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PRATIQUES PROFESSIONNELLES

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lundi 9 novembre 2009

Une profession discréditée aggrave son cas en se vautrant dans le ridicule

La crise d'hystérie berlinoise qui vient d'agiter frénétiquement le journalisme à la française a repoussé les limites du ridicule tout en dévoilant l'ignominie de l'arbitraire médiatique.

Le comble du grotesque a été atteint avec la mise en scène hypertrophiée d'un spectacle futile, sans intérêt, sans autre contenu que d'insipides lieux communs sur la Liberté. L'enflure des phrases rabâchées sans conviction ne parvenait pas à dissimuler le vide du propos.

Le spectacle navrant de la sous-culture journalistique

Cette pénible journée de ruminations aussi prétentieuses que bêtifiantes aura au moins eu le mérite de dévoiler le mécanisme pervers qui détruit la crédibilité de l'industrie hexagonale de l'information depuis décembre 1989 (affaire du faux charnier de Timisoara).
En imposant cette morne commémoration comme le principal fait d'actualité de ce 9 novembre 2009, les rédactions, notamment audiovisuelles, ont montré la dimension arbitraire de leur fonctionnement.
Ces rédactions ne songeaient en effet qu'à donner le spectacle narcissique de leur improbable rencontre avec l'Histoire; mais ce n'était qu'un simulacre de l'Histoire.
La réalité est que les journalistes ont écarté tous les autres sujet de leurs sommaires. A les entendre - notamment sur Radio-France - et à les voir - notamment sur les chaînes de télévision du service "public" - rien ne se serait produit dans le monde, hormis le spectacle navrant de la sous-culture journalistique en goguette à Berlin.

Les pitoyables décérébrés qui se comportaient à l'antenne comme si la France de 1989 avait libéré l'Allemagne de l'Est n'ont manifestement pas lu les mémoires des acteurs politiques de l'époque (1) et ne savent donc pas qu'Helmut Kohl a "trahi" son "ami" François Mitterrand en négociant directement avec Gorbatchev. Mitterrand qui venait d'ailleurs de déclarer sur France 3 que la réunification de l'Allemagne ne pourrait pas avoir lieu avant une donne dizaine d'années.(2)
Pendant ce temps, Kohl négociait un prêt à l'URSS et, mieux informée, Margaret Thatcher se rapprochait de Mitterrand pour essayer d'empêcher la réunification. Seul le président américain de l'époque était tenu au courant de ce qui se tramait entre Bonn et Moscou.
La France a été "cocufiée". C'est donc une vaniteuse cocue de l'Histoire que les journalistes hexagonaux ont célébré, sans le savoir, le 9 novembre 2009.

Une industrie de la diversion qui s'instrumentalise au service du pouvoir

Mais le commentaire 1 de Moktarama incite à examiner le fonctionnement des médias du service "public" sous l'angle de la diversion.
La construction médiatique de cette diversion n'avait qu'une utilité: essayer d'inscrire le pouvoir politique français dans l'Histoire. La France est éjectée de l'Histoire depuis très longtemps. L'actuel président ne s'y résout pas. Il construit un "ordre du jour" qui sert de conférence de rédaction et de sommaire aux journaux du service "public".

En acceptant l'agenda élyséen sans aucun discernement et sans aucune retenue, les journalistes de Radio France et de France Télévision se laissent instrumentaliser. Ils concoctent un écrin médiatique aux vanités du pouvoir en place. Ils détournent l'attention de leurs audiences vers les efforts désespérés que déploie le locataire de l'Elysée pour ne pas être éclipsé par un véritable acteur de l'Histoire en train de se faire - ma définition de l'actualité -, Barack Obama.

Les historiens de 2109 qui voudraient savoir ce qui s'était passé un siècle auparavant ne trouveraient dans les archives médiatiques de l'Hexagone que des gens sous la pluie et des speakerines maquillées comme des mémères endimanchées.

Privées d'informations pendant une journée entière, les audiences ont toutes les raisons de mépriser une profession qui se déshonore en oubliant à ce point que sa mission est de montrer, dans ce qui se passe, ce qui est décisif, ce qui est important, ce qui change le cours des choses. Les nouvelles, quoi.

1) Aux futurs et jeunes confrères qui ne se reconnaissent pas dans le journalisme à la française tel qu'il s'est exhibé à Berlin le 9 novembre 2009, je recommande la lecture des pages 71 à 86 du livre d'Hubert Védrine, "Face à l'hyper-puissance" (éditions Fayard). Hubert Védrine était un très proche collaborateur de François Mitterrand. Il a participé à la structuration de la politique franco-allemande. Il raconte très honnêtement ce qui s'est passé en novembre 1989. Par sa culture et son expérience, Hubert Védrine est un des personnages publics les plus estimables de la France actuelle. Raison pour laquelle les médias le consultent peu.

2) Cité par "Le monde électronique" du 11 novembre 2009, un journal suisse fournit des liens vers des sources officielles sur les méfiances françaises à l'égard de la réunification allemande.

vendredi 16 octobre 2009

Avis aux formateurs et appel à publications sur la formation

Maître de conférence à l'IUT de Lannion (Université de Rennes), Florence Le Cam cherche, pour ses étudiants en deuxième année du DUT journalisme, des vacataires capables d'assurer des modules hebdomadaires de collecte et de traitement de l'information en ligne, de la veille à la production éditoriale.

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Les semaines de formations théoriques, mais surtout pratiques se dérouleront entre fin janvier et début avril 2010.

C'est une excellente occasion pour les professionnels expérimentés d'assumer leur devoir éthique de transmission au profit des futurs journalistes.

Il paraît que ceux de Lannion sont particulièrement motivés.

Contacts
Les personnes intéressées peuvent prendre contact avec Florence Le Cam:
flecam@univ-rennes1.fr]
ou avec Philippe Gestin:
philippe.gestin@univ-rennes1.fr.

Couverture_apprendre_en_Bretagne.jpg

Réfléchir sur la formation des journalistes

Logo_Sur_le_Journalisme.jpgFlorence Le Cam est, par ailleurs, animatrice du Réseau d'Etude sur le Journalisme et rédactrice en chef adjointe des Cahiers du Journalisme. C'est à ce dernier titre qu'elle est intéressée par des contributions sur la formation des journalistes, thème de la prochaine livraison.

En cette passionnante période de mutations que traverse l'industrie de l'information, beaucoup d'universitaires et de journalistes ont sûrement des choses intéressantes à écrire dans une publication de haut niveauLes_cahiers_du_journalisme_typographie.jpg sur des thèmes aussi variés que les cursus pédagogiques initiaux, la formation continue ou en alternance, la formation interne des entreprises médiatiques, l'appropriation des innovations technologiques.

Les propositions scientifiques et professionnelles devront être envoyées, sous la forme d’un résumé d’environ 1.000 signes, le 1er décembre 2009.

Les articles complets seront envoyés le 1er février 2010.

Le dossier complet de l'appel à contributions est joint à ce billet, CDJ_AppelFormation_oct2009.pdfici.

vendredi 23 janvier 2009

Phénomènes émergents dans la consommation de l'information

Le groupe Ketchum (agences de relations publiques) et le Centre Annenberg (stratégies de communication) publient leur troisième étude "Mythes et réalités" des médias américains. Les habitudes de consommation des médias sont mesurées tous les deux ans sur 500 professionnels de la communication et 1000 internautes dont 200 considérés comme des "influenceurs".

Bien que les évolutions observées concernent la population américaine avec ses spécificités et bien qu'une partie de l'enquête se soit déroulée pendant une période électorale de forte appétence pour l'information, des phénomènes émergents retiennent l'attention parce que l'expérience montre qu'ils se produisent tôt ou tard de ce côté-ci de l'Atlantique.

Le premier de ces phénomènes concerne la chute de consommation, entre 2006 et 2008, de l'information proposée par les médias traditionnels. Le recours aux quotidiens nationaux reste stable alors qu'il aurait dû augmenter grâce à une campagne électorale très animée, avec des primaires palpitantes pour les démocrates et la singularité que représente le parcours victorieux de Barka Obama.

Evolution de la fréquentation des sources d'informations entre 2006 et 2008

Conversations_1_chute_medias_traditionnels.jpg
Ce qui frappe, dans ces évolutions négatives, c'est la défiance qui se manifeste à l'égard des stations de radio et des chaînes de télévision, probablement perçues comme les instruments privilégiés de puissants intérêts privés.

Le second phénomène est la montée en puissance du web 2.0 comme sphère d'évaluation de l'information. Elle est quantitativement inférieure à celle des sites de shopping mais elle semble de même nature: fondamentalement motivée par une défiance, voire un rejet, des sources établies ou institutionnelles, avec le souci de prendre des décisions d'achat - et de consultation de l'information - sur une base comparative et en se fiant aux recommandations d'internautes.

Conversations_2_frequentations_comparees.jpg
On voit apparaître dans la mouvance du web 2.0, en particulier dans la fréquentation des blogs et des réseaux sociaux, une quête d'échanges "hors médias" traditionnels, sans le "prêt à penser" dispensé par les caciques des médias installés. Il est possible que Barak Obama ait suscité, et profité, de cette idée que les choix citoyens se font mieux quand ils se soustraient à l'influence des médias instrumentalisés par de puissants intérêts privés.

Le fait que des internautes "influenceurs" drainent les citoyens connectés vers d'autres sources d'information et d'autres moyens de forger sa propre opinion est cohérent avec les comportements observés chez les consommateurs de produits commerciaux.

Les "influenceurs" sont aux internautes "normaux" ce que les early adopters sont aux consommateurs moyens, des lanceurs de tendance. Cette analogie se remarque dans la différence, sur le graphique ci-dessus et sur le graphique ci-dessous, entre la consultation de médias sur appareils mobiles par les internautes en général ( + 1%) et par les internautes défricheurs (+ 9%) dans la consommation comme dans l'information.

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Une singularité (en jaune) au sein de cette émergence: les "influenceurs" lisent beaucoup plus (32%) les blogs de journalistes que les internautes "normaux" (8%). Les internautes "influenceurs" apparaissent donc comme les interlocuteurs naturels des journalistes blogueurs, puisque les blogs sont, ou devraient être, des lieux de discussion. Ce qui permet d'avancer une hypothèse sur la signification profonde de ces chiffres.

La conversation sur internet, subversion de l'ordre médiatique

Si les médias institutionnels sont délaissés, si les internautes s'intéressent de plus en plus aux blogs (contenus produits par d'autres internautes) et aux réseaux sociaux (espaces non médiatisés par les moyens d'information traditionnels) et si les internautes "influenceurs" s'intéressent, malgré tout, aux blogs de journalistes (où l'on trouve, en principe, de l'information moins formatée), c'est sans doute parce que ces phénomènes convergent vers la notion de conversation.
Notion subversive pour l'ordre établi, tel que les puissances économiques, le pouvoir politique et les médias traditionnels s'efforcent de le maintenir.
La conversation entre citoyens qui échangent , notamment dans les blogs (1) des idées, des arguments, des convictions est une activité peu spectaculaire mais extrêmement puissante.
Elle cristallise des opinions, construit ou détruit des réputations, relativise des prestiges, construit des publics, des courants.
La conversation n'est pas formatée par les sondages.
C'est le dernier refuge de la liberté citoyenne.

SOURCE: Research brief du 21 janvier, newsletter du Center for Media Research

1) "Brèves de blog, le nouvel âge de la conversation", Pierre Assouline, éditions Les Arènes, septembre 2008.

mercredi 10 décembre 2008

Une place de marché pour financer des reportages coopératifs

Spot.us est une plateforme californienne sur laquelle des citoyens demandent à des journalistes de réaliser des reportages que des organes de presse peuvent acheter.
Ainsi résumée, la place de marché relèverait d'une forme de journalisme à la demande.

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Cependant, le fonctionnement détaillé de l'espace triangulaire - audiences, reporters, publications - révèle des potentialités plus intéressantes qu'un journalisme soumis aux éventuelles lubies de lecteurs futiles et capricieux.

Le principe de base est celui de l'offre et de la demande mises en relations grâce à ce que l'on appelait dans les années quatre-vingt dix une marketplace C2B (= Consumers to Business).

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Offre: un journaliste dont le profile professionnel est disponible sur le site propose un sujet de reportage et en affiche le prix (frais de réalisation + rémunération).

Le journaliste s'explique en vidéo sur la manière dont il va mener l'enquête et en quoi le sujet est à la fois important et intéressant. Il défend son projet de reportage comme dans une conférence de rédaction. Mais, grosse différence, directement devant ses audiences potentielles. Bonnie, par exemple, plaide pour son projet dont le thème est: "comment la récession économique peut affecter l'industrie du sexe à San Francisco."

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Les offres journalistiques rencontrent une demande ou des attentes dans la mesure où des internautes intéressés par le sujet investissent quelques dizaines de dollars sur ce projet.

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La progression du financement est constamment actualisée et les donateurs peuvent se regrouper en communauté autour du journaliste et de son sujet de reportage.
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Un blog ainsi qu'un fil sur Twitter rendent compte de l'activité de ces communautés d'infonautes.

Quand le montant des dons (fiscalement déductibles) atteint le prix fixé par le journaliste, le reportage peut débuter.

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Il n'est pas publiable avant d'avoir été relu par un vérificateur " factualiste" (= facts checker).
Pour limiter les risques de financements orientés, les investissements individuels ne peuvent pas dépasser 20% du coût total du reportage.

Demande: des internautes déposent sur le site des idées de reportages. Les demandes rencontrent les offres quand des journalistes s'emparent des suggestions qu'ils reformulent parfois. Là encore, le financement est assuré par les audiences.

Publication: un organe d'information qui veut acheter un reportage doit être agréé par Spot.US qui vérifie si le fonctionnement de cette publication correspond à l'éthique de la Société des Journalistes Professionnels.
Si un organe d'information verse 100% du coût du reportage, il en obtient l'exclusivité. S'il verse 50% du coût, il n'en a l'exclusivité que pour une première publication.

L'intérêt, pour une publication, d'entrer dans la coopérative porte d'une part sur une meilleure connaissance des attentes des audiences et, d'autre part, sur une diversification des traitements journalistiques: un "indépendant" a une manière de s'exprimer différente de celle des journalistes intégrés dans l'organisation.

Quand un reportage n'obtient pas son financement, l'argent déposé par les internautes leur est remboursé ou déposé sur un compte destinés à d'autres investissements dans des contenus journalistiques. Les organes de presse agréés peuvent alimenter un compte qui permet à Spot.us de payer des journalistes indépendants afin qu'ils puissent entreprendre des reportages intéressants mais peu demandés.

Donner un pouvoir éditorial aux audiences

Ce n'est pas un hasard si cette expérience de coopération triangulaire a lieu dans la région de San Francisco, berceau des technologies de la communication mais aussi creuset historique d'innovations sociales.

La mobilisation de citoyens impliqués est plus évidente dans la Baie que dans n'importe quelle autre région du monde. Les anciens hippies devenus universitaires, financiers ou chefs d'entreprises y ont crée des formes d'investissements éthiques qui s'efforcent de concilier les valeurs écologistes et la spéculation: plusieurs firmes cotées en bourse en ont subi les implacables exigences (1).

L'engagement peut prendre, en Californie, des formes d'engagement militant en faveur d'un thème d'investigation journalistiques. Des groupes de supporters se forment, arborant des T shirts sur lesquels s'inscrivent les attentes des internautes.

Spot_us_T_shirt.jpg

Cet engagement citoyen se manifeste d'ailleurs dans la hiérarchie des sujets réclamés par les internautes: pollution, fonctionnement de la police, mesures de sécurité dans l'éventualité d'un tremblement de terre. Il n'est pas certain que les organes de presse aient eu spontanément l'idée de lancer une enquête sur les dysfonctionnements de la police à Okland.

Spot_us_oakland_police_blues.jpg

En attendant que soit validé le modèle économique de Spot.us, le premier enseignement qui émerge de cette expérience concerne le rôle des audiences dans la stratégie éditoriale.

Sans verser dans la démagogie ou dans le marketing de l'info, le journalisme a un besoin urgent de relations formalisées avec des audiences motivées et exigeantes.

Seule l'intervention directe et permanente des audiences peut permettre au journalisme à la française d'en finir avec les connivences et le conformisme.

Seul un droit de regard des audiences sur la stratégie éditoriale est de nature à limiter les effets désastreux des connivences entre les journalistes et les pouvoirs politiques (soumission et carriérisme) et les pouvoirs économiques (veulerie et corruption).

Seuls ceux qui font à priori confiance aux journalistes peuvent les dissuader de se copier les uns les autres - les journaux puis la radio puis la télévision, en boucle - dans une quête de conformisme - "surtout, être dans le ton général"- qui est proprement suicidaire.

Il faut maintenant imaginer les modalités d'une implication des audiences.
La solution californienne du financement coopératif ne semble pas adaptée aux mentalités hexagonales.
Reste la communauté d'infonautes dont les membres seraient cooptés.
Cette communauté proposerait des thèmes d'investigation.
Elle interpellerait la rédaction sur le traitement de l'actualité.
Elle imposerait une régulation des emballements médiatiques.
Elle exigerait un meilleur suivi, voire un approfondissement des dossiers importants.

Il s'agit bien, comme l'a écrit le New York Times, de donner un pouvoir éditorial aux audiences.

Les outils existent, qui peuvent favoriser l'affirmation de ce "Tiers-Etat de l'information" (2).

(1) Des fonds d'investissements éthiques californiens ont obligé une puissante firme japonaise à renoncer à construire une installation industrielle sur un site de reproduction des baleines; ce projet avait été obtenu grâce à la corruption des décideurs mexicains. Les fonds éthiques californiens ont amené d'autres investisseurs à vendre massivement leurs actions, ce qui a provoqué la chute en bourse de la firme japonaise. Ils se sont également donné les moyens de révéler la corruption des politiciens mexicains.

(2) La référence au Tiers-Etats de 1789 n'a évidemment rien à voir avec la sinistre bouffonnerie des "états généraux" de la presse. Il s'agit d'une métaphore historique dans laquelle le rôle de l'aristocratie est tenu par les propriétaires des organes de presse, les journalistes incarnant le bas clergé médiatique, les lecteurs-auditeurs-téléspectateurs-internautes s'entassant dans un Tiers-Etat que les deux castes professionnelles méprisent.

mercredi 17 septembre 2008

« La vie des idées » : un outil documentaire pour varier les angles et anticiper l’actualité

La_vie_des_idees_logo.jpgLe web n’est pas seulement un espace de recherche d’informations et de vérifications. Certains de ses contenus peuvent aider les journalistes à s’extraire du conformisme et du suivisme qui rendent l’information hexagonale globalement fade.

Dirigé par Pierre Rosanvallon, le magazine électronique « La vie des idées » fournit, outre un large éventail de documents et de réflexions, deux précieuses utilisations professionnelles: la diversification des approches et la préparation du traitement de l’actualité prévisible.

Pour faire vivre cette revue qui publie en moyenne un article par jour, Pierre Rosanvallon a constitué un réseau impressionnant: conseillers scientifiques difficilement récusables comme caution intellectuelle; rédacteurs, correspondants, contributeurs nombreux et diversifiés dans leurs origines comme dans leurs orientations intellectuelles. Autant de caractéristiques qui garantissent l’absolue fiabilité de la documentation mise à la disposition des journalistes.

Le terreau de l'actualité durable

Cette documentation se découvre de trois manières :
La_vie_desd_idees_rubriques.jpg

- Par les thèmes : politique, société, économie, culture & medias, philosophie, histoire

- Par les rubriques

- Par une navigation alternative : articles les plus lus et mots-clés

Se fier aux articles les plus lus n’étant pas la meilleure manière d’être original, on se référera de préférence aux mots-clés : il y en a forcément un qui mène à un éclairage précieux sur l’actualité la plus chaude.

La_vie_des_idees_logo_minima_sociaux.jpgLe recours à « La vie des idées » est cependant beaucoup plus productif par la structure thématique du site. Impossible de ne pas trouver au moins un article qui enrichira les conférences de rédaction. La performance de ce magazine réside en effet dans la capacité des auteurs à cultiver le recul nécessaire à la réflexion tout en intervenant sur l’actualité durable (1). Exemples, parmi de nombreux autres: « L’enterrement des 35 heures », « Comment mettre en œuvre une réforme en France », « Réformer les minima sociaux » …
La sérendipité – art de trouver sans vraiment chercher mais pas tout à fait par hasard quand même – est une autre manière de varier les angles. Le journaliste en bénéficiera en visitant périodiquement « Les idées du monde » où il pouvait trouver, à la mi-septembre , une analyse peu répandue des résultats des élections en Iran, une réévaluation de l’image de Berlusconi, actualisation utile pour qui cherche à sortir des stéréotypes médiatiques.

Préparer le meilleur traitement possible

Enfin, et puisque le web est accusé d’amplifier l’accélération de l’actualité, une des responsabilités croissantes du journaliste consistera à anticiper afin de produire le meilleur traitement possible des évènements prévisibles. Là encore, « La vie des idées » apparaît comme un outil providentiel avec des contenus singuliers sur les protagonistes de l’élection présidentielle américaine, sur la crise du parti travailliste britannique, un essai à explorer avant le prochain congrès du PS sur les socialistes et l'économie de marché...

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Avec ses fils RSS et sa lettre électronique hebdomadaire, « La vie des idées » est une précieuse banque d'idées pour les journalistes soucieux de se cultiver afin d' exorciser la sentence de Jean Yanne (2), mais surtout pour entretenir la faculté de l'intense curiosité. Un journaliste qui n’est pas curieux – il y en a beaucoup – ne peut produire que de l’information ennuyeuse.

(1) J’appelle « actualité durable », le traitement journalistique d’évènements qui ont une forte probabilité d’être retenus par des historiens.

(2) « Quand j’entends parler de culture, je sors mon transistor », parodie de la phrase attribuée à Goebels: "Quand j'entends parler de culture, je sors mon revolver."

lundi 16 juin 2008

Dépouilles médiatiques

Le limogeage d'un présentateur de journal télévisé suscite des gloses d'autant moins intéressantes qu'elles se ressemblent toutes et qu'elles font oublier quelques points essentiels.

Récompenses claniques plutôt que conditionnement

La première et le plus répandue des "analyses" sur ce limogeage concerne les intentions du président de la République. C'est une grosse erreur de croire que les politiciens installent des journalistes dévoués aux postes clefs de l'information dans le but de conditionner l'opinion publique. Sans sous-estimer la part de narcissisme et de paranoïa qui pousse les gens de pouvoir à faire en sorte que les "observateurs" disent du bien de leurs décisions, ils se doutent que la servilité et la flagornerie ne servent politiquement à rien.

Avant les élections législatives de 1967, l'information était verrouillée par la droite et pourtant la gauche a failli l'emporter à un siège près. En 1981, la radio et la télévision étaient, paraît-il, "giscardisées", ce qui n'a pas empêché la défaite de Giscard à l'élection présidentielle. En 1986, la radio et la télévision publiques étaient, paraît-il, "mitterrandisées" mais la droite a gagné les élections législatives.

De deux choses l'une: ou bien les grands moyens d'informations étaient moins politiquement contrôlés que ne le prétendaient les opposants aux pouvoirs en place ou bien - ce que je crois plus volontiers - les journalistes asservis ont peu d'influence sur les choix électoraux des citoyens.

La véritable raison pour laquelle tous les politiciens qui accèdent au pouvoir ne peuvent s'empêcher de "placer" les journalistes dévoués est tout simplement qu'ils veulent les récompenser. Ce comportement s'apparente au système américain des "dépouilles": à chaque alternance, Démocrates et Républicains nomment leurs partisans aux postes clefs. C'est une pratique qui, en France, a des racines lointaines. Dans la courtisanerie de l'Ancien Régime quand le monarque gratifiait de fiefs leurs plus fidèles serviteurs. Voire dans des moeurs tribales encore plus archaïques, quand les chefs de guerre livraient les territoires récemment conquis au pillage de leurs troupes afin que les soudards puissent s'enrichir.

Il faut considérer l'élimination de Patrick Poivre d'Arvor comme l'acte de vengeance du chef de clan Nicolas Sarkozy ("Souviens-toi de l'enfant du G8" = "Souviens-toi du vase de Soissons") mais aussi et surtout comme la nécessité "tribale" de remplacer des gens peu convaincus par des gens dévoués, qu'il faut bien remercier concrètement.

Journalistes engagés et fausses neutralités

Dans ce contexte de "dépouilles médiatiques", la nomination de Jean-Claude Dassier à la direction de l'information de TF1 apparaît plus naturelle et, d'une certaine manière, plus saine.

Outre le fait qu'il sait énormément de choses sur TF1 en tant qu'ancien patron du service des sports, Jean-Claude Dassier n'a jamais caché son engagement politique à droite. Auprès d'Alain Madelin d'abord, puis auprès de Nicolas Sarkozy. La question de savoir si un journaliste a le droit, on non, d'avoir des opinions politiques comme n'importe quel citoyen est moins décisive, en l'occurrence, que l'affichage public de ses options idéologiques. Qu'un journaliste engagé, à gauche ou à droite peu importe, fasse savoir de quel point de vue il traite l'information me semble transparent, cohérent et salutaire.

Transparent parce que l'information de TF1 sera désormais idéologiquement située. Ce n'était pas le cas avec l'ancien directeur de l'information, récemment évincé et qui s'est bien tardivement confessé "chiraquien", comme pour implorer une mansuétude de l'Elysée. La transparence n'a pas toujours été de rigueur avec Patrick Poivre d'Arvor qui, dans ses jérémiades actuelles, oublie de rappeler qu'il a commencé sa carrière comme membre du bureau national des jeunes giscardiens; en 1974, année de l'élection de Valéry Giscard d"Estaing, un tel engagement politique ne pouvait pas nuire à l'avancement professionnel de celui qui produisait alors une excellente revue de presse sur France Inter, radio de service public.

L'affichage d'un engagement politique est surtout plus honnête que la vomitive "neutralité" journalistique affichée par telle "personnalité" télévisuelle qui a successivement "servi" Yvette Roudy et Jean Poperen au PS, donc Mitterrand, puis Balladur et Chirac avant de ployer devant Sarkozy. Les téléspectateurs qui ne connaissent pas de tels parcours croient au professionnalisme alors qu'il y a surtout beaucoup de veulerie.

L'information de TF1 dirigée par un homme de droite, qui se présente comme tel, crée une situation cohérente avec le fait que le propriétaire de TF1 est un ami déclaré du président de la République et surtout avec le vote des Français en mai 2007. S'ils ont choisi Nicolas Sarkozy, c'est bien parce qu'ils sont d'accord avec toutes les options du personnage en question, y compris celles qui portent sur la pratique démocratique, donc sur l'information des citoyens.

Enfin, c'est une configuration salutaire parce que, sachant que toute le monde sait qu'il est un homme de droite, le nouveau patron de l'information à TF1 n'aura pas besoin d'orienter à droite les contenus des journaux télévisés, dans un esprit de soumission à celui qui vient de le récompenser ou plus sournoisement ,comme sur une autre chaîne, en espérant que la veulerie peut sauver sa place.

Moeurs et pratiques des Prépondérants

L'éviction de Patrick Poivre d'Arvor et la promotion de Jean-Claude Dassier à l'instigation de Nicolas Sarkozy n'ont donc rien de scandaleux pour qui sait que ce pays est régi par une mouvance de gens qui - en politique, en économie, dans la culture et dans les médias - briguent des positions en vue. Ce sont les Prépondérants (1).

Leurs réseaux de connivences s'enchevêtrent de manière invisible. Ni les sociologues des médias, ni la plupart de leurs confrères et surtout pas l'opinion ne connaissent ces réseaux. Comme ceux que seuls des initiés pouvaient détecter sur une extraordinaire photo de responsables médiatiques mobilisés il y a quelques années en faveur d'otages français: tous avaient des liens variés d'allégeance avec Chirac, alors à l'Elysée.

Cependant, les Prépondérants ont un problème qui les rend historiquement inutiles et, pour tout dire, parasitaires. Ils disent vouloir influer mais ils sont trop préoccupés d'eux-mêmes - infatués - pour pouvoir agir efficacement sur le cours des choses.

1) J'emprunte et transpose le mot et la notion de "Prépondérants" à M'hamed Hassine Fantar qui les utilise dans ses passionnants travaux sur "Carthage, approche d'une civilisation" (2 tomes aux Editions de la Méditerranée, 1998). Monsieur Fantar appelle "prépondérants" ceux qui au sein de la cité de Carthage occupaient des positions en vue en rapport avec leur richesse et leurs mérites ou compétences. Adaptés à la société française d'aujourd'hui la notion digne de Pierre Bourdieu est moins large que celle de classe sociale, moins rigide que celle de caste.

vendredi 16 mai 2008

Un stage de rich media à Tunis

A la demande de M Chelby, Directeur du Centre Africain de Perfectionnement des Journalistes et Communicants, j’anime depuis le 12 mai, un stage de formation au rich media.

Une dizaine de personnes, hommes et femmes d’âges différents exerçant des professions variées, assimilent remarquablement les principes et pratiques du rich media adaptés au journalisme, à la communication institutionnelle, corporate ou associative.

Le contexte se prête à cette rapidité d’assimilation. Tunis regorge de petites et grandes entités publiques et privées de formation à l’informatique en réseaux. Le CAPJ est parfaitement équipé en ordinateurs puissants, en appareils récents de prises de vues, microphones, logiciels de montage et de mixage.

Il ne restait plus qu’à appliquer dans les meilleures conditions les thèmes suivants :
- Le rich media est un « supra-langage » (1) et une stratégie éditoriale.

- La meilleure métaphore du rich media est un arbre appelé TSIFIAL (2)

- Le rich media requiert une certaine polyvalence des savoir-faire pratiques, polyvalence qui respecte les expertises individuelles.

- Le rich media se prête au travail collaboratif en essaims.

Applications concrètes :

- Quelques heures de collecte d’informations, d’images fixes et animées, de sons dans l’étonnant parc naturel Ichkeul à une heure trente par la route de la capitale.

- Quelques heures pour produire la maquette d’un module d’information en rich media.

1) un supra-langage organise le fonctionnement efficace de plusieurs langages : l’écriture, le son, l’image fixe, l’image animée.

2) Texte, Son, Image Fixe, Image Animée, Liens

mercredi 9 avril 2008

Cadeau: un inédit de Pierre Desproges dans "Tabou"

Le web, mémoire des médias...

J'ai horreur des commémorations.

Mais je déteste encore plus le conformisme actuel.

Or, les antidotes sont rares.

En conséquence de quoi, j'exhume ici un Pierre Desproges qui ne vieillit pas.

C'était le 5 octobre 1986 dans le magaine "Tabou" que je produisais et animais le dimanche sur France Inter (1):

D'autres inédits (Serge Gainsbourg, Hamadou Hampaté Bâ,) gigotent et frétillent dans mon audioblog Sonorismes

(1) A mes côtés, dans l'équipe de cette éppoque: Pierre Zimmer (reporter), Patrice Pellerin (réalisateur), Pascale Rayet (assistante), Michel Miroux (ingénieur du son).

Le magazine "Tabou" avait été créé par Michel Cardoze. Il a longtemps bénéficié de l'érudition d'Alain Lacombe qui en a été le conseiller musical pendant de longues années. C'est Alain Lacombe qui, notamment, a trouvé le superbe indicatif attribué à John Barry.

Après avoir été pillé, puis budgétairement asphyxié par une Direction de l'Information "de gauche" qui le trouvait trop "autonome", le magazine a été supprimé par les dirigeants que la Droite victorieuse aux législatives de 1986 venait d'installer au contrôle de l'information sur France Inter.

LIEN PERMANENT

dimanche 6 avril 2008

Comment j'évalue l'actualité

Gagner du temps sur des tâches peu productives afin de consacrer plus de temps à des tâches créatives. Telle est la raison d’être de mon dispositif d’évaluation de l’actualité.

Il ne s’agit pas d’un système de collecte passive (alertes, lettres d’information, fils RSS) et de recherche active (moteurs ou méthodes particulières). Il s'agit d’une procédure d’observation à partir d'un bricolage (= agencement personnalisé) d'applications gratuites. Ce dispositif me sert à hiérarchiser l’information pour en approfondir, éventuellement, certains éléments.

C’est la séquence heuristique (1) qui inaugure chacune de mes journées.

Mon_poste_d_observation_garphique_processus.jpg

Le dispositif comprend trois systèmes à plusieurs composantes, systèmes que je définis par des métaphores : - Le "radar", à gauche sur le graphique. - Le "densitomètre", au centre. - Le "scanographe", à droite.

Le "radar" fonctionne comme l’objectif à focale variable d’une caméra.

Mon_poste_d_observation_Newsmap.jpgNewsmap ] fait office de grand angle en déployant une vue très large de l’actualité planétaire. Si un évènement occupe une surface inhabituelle dans le paysage coloré, l’interface graphique me conduit immédiatement au centre de la problématique ainsi exhibée. Je peux aussi, dans une approche de sérendipité (1) c'est-à-dire quand j’ai un peu de temps, me promener de continent en continent, de pays en pays, baguenauder à travers des thématiques qui ne me sont pas prioritaires.

Mon_poste_d_observation_Eufeeds.jpgEufeeds resserre le cadrage sur l’Europe. Cet outil « balaie » 400 sites de presse dans les 27 pays de l’Union. A raison de 20 titres de dépêches par site web et de 15 titres par pays, je dispose en quelques dizaines de secondes d’un inventaire exhaustif de ce qui se raconte sur le continent. Si un titre m’intrigue, je clique et accède à l’article dans une fenêtre additionnelle qui se ferme dès que la lecture est terminée.

Mon_poste_d_observation_Newsbrief.jpgNewsbrief focalise sur plusieurs paramètres de l’actualité européenne : évolution chronologique des principaux sujets traités par les organes d’informations, explorations thématiques. A cet outil sont associés des applications d’approfondissement que j’ai présentés dans ma note du 24 mars 2008.

Mon_poste_d_observation_Wikio.jpgWikio propose une vue globale de l’actualité hexagonale avec, en ce qui me concerne, des plans rapprochés sur l’économie et la technologique.

Le "densitomètre" mesure le poids spécifique des nouvelles du jour

Mon_poste_d_observation_JournalismNet.jpgJournalismNet complète Newsmap en me permettant d’aller, dans n’importe quel pays du monde, voir comment un évènement est traité par les médias locaux. Hier, par exemple, la situation post-électorale au Zimbabwe formait le plus gros carré coloré de Newsmap. En trois clics sur JournalismNet m’a donné accès à sept ressources africaines, dont deux au Zimbabwe, qui suivent cette situation de près.

Mon_poste_d_observation_NewspaperIndex.jpgNewspaperIndex complète JournalismNet qui ne m’a pas proposé suffisamment de documentation sur le Zimbabwe. Je découvre 10 titres dont l’étonnant NewZimbabwe et le Sunday Mirror qui traite d’un trafic de diamants, possible arrière plan intéressant, à creuser, de l'actualité politique.

Mon_poste_d_observation_Refdesk.jpgRefDesk introduit une diversité de points de vue sur la situation au Zimbabwe. Une centaine de sources examinent ce pays. Plusieurs de ces sources exploitent les mêmes dépêches d’agences mais beaucoup ont soit des correspondants ou envoyés spéciaux sur place, soit des contributions très pointues d’experts spécialistes de cette région du monde.

Mon_poste_d_observation_Snopes.jpgSnopes attire mon attention sur les plus récentes rumeurs et légendes urbaines. Deux d’entre elles concernent la campagne pour l’élection présidentielle aux Etats-Unis. Un grand nombre d’assertions sur le Barak Obama sont fausses ou sans intérêt mais l’interdiction d’accès à la thèse de sociologie de son épouse, Michelle, est avérée. Cette thèse porte sur la transformation des élites afro-américaines par les grandes universités comme Princeton ou Harvard.

Le "scanographe" valide les sources

Mon_poste_d_observation_NNDB.jpgNNDB est une base de données qui contient 30 000 fiches de personnages morts ou vivants. Le profil de Michelle Obama contient de nombreux liens qui sont autant d’incitations à étudier de plus près, un jour ou l’autre, le contexte humain du candidat à l’investiture démocrate. Il ne s’agit pas seulement d’un « Who is who » mondial. Le site relate et actualiste les publications, les activités des 15 118 personnalités encore en vie ainsi que les autres personnalités ou organisations avec lesquelles elles ont été ou sont en contact.

Mon_poste_d_observation_DomainTools.jpgDomain Tools n’est utile que si j’ai un doute sur la source d’information. Je soumets le nom de domaine et en quelques secondes j’obtiens des données sur l’hébergeur, la date de création, le nom et parfois l’adresse du propriétaire du site etc…C’est grâce à cet outil que j’ai pu identifier la personne qui, à partir d'un ordinateur de TF1, essaie de modifier la biographie de Patrick Poivre d’Arvor dans Wikipedia.

Ce que m’apporte ce dispositif

Sauf quand une information urgente et complexe requiert le déclenchement prioritaire et prolongé d’une recherche documentaire, l’utilisation de ce dispositif dure entre de quinze à trente minute selon le nombre de liens que je souhaite conserver, et donc classer, en vue d’une investigation ultérieure. Disons vingt minutes par jour en moyenne.

Cette séquence heuristique (1) me procure d'abord le privilège d’une vision large et hiérarchisées de l’actualité au moment où je commence mon travail de journaliste. Je suis immunisé contre l'affligeant réductionnisme des informations radiophoniques du matin mais aussi contre les biais plus sournois qui distordent l’actualité: mesquines franchouillardises, mondanités gluantes (les people), grotesques complaisances, accointances cachées, connivences et servilités diverses.

Disposant d’une appréciation personnelle du poids spécifique de chaque information, je suis en mesure de relativiser les emballements médiatiques et de compenser le conformisme du journalisme à la française.

Ces vingt minutes me préparent, comme une gymnastique cérébrale plutôt euphorisante, à l’état très particulier (3) de disponibilité mentale qui favorise le déclenchement de curiosités professionnelles. Je trouve chaque jour, par sérendipité (2), au moins deux à trois nouveaux « sujets à creuser ». Par exemple, hier, les enchères clandestines de diamants au Zimbabwe, la sociologie de Michelle Obama disciple de Bourdieu et les suites commerciales du séjour de Khadafi en France dans l’exploitation de l’eau et du pétrole.

Et puis, il y a la douce satisfaction d’entendre la petite phrase hautement significative qui revient de plus en plus souvent sur France Info : « Pour en savoir plus, rendez vous sur notre site internet… » Ah bon ? On apprend plus de choses sur internet que sur une radio d’information…

1) Heuristique : Méthode qui favorise la découverte de faits, étude des procédures de découvertes.

2) Serendipité : art de trouver, « par hasard », quelque chose qu’on ne cherchait pas explicitement.

3) J'analyse dans "Le journalisme à l'ère électronique", cette disponibilité mentale comme une attente d'étonnements qui, grâce au discernement, à la sagacité et à lucidité, mais aussi à l'expérience, permet de capter les singularités et les émergences. Mon dispositif d'évaluation incite à cette demi-heure quotidienne de gymnastique cérébrale.

lundi 3 mars 2008

Des solutions estoniennes pour "mojos" (1) et "citizen journalists"

Une entreprise estonienne a mis au point un dispositif pour optimiser les reportages agiles. L'agilité, dans le domaine journalistique, est rendent désormais possible les appareils nomades légers et performants, les infrastructures de réseaux robustes et largement déployées, les procédures simples et fiables pour identifier l'origine des contenus, pour les traiter et les répartir entre les différents canaux de diffusion.

Installée à Tallin, Fromdistance propose tout cela.

Mobile_reporter_photo_large_superieure.jpg

Proximité géographique et avance technologique expliquent sans doute pourquoi les terminaux choisis pour faire fonctionner le dispositif sont conçus et développés par la firme finlandaise Nokia. Ce qu'il y a de plus intéressant, dans ce dispositif,c'est une approche en trois parties qui pourrait bien préfigurer une des formes futures de l'information.

Mobile_Reporter_pro.jpgLa solution Mobile Professional Reporter s'adresse aux journaux imprimés, aux télévisions et aux espaces d'information sur le web. Elle prétend pouvoir acheminer des dossiers de 200 mégabits partout dans le monde. Au-delà du terminal nomade de prise de vues, la plateforme comporte un premier serveur compatible avec les réseaux basiques, avec ou sans fil, les réseaux de type GPRS ou EDGE et les deux réseaux 3G aux normes UMTS et WCDMA. Ce qui signifie que ce premier serveur peut accueillir des SMS ou de lourds fichiers vidéo.

Mobile_reporters_schema_infrastructure.jpg

Relié au précédent par une connexion sécurisée, un deuxième serveur, appelé "Générateur de contenus", transforme les fichiers bruts en fichiers exploitables par les médias: les vidéos sont transcodées pour accéder à la meilleures résolution possibles, les images quelles qu'elles soient sont retaillées, les photos sont présentées en diapositives classées, des pages HTML sont générées. Enfin, un serveur de distribution affecte les contenus ainsi traités aux régies de télévision, aux sites web, aux rédactions de journaux imprimés.

Mobile_Citizen_Reporter_2_gauche_.jpgLa solution Mobile Citizen Reporter passe par les mêmes ustensiles sur le terrain, mais elle suppose une infrastructure de réseaux et des procédures simplifiées. Juste un serveur d'accueil pour stocker les propositions des journalistes citoyens et un serveur de gestion de contenus. Parmi les procédures, une clause permet dans les applications embarquées sur les appareils nomades, de s'identifier auprès des organes de presse et d'établir quasiment une transaction-type pour l'envoi et la diffusion d'une photo ou d'une vidéo.

La solution Management ( chef d'édition ou rédacteur en chef) est la plus surprenante. Une application installée sur un ordinateur de bureau ou sur un appareil de type smartphone permet non seulement de savoir qui envoie quoi à qui, quand et comment, mais aussi de déceler les problèmes de transmissions, voire d'intervenir à distance.

Pub_mobile_reporters_flics_Finlande.jpg

Parmi les études de cas exposées sur le site de FromDistance, la qualité technique de certaines vidéo retient particulièrement l'attention.Pub_mobile_reporters_video_Finlande.jpg Si ce résultat est dû au serveur d'optimisation au transcodage, il y a de quoi s'intéresser à ce dispositif, qui a d'ailleurs obtenu plusieurs récompenses en 2007 et au début de cette année.

Par-delà les controverses aussi âpres que feutrées sur les rôles respectifs des journalistes professionnels et des journalistes citoyens, la conception même du dispositif de FromDistance suggère que les organes d'information du Nord de l'Europe entendent exploiter sans états d'âme les deux manières de collecter l'information.

1) "Mojo" = "Mobile Journalist"

jeudi 25 octobre 2007

Californie: information et services personnalisés

Les incendies en Californie donnent lieu à une exploitation inédite des plus récentes applications du réseau.

La station de radio KPBS utilise les cartes de Google pour montrer l'évolution de la situation dans les secteurs les plus critiques. Les icones signalent les routes et voies ferrées coupées, les camps de réfugiés saturés, les évacuations urgentes d'animaux et les besoins en volontaires.

Incendies_en_Californie_carte.jpg

La même station de radio exploite l'instantanéité de Twitter pour publier en flux continu des télégrammes très factuels et très localisés.

Dans les deux cas, l'information et le service rendu aux personnes concernées se confondent dans des contenus que les usagers eux-mêmes fournissent. A des milliers de kilomètres de l'évènement, l'internaute accède à une vue globale, instantanée et évolutive. Plus près, les amis et parents peuvent s'impliquer. Sur place, les Californiens peuvent obtenir sur leurs terminaux nomades les éléments d'appréciation qui leur permettent de prendre les moins mauvaises décisions.

Source: Cyberjournalist.net

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mercredi 17 octobre 2007

Du webreportage à l'état pur sur le site du magazine Géo

G_o_bandeau_transjournalisme_V2.jpg

Transjournalisme : "traversée en profondeur de l'info", selon Jean-Luc Marty, directeur éditorial de Géo. Pourquoi pas. L'essentiel, c'est le résultat et il est exemplaire. Aucun autre terme ne peut rendre compte de la la pertinence et de la qualité atteintes d'emblée par le premier webreportage disponible sur le site web du magazine Géo.

Geo_titre_du_reportage.jpgIl est exemplaire, d'abord, parce qu'il ne cherche pas à reproduire sur internet ce qui se fait à la télévision. Un sujet est découpé en plusieurs modules de quatre minutes, diffusés comme les chapitres d'une grande enquête. La rupture du flux linéaire propre à la radio et à la télévision n'est pas simplement une astuce pour fidéliser les audiences comme tentent de le faire les feuilletons; c'est conforme à la manière dont les contenus sont assimilés sur internet où l'interactivité de l"internaute se substitue à la passivité du téléspectateur.

Le découpage d'une enquête enG_o_menu_raccourci.jpg plusieurs volets fonctionne depuis longtemps dans la presse écrite. Il prend une autre dimension à l'ère électronique caractérisée par la diversité des supports: les webreportages de Géo se regardent sur un écran d'ordinateur mais également sur des terminaux nomades de type Ipod.Le format de quatre minutes par chapitre correspond aussi au mode de vie de l'individu hypermoderne qui fragmente son emploi de temps en courtes séquences correspondant aux durées de ses trajets, à ses instants de convivialité, à ses pulsions de curiosité.

Enfin et surtout l'interactivité greffée sur des formats courts permet la profondeur. Les webreportages de Géo se déclinent en vidéo, en sons, en textes et en liens vers des ressources plus denses. C'est du rich media avec tout ce que la notion de "richesse" implique d'attractivité pour ce type de journalisme. Selon le journal "Le Monde", Jean-Luc Marty "ne sait pas ce que multimédia veut dire". Mais quand il ajoute: "C'est le contenu qui dicte le média que l'on va utiliser", il paraphrase sans le savoir la définition que je propose du journalisme en rich media dans le chapitre 2 de mon livre. Comme on ne ne se connaît pas, j'applaudis avec d'autant plus d'enthousiasme que le résultat est superbe.

Geo_image_Mexico_nuit.jpg

Car la griffe de Géo est perceptible dans le professionnalisme qui imprègne le premier sujet traité. Prises de vues, montage, commentaires, mixage et "making of" et surtout ressources documentaires portent la marque d'un organe d'information prestigieux. Le plus réjouissant, enfin, c'est que cette vénérable institution des médias conventionnels réussit, beaucoup mieux que des publications réputées "jeunes", l'éclatante démonstration qui est le credo de ce blog : l'innovation régénère le journalisme de toujours.

Geo_logo_webreportage.jpg

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lundi 24 septembre 2007

Les blogueurs et la presse

Le "New York Times" vient d'embaucher un blogueur pour animer un carnet électronique en ligne sur l'univers de la télévision. Brian Stelter écrit sur ce sujet depuis 2004. Il s'est construit, grâce à son blog, une légitimité professionnelle qui lui vaut le titre de "medias reporter" au sein du "plus grand quotidien du monde."

C'est la preuve que le journalisme reste une profession ouverte.
C'est aussi la preuve que le débat "blogueurs contre journalistes patentés" est artificiel.

Mais si le journalisme sait encore accueillir les talents d'où qu'ils viennent, il sait aussi se débarrasser des recrues encombrantes. Dans une de ses notes récentes, Brian Stelter révèle que le site ABCNews.com vient de se séparer d'Amanda Congdon, célèbrée il y a un an comme "a première vidéoblogueuse reconnue par un grand groupe de communication."
La raison de cette rupture est intéressante. Amanda faisait aussi du vidéo blogging pour le compte d'une très grande firme chimique. Interpellée sur un possible conflit d'intérêts entre son travail sur ABCNews et ses activités commerciales, Amanda a répondu qu'elle n'est pas journaliste et qu'elle peut donc faire ce qu'elle veut. Ce n'est pas l'avis d'ABCNews, organe d'information dont les employés engagent la crédibilité de l'entreprise puisqu'ils sont perçus comme des journalistes.

Il est intéressant d'apprendre que, grâce en grande partie à la puissance des moyens de communication électronique, un blogueur peut devenir journaliste en faisant reconnaître son travail.
Il serait intéressant, aussi, de savoir combien de journaliste patentés pourraient être renvoyés parce qu'ils vendent leur notoriété à des firmes privées dans un contexte purement commercial.
Source: cyberjournalist.net

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mercredi 29 août 2007

Marketing de l'info

L'information télévisée promue comme un produit d'appel

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jeudi 23 août 2007

Partage de données

Coopératives de données

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Organiser ses idées et son travail

Une application permet de structurer les travaux en cours, les projets et les idées en vrac.

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vendredi 22 juin 2007

Espaces professionnels

Sites de réflexion, de formation et de perfectionnement

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