L'avenir du journalisme se joue en
grande partie sur
l'enrichissement des contenus et sur l'appropriation, par les
professionnels de l'information, des outils susceptibles de revaloriser leur
métier (1).
Certains de ces outils se prêtent à des transformations radicales des méthodes
de travail. C'est le cas de Yammer, plateforme de micro-blogging
inspirée de Twitter.
Comme le célèbre espace gazouillant à 140 caractères par message, Yammer permet
aux salariés d'échanger des messages courts, hors courriels, au sein d'un
réseau privé sécurisé.
Gains de productivité: ils échangent non pas sur ce qui les émeut ou sur ce qui
pourrait les mettre en valeur - le bruit qui brouille le signal sur Twitter -
mais sur l'état d'avancement de leurs tâches respectives.

C'est donc un vrai réseau social d'entreprise avec profiles des salariés
précisant fonctions et expertises, espaces de discussions, groupes constitués
par services ou projets, bases de connaissances pour savoir, par des nuages de
mots, ce qui s'est dit sur différents sujets d'intérêt collectif.
Des images peuvent compléter les messages textuels.
Chaque salarié peut se connecter à la plateforme par un terminal nomade.

Contrairement à Twitter, Yammer a un vrai modèle économique.
Les investisseurs se bousculent d'ailleurs pour financer le
développement du produit.
Plus de 10.000 entreprises totalisant 60.000 salariés dans le monde utilisent
ce service aux tarifs ajustés : gratuit pour les particuliers, 1 dollar
par mois et par utilisateur, 3 à 5 dollars par salariés selon les
fonctionnalités qu'une entreprise souhaite ajouter à la prestation de
base.
Les premières rentrées d'argent ont été fournies par 200 entreprises qui ont
choisi Yammer pour leur 4000 salariés. Parmi elles, la BBC et 500 utilisateurs,
la compagnie espagnole Telefonica et les 350 ingénieurs de son centre de
Recherche et Développement.
Adaptations faciles aux nouveaux impératifs des
rédactions

Il ne manque pas grand chose à Yammer pour devenir l'outil idéal de travail
collaboratif au service d'une rédaction réactive.
La nécessaire polyvalence des journalistes exige que chacun sache, en temps
réel, qui peut faire quoi, à quel niveau d'expertise ou de simple compétence,
dans les différents domaines du journalisme actuel: veille, collecte dont
évidemment reportages sur le train, vérification des faits, traitement c'est à
dire structuration de l'information, modalités de diffusion.
Echanges continus d'informations utiles
Les essaims d'expertises et de compétences qui convergent sur un évènement
urgent ou sur une lourde réalisation en rich media doivent impérativement être
soudés par des échanges continus d'informations opérationnelles, des requêtes
et des réponses instantanées.
Au même titre que Jamespot
pour les revues de presse et réflexions partagées, Yammer mérite des tests
purement journalistiques en marge des développements qui se concoctent dans la
start up californienne.
1) Selon un universitaire qui travaille sur la sociologie des médias, une
journaliste appartenant au Syndicat National des Journalistes aurait déclaré en
substance :" En maîtrisant les nouveaux outils de collecte et de traitement de
l'actualité, nous pourrions devenir aussi puissants et incontournables que le
Syndicat du Livre, naguère dans la presse écrite." Bien vu, chère consoeur
inconnue: la polyvalence des journalistes opérant avec et/ou sur le web est la
meilleure manière de lutter contre le déclassement.





D'abord parce que ce sont les moyens de
communication électronique - rapides, faciles à utiliser et peu coûteux - qui
régénèrent l'information hyperlocale. Or ces mêmes moyens de communication font
partie de l'avenir du journalisme. Ensuite parce qu 'un investissement dans
l'actualité hyperlocale permet de collecter des ressources publicitaires auprès
d'annonceurs qui recherchent une communication géographiquement très ciblée.
Sur The Olympian, par exemple, un service de maintenance informatique s'adresse
aux PME et aux particuliers résidant autour de ce port situé au fond d'une baie
dans l'Etat de Washington. Enfin et surtout parce que le web favorise des
échanges équilibrés entre les citoyens journalistes et les journalistes
professionnels.
Il arrive que certaines informations
fournies par les amateurs soient reprises dans les versions imprimées des
journaux régionaux. Les nouvelles sont évidemment plus intéressantes mais moins
nombreuses et moins variées que dans la configuration précédente. Les
agrégations de blogs constituent des variantes de cette approche. 
La deuxième réflexion porte sur la
nécessité de réguler les contributions des citoyens journalistes, pas du tout
dans une attitude de condescendance de la part des professionnels à l'égard des
amateurs, mais parce que parmi les nouvelles compétences attendues du
journaliste à l'ère électronique figure celle qui consiste à "donner du sens"
aux faits massivement collectés et colportés. Il ne s'agit pas, là,
d'éditorialiser mais de faire apparaître les liens entre plusieurs faits
disparates.