaucoup de pratique et pas mal de réflexion. Rien à voir avec les visions fumeuses des prédicateurs geeks qui se propulsent chaque matin à la pointe d'une révolution desséchée le lendemain.

Véronique et Armelle savent manifestement beaucoup plus de choses que ce qu'elles écrivent dans ce livre.
Mais, élégance intellectuelle de celles et ceux qui n'ont rien à prouver, elles soumettent leur écriture à la nécessité de rendre accessible ce qui vaut la peine d'être su.

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C'est une boîte à outils avec les ustensiles bien rangés associés à leurs modes d'emploi: portails, annuaires, moteurs, réseaux sociaux. Il n'y a plus qu'à s'en servir avec d'autant plus de détermination que le contenu du livre est actualisé sur le site de l'ADBS, plus précisément ici.

Il est d'ailleurs là, le plaisir d'avoir Net Recherche à portée de la main: dans l'envie de construire, en artisan consciencieux, son propre dispositif de recherche, de collecte et de veille.
Il importe peu que l'arpenteur du web soit documentaliste, recherchiste, journaliste ou internaute affamé d'information consistante. Le bonheur est dans l'acte de chercher. De dire "non", en somme, à ce que l'on croit savoir, juste pour aller plus loin.

ADBS Editions: 25, rue Claude-Tillier 75012 Paris

Site web pour suivre l'actualité de l'association et commander en ligne

jeudi 15 juillet 2010

Le "chien et le retour du soldat": analyse d'un meme contemporain

Chiens_soldats_1.jpgAl Tomkins remarque sur Poynter Online qu'un grand nombre de séquences vidéos montrent sur YouTube des chiens qui accueillent de manière exubérante le retour de leur maîtres ou maîtresses, tous soldats américains revenant d'Irak.

Très belle intuition du blogueur journaliste et enseignant: les scènes actuelles évoquent fortement une toile réalisée par le peintre Norman Rockwell, publiée le 26 mai 1945 dans le 'Saturday Evening Post': Homecoming GI

Dans les clips comme sur l'oeuvre peinte, les caractéristiques dominantes sont une très forte émotion - pas forcément la surprise - qui surgit dans la vie quotidienne, une agitation qui contraste avec le calme apparent des soldats. Le meilleur test de similitude consiste à "mixer" virtuellement les bandes audio des vidéo sur la toile de Rockwell: ça fonctionne très bien, y compris dans les cris humains.
Ci-dessous, fragment du "Retour du GI" peint en 1945.

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Il s'agit très probablement d'un meme.

Ce phénomène s'apparente au mimétisme. Il désigne la propagation par imitation - généralement inconsciente - de manies, de gestes, de rituels, de mots, de formules toutes faites, d'images, mentales ou non

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Une approche de type anthropologique, la ''mémétique'', s'efforce de comprendre pourquoi les memes se diffusent sans grandes transformations, par auto-réplication, comme des gènes.

Une matière journalistique

Accorder un minimum d'attention aux memes est journalistiquement intéressant pour trois raisons:

1 - Etablir la nature mimétique d'une idée lancée dans le débat public - comme en ce moment dans les polémiques autour des affaires Bettencourt - permet très souvent de déceler l'expression d'un désarroi d'une caste ou d'un groupe concernés par des mises en cause. La sagacité du journaliste peut également reconnaître des tentatives de manipulation inconsciemment inspirées par des "affaires" beaucoup plus anciennes mais qui se sont incrustées dans le "code génétique culturel" de la classe politique" (1).

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2 - En marge des rumeurs - dont Matthieu Aron et Franck Cognard proposent une superbe anthologie intitulée "Le vrai du faux" sur France Info - les journalistes peuvent retrouver dans certains témoignages ou dans certaines réactions les "gènes culturels" de situations antérieures. C'est le cas avec les vidéos sur le retour des soldats d'Irak: les auteurs amateurs de ces séquences sont sincères, ils ne cherchent pas à manipuler et ne connaissent peut-être même pas la toile de Norman Rockwell.

3 - Avec toute la prudence qui s'impose dans le recours à la mémétique (qui n'est pas une discipline scientifique, mais une approche empirique) le journaliste peut essayer de tirer de ces phénomènes des indications sur l'état d'esprit d'une population ou d'une communauté.

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S'agissant des "chiens heureux de retrouver leurs maîtres soldats", la propagation virale de séquences vidéo étrangement identiques dans leurs caractéristiques picturales peut s'interpréter sans grand risque d'erreur comme l'expression spontanée d'une profonde aspiration à la fin des guerres que mènent les Etats-Unis depuis sept ans.
Cependant, cette interprétation n'est pas totalement satisfaisante parce qu'elle est trop identique à celles que suscitent les rumeurs étudiées par le professeur Michel-Louis Rouquette.

Le retour d'un meme hexagonal

En France, un meme est en train de se manifester: la politique fiction. Plusieurs livres viennent de paraître qui rappellent ce qui s'était passé entre 1976, après la démission de Jacques Chirac en rébellion contre Valéry Giscard d'Estaing, et 1978, année d'élections législatives que la gauche pouvait gagner avec la perspective de ce que certains visionnaires décrivaient alors comme une "crise de régime" avant d'accepter l'idée et la pratique des cohabitations. Pendant les dix dix huit mois qui ont précédé ces élections, une bonne douzaines d'ouvrages -et des centaines d'articles de presse - ont essayé d'imaginer ce qui pouvait se passer.

C'était une "réponse" journalistique et mercantile aux incertitudes d'alors.
Il semble que d'autres incertitudes, à moins qu'il s'agisse d'aspirations, servent de muses aux auteurs actuels de fictions politiques.

1) Dans le code génétique de la classe politique formatée par la Vème République figurent, après les complots qui ont mis fin à la IVème République, le faux attentat du Luxembourg contre François Mitterrand, les "barbouzeries" liées à la guerre d'Algérie, l'affaire Ben Barka et plus de deux cents affaires dont certaines n'ont jamais été résolues comme les meurtres des anciens ministres De Broglie et Fontanet. Résolue ou non, chacune de ces affaires a secrété des réflexes transformés en codes "culturels" qui fonctionnent encore aujourd'hui dans les affaires Bettencourt.

mercredi 7 juillet 2010

Mediapart: affirmation d'une "marque media" sur le web

Par sa manière de traiter l'affaire Bettencourt-Woerth-Sarkozy, le site d'information en ligne Mediapart s'affirme comme une vraie marque media, se détachant des autres pure players - Rue89, Backchich et Slate.fr - et contraignant au suivisme les organes de la presse conventionnels.

Une marque media est à l'information ce que les plus prestigieuses réussites culturelles ou entrepreneuriales sont à la création ou à l'industrie: des titres dont les valeurs affichées sont spontanément et massivement reconnues.

Les valeurs d'une marque media sont aujourd'hui l'indépendance, la fiabilité, l'innovation.

Mediapart prouve son indépendance, non seulement, dans l'affaire Bettencourt-Woerth-Sarkozy, mais aussi dans tous ses contenus journalistiques et surtout dans son modèle économique fondé sur la confiance de ses abonnés.

Dans le dossier Bettencourt-Woerth-Sarkozy, la Justice et la police (pour le retrait, notamment, d'une somme de 50 000 euros le 26 mars 2007) ont validé jusqu'à présent la fiabilité de la rédaction de Mediapart.

Quant à l'innovation, elle apparaît dans la carte mentale (mind mapping) de l'affaire en question. Carte interactive qui n'est pas très originale par rapport à ce que proposent quotidiennement les sites d'information américains et britanniques mais qui, dans le pauvre contexte hexagonal, peut être saluée comme une prouesse.

Mediapart_carte_Bettencourt_2.jpg
L'idée de cette carte est attribuée par Mediapart à Alphoenix. Dans l'esprit du proverbe "Une image vaut mille mot", elle explique dix fois mieux qu'un texte la structure du dossier exploré par les journalistes. Cette explicitation aurait pu être proposée par des journaux imprimés sur papier ou par des chaînes de télévision: ils ne l'ont pas fait. Mediapart l'a fait avec la supériorité du web: l'interactivité. Chaque point nodal de la carte renvoie d'un clic à un article. C'est du rich media journalistique avec une image comme porte d'entrée conduisant à des contenus textuels. L'infonaute choisit sa manière d'assimiler l'enquête.

Ce que Mediapart révèle en plus

Au-delà des informations sur l'affaire Bettencourt-Woerth-Sarkozy, le surgissement de la marque Mediapart révèle des éléments beaucoup plus importants pour le métier de journaliste et pour la démocratie.

Que la presse soit critiquée par des politiciens parce qu'elle "ouvre en plein jour les poubelles que les politiciens remplissent la nuit", c'est un grand classique depuis la III ème République. Les minables - Estrosi, Morano, Bertrand entre autres - qui osent encore recourir à cette rhétorique finiront, eux, dans les poubelles de l'Histoire.

Qu'un pitoyable ancien chiraquien rallié à Sarkozy se ridiculise à l'Assemblée nationale avec une diatribe grotesque contre internet en dit long sur le piètre journaliste qu'a pu être François Baroin.

Seuls sont dignes d'intérêt les politiciens de droite qui, tout en soutenant Eric Woerth, s'abstiennent de critiquer Mediapart parce qu'ils savent que le centre de gravité de cette marque media, Edwy Plenel, est capable de faire le même travail d'élucidation contre la gauche. Il l'a prouvé, notamment dans l'affaire du "Rainbow Warrior". Ne pas se souvenir de la hargne de Mitterrand contre l'ex-directeur de la rédaction du "Monde", c'est faire preuve d'une affligeante inculture.

Ce que révèlent aujourd'hui les attaques contre Mediapart, ce sont les pulsions d'une partie de la Droite qui se dévoile, y compris en recourant aux barbouzeries, comme sournoisement mais fondamentalement liberticide.

lundi 7 juin 2010

Journalisme de données: approche et réflexions de deux pionniers

Une des visualisations de données les plus intéressantes dans le contexte français a été réalisée pour LeMonde.fr par David Castello-Lopes, journaliste et Pierre Bance, développeur.
Il s’agit d’une cartographie interactive qui raconte et explique l’évolution du chômage, département par département, région par région depuis 1982.
Outre sa valeur intrinsèque, ce travail porte témoignage d’une action de pionniers tout en abordant trois problématiques sensibles liées à l’émergence du ''data journalism'' :

1 – Un journaliste-programmeur ou un journaliste et un programmeur

David Castello-Lopes a découvert l’exploitation journalistique et graphique des bases de données en 2008 à la faveur d’un séjour comme "journaliste invité" à l’université de Berkeley : ''C’était une carte de l’immigration par nationalités, état par état, comté par comté depuis 1880.
La fameuse carte de la criminalité proposée par le New York Times a achevé de convaincre le jeune journaliste.
Durée de la vidéo: 1'28"


David n’a, dans l’univers du langage Flash, que des connaissances, disons une compétence. Il ne possède pas l'expertise nécessaire pour se lancer, seul, dans une œuvre d’infovisualisation.
Il se souvient alors des longues conversations qu’il a eues, naguère, sur les bases de données avec un copain de lycée, Pierre Bance, qui, lui, s’est lancé dans la programmation.



David Costello-Lopes, à gauche et Pierre Bance.

Reprise de contacts, échanges de courriels. Pierre connaît bien l’outil d’animation vectorielle qu’il pratique depuis Flash 4 (1999).
Aujourd'hui, avec l'émergence du HTML5 et de Silver Light notamment, le flashmaster est au coeur d'une polémique sur le recours aux langages propriétaires dans le développement d'applications pour les tablettes électroniques; schématiquement, Apple contre Adobe pour des problèmes liés à la consommation d'énergie des terminaux nomades.
Mais la question des savoir-faire pratiques comme ceux de Pierre Bance est, aussi et surtout, au centre d'une réflexion sur la formation des futurs journalistes. Certaines universités américaines leur enseignent la programmation. Les "professionnels de la profession" objectent que les cours de programmation s'instaurent nécessairement au détriment d'autres qualifications sur le traitement des contenus.
Le point de vue de Pierre Bance sur cette question (Vidéo: 1'30"):

Commentaire 1 : à la question de savoir si les écoles de journalistes doivent enseigner la programmation, la réponse de Pierre Bance corrobore les principes de la polyvalence exposés dans mon ouvrage « Communiquer en rich media »: seule l'expertise peut être tenue pour responsable de la bonne réalisation d'un projet; l'idéal est que les détenteurs de l'expertise dans un domaine précis soient entourés de quelques journalistes ayant des compétences dans ce même domaine - capables, par exemple, de coder des choses simples - et surtout des connaissances suffisantes en programmation pour savoir ce qui peut être demandé à l'expert.

2 – Collecter et trier les données pertinentes

Juillet 2009. Les deux jeunes gens réfléchissent au mode de fonctionnement d'un binôme "développeur-journaliste multimédia". Ayant mis au point une manière de travailler ensemble, chacun avec ses expertises et ses compétences, ils se lancent fin novembre 2009 dans la création d’une carte de France du chômage. Projet accepté le 15 décembre suivant par Boris Razon, rédacteur en chef du Monde.fr. Le département est choisi comme critère central des données à sélectionner et, donc, à solliciter auprès de l’INSEE.

L’Institut est non seulement un prodigieux gisement d’informations en puissance - voir le classeur Excel en annexe à la fin de ce billet - mais aussi un outil didactique qui guide les novices en extraction dans les arcanes des formats de fichiers et des variables qui peuvent fausser les comparaisons, établir de fausses relations entre les données.

Carte_chomage_INSEE_caracteristiques_des_fichiers.jpg

L’INSEE a également fourni aux deux jeunes pionniers une assistance plus que précieuse avec les conseils de l'un de ses responsables nationaux, Etienne Debauche, et avec les analyses qualitatives fournies, département par département, par tous les responsables régionaux.Carte_chomage_wiretap.png Il a fallu, en effet, éclairer la masse de chiffres départementaux par une description contextuelle au niveau des régions. D’où la nécessité de procéder à 22 entretiens téléphoniques à l’aide de Skype et de l’enregistreur Wiretap.

Avec, évidemment, l’obligation de vérifier la cohérence entre les données départementales et les données régionales.

L’INSEE offrant la matière première, il ne restait plus qu’à lisser les chiffres trimestriels de chaque département pour les faire entrer dans la carte vectorielle de l’Hexagone en respectant les principes de navigation les plus intuitifs.

Carte_chomage_premiere_maquette_presentee_a_Boris_Razor.png
La première maquette de la carte du chômage, telle qu'elle a été présentée au rédacteur en chef du Monde.fr

Ce qui conduit, entre autres tâches, à l’élaboration de 96 calques différents, un par département ; à la définition de 29 classes pour la représentation visuelle.
Au total, une application interactive qui "pèse" 3089 lignes de codes.

Commentaire 2 : l’engouement pour le data journalism inspire, ces temps-ci et sans doute temporairement, des exercices de style qui s’éloignent de l’information utile aux audiences, ou tout simplement de l'information intéressante. Les travers qui ont marqué l’infographie et la typographie – surenchères de chefs d’œuvre abscons pour initiés – présentent l’inconvénient d’éloigner le data journalism de son axe de développement : l’investigation.

3 – Création unique ou ustensile réutilisable

A ce stade, David et Pierre rencontrent une problématique que les rédactions ne peuvent éluder: construire des infovisualisations interactives uniques, une par thème d’investigation, ou (faire) réaliser des outils réutilisables pour d’autres données, sur d'autres thèmes…

Carte_chomage_Le_generateur_de_cartes.jpg
Un générateur de cartes, application réutilisables par les rédactions qui peuvent y injecter successivement des données de natures différentes.

Pierre Bance: "Un générateur automatique s’exécute rapidement mais il s’adapte moins bien aux différents types de données. Pour obtenir une parfaite adaptation de la visualisation aux données, il faut du temps.»

Sur ce sujet, extrait d'une discussion entre David Castello-Lopes et Pierre Bance (2 minutes 15")

Commentaire 3 : La solution au dilemme des créations uniques ou des templates dépend du niveau d’engagement des rédactions dans la migration numérique des contenus. Ou bien les rédactions se dotent d’une équipe de programmation suffisamment étoffée pour créer des produits uniques en liaison avec la rédaction. Ou bien des journalistes s’impliquent dans l’exploitation de générateurs de cartes pré-formatées. Ou bien la création de graphiques interactifs est externalisée auprès d'experts extérieurs comme Pierre Bance.

Carte_chomage_Structure_humaine_du_San_Jose_Mercury_News.jpgPour avoir réalisé une superbe présentation sur « L’excellence dans le journalisme multimédia » - qui comporte, notamment, une analyse inédite de l’organisation du travail au San Jose Mercury News – David Castello-Lopes va enseigner le journalisme multimédia au Studec.

Pierre Bance continue à explorer les langages vectoriels.

jeudi 22 avril 2010

Prison Valley chef d'oeuvre absolu du rich media journalistique

Extension et actualisation de mon livre "Communiquer en rich media", (éditions du CFJ), le blog Hypermedia propose une analyse d'un webdocumentaire produit par Arte, Upian et le CNC sur l'industrie carcérale dans le Colorado.

Arte_Prison_Valley_ceremonie.jpg

Voici le début de cette analyse:

"Prison Valley" représente à ce jour l’horizon indépassable du rich media journalistique.
Indépassable, sans doute provisoirement, par son budget de 230 000 euros.
Mais l’argent ne recouvre pas toutes les raisons de considérer cette réalisation comme un chef d’œuvre absolu.
Il y a aussi et surtout une compréhension aigüe des dimensions que le web ajoute aux traitements traditionnels des contenus informatifs.
Il y a une réflexion exemplaire sur l’architecture et l’ergonomie de « l’objet » web.
Sans oublier le talent des deux reporters, David Dufresne et Philippe Brault et celui des développeurs qui ont su trouver d’impressionnantes solutions pour valoriser les matériaux ramenés du Colorado.
La suite en cliquant sur le:

Lien permanent vers l'analyse détaillée du chef d'oeuvre.

PRECEDENTS BILLETS CONSACRES AU RICH MEDIA JOURNALISTIQUE:

- Les JO de Vancouver par le NewYork Times

- Haïti: le rich media pour mieux comprendre

- Le sommaire de "Communiquer en rich media" (éditions du CFJ)

- Webreportage en Haïti, la valeur ajoutée du rich media

- L'Université de Metz crée une licence de journaliste multimédia.

- Un colloque raconté en rich media avec Vuvox.

- Le New York Times explore une catastrophe aérienne en rich media.

-Webreportage en Haïti, modèle de journalisme actuel.

- La créativité rich media du Financial Times

- Webreportage de Géo récompensé aux Etats-Unis.

- Flyp, magazine en rich media presque parfait.

- Un stage de rich media à Tunis

- Les webreportages de Geo donnent de la profondeur à l'information.

- Un procès en rich media artisanal.

- Du webreportage à l'état pur sur le site du magazine Geo

lundi 19 avril 2010

Si les patrons de presse français étaient des entrepreneurs avisés

Le retard français dans l'exploitation des outils de traitement de l'information se mesure dans la comparaison entre ce que les sites des journaux américains proposent pour aider leurs audiences à comprendre l'affaire Goldman Sachs et ce que leurs homologues hexagonaux ne font pas pour aider leurs audiences à comprendre le dossier des retraites.

Deux sujets intéressants, complexes et durables, donc parfaits pour une approche en ''rich media'' journalistique, et plus précisément pour un travail de ''datajournalism''débouchant sur de l'infovisualisation.

L'alchimie des subprimes selon le Wall Street Journal

Pour faire comprendre à ses internautes - à priori plutôt avertis - ce que la SEC (police financière) reproche à la plus prestigieuse des banques américaines, le site du Wall Street Journal déploie une infographie interactive sur le recyclage d'actifs douteux dans des placements apparemment sains.
Excellent exemple de médiation journalistique entre l'opacité d'une industrie de la spéculation et la transparence due à l'opinion publique.

WSJ_Goldman_Sachs_3.jpg
Cliquer sur ce lien pour voir un diaporama d'une trentaine de secondes sur l'analyse du diaporama interactif: illustrations.swf

Cliquer sur ce lien pour utiliser l'infographie originale du Wall Street Journal: The making of a mortgage CDO

Le traitement suranné de la très actuelle réforme des retraites

Pour faire comprendre à leurs internautes les enjeux complexes de la nouvelle réforme des retraites, les sites des journaux français n'ont proposé qu'un traitement désuet à base de graphiques plats et de fades développement linéaires alourdis par de grosses masses textuelles grisâtres.

Offre consternante car ce dossier réclame, au contraire, une approche modulaire en raison de ses nombreuses composantes: démographie, recettes, dépenses, durées de cotisations, comparaisons avec les solutions adoptées à l'étranger, simulations.
En fait - et voilà qui donne la mesure du retard français et de l'ennui que génère la presse de ce pays - ce qui a été mis en ligne par les sites hexagonaux sur ce dossier intéressant, complexe et pérenne aurait pu être proposé au milieu du siècle dernier.
Deux explications à ce gâchis:
1 - Le traitement linéaire d'un problème complexe coûte moins cher qu'une approche en rich media.
2 - Cette platitude entretient la paresse journalistique, laquelle préfère "donner la parole" aux politiciens, aux syndicalistes et aux experts dans une morne litanie de phraséologie creuse.

Et pourtant, les talents bourgeonnent

Les patrons de presse n'ont aucune excuse pour la fuite des lecteurs qu'ils organisent.

D'abord parce que les talents journalistiques sont là.
Un exemple avec la carte interactive du chômage réalisée par un journaliste qui a des compétences en Flash, David Castello-Lopes et un développeur, Pierre Bance.

WSJ_Cartes_interactive_du_chomage.jpg
Cliquer sur un département produit le chiffre du chômage dans ce département à une date choisie sur la ligne temporelle du haut tandis qu'un texte, en bas à droite propose quelques critères pour mieux comprendre les chiffres.

Lien vers la carte interactive sur le site du journal "Le Monde":

Le fait que ce travail remarquable - auquel je consacrerai un billet prochainement - ait été accepté par Boris Razon, rédacteur en chef du "Monde" électronique prouve que les blocages qui accentuent le retard français ne viennent pas forcément de l'encadrement journalistique.

Autre signe d'inventivité, le dossier multimédia de Laurent Jeanneau sur la crise de l'euro pour "Alternatives économiques".

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Si l'application Prezi a été utilisée en donnant un peu trop d'importance au texte et au développement linéaire, comme dans une présentation PowerPoint, ce choix respecte le rythme d'assimilation de l'internaute ainsi que la qualité des contenus journalistiques. Il témoigne, en tous cas, d'un réel effort journalistique pour faciliter la compréhension des phénomènes complexes qui caractérisent notre époque.

Ce souci de maîtriser les moyens d'expression actuels apparaît dans la licence de journalisme multimédia que délivre l'Université Paul Verlaine de Metz. Elle se concrétisera prochainement par une initiative importante qui associera des universitaires et des journalistes dans une réflexion pragmatique, quasiment utilitariste, sur l'innovation et ses usages au service de l'information.

Sans attendre cet évènement, la mise en ligne par Caroline Goulard et Benoît Vidal du site ActuVisu montre que la toute jeune génération des gens de presse préfère la lucidité et la volonté aux cloisonnements corporatistes et aux jérémiades stériles qui conduisent de l'incompétence à la mendicité.

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Enfin, une plateforme française dédiée au journalisme de bases de données! Le journalisme de bases de données est une activité d'avenir. Pas du tout, comme le croient les indigents cérébraux, une mode de et pour geeks. C'est un travail rigoureux, dur et peu gratifiant dans lequel peuvent s'investir tous les métiers traditionnels de la presse en synchronisation avec les métiers du web.
La voilà, la vraie convergence: les expertises humaines se rassemblent pour se mettre au service des contenus et des audiences, sans se préoccuper de ce qui serait "intello" ou de ce qui serait "techno", de celui qui a une carte de presse et de celui qui ne l'a pas. Journaliste, documentaliste-veilleur, architecte de l'information travaille en essaims pour produire plus de sens, du sens agréablement accessible.

Une fondation et un think tank

Mais les patrons de presse français ont ignoré la numérisation massive des contenus, négligé le web, se sont peu intéressés aux innovations qui leur serviraient pourtant, préférant vociférer en 2008 contre le Google qu'ils auraient dû construire au milieu des années quatre-vingt dix.
Exploiteurs de jeunes journalistes et quémandeurs de subventions, ils se sont, pendant des années, gobergés en silence de revenus publicitaires dont ils extrayaient peu d'investissements d'avenir.
Leur industrie fonctionne sur un modèle économique qui date des années 1830, c'est à dire des débuts du chemin de fer. (Leurs demandes d'aides étatiques sont aussi grotesques que celles qui auraient été formulées par des propriétaires de diligences hippomobiles pour résister au déploiement des réseaux ferroviaires.)

Si les patrons de presse étaient de vrais entrepreneurs, ils créeraient une fondation financée par les groupes de médias, par d'autres entreprises et par des philanthropes intéressés aussi bien par l'information que par des avantages fiscaux.
Cette fondation aurait trois vocations:
1 - Aider les jeunes journalistes innovants - webreportages, datajournalism - en sélectionnant, en finançant et en publiant leurs travaux les plus inventifs.
2 - Financer un think tank qui aurait pour vocation de faire de la prospective en évaluant les innovations technologiques utile à la presse, d'étudier sociologiquement les usages liés à l'innovation, forger de nouveaux modèles économiques, proposer des modes d'organisation du travail dans les entreprises de presse. Ce think tank devrait rassembler des technologues, des spécialistes de la veille, des sociologues, des spécialistes des sciences cognitives, des économistes, des experts en management, des journalistes.
3 - Contribuer à la pérennisation d'une information gratuite de qualité. Ce qui n'empêcherait pas des entreprises de presse de proposer de leur côté des contenus payants à forte valeur ajoutée ou sur des segment spécialisés de l'offre éditoriale.

A lire et à méditer de toute urgence: l'article de Cécile Dehesdin sur l'organisation du traitement de l'actualité en rich media au New York Times. Accablant pour les journaux français.

vendredi 26 mars 2010

Datajournalism: le Washington Post "piste" Barak Obama

Aux citoyens américains qui veulent savoir ce que fait leur POTUS ( = Président Of The United States), le Washington Post propose un accès facile à l'agenda de la Maison Blanche compilé dans une base de données.

Le principal intérêt de cette offre journalistique appelée POTUS Tracker réside dans une interface graphique interactive, simple mais particulièrement éloquente.

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Chaque surface représente un type d'activité. L'importance relative de ces surfaces indique le nombre d'évènements liés à chacune de ces activités.
Une ligne blanche, insuffisamment perceptible, sépare l'année 2009 de l'année 2010.
Une meilleure séparation temporelle peut être obtenue en ajustant un curseur sur une date de départ pour obtenir les résultats d'une période précise. Par exemple, ci-dessous, les activités de l'hôte de la Maison Blanche depuis le début de l'année 2010.

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En cliquant dans une des sections ( 2009 ou 2010 ) d'un quadrilatère, l'internaute accède une liste chronologique d'évènements impliquant Barak Obama dans l'un des vingt enjeux de l'activité présidentielle.

Le Washington Post a retenu une quinzaine de types d'évènements: briefings quotidiens, conférences de presse, déplacements à l'étranger, conversations téléphoniques officielles, rendez-vous protocolaires, vacances.

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Outre celles qui conduisent aux enjeux et à la nature des activités, deux entrées sont réservées aux noms des personnalités rencontrées et aux localisations des déplacements présidentiels, avec évidemment une carte pertinente réalisée à partir d'une Google map.
Si ces entrées multiples ne suffisent pas, un moteur de recherche trouve dans la base de données les contenus associés aux mots clés. Ainsi, dès le 26 mars, le mot "Iowa" renvoyait au discours présidentiel prononcé la veille, dans cet état, sur la réforme du système de santé. Rien de plus facile que d'aller, ensuite, chercher dans les archives du journal, les articles, opinions et billets de blogs concernant cet évènement.

Enfin des filtres permettent de réduire le nombre d'enjeux à explorer, en ne regroupant par exemple que les dossiers diplomatiques et militaires ou les seuls thèmes qui relèvent des affaires intérieures.

On reconnait, derrière cette ergonomie quasiment ludique, la logique interne d'une base de données avec ses enregistrements, ses champs, ses tables, ses requêtes et formulaires, austères délices d'Access...
Précisément: le principal intérêt du travail réalisé par neuf personnes est d'avoir considérablement simplifié la consultation d'une masse énorme de données en évitant le piège de l'esthétisme qui guette la ''french touch'' en journalisme de données. C'est une médiation au sens le plus exigeant et le plus évident.
C'est donc du journalisme d'aujourd'hui car impossible à proposer ailleurs que sur le web.

mercredi 24 mars 2010

Le New York Times entr'ouvre la boîte noire de l'information

Chaque jour, le New York Times met en ligne une séquence vidéo qui résume la conférence de rédaction.
La démarche inspire un minimum de circonspection mais elle est significative sur deux points cruciaux: la relation avec les infonautes et l'affirmation du prestige d'une marque .

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Conférence de rédaction du 22 mars.

Conférence de rédaction du 23 mars.

Conférence de rédaction du 24 mars.

Circonspection: une séquence de moins de sept minutes ne montre pas tout ce qui s'est passé pendant la conférence.
L'enregistrement du rituel suppose des choix entre ce qui est à priori destiné à la diffusion et ce qui ne peut pas l'être.

D'ailleurs, le clip commence par énumérer un nombre restreint de sujets, ce qui laisse supposer que les nombreux autres thèmes d'actualité ne seront pas traités publiquement.

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Enfin, chacun sait, ou devrait savoir, que le montage est d'abord une procédure d'élimination de certains moments enregistrés.

Il n'est donc pas question de transparence absolue.

Eclairer les choix éditoriaux

Le Timescast installe pourtant un nouveau registre, très intéressant, dans les relations entre les organes de presse et leurs audiences.
L'instance de décision s'explique sur ses choix.
Comme il s'agit d'un collectif, les infonautes assistent à la confrontation de points de vue sur un évènement donné. Par exemple, le contentieux entre la firme Google et le gouvernement chinois a donné lieu, le mardi 23 mars, à une discussion entre trois spécialistes.

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Le fait de pouvoir écouter les évaluations respectives de la spécialiste des affaires asiatiques, du responsable des questions internationales et d'un journaliste économique permet de faire comprendre aux lecteurs et aux internautes la complexité inhérente à tout évènement de quelque importance.
La complexité suppose des approches multiples, donc des arbitrages entre une seule approche et plusieurs angles et, dans le premier cas, entre plusieurs enjeux proposés par la rédaction comme autant de "clés".

Conf_redac_NYT_4.jpg Sur des dossiers aussi compliqués que les relations entre Israël et les Etats-Unis, un spécialiste développe la problématique journalistique à la faveur d'une discussion dont la version enregistrée n'a rien de spontané mais dont le contenu est toujours intéressant.
Le journaliste expose ce qu'il sait et ce qu'il ne sait pas, ce à quoi il s'attend et pourquoi un article de presse exprime forcément une "vérité" non seulement subjective mais provisoire, voire fugace.

Vers un dispositif interactif

Dans la recherche d'une authentique relation avec ses audiences, l'industrie de l'information aurait intérêt à en finir avec l'infâme "courrier des lecteurs", qui est au dialogue ce que le micro-trottoir est à l'investigation: une facilité faisandée.

L'intérêt de la démarche du New York Times est qu'elle peut s'inscrire dans un dispositif interactif à plusieurs composantes:
- des blogs dans lesquels chaque journaliste fournit quelques unes de ses sources à ses lecteurs et s'explique sur ses choix.
- des clips vidéo qui résument les conférences de rédaction.
- lié à ces clips et aux blogs, un espace ouvert aux interventions des infonautes.
- issue de ces interventions modérées par un médiateur, émergence d'une communauté d'internautes exigeants qui devraient être plus étroitement associés à la stratégie éditoriale.

L'apanage d'une grande marque

Pour avoir vécu - et surtout subi - plusieurs milliers de conférences de rédaction en un demi-siècle de journalisme de presse écrite, radio et télévision, j'affirme que seule une très grande marque média peut se permettre d'enregistrer et de diffuser, même partiellement, ce qui se passe dans la boîte noire de l'information.

La métaphore de la "boîte noire" a été formulée par Hubert VédrineConf_redac_NYT_7.jpg. L'ancien ministre des Affaires étrangères fait remarquer que si la presse se plaît à demander des comptes, à réclamer la transparence, elle s'exonère elle-même et sans vergogne de toutes ces exigences.

Les journalistes, par exemple, s'excitent parfois sur la corruption dans le monde des affaires et dans la sphère politique; mais aucun ne s'avisera de traiter de la corruption, pourtant décisive, au sein de sa propre corporation.

Sans aller jusqu'à cette impensable transparence déontologique, force est de constater que la presse est la seule industrie qui ne rend jamais compte de ses choix à ceux qui sont censés lui faire confiance, même et surtout en cas de catastrophe médiatique.

La principale raison pour laquelle très peu d'organes de presse pourraient, en France, ouvrir leur boîte noire, même très partiellement, tient au fait que les conférences de rédaction sont généralement d'une grande médiocrité, dans la forme et sur le fond. Pas "montrables", en somme.

Il faut vraiment des journalistes de haut niveau, un état d'esprit collectif conscient de l'importance de l'entreprise, un protocole de communication interne basé sur la compétence, donc sur le respect, pour envisager de montrer - sans se ridiculiser - comment se conçoit et se construit une actualité de qualité. Car l'actualité est une construction journalistique ( cf. François Jost)

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jeudi 11 mars 2010

Apports et limites du data journalism

Le journalisme de données – produire du sens avec des chiffres convertis en images - s’acclimate timidement en France mais de manière prometteuse car il est exploré par de jeunes professionnels enthousiastes et plutôt compétents.

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Leurs approches suscitent déjà des débats d’autant plus intéressants qu’ils concernent à la fois les pratiques journalistiques et l’offre de contenus à valeur ajoutée, indispensables aux futurs modèles économiques de la presse.

Un nouveau stimulant pour la curiosité

Le premier apport de ce qui apparaît, à tort, comme une mode (évidemment importée des Etats-Unis et de Grande-Bretagne) est inestimable : chercher des bases de données, les fouiller pour en extraire des éléments significatifs constitue un antidote à la paresse intellectuelle (1A), au conformisme et aux connivences qui dévaluent le journalisme à la française depuis des décennies.
Dès lors que les journalistes redeviennent curieux, notamment les jeunes, il y a lieu d’être un peu plus optimiste pour l’avenir de l’information dans ce pays, en dépit de la cécité de ses managers (1C).

Une raison d'approfondir

Datavis_tweetometre_Paris_Londres.jpgLe second apport du datajournalism se situe dans l’approfondissement (2).
L'approfondissement est l'antidote à la narration twitterisée, stade ultime du "réductionnisme" qui justifie, à priori, le remplacement de certains journalistes par des robots (3) (Quelques radios gagneraient à être alimentées par de l'intelligence artificielle plutôt que par ces bipèdes décérébrés).
Trop de lecteurs de journaux, mais surtout d’auditeurs et de téléspectateurs affirment qu'ils se détournent des médias de masse traditionnels parce qu’ils sont de plus en plus superficiels alors que la complexité de l'actualité s'accroît. Ce reproche peut être considéré comme un alibi cauteleux et masochiste, si l’on en juge par les volumes d’audience des journaux, des émissions de radios et de télévisions les plus méprisants à l’égard du « grand public ». Mais, même s’ils sont minoritaires, les infonautes les plus exigeants sont les seuls vrais interlocuteurs et partenaires des journalistes qui veulent régénérer leur profession.
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Les informations construites par extractions de chiffres dans les bases de données fournissent des opportunités de rapprochement entre le monde de l’information et des citoyens généralement influents.

Un terrain de créativité collaborative

Troisième apport: la créativité. Quand un journaliste détecte, dans une base de données, des relations porteuses de sens entre des chiffres peu significatifs car isolés, il accomplit un double travail intellectuel.
Il s'efforce de valider l'intérêt et la portée des relations entre les chiffres.
Il songe en même temps à valoriser graphiquement la mise en évidence de l'information ainsi révélée; ce qui l'amène à se mettre à la place de l'infonaute ( = empathie) afin de faciliter l'assimilation.
Faire émerger du sens et donner accès à la complexité relève d'une ingénierie de la connaissance dont les journalistes devraient se faire les experts dans le prolongement du travail des enseignants.

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En outre, et ce n'est pas le moindre de ses mérites, la visualisation des données crée les conditions idéales pour un travail collaboratif dans lequel les compétences des rédacteurs, des infographistes, des flashmasters et webdesigners sont mobiliser au service du contenu.

Le risque du "journalisme en pyjama"

Une première crainte, exprimée par Jean-Christophe Feraud (4), véhicule l'idée que le journalisme de bases de données nuirait au journalisme d'investigation. (C'est une manie bien française de réagir comme si une nouvelle pratique devait supprimer une pratique existante.) Dans la mesure où il ne peut suffire à rendre compte de l'Histoire en train de se faire - telle est ma définition de l'actualité - le datajournalism ne remplace aucun genre journalistique.
Il s'incorpore à la fois à l'investigation et à l'analyse.

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Il fait partie de l'investigation lorsque l'analyse des données collectées par la police incite des reporters d'une station de télévision locale à aller interroger des victimes pour révéler que des preuves de viols ont été systématiquement escamotées.
Les visualisations de données relèvent de l'analyse lorsqu'elles permettent de mieux comprendre des phénomènes complexes comme une crise financière, une catastrophe naturelle.
Le database journalism serait en fait une des composantes de l'approche rich media dans la mesure où il cherche à optimiser les spécificités cognitives du texte et de l'image.

Le risque de l'esthétisme gratuit

Très tôt, depuis les travaux pionniers de Fernanda B. Viégas au MIT il y a une dizaine d'années,Datavis_esthetisante.jpg la visualisation de données a hérité de l'univers des mathématiques un goût certain pour l'élégance, c'est à dire pour les qualités formelles d'une démonstration.(Fernanda n'est pas à l'origine de cette tendance esthétisante mais la sidérante beauté de ses oeuvres peuvent donner des idées...). Il existe, en tous cas, un risque que des journalistes et des graphistes enthousiastes se laissent emporter par un souci prédominant de soigner les apparences, c'est à dire de donner plus d'importance à la séduction visuelle (5) qu'au strict respect des réalités révélées par les relations entre les données brutes.
Le datajournalism ne jouera pleinement son rôle dans la réhabilitation de l'information et dans la revalorisation du journalisme que s'il s'associe aux autres pratiques professionnelles, traditionnelles ou innovantes et en particulier au discernement et à la culture des indispensables factcheckers.

Le risque de l'incompétence

L'hypothèque la plus lourde est le manque de formation aux bases de données (6). L'ignorance crasse des journalistes, y compris ceux des services politiques, dans le domaine des sondages d'opinion laisse présager le pire pour l'interprétation des statistiques.
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En attendant qu'une vraie formation soit proposée aux professionnels de l'information, il vaut mieux que le datajournalism reste temporairement une affaire de spécialistes qui se connaissent, se respectent et s'évaluent mutuellement.
Une autorégulation assumée par les pionniers experts - pas seulement des journalistes mais aussi et surtout des mathématiciens, des statisticiens - permettra à cette pratique d'établir sa légitimité et de retenir l'attention des managers de presse les plus avisés.

Une innovation porteuse d'avenir

Le graphisme d'information partage avec le reportage en rich media une singularité précieuse pour l'avenir de l'information: ce sont des genres qui viennent de la presse traditionnelle, imprimée ou audiovisuelle, mais qui ne peuvent exister pleinement que sur le web. Ils représentent l'avenir du journalisme.
Un avenir que de jeunes pionniers sont en train d'inventer.

1 A - Comment visualiser des données par une pionnière, Caroline Goulard.

1 B -Exemples de journalisme de bases de données collectés par Caroline Goulard.

1 C -Le retard français en matière de données ouvertes par Tatiana Kalouguine.

2 - Un renversement de perspective, interview du pionnier Nicolas Kaiser-Bril par Jean Abbiatecci

3 - Allusion à un article amusant publié dernièrement par un quotidien du soir de référence hexagonale.

4 -Le datajournalism contre Albert Londres, selon Jean-Christophe Féraud.

5 - Les risques de la séduction visuelle illustrés par Martin Wattenberg, informaticien et artiste numérique.

6 -Les risques de l'incompétence par Fabrice Epelboin.

Autres ressources:

- Exemples de réalisations et quelques interface sur mon blog Hypermedia.

- Fernanda B. Viègas pionnière de la visualisation de données au MIT puis chez IBM.

- Many Eyes, plateforme de partage de graphismes de données.

- Many Eyes sur Twitter.

- Gapminder, plateforme de visualisations sur l'état du monde.

- Hans Rosling, fondateur suédois de Gapminder sur Twitter.

- L'explorateur de données de Google.

- Infoscopie, outil gratuit

- Autres outils

- L'interface de visualisation interactive du Pew Research Center sur la "consommation" des médias en 2009

- Infosthetics, blog incontournable.

- Infoviz sur Twitter.

- Comparaisons entre les données ouvertes américaines et britanniques.

- Worldmapper, site de données cartographiées, proposé par Pascal Kober, rédacteur en chef de la revue L'Alpe

- Le ''datastore'' du Guardian

- Factual, extraordinaire plateforme de partage de données: vous déposez en ligne, d'autres enrichissent comme vous enrichissez les données déposées par d'autres internautes.

- Les mots d'Obama hiérarchisés par le Washington Post

- Une base 430 indicateurs sur Gapminder

- Les projets de la Sunlight Foundation qui milite pour l'accès aux données publiques (aux Etats-Unis)

- Les laboratoires de la Sunlight Foundation

- Conception et fabrication d'une visualisation de données au New York Times.

- Techniques de visualisations des données (trouvées sur le fil Twitter de Caroline Goulard)

- Petite leçon de statistiques politiques sur le blog NetPolitique.

- Le blog de la Sunlight Foundation

- EuroVAZST, symposium à Bordeaux le 10 juin 2010.

dimanche 21 février 2010

Veille sur la radicalisation de la droite aux Etats-Unis

Actualisation N°4 (30 mars 2010) : neuf membres d'une milice armée du Michigan arrêtés pour avoir préparé des attentats contre des représentants de l'Etat. Leur but: faire en sorte que ces meurtres déclenchent l'insurrection générale contre le gouvernement.

- Un "suprématiste" du Tennessee plaide coupable dans un projet d'attentat contre Barak Obama en 2008.
Attentat_Obama_2008.jpg
(Photo Associated Press)

Actualisation N°3 (26 mars 2010) : une métaphore républicaine précède une tentative d'attentat contre un élu démocrate:

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Ce calembour fabriqué par la fusion du terme virer (fire) et de l'image du feu (fire) s'étale sur le site du parti républicain.
La métaphore visuelle incite à donner de l'argent pour obtenir, lors des élections de novembre 2010 une victoire républicaine et, donc, le départ de Nancy Pelosi, présidente démocrate de la Chambre des Députés.
Rien ne prouve, évidemment, que cette image a directement inspiré l'auteur de l'attentat manqué d'un élu démocrate de Virginie. Il reste que cette tentative de meurtre a consisté à couper une conduite de gaz au domicile d'une personne qui portait le même nom que la cible. La fausse adresse figurait sur un site du mouvement ultra-conservateur Tea Party.

Actualisation N° 2 (25 mars 2010): parlementaires démocrates menacés de mort.

Actualisation N° 1 (23 mars 2010)

Deux jours avant la promulgation de la loi sur l'assurance maladie aux Etats-Unis, un blogueur nommé Solomon Forell a publié le dimanche 22 mars sur Twitter un appel au meurtre du président Obama:

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Il en a fourni une "justification patriotique" avec un rappel historique des précédents assassinats de présidents:

Appel_meurtre_Obama_1.jpg

Ces messages de moins de 140 caractères mis en ligne par un individu qui exprime sa fureur sur plusieurs blogs peuvent sembler anecdotiques; ils s'inscrivent pourtant dans la "logique" qui a suscité cette veille.
Un climat psychologique exacerbé par une partie de la droite, quelques cercles d'exaltés qui s'excitent mutuellement et, un jour peut-être, un passage à l'acte.
Un examen attentif des abonnements souscrits par Solomon Forell sur Twitter et des souscripteurs de Twitter qui suivent ses gazouillis apporte un éclairage intéressant sur la cohérence interne de ces petits noyaux d'exaltés.

Le climat psychologique instauré par la radicalisation d'une partie de la droite américaine est décrit dans ce billet.

Quoi qu'il en soit, deux exaltés isolés sont déjà passés à l'acte depuis le début de l'année 2010:
- l'un a jeté son avion de tourisme sur un immeuble abritant les services fiscaux. Il a été considéré comme un "héros" par d'autres cercles d'exaltés.
- l'autre a traversé les Etats-Unis d'Ouest en Est afin de tirer sur les militaires en faction aux abords du Pentagone.

Rappel: à l'automne dernier, un couple a réussi à déjouer la vigilance des services de sécurité de la Maison Blanche et à pénétrer jusqu'à la salle de réception où se déroulait un dîner officiel en l'honneur du premier ministre indien.

Début du billet avant actualisation:

A l’ouverture d’une réunion, à Washington, de la Conférence pour l’Action Politique Conservatrice, la chaîne télévisée d'information continue Fox News Channel a invité le fondateur du mouvement « Les Gardiens du Serment », une des organisations les plus menaçantes pour la stabilité politique des Etats-Unis.

Veille_droite_Stewart_Rhodes_sur_Fox_News.jpg
La simultanéité des deux évènements justifie la mise en place d’un dispositif de veille sur la droite américaine pour quatre raisons :

  1. Les groupes de haine se réactivent depuis l’élection de Barak Obama.
  2. Les élections de la mi-mandat en novembre prochain attisent les passions politiques.
  3. Le parti Républicain cherche son candidat pour la présidentielle de 2012.
  4. Le discours conservateur se radicalise.

Chacun de ces phénomènes suffirait à éveiller la curiosité d’un journaliste dont le premier devoir est de chercher à comprendre son époque.

Mais il est beaucoup plus intéressant de constater que les quatre justifications précédemment énoncées forment une chaîne de causalité: l'élection d'un afro-américain considéré comme "progressiste" réactive les groupes de haine; phénomène qui, amplifié par les médias conservateurs, conduit à la radicalisation du discours de la droite dans la perspective des prochaines élections.

La veille comme investigation proactive

Dans ces conditions, une veille journalistique peut se concevoir comme de l’investigation proactive.
Concevoir une veille de cette nature relève d’un processus mental complexe et jubilatoire.
Il s’agit d’abord de déclencher une surveillance ciblée en fonction d’une intuition ou d’un instinct professionnel issu de l’expérience. (Deux motivations qu’il convient de canaliser dans un raisonnement de type probabiliste car une exacerbation non contrôlée de la curiosité peut engendrer des biais nuisibles à la crédibilité).
Le raisonnement d’inspiration probabiliste s’appuie sur les notions de singularité et d’émergence.
Une singularité est un phénomène significatif qui n’a pas d’explication connue totalement satisfaisante. S’agissant de l’extrême droite américaine, les singularités surgissent peu après l’entrée de Barak Obama à la Maison Blanche avec l’apparition de caricatures à connotations racistes et de métaphores meurtrières.

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Une diatribe radiophonique a déclenché en février 2009 quelques manifestations anti-fiscales, puis une profusion de rassemblements du Tea Party, une démonstration nationale de ce Tea Party et la création du mouvement des Oath Keepers qui prévoit une possible désobéissance des militaires et policiers à l'Etat fédéral.

La multiplication des singularités ouvre l’hypothèse d’une émergence, c'est-à-dire l’instauration soudaine ou progressive d’une situation qui est nouvelle dans la mesure où ses caractéristiques sont supérieures à la somme de ses composantes connues. Il peut s’agir, en l’occurrence, d’une paralysie de l’exécutif américain ou de troubles politiques graves, incluant des tentatives d’assassinat. (Lesquelles ne seraient pas automatiquement imputables à la droite mais, plus vraisemblablement, à l'influence d'un climat psychologique crée par cette droite sur des esprits détraqués.)

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En haut, le parti républicain et la chaîne Fox News constituaient les composantes d'une situation qui a prévalu notamment entre 2000 et 2008 quand George W.Bush était président des Etats-Unis. Sous le trait en pointillés, les singularités en rouge révèlent une dynamique qui peut déboucher sur une situation émergente, laquelle comporte - avec la résurgence des groupes de haine notamment - quelque chose de plus que la somme de ses composantes (droite + Fox news), la possibilité d'une crise politique.

La veille étant décidée, il s’agit de la construire avec un triple objectif de pertinence, d’acuité et d’exhaustivité.
C’est alors que le discernement doit être mobilisé au service d’une véritable investigation.

Trouver l'épicentre et ses liens

L’idéal, dans le cas du réveil de l’extrême droite américaine, serait de pouvoir, à tout moment, produire un article de fond autour d’évènements prévus comme les élections de novembre 2010 ou la désignation du candidat républicain pour l’élection présidentielle de 2012.
Mais aussi, éventuellement, autour d’évènements soudains comme des attentats contre les institutions démocratiques américaines, des actes d’insoumission dans les administrations armées de la République, une tentative d’assassinat, voire le meurtre du président des Etats-Unis.

Veille_droite_us_CPAC__logo.jpgCe travail de discernement consiste à trouver l’épicentre du phénomène à observer. Il s’agit en l’occurrence de la Conservative Political Action Conference, émanation de l’American Conservative Union créée en 1964.

La CPAC vient de tenir une convention remarquablement relayée sur internet. Cette convention a été, du 18 au 20 février, une synthèse de toutes les idées qui agitent la droite américaine, y compris les plus délirantes, les plus infamantes et les plus violentes. Elles sont cultivées par les groupes de haine, endémiques dans ce pays.
La CPAC est le point de convergence entre les politiciens les plus radicaux du parti républicain, les relais médiatiques des ultra-libéraux – un des animateurs de la conférence de février était Glenn Beck, de Fox News Channel – et les groupes activistes comme les Oath Keepers.
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Photo prise en mars 2009 dans l'Utah par KM Cannon pour le Las Vegas Review peu après la fondation du mouvement des Gardiens du Serment.

En lien direct avec l’épicentre idéologique et financier, Fox News Channel et ses trois talk shows les plus virulents (1) permettent de suivre la radicalisation du discours conservateur. Les gens de Fox ne sont pas les seuls contempteurs de l’administration Obama. L’homme de radio Rush Limbaugh avait animé la précédente convention de la CAPC et il a été à l’origine des premières manifestations anti-Obama, qui allaient inspirer le Tea Party.

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Précisément, Fox News Channel accorde une attention particulière au mouvement Tea Party d’opposition à la politique de Barak Obama.

C’est par ailleurs sur Fox News Channel, dans l’émission de Bill O’Reilly, qu’est intervenu le 18 février Stewart Rhodes fondateur des « Oath Keepers ». Cette organisation s’efforce de rassembler des anciens combattants, des militaires en activité, ainsi que des policiers. Le fait de s’adresser de préférence à des personnes armées et habituées au maniement des armes explique que cette organisation puisse être considérée comme une milice extrémiste. Bien qu’ils se défendent de vouloir attenter aux institutions républicaines, les « Oath Keepers » prônent la désobéissance à l’Etat fédéral, auquel ils prêtent des intentions qui relèvent parfois des théories du complot.

L’épicentre, son relais médiatique et le groupe le plus significatif étant identifiés, il faut évidemment s’abonner à tous les fils RSS, toutes les alertes par courriels, toutes les lettres d’informations proposés par les trois sources primaires.

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Le logiciel The Brain cartographie des thèmes de recherche sur le web et hors-ligne. Les liens entre ces thèmes étant établis, il est possible de densifier la carte avec des adresses URL, des documents textuels et visuels et de les annoter.

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Cette observation attentive gagne à être complétée par des abonnements à toutes les organisations – sources secondaires - qui, aux Etats-Unis, surveillent de près la vie politique, les groupes activistes,comme le Southern Povert Law Center et les médias, comme Medias matters for America ou FAIR.

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Ce dessin essaie de concilier les notions d'instantanéité et de volume. Les cercles les plus sombres représentent les sources les plus rapides par ordre décroissant. Les cercles les plus amples représentent les volumes.

Principal apport de Twitter Tea_Republicain_twitter.jpgdans ce dispositif: dès que je me suis abonné à une des organisations de la droite, plusieurs de leurs membres se sont abonnés à mon propre fil de tweets. Je pourrais les contacter pour obtenir des témoignages personnalisés.

La veille conçue et construite comme une investigation proactive devient opérationnelle quand elle permet, grâce aux liens et à la documentation accumulés, de créer une visualisation du phénomène global.

Veille_droite_us_Brain_3.jpg
Dans le cas de résurgence de l’extrême droite activiste aux Etats-Unis, la tâche consiste à montrer les liens éventuels entre les sources primaires Veille_droite_Storm_front_logo.jpget d’autres groupes plus ou moins périphériquescomme les birthers, les truthistes, les néo confédérés, les suprématistes, et autres fragments d’un fondamentalisme difficile à décrire.
On y trouve en effet des croyances religieuses, des convictions libertariennes (2), des postures politiques ou vénales, souvent entremêlées, parfois violemment antagonistes.

Quatre exploitations possibles

L’exploitation professionnelle d’un tel dispositif dépend de l’idée que chaque journaliste se fait de son métier.

  • Il ou elle peut avoir envie, ou besoin, de se faire remarquer en publiant une enquête relativement inédite, affectée d’une dimension prémonitoire plus ou moins accentuée.
  • Il ou elle peut simplement vouloir se tenir prêt(e) à enrichir le traitement d’évènements prévus ou soudains. Il est intéressant, dans cette configuration, de se doter le dispositif de veille d’un outil de pilotage organisé autour de trois séquences qui séparent le possible, le plausible, le probable.

Plus les singularités s’accumulent dans la deuxième et surtout dans la troisième séquence, plus la veille doit être intensifiée et densifiée. Avec le risque d’un biais journalistique peu connu : le « wishfull searching », investigation faussée par une veille tellement ciblée qu’elle en devient sélective et ne collecte plus que certains signaux.

Veille_droite_US_possible_plausible_probable.jpg

Dans la perspective d’un investigation proactive, l’observation des singularités annonciatrices d’une émergence doit prêter une attention particulières aux résonances, c'est-à-dire aux rencontres parfaitement adéquates entre deux singularités de même nature ou s'inscrivant dans une même dynamique. Il y a, ainsi une résonance entre la résurrection de groupes activistes potentiellement violents et la radicalisation du discours de la droite.

  • Si rien ne se passe, c'est à dire si une accumulation de singularités n'engendre aucune situation émergente, la veille pro-active aura servi à amasser une énorme documentation sur la sélection du prochain candidat républicain à l'élection présidentielle et à acquérir une bonne connaissance de la droite américaine.
  • Quatrième exploitation possible: vérification d’un dispositif de veille. C’est d’ailleurs le sens de ce billet.


Veille_droite_Projet_912_serpent_logo.jpg

1) « The O’Reilly Factor », « Glenn Beck », « Hannity »
2) Les réseaux libertariens français sont désormais repérables sur Facebook.

RESSOURCES
La carte de la haine aux Etats-Unis
Le fondateur des Oath keepers sur Fox News Channel
Diaporama sur les Oath Keepers dans l'Utah
Les Tea Part patriots
Les birthers
Les truthers
Les suprematists
Les borderers
Freedom works
First patriots
Teapublicain

mardi 16 février 2010

JO de Vancouver: le rich media concentré du New York Times

Kim_Yu-Na_tryptique.jpg

Dédié aux réalisations et aux solutions d'enrichissement des contenus informatifs, le blog Hypermedias analyse le travail exemplaire des équipes du New York Times en ligne: photos, vidéo, animations électroniques dans une même interface avec du son bien ajusté et un texte réduit à sa plus simple expression, la plus performante sur le web.

jeudi 4 février 2010

Yammer, le micro blogging (presque) idéal pour les rédactions

Yammer_petit_logo_gauche.JPGL'avenir du journalisme se joue en grande partie sur l'enrichissement des contenus et sur l'appropriation, par les professionnels de l'information, des outils susceptibles de revaloriser leur métier (1).

Certains de ces outils se prêtent à des transformations radicales des méthodes de travail. C'est le cas de Yammer, plateforme de micro-blogging inspirée de Twitter.

Yammer_barre_navig_entreprise.JPG
Comme le célèbre espace gazouillant à 140 caractères par message, Yammer permet aux salariés d'échanger des messages courts, hors courriels, au sein d'un réseau privé sécurisé.

Gains de productivité: ils échangent non pas sur ce qui les émeut ou sur ce qui pourrait les mettre en valeur - le bruit qui brouille le signal sur Twitter - mais sur l'état d'avancement de leurs tâches respectives.

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C'est donc un vrai réseau social d'entreprise avec profiles des salariés précisant fonctions et expertises, espaces de discussions, groupes constitués par services ou projets, bases de connaissances pour savoir, par des nuages de mots, ce qui s'est dit sur différents sujets d'intérêt collectif.
Des images peuvent compléter les messages textuels.
Chaque salarié peut se connecter à la plateforme par un terminal nomade.

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Contrairement à Twitter, Yammer a un vrai modèle économique.
Les investisseurs se bousculent d'ailleurs pour financer le développement du produit.
Plus de 10.000 entreprises totalisant 60.000 salariés dans le monde utilisent ce service aux tarifs ajustés : gratuit pour les particuliers, 1 dollar par mois et par utilisateur, 3 à 5 dollars par salariés selon les fonctionnalités qu'une entreprise souhaite ajouter à la prestation de base.
Les premières rentrées d'argent ont été fournies par 200 entreprises qui ont choisi Yammer pour leur 4000 salariés. Parmi elles, la BBC et 500 utilisateurs, la compagnie espagnole Telefonica et les 350 ingénieurs de son centre de Recherche et Développement.

Adaptations faciles aux nouveaux impératifs des rédactions

Yammer_liste_groupes.jpg
Il ne manque pas grand chose à Yammer pour devenir l'outil idéal de travail collaboratif au service d'une rédaction réactive.

La nécessaire polyvalence des journalistes exige que chacun sache, en temps réel, qui peut faire quoi, à quel niveau d'expertise ou de simple compétence, dans les différents domaines du journalisme actuel: veille, collecte dont évidemment reportages sur le train, vérification des faits, traitement c'est à dire structuration de l'information, modalités de diffusion.

Echanges continus d'informations utiles

Les essaims d'expertises et de compétences qui convergent sur un évènement urgent ou sur une lourde réalisation en rich media doivent impérativement être soudés par des échanges continus d'informations opérationnelles, des requêtes et des réponses instantanées.

Au même titre que Jamespot pour les revues de presse et réflexions partagées, Yammer mérite des tests purement journalistiques en marge des développements qui se concoctent dans la start up californienne.

1) Selon un universitaire qui travaille sur la sociologie des médias, une journaliste appartenant au Syndicat National des Journalistes aurait déclaré en substance :" En maîtrisant les nouveaux outils de collecte et de traitement de l'actualité, nous pourrions devenir aussi puissants et incontournables que le Syndicat du Livre, naguère dans la presse écrite." Bien vu, chère consoeur inconnue: la polyvalence des journalistes opérant avec et/ou sur le web est la meilleure manière de lutter contre le déclassement.

jeudi 21 janvier 2010

La presse hexagonale regarde passer l' innovation technologique

Les dirigeants de "la presse en crise" devraient tressaillir de joie en apprenant que Steve Jobs, patron d'Apple, se propose de "reconfigurer le modèle économique de l'édition, de l'information et de la vidéo" (Source: Wall Street Journal du 21 janvier)

Steve Jobs fait allusion à la mise au point et à la présentation imminente d'une tablette électronique susceptible d'accueillir toutes sortes de contenus numériques, à usage familial et scolaire, principalement mais pas uniquement.

L'objet entre en compétition frontale avec le lecteur électronique Kindle d'Amazon. Amazon a noué des partenariats avec des éditeurs de livres. Apple est en négociation avec d'autres éditeurs et avec de grands groupes de presse, dont celui de Ruppert Murdoch - le magnat qui veut en finir avec le "tout est gratuit" sur le web - et celui du New York Times. Amazon vient d'annoncer- ce jeudi soir heure française - que son Kindle va être rapidement amélioré afin de s'ouvrir à une plus grande diversité de contenus,, réponse directe à l'annonce de Steve Jobs.

La bagarre technologique sera âpre, comme le furent les affrontements sur les protocoles, les normes, les formats, les standards liés à chaque grande innovation technologique. Puis les surenchères s'atténueront. Les innovations se stabiliseront. Les usagers désigneront les meilleurs produits, les meilleurs services.

S'agissant des tablettes et des lecteurs, il y en aura peut-être deux types de produits, correspondant à des usages différents.

En attendant l'issue de la confrontation entre Amazon et Apple, les lecteurs électroniques se vendent plutôt bien aux Etats-Unis. Ils suscitent en France le même scepticisme que celui d'un premier ministre, devenu blogueur par la suite et qui avait décrété, en 1997, que le web n'était qu'une mode américaine passagère. Face aux lecteurs et tablettes électroniques, "Gadgets !", gloussent les sceptiques de ce côté-ci de l'Atlantique.

Vision et agilité

Mais, justement, Apple ne fait pas dans le gadget. Son patron, Steve Jobs, est un monsieur qui a transformé une firme moribonde en premier distributeur mondial de musique et en acteur décisif de la téléphonie mobile, tout en continuant à concevoir des ordinateurs très performants.
Agilité industrielle par compréhension de ce que les usagers attendent.
Steve Jobs, c'est surtout quelqu'un qui a ce qui manque le plus aux managers produits par la consanguinité du capitalisme franchouillard: une vision stratégique.
Il positionne la créativité de son entreprise entre les producteurs de contenus à forte valeur ajoutée et les usagers prêts à payer cette valeur ajoutée, pourvu que ce ne soit pas trop cher et simple, "convenient".
Ce positionnement, c'est exactement ce qui manque à "la presse en crise" pour sortir du marasme où elle s'est enfoncée toute seule.

Comme des bovins près d'une voie ferrée

Depuis les débuts de la numérisation massive, les industries françaises de contenus - musique, presse, édition, vidéo - regardent passer les innovations en ruminant de l'anti-américanisme primaire et en gémissant sur l'indifférence que les audiences - le peuple, en somme - osent manifester à l'égard de leur offre fade et monotone.
Elles ont contribué au torpillage du réseau français Cyclades qui, en 1978, intéressait énormément les pionniers américains d'internet (1).
Elles n'ont pas vu arriver le CD audio, donc le DVD, preuves palpables que tout est numérisable.
Elles n'ont pas vu arriver l'ADSL.
Elles n'ont pas vu arriver le MP3.
Elles n'ont rien compris à Napster.
Elles n'ont pas vu arriver Google.
Elles n'ont pas vu arriver Youtube.
Elles ne voient pas ce qu'auraient pu leur apporter les lecteurs et tablettes électroniques.

Le_paradis_des_medias.jpg

Et pendant que des journalistes twitteurs twittent leurs insignifiances rabougries (2), leurs patrons ineptes mendient des subventions au pouvoir politique en place.
Seuls les jeunes et futurs journalistes peuvent régénérer l'information franchouillarde en s'assurant la maîtrise des outils et des méthodes pour valoriser les contenus, donc leur travail.

Voir sur ce thème:
- La crise des quotidiens est parfaitement logique.
- Phénomènes émergents dans la consommation de l'information.

1) En 1978-79, une délégation représentant les pionniers américains d'internet est venue rencontrer en France Louis Pouzin qui avait mis au point le réseau "Cyclades" de communication par paquets, dispositif qui était en avance sur certaines technologies américaines de l'époque. Le but était d'avancer ensemble.
Je tiens de Vinton Cerf, un des cinq créateurs d'internet, une version de cette tentative de collaboration transatlantique pour accélérer l'émergence du réseau des réseaux.
Mais, durant cette période, le pouvoir politique incarné par Valéry Giscard d'Estaing, Raymond Barre et Norbert Segard, ministre des Postes et des Télécommunications, a décidé de saborder le réseau "Cyclades" pour ne pas permettre à un réseau décentralisé - c'est à dire peu contrôlable - de diffuser des contenus qui auraient pu porter préjudice à la presse écrite.
Je tiens cette explications de deux anciens cadres supérieurs de la DGT (Direction Générale des Télécommunications) qui m'ont précisé ceci: "Le pouvoir tenait à rester en bons termes avec la presse nationale et régionale entre les législatives de 1978 et l'élection présidentielle de 1981". Voilà pourquoi les Français se sont vus infliger le minitel, système insupportable mais centralisé, donc contrôlable.

2) J'attends le tweet de mon journaliste twitteur préféré: "ya séisme en Haïti Oh lalalala" (Voir le billet du 6 janvier)

vendredi 15 janvier 2010

Haïti: le rich media pour mieux comprendre les causes profondes

Le nombre exceptionnellement élevé de morts et de blessés est la principale caractéristique de la catastrophe survenue en Haïti.

Cette dimension n'a pas été mieux expliquée, jusqu'à présent, que par le reportage réalisé en ''rich media'' par deux journalistes indépendants, Jean Abbiateci et Julien Tack.

Avec leur argent personnel et en utilisant intelligemment toutes les ressources du web, les deux reporters ont passé trois semaines sur place pour dévoiler de manière quasiment prémonitoire les causes structurelles du bilan humain:

Haiti_texte.jpg
Alors que les médias linéaires traditionnels - radios et télévisions, notamment - se répètent de manière émotive et superficielle ou s'excitent bizarrement sur les "performances" des seuls sauveteurs français, comme si la tragédie était un terrain de compétition entre les équipes françaises et américaines, l'approche en rich media journalistique décompose la situation complexe d'Haïti en unités de sens qui, très bien documentées et remarquablement illustrées, donnent de la profondeur et de la densité à l'actualité.

Haiti_photo.jpg Photo Julien Tack

On ne comprend pas pourquoi il y a eu tant de victimes si on n'est pas entré dans le reportage de Jean Abbiateci et Julien Tack.
Reportage auquel j'ai consacré plusieurs billets ici et ici et qui justifie un chapitre entier dans mon livre "Communiquer en rich media". En l'occurrence un dialogue avec Jean Abbiateci, l'un des deux auteurs sur les conditions de réalisation de l'enquête.

mercredi 6 janvier 2010

Twitter et la valeur ajoutée de l'information en ligne

Etudiant à l'Ecole de journalisme de Grenoble, Sina Mirabdolbaghi me questionne sur les usages journalistiques de Twitter pour l'Observatoire du Journalisme sur Internet.

Journalisme_info_bandeau.jpg

L'entretien vient d'être mis en ligne à cette adresse.

Une étudiante de l'IFP de Paris m'interroge sur le modèle économique de la presse en ligne et sur les évolutions possibles du métier de journaliste.

Valeur ajoutée et modèle économique

C'est l'occasion d'amorcer une réflexion sur certains comportements journalistiques face aux défis que doit relever l'industrie de l'information.

  • Parmi ces défis, l'adaptation du modèle économique des organes de presse suppose que certains contenus soient payants. Sauf, évidemment, à mendier des subsides au pouvoir politique en place.

  • Pour que des contenus soient payants (et payés, c'est à dire achetés) ils doivent comporter une valeur ajoutée (1) qui justifie le prix à acquitter pour les consulter.

  • Dans le frénétique engouement d'une partie de la profession journalistique pour Twitter, les gourous prosélytes de la twittosphère médiatique vont bien au-delà de l'affirmation ridicule du "Monde" selon laquelle "Twitter est une agence de presse".


Twitter_agence_de_presse.jpg

C'est, brâment-ils, le médium incontournable et définitif de notre temps, l'horizon indépassable des professionnels de l'information.
Et de proposer par exemple, à propos d'un match de football, le "contenu" journalistique que voici::

Twitter_match.jpg
Questions: quelle est la valeur ajoutée de ce contenu journalistique ? Qui est prêt à payer pour lire cela ? Le même journaliste qui a publié cela vivra-t-il des subsides que lui octroie le pouvoir politique en place ?

Le culte suicidaire de la futilité twitterisée

Une autre manière de dévaloriser l'information en ligne consiste à ne retenir du web en général et de Twitter en particulier que les futilités, les insignifiances.Bruit_du_net_logo.jpg
C'est à quoi s'adonne méthodiquement "Le bruit du net" sur France Info.
Il n' y est question que de "buzz", de "people", de blagues bien grasses et de factoïdes insipides, le tout énoncé - le matin notamment - avec la fatuité du blaireau "qui en sait beaucoup plus mais qui ne veut pas tout dire maintenant".

Cette posture journalistique a une origine idéologique et une conséquence corporatiste:

- L'origine idéologique: Le web est un gisement de données, d'informations et de documentation que ne peuvent contrôler ni les intellectuels "chiens de garde" de l'ordre établi ni surtout les hiérarques et leurs minables chefaillons chargés de veiller sur la conformité, c'est à dire le conformisme, de l'information (= surtout, être dans le ton général ). La caporalisation des "petits soldats de l'actu" et le formatage des contenus journalistiques supposent que le web soit écarté des sources qui échappent à une hiérarchie aussi vieille que veule.

Ben Laden ou Britney Spears

En 1998, quand j'ai créé le "Journal du web" sur LCI, j'y ai systématiquement diffusé des informations internationales ou économiques qui n'étaient pas encore dans l'AFP. Par exemple, les premières tentatives d'attentats de masse aux Etats-Unis, pendant la nuit de la Saint-Sylvestre 1999-2000, à Times Square et à Las Vegas, puis les premières photos de Ben Laden recherché par le FBI après cette opération manquée. Le directeur de l'information de l'époque (l'inoubliable Jean-Claude Dassier) m'a ordonné de ne plus extraire des informations sérieuses du web, seulement des anecdotes drôles sur les personnalités connues. Par exemple, a-t-il aboyé, pourquoi n'as-tu pas parlé du site qui vend aux enchères une petite culotte de Britney Spears ?
C'est, douze ans plus tard, la ligne éditoriale de l'émission de France Info qui se pâme, entre autres débilités qu'elle met en valeur, sur le fait qu'une présentatrice de télévision aurait montré son genou (çà, c'est le factuel de l'info, coco), afin (attention, voici l'analyse de l'évènement) "de défier ses jeunes concurrentes"...
France Info a déjà pas mal donné dans le futile. "Le bruit du net" l'y enfonce avec une délectation masochiste.

- La conséquence corporatiste: Selon l'idéologie journalistique du "web insignifiant" - idéologie qui est fondamentalement technophobe sous une apparence "geek" - "le web est un truc d'adolescents ou de jeunes adultes immatures". Et, de toutes façons, "le grand public est con par définition; donc il faut lui balancer des conneries." (Sentence entendue des centaines de fois dans les conférences de rédactions).

Prendre les lecteurs, les auditeurs, les téléspectateurs, les internautes pour des imbéciles parce qu'ils sont vus comme une "masse" est une des causes profondes de la "crise de la presse", laquelle a commencé bien avant internet.
A force de mépriser les gens auxquels on s'adresse, ils s'en vont.
Exploiter le web comme la source privilégiée des futilités pour auditeurs crétins , c'est dévaluer une profession déjà discréditée: on n'a pas besoin de journalistes pour parler du "buzz" et des "people".

Au fait... Il n'est plus beaucoup question de journalistes-citoyens. Perdus de vue ? Plus à la mode ? Déjà ?

1) La valeur ajoutée d'une information résulte de son caractère non substituable (on ne la trouve pas ailleurs que dans l'organe qui la propose) et elle fait l'objet d'un traitement élaboré en rich media sur le web, dans une approche textuelle et graphique exigeante comme celle du trimestriel XXI, dans des réalisations radiophoniques somptueuses comme celles de certains magazines de France Culture, par un gros travail de préparation, un style, un ton de questionnements singuliers comme chez Philippe Vandel sur France Info).

dimanche 22 novembre 2009

Philippe Vandel régénère l'interview radiophonique

Depuis juillet 2009, Philippe Vandel incarne une des deux bonnes suprises (1) de France Info.
"Tout et son contraire" installe sur la chaîne du service public une manière originale et pertinente de questionner.

Un genre très difficile

Entretien, conversation, questionnement...Les termes couramment employés pour désigner l'objet journalistique entretiennent un flou sémantique, une instabilité conceptuelle, sur la nature exacte de cette vieille pratique professionnelle.
- Un entretien peut consister en échanges d'arguments sans qu'il soit besoin d'interroger l'interlocuteur.
- Une conversation n'est pas forcément destinée à obtenir une révélation ou une précision.
- Le questionnement peut être intériorisé; un journaliste qui ne se pose pas de questions sur ce qu'il va collecter, dire ou écrire est en grand danger de nullité.

Même dans sa formulation anglicisée, l'art de poser les bonnes questions relève des plus hautes compétences - une véritable expertise - dans l'industrie de l'information:
- Il faut avoir une "vision" des sujets à traiter c'est à dire une culture vaste et profonde.
- Il faut savoir ce que l'on cherche tout en préservant une faculté d'étonnement. Cette faculté rare ne peut venir que d'une curiosité boulimique et d'une disponibilité intellectuelle qui s'apparente à fraîcheur d'esprit, différente de la naïveté.
- Il faut avoir, aussi et surtout, une structure mentale suffisamment rigoureuse pour ne pas se contenter de réponses esquivées ou de grossiers mensonges.
- Et puis, il y a le positionnement journalistique: faire semblant de ne pas savoir pour se rapprocher d'un auditoire supposé ignorant ou rivaliser avec l'interlocuteur au risque de valoriser excessivement le journaliste...

Un genre très galvaudé

Le fait que tous les journalistes, notamment dans l'audiovisuel, aient été admis à poser des questions à des "invités" a dévoyé ce genre noble.
- Certains se discréditent en parlant avec un réalisateur d'un film qu'ils n'ont pas vu.
- Presque tous posent les questions qu'on leur a suggéré de poser ou se contentent de "ramener du son" sans se préoccuper du contenu.
- Dans certaines chroniques radiophoniques nécrosées, le remplissage par interviews sans curiosité relève de l'escroquerie intellectuelle.
- Beaucoup ne posent que des questions de connivence qui appellent automatiquement des réponses au service exclusif de la promotion du personnage ou du produit (2).
- Quelques uns ne cherchent qu'à obtenir des réponses susceptibles de "faire"de la reprise" dans la presse écrite.
- Rares sont les journalistes qui, comme ceux de la vieille école des années soixante-dix, osent encore se comporter en "justiciers" en confondant l'interrogatoire et le questionnement. L'inculture étant devenue une norme professionnelle, les "petits soldats de l'info" ont peur de "s'en prendre plein la figure".
Dans les années quatre-vingt a été inventé par et pour les obséquieux les fausses hésitations qui, chez les journalistes paresseux et incultes, fonctionnent comme un signal subliminal, un message codé, de soumission aux "invités".
- Plus récemment, la fainéantise télévisuelle a installé le "journaliste" animateur de cacophonies absconses dans la posture du patron du café du Commerce accoudé sur son zinc et qui cherche à se faire valoir auprès d'une clientèle hébétée. Comme cet épais questionneur télévisuel qui caricature le droit de suite: "Attendez ! Là, je vous arrête ! J'ai bien entendu qu'il va pleuvoir. Donc, vous êtes en train de nous dire que des gouttes d'eau vont tomber du ciel vers le sol ? C'est bien çà ?"

Gros travail de préparation

Par la qualité de la préparation, par les angles qu'il choisit, par la tonalité qu'il instaure Philippe Vandel appartient, lui, à la caste dépeuplée des grands intervieweurs. Caste au sommet de laquelle trône toujours James Lipton, insurpassable maître de cérémonies de l'émission télévisée "Actors Studio".

Les liens qualitatifs entre Vandel et Lipton ne sont pas évidents.
- D'abord parce que Vandel n'est pas de la génération Lipton (qui, lui, se réfère curieusement à Bernard Pivot).
- Ensuite parce que le format télévisuel d'Actors Studio n'a rien à voir avec celui de la chronique radiophonique "Tout et son contraire".
- Enfin parce que le registre de Lipton est concentré sur les plus grands acteurs du Septième Art alors que les interviews de Vandel ont une thématique beaucoup plus ouverte, ce qui implique moins de rituel et une plus grande diversité d'approches.
Au-delà de ces différences flagrantes, la filiation Lipton-Vandel apparaît dans le plaisir que le téléspectateur dans un cas, l'auditeur dans l'autre cas, ressentent à l'écoute des réponses.
Il suffit de chercher à comprendre pourquoi on éprouve ce plaisir à l'écoute des réponses obtenues par Philippe Vandel pour découvrir que, comme chez Lipton, il y a de la culture, du travail en amont et en aval (au montage notamment), un positionnement journalistique original, une vraie fraîcheur d'esprit.

Il importe peu de savoir si le questionneur le plus stimulant de France Info a lui-même rassemblé sa documentation ou s'il dispose d'un(e) extraordinaire documentaliste. Le fait est qu'il connaît parfaitement les sujets dont il veut faire parler ses interlocuteurs.


Philippe Vandel (20 secondes)

Quand il évoque Bourdieu avec le philosophe Michel Onfray, Philippe Vandel ne s'est manifestement pas contenté de parcourir le communiqué de presse de la maison d'édition ou la quatrième de couverture d'un livre .

Un angle original

Le positionnement de ses quatre rendez-vous quotidiens (3) consiste, non pas à faire croire qu'il va obtenir des révélations inédites, mais à supposer que ses auditeurs savent - ou croient savoir - un certain nombre de choses, et à les vérifier. C'est souvent à la faveur de ces vérifications que la personne interrogée corrige ou confirme, en ajoutant souvent des éléments qui, pour le coup, sont vraiment inédits.


Philippe Vandel (5 secondes)

"Tout et son contraire" n'est pas une instance de consécration médiatique, c'est une actualisation fine des réputations médiatiques. Opération effectuée par petites touches bien ajustées de précisions biographiques.

Modestie et curiosité

Enfin, il y a une tonalité. Elle se fonde sur une modestie spontanée qui le place sans démagogie du côté de ses auditeurs. Quand il s'exclame: " Ah tiens ! Je ne le savais pas..;", il ne flatte pas l'ignorance supposée de ceux qui l'écoutent.


Philippe Vandel (12 secondes)

La tonalité Vandel, c'est surtout la curiosité. Si elle est feinte, elle est bien jouée. En tous cas, elle fonctionne admirablement.
Aucune connivence douteuse, aucune agressivité artificielle. Juste des inflexions enjouées qui véhiculent un singulier mélange de spontanéité et de rouerie. L'auditeur partage cette envie un peu goguenarde de savoir. Et quand le questionneur insiste, c'est avec une fausse naïveté tellement convaincante, mais au fond très exigeante, que la personne en face ne peut pas résister. Même les réponses sèches des interlocuteurs coriaces contribuent à la spontanéité de l'interview; Ce que Philippe Vandel a bien compris lorsqu'il travaille sur le montage.


Philippe Vandel (12 secondes)

La récompense du bon intervieweur, c'est une réponse comme celle-ci:


Etienne Daho (3 secondes)

Ou comme celle-ci:


Philippe Vandel avec le philosophe Michel Onfray (7 secondes)

(1) Les autres instants de bonheur offerts par France Info sont les chroniques "Il était une mauvaise foi" du génial Jean-Pierre Gauffre, le seul héritier spirituel de Pierre Desproges.

(2) Prenant la défense de Laurent Bignolas qui prétendait interroger Albert Dupontel sur son film "Le vilain", après avoir déclaré qu'il n'avait pas vu ce film, Frédéric Taddei a ouvertement légitimé, lundi sur France 3, le fait qu'un journaliste puisse poser des questions "ouvertes" afin que "l'invité" puisse faire sa propre promotion. C'est la première fois qu'un animateur reconnaît publiquement la pratique des "interviews promotionnels". Sur une chaîne du service public.

(3) Du lundi au vendredi à 6h20, 9h40, 11h10, 13h40, 15h10, 17h10, 22h20 et 23h50.

lundi 16 novembre 2009

"Communiquer en rich media" à partir d'aujourd'hui en librairie

Couverture_jpeg_.jpg

Voici le sommaire de mon ouvrage publié par les éditions du CFPJ:

35, rue du Louvre 75002 Paris

Plusieurs études de cas proviennent de billets publiés sur ce blog.
Les chapitres 9 et 10 sont constitués de conversations avec certains visiteurs de journalistiques.fr et à partir des commentaires qui ont enrichi mes billets.
Que ces visiteurs soient ici remerciés.

Ce livre est prolongé et sera actualisé sur un blog dédié:

http://www.hypermedia.vox.com

Les découvertes et réflexions sur le rich media seront désormais publiées sur hypermedia.vox.com

La "rétro-prospective" qui est à l'origine du livre

Chapitre_1_Figure_1.jpg
A partir du moment où tous les contenus sont devenus numérisables (1982), dès lors que les contenus numérisés pouvaient être compressés (1995) et puisque les débits augmentaient (1997), le mode texte aurait dû être considérablement réduit et le rich media aurait dû devenir le principal mode d'expression du web. Il n'est pas trop tard.

Introduction: Enrichir les contenus
Avant- propos:Manuel de formation et conduite de projet

Chapitre 1: Les modes d’expression
Le texte
Les sons
Les images fixes
Les images animées
Les liens
Etudes de cas :
1.1 – « Geo Webreportage », modèle de magazine en rich media
1.2 – « MySpace » ou le prêt-à-porter du rich media
1.3 - «Quand la France s’ennuie », de Pierre Viansson-Ponté
1.4 - «Lulu », de Yann Paranthoën
1.5 - «La route de la faim », de Jean Abbiateci et Julien Tack
1.6 - Margaret Thatcher « corrigée » par un logiciel
1.7 – Les auditeurs voient les acteurs
1.8 – Liens hypertexte, le long cheminement d’une intuition fulgurante

Arbre_TSIFIAL.jpg

Chapitre 2: Les évènements
Morphologie de l’évènement
Anatomie de l’évènement
La subsidiarité
Etudes de cas :
2.1- La crise du crédit selon le « Financial Times »
2.2 – « Flyp », un magazine multimédia à feuilleter

 Chapitre 3: Les outils de collecte
Moteurs de recherche, annuaires et bases de données
Magnétophones et micros
Appareils photographiques
Caméscopes
Téléphones nomades multimédias
Etudes de cas :
3.1 – Un procès dans le Kansas
3.2 – Vers l’appareil hybride convaincant
3.3 – Un dispositif Nokia-Reuters de rich media nomade

Chapitre 4: La collecte
Accumuler les bonnes données textuelles
Prélever des sons propres et utiles
Une image fixe vaut parfois mieux qu’une vidéo
Etudes de cas :
4.1 – Trois collecteurs pour le diaporama de « La Gazette Santé Social »%%% 4.2 - Le « New York Times » et la catastrophe aérienne de Buffalo
4.3 – Un diaporama de l’Indy Star contourne une interdiction de filmer

Chapitre_5_Figure_5.16.jpg

Chapitre 5: Les outils de traitement
Les traitements de texte
Montage et mixage des sons
Un atelier pour images fixes
Mise en forme de séquences vidéo
Déployer des liens

Chapitre 6: Traitement et structuration
Nécessité d’un inventaire sélectif
Dosage entre linéarité et modularité
Le plan de travail
Un son par idée, une idée par son
Rendre les images fixes plus productives
Muscler le texte
Hiérarchiser les liens
Etudes de cas :
6.1 – Un évènement hyperlocal en rich media
6.2 – La métaphore fluviale au Festival Ching Ming
6.3 – Quatre heures de travail pour une minute de vidéo
6.4 – Rythmer un montage
6.5 – L’avion qui se cabre et se retourne
6.7 – Diaporama sur un colloque
6.8 – Le grand chantier journalistique des données publiques
6.9 – « Ushahidi », plateforme de témoignages en temps réel
6.10 – Les relations de lobbying au Congrès des Etats-Unis
6.11 –La hiérarchie des liens dans un article du New York Times

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Chapitre 7: Polyvalence et travail en essaims
L’expertise, c’est la responsabilité
L’atout du développeur
Compétences plurielles
Les bonnes connaissances
Nécessité d’un protocole éditorial
Apprentissages productifs
Bricolages inventifs
Etudes de cas :
7.1 – Un dispositif de collecte: trois personnes, huit modes d’expression
7.2 – Annoter des captures de pages web en mode collaboratif
7.3 – Problématiques des rédactions intégrées
7.4 – Echanges de savoir-faire

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Chapitre 8: Stratégies rich media
Enrichissement par agrégation continue
La diffusion multicanal
Régénérer la communication d’entreprise
Réduire les coûts de formation
Les nouvelles exigences de la publicité
Etudes de cas :
8.1 – Attractivité du « Washington Post » en période électorale
8.2 – Le « JT » par téléphone en Afrique du Sud
8.3 – Les lecteurs électroniques en compétition
8.4 – Trois chanteuses réunies par « L’Express »
8.5 – Un supplément ponctuel du « Monde »
8.6 – Le trimestriel « XXI » illustre la valeur ajoutée du papier
8.7 – « Les Dernières Nouvelles d’Alsace », quotidien pionnier
8.8 – Le rich media comme argumentaire commercial

Chapitre 9: Un reportage exemplaire
Les intentions
Le déroulement
Le résultat final
Investissements en temps et en argent

Chapitre 10: Questions et réponses
Points de vue d’internautes
Points de vue de journalistes
Quels développements?
Sur l’information et le journalisme

lundi 9 novembre 2009

Une profession discréditée aggrave son cas en se vautrant dans le ridicule

La crise d'hystérie berlinoise qui vient d'agiter frénétiquement le journalisme à la française a repoussé les limites du ridicule tout en dévoilant l'ignominie de l'arbitraire médiatique.

Le comble du grotesque a été atteint avec la mise en scène hypertrophiée d'un spectacle futile, sans intérêt, sans autre contenu que d'insipides lieux communs sur la Liberté. L'enflure des phrases rabâchées sans conviction ne parvenait pas à dissimuler le vide du propos.

Le spectacle navrant de la sous-culture journalistique

Cette pénible journée de ruminations aussi prétentieuses que bêtifiantes aura au moins eu le mérite de dévoiler le mécanisme pervers qui détruit la crédibilité de l'industrie hexagonale de l'information depuis décembre 1989 (affaire du faux charnier de Timisoara).
En imposant cette morne commémoration comme le principal fait d'actualité de ce 9 novembre 2009, les rédactions, notamment audiovisuelles, ont montré la dimension arbitraire de leur fonctionnement.
Ces rédactions ne songeaient en effet qu'à donner le spectacle narcissique de leur improbable rencontre avec l'Histoire; mais ce n'était qu'un simulacre de l'Histoire.
La réalité est que les journalistes ont écarté tous les autres sujet de leurs sommaires. A les entendre - notamment sur Radio-France - et à les voir - notamment sur les chaînes de télévision du service "public" - rien ne se serait produit dans le monde, hormis le spectacle navrant de la sous-culture journalistique en goguette à Berlin.

Les pitoyables décérébrés qui se comportaient à l'antenne comme si la France de 1989 avait libéré l'Allemagne de l'Est n'ont manifestement pas lu les mémoires des acteurs politiques de l'époque (1) et ne savent donc pas qu'Helmut Kohl a "trahi" son "ami" François Mitterrand en négociant directement avec Gorbatchev. Mitterrand qui venait d'ailleurs de déclarer sur France 3 que la réunification de l'Allemagne ne pourrait pas avoir lieu avant une donne dizaine d'années.(2)
Pendant ce temps, Kohl négociait un prêt à l'URSS et, mieux informée, Margaret Thatcher se rapprochait de Mitterrand pour essayer d'empêcher la réunification. Seul le président américain de l'époque était tenu au courant de ce qui se tramait entre Bonn et Moscou.
La France a été "cocufiée". C'est donc une vaniteuse cocue de l'Histoire que les journalistes hexagonaux ont célébré, sans le savoir, le 9 novembre 2009.

Une industrie de la diversion qui s'instrumentalise au service du pouvoir

Mais le commentaire 1 de Moktarama incite à examiner le fonctionnement des médias du service "public" sous l'angle de la diversion.
La construction médiatique de cette diversion n'avait qu'une utilité: essayer d'inscrire le pouvoir politique français dans l'Histoire. La France est éjectée de l'Histoire depuis très longtemps. L'actuel président ne s'y résout pas. Il construit un "ordre du jour" qui sert de conférence de rédaction et de sommaire aux journaux du service "public".

En acceptant l'agenda élyséen sans aucun discernement et sans aucune retenue, les journalistes de Radio France et de France Télévision se laissent instrumentaliser. Ils concoctent un écrin médiatique aux vanités du pouvoir en place. Ils détournent l'attention de leurs audiences vers les efforts désespérés que déploie le locataire de l'Elysée pour ne pas être éclipsé par un véritable acteur de l'Histoire en train de se faire - ma définition de l'actualité -, Barack Obama.

Les historiens de 2109 qui voudraient savoir ce qui s'était passé un siècle auparavant ne trouveraient dans les archives médiatiques de l'Hexagone que des gens sous la pluie et des speakerines maquillées comme des mémères endimanchées.

Privées d'informations pendant une journée entière, les audiences ont toutes les raisons de mépriser une profession qui se déshonore en oubliant à ce point que sa mission est de montrer, dans ce qui se passe, ce qui est décisif, ce qui est important, ce qui change le cours des choses. Les nouvelles, quoi.

1) Aux futurs et jeunes confrères qui ne se reconnaissent pas dans le journalisme à la française tel qu'il s'est exhibé à Berlin le 9 novembre 2009, je recommande la lecture des pages 71 à 86 du livre d'Hubert Védrine, "Face à l'hyper-puissance" (éditions Fayard). Hubert Védrine était un très proche collaborateur de François Mitterrand. Il a participé à la structuration de la politique franco-allemande. Il raconte très honnêtement ce qui s'est passé en novembre 1989. Par sa culture et son expérience, Hubert Védrine est un des personnages publics les plus estimables de la France actuelle. Raison pour laquelle les médias le consultent peu.

2) Cité par "Le monde électronique" du 11 novembre 2009, un journal suisse fournit des liens vers des sources officielles sur les méfiances françaises à l'égard de la réunification allemande.

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