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PRATIQUES PROFESSIONNELLES

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dimanche 15 janvier 2012

Développer le "journalisme citoyen" en Tunisie

PaCTE_Speak_out_logo_carte.jpgLe PaCTE tunisien, association engagée dans le processus démocratique, veut former un réseau de "journalistes citoyens" en faisant appel au crowdfunding afin de garantir l'indépendance de ce réseau.

La réussite de l'expérience - donc le succès de la collecte de fonds - concerne d'abord les Tunisiens mais aussi tous ceux qui s'intéressent à la régénération de la collecte et du traitement de l'information.

Le Pacte des Compétences Tunisiennes Engagées (PaCTE) est né en vidéo conférence sur Skype le 16 janvier 2011, au surlendemain de la fuite de Ben Ali.
Il a fallu trois nuits blanches fiévreuses aux jeunes étudiants, ingénieurs, universitaires et informaticiens pour élaborer une charte éthique exemplaire.
Ils étaient en Tunisie, en France, en Allemagne, aux Etats-Unis, au Canada, au Japon, soudés par trois mots: "Plus jamais çà".

PaCTE_AG.jpg
Le PaCTE a tenu le 14 janvier 2012 sa première assemblée générale dans l'arrière-salle d'un café du 9ème arrondissement de Paris. Ci-dessus, les membres du Conseil d'Administration qui viennent d'être élus. Remarquablement organisé, l'évènement a permis de faire le point sur les initiatives menées en 2011: formation de 4000 observateurs et actions de vigilance dans les bureaux de vote en Tunisie, en France et en Allemagne lors de l'élection de l'assemblée constituante, collecte de livres pour les bibliothèques en Tunisie, conférences sur l'éducation, le développement régional, projets économiques centrés sur les régions les plus défavorisées et lancement de la plateforme PacTE TV.

Le "Journalisme citoyen" a acquis une légitimité en Tunisie

Cette plateforme, webTV et blog, se veut le pivot d'une entreprise originale qui vise à former des "journalistes citoyens" et à leur donner les moyens techniques de rendre compte de ce qui se passe dans le pays.
La formation sera assurée par Anne Medley, documentaliste américaine de grand talent qui enseigne à la Faculté de Journalisme de Missoula (Montana) ainsi qu'à l'organisation "Liberté et Diversité" installée à Nashville (Tennessee).PaCTE_building_a_free_press.jpg
Cette organisation émane de la fondation "Forum de la Liberté", dont le siège est à Washington. Anne Medley a notamment travaillé au Congo. Elle va assurer en Tunisie des stages d'éthique et de savoir-faire pratiques.

''Mise au point: le fait que l'expression "journalisme citoyen" soit systématiquement affublée de guillemets dans ce billet vient de ce que je considère le mot "citoyen" comme l'euphémisme du mot "amateur". Ma position ne relève pas d'un corporatisme méprisant. Il y a de très bons journalistes amateurs. Mais on leur décerne le qualificatif valorisant de "citoyen" qui n'est reconnu ni aux musiciens amateurs, ni aux sportifs amateurs même quand ils ont beaucoup de talent.''

Ce qui s'est passé en Tunisie en décembre 2010 et janvier 2011 confère une indéniable légitimité au "journalisme citoyen" dans ce pays.
Ce sont bien des citoyens tunisiens qui ont produit de l'information de très grande valeur, notamment en vidéo.

(C'est grâce à l'un de ces rushes, enregistré avec un téléphone nomade que j'ai compris, bien avant que les journalistes professionnels en fassent état, le rôle décisif de l'armée. Cette scène montrait une vieille dame encadrée par des militaires, dont un officier et, mitraillettes pointées vers les toits, les soldats protégeaient les civils, manifestement prêts à ouvrir le feu sur d'éventuels policiers ou miliciens embusqués.)

Comme le faisait remarquer une jeune responsable du PaCTE, ce sont probablement les images du massacre de Kasserine, le 7 janvier 2011, notamment celles qui ont été été filmées dans l'hôpital, qui ont fait basculer le rapport de forces. Témoins et narrateurs, les citoyens ont donc fait oeuvre de journalisme puisqu'ils ont diffusé de l'information décisive et de portée historique.

Journalisme amateur et marque média

Cependant, ces témoins narrateurs ont, pour la plupart, cessé de produire de l'information. En vrais amateurs - rien de péjoratif - ils sont retournés à leurs occupations principales. Ils se mobiliseraient sans doute à nouveau, et massivement, dans la collecte et la diffusion d'informations brutes en cas d'évènements graves. A la légitimité acquise pendant l'hiver 2010-2011 s'ajoute un énorme potentiel de vigilance et de savoir-faire que le PaCTE a raison de vouloir transformer en atout pour la démocratie.
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Car la presse professionnelle tunisienne ne s'est pas complètement débarrassée de réflexes et d'habitudes imposées par plus d'un quart de siècle de pouvoir autoritaire. La légitimité et le potentiel du "journalisme citoyen" offrent donc l'opportunité d'amener cette presse à évoluer plus profondément et plus radicalement qu'elle ne l'a fait depuis un an.
Une initiative comme Speak Out Tunisia (si elle avait été française, elle se serait appelée "Exprime-toi, Tunisie"), cette initiative peut offrir aux Tunisiens une information alternative. A eux de comparer l'information de la presse traditionnelle à celle que leur proposeraient les "journalistes citoyens" de Speak Out Tunisia.

Si les Tunisiens avaient de bonnes raisons de préférer l'info des "journalistes citoyens", les journalistes professionnels seraient contraints d'en tenir compte et de s'adapter. Encore faut-il que Speak Out Tunisia réussisse à générer, à terme, une offre d'information vraiment concurrentielle. C'est à dire à imposer une véritable marque media à côté des organes de presse traditionnels. La question fondamentale est de savoir si on peut créer une marque média avec des journalistes amateurs. Et autrement, bien sûr, qu'en reproduisant le business model peu éthique du Huffington Post.

Le crowdsourcing régénérateur

S'il se confirme que de nombreux jeunes journalistes tunisiens se montrent intéressés par les stages d'Anne Medley, la solution pourrait venir de la collecte participative. Une collaboration entre des "journalistes citoyens" et des journalistes professionnels dans le cadre de Speak out Tunisia devrait produire des pratiques intéressantes pour au moins deux raisons.

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La première existe dans la presse quotidienne régionale depuis très longtemps. Les correspondants locaux ne sont pas des journalistes professionnels mais ce ne sont pas non plus de vrais amateurs car, tout en exerçant une autre activité professionnelle, ils se "frottent" aux exigences du journalisme professionnel. Ils ont souvent leur propre réseau d'informateurs et certains écrivent, photographient ou filment aussi bien que les pros des rédactions régionales. Ici, pointe un problème: les correspondants de la presse quotidienne régionale sont payés à la pige...
La deuxième raison de penser que le crowdsourcing peut régénérer l'information en Tunisie réside précisément dans le fait que des citoyens qui ont su produire une information décisive, ces gens-là - qui sont majoritairement des jeunes - ont la légitimité et la capacité de veiller à ce que les professionnels ne reviennent pas aux anciennes pratiques.

Pour une critique intelligente des médias

Le "journalisme citoyen" selon l'approche Speak Out Tunisia - "Exprime-toi, Tunisie" - pourrait en même temps s'ériger en une instance de critique intelligente des médias (media watch) qui, soit dit en passant, fait cruellement défaut de ce côté-ci de la Méditerranée. Après tout, il y a aussi cette dimension de la démocratie dans le "Plus jamais çà " du PaCTE.

Le recul manque encore pour être certain que la Tunisie développe une forme inédite de démocratie. C'est possible. Comme est possible, grâce à l'initiative du PaCTE, que les témoins narrateurs de la révolution tunisienne contribuent à l'émergence d'un autre journalisme.

Le site du PaCTE

La charte du PaCTE

Contribuer financièrement au projet ''Speak Out Tunisia''

Le site principal d'Anne Medley

Un autre site d'Anne Medley

Le Forum Freedom and Diversity

La Fondation du Forum de la Liberté

jeudi 1 septembre 2011

Cinquante ans de métier

1er septembre 1961, Mme Puhl-Demange, directrice du Républicain lorrain, sourit et dit à mon père: "Confiez-nous votre poète de fils pendant trois mois. Nous verrons s'il est possible d'en faire un journaliste."

Je suis stupéfait. Une profession alors prestigieuse accueille sans plus de formalités un cancre de dix-sept ans au bord de la délinquance.

Dès les premières heures au sein de la rédaction et pendant des années, les Vieux entourent l'apprenti, l'aident, le soutiennent. Ils transmettent leur savoir-faire et leurs valeurs. Pas n'importe quelles valeurs: MM Steckler, Ramet, Berger, Bentz étaient devenus journalistes juste après l'épuration de la presse.

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Ils croient me faire plaisir en m'envoyant, seul avec un photographe, au concert que Johnny Halliday donne le 16 septembre à Metz. Deux semaines seulement après l'embauche, sans attendre la fin du pré-stage de trois mois. Cette année-là, les fans et les blousons noirs cassaient les fauteuils des salles de spectacle et se battaient parfois avec les flics avant et après le spectacle. Plutôt amateur de jazz que de rock, je fonce quand même dans la loge de Johnny pour parler de blues, d'Elvis, de l'Amérique...

Cinquante_ans_de_metier_2.jpgL'Amérique...C'est un de ses plus grands journalistes, John Gunther, qui avait vrillé la vocation dans les songeries du cancre encore enfant. J'avais emprunté la version française de "Inside USA" à la bibliothèque du Cours Complémentaire de Bar-le-Duc.

Révélation: on peut raconter ce qui vient de se passer comme c'est écrit dans les livres d'Histoire. L'actualité, c'est l'Histoire en train de se faire. Découverte indélébile. Conviction toujours active. De plus en plus exigeante.

Je n'ai pas rendu ce livre à la bibliothèque scolaire. Il a été lu et relu une bonne dizaine de fois en un demi-siècle.

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Il faut savoir admirer dans ce métier. Hormis Rimbaud, Bachelard, Gracq, Kerouac et Cioran, nombreux sont les professionnels de l'information dont j'ai vénéré l'acuité intellectuelle, la profondeur des analyses ou le style.

Se protéger surtout, avec quelques positionnements affichés: indifférence à la notoriété, aversion à l'encontre des gens de pouvoir, mépris du conformisme et des réseaux de connivences, haine de la corruption couverte par une omerta corporatiste. Quelques pulsions motrices: passion pour les faits, surveillance des idéologies masquées, quête obsessionnelle de fiabilité. Essayer, enfin, de construire sa singularité.

Une dose quotidienne d'étonnements

Le Républicain lorrain, J'informe, France Inter, Le Télégramme de Brest, France Culture, France Info, France 3, Caméra Vidéo, LCI,.. Presse écrite, radio, télévision.
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Et le web, découvert avec Mosaïc sur Compuserve.

Emerveillement pérenne: depuis octobre 1993, il me faut ma dose d'étonnements quotidiens.
Une récompense: parler en 1999 avec Vinton Cerf, un des inventeurs d'internet, de ce qui s'est passé en 1979 avec le réseau français "Cyclades".

Des jeunes construisent l'age d'or de l'information

Les Vieux qui avaient accueilli et entouré l'apprenti de dix sept ans il y a un demi-siècle, m'obligent à essayer de transmettre certaines de leurs valeurs et quelques savoir-faire pratiques, anciens et nouveaux.

Les jeunes journalistes sont victimes d'injustices ignobles.

Pourtant, certains d'entre eux sont déjà en train de construire l'âge d'or de l'information annoncé par l'informatique en réseaux.
Effectuées à l'IFP, au CFPJ, au CAPJC de Tunis, à l'Université Paul Verlaine de Metz, à l'IUT de Lannion, les tentatives de transmission suggèrent qu'il y a, en moyenne, 25% de très grands professionnel(le)s en devenir par promotion.
Ils et elles sont déjà admirables et se reconnaîtront.

Pour le sourire adressé au cancre

Besogneux - nuits blanches, week-ends laborieux - adepte de la volupté de comprendre, le travail m'est une drogue nécessaire. Normal: quand on a triplé sa classe de troisième pour se faire jeter un diplôme de BEPC à la figure, la condition d'autodidacte est une condamnation à perpétuité. Peine jubilatoire malgré les énormes lacunes qui restent à combler.
Je fais encore ce métier parce que ce métier m'a fait.
Comme disait la dame qui a souri au cancre il y a un demi-siècle.

Merci.

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mardi 11 janvier 2011

Tunisie: journalistes et citoyens

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Un arbitre français des élégances journalistiques a lâché un jour avec une moue méprisante: "En Tunisie, il n'y a pas de journalistes."

La terrible séquence enregistrée avec un téléphone portable dans un hôpital de Kasserine inflige un humiliant démenti à ce geek péremptoire.

Ce reportage de trois minutes et trente-trois secondes- un ensemble de rushes, une sorte de plan-séquence chaotique - contient des coupures mais aucune trace de montage.

Crowdsourcing de crise

La bande-son (il faut bien employer cette expression plutôt destinée à la fiction) est faite de cris insoutenables de souffrances et de terreur.
C'est la marque des tragédies vécues.
Une preuve de vérité réaliste que les chaînes de télévision européennes remplacent ordinairement par une musique du style "Ionisation" d'Edgard Varèse. A cause des sirènes.
Il ne faut surtout pas traumatiser les audiences démocratiques. Le son est beaucoup plus violent que l'image. Une musique de fiction "euphémise" les images. En général.
Il n'y a pas d'euphémisme possible dans cette vidéo digne des "Choses vues" de Victor Hugo. Aucune télévision européenne ne pourrait la mixer avec une "musique dramatique", pour effacer les cris, sans se livrer à une manipulation aussi crapuleuse qu'une retouche Photoshop sur une image de guerre ou de catastrophe.

Les auteurs de ce document ont tenu à le signer: "Amicale des Anciens de l'Institut de Presse".

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Ils fournissent des éléments qui confirment ce qu'écrivent certains blogueurs:
"...tirer au dessus de la ceinture (ce qui explique également l’intention de tuer car ma foi pour la légitime défense il faut tirer sur les membres inférieurs)…

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C'est sans doute ce que Michèle Alliot-Marie appelait hier à l'Assemblée nationale "une technique de maintien de l'ordre"...

Ce même blogueur - un artiste peu politisé jusqu'à ces derniers jours - donne une explication à la perplexité d'une journaliste française qui s'étonnait hier matin du retrait subit de la police dans certaines villes: il s'agit, écrit-il, de favoriser les pillages pour illustrer les accusations portées lundi soir par Ben Ali contre des "voyous à la solde de l'étranger".
Enfin, le reportage des anciens de l'Institut de Presse confirme visuellement les remarques d'un autre reporter français: le personnel hospitalier est déborder par l'arrivée incessante de blessés et de mourants. Ce qui tendrait à prouver que la police tire massivement, sans discernement.

Quelle que soit la cause de ce crâne fracassé, elle ne peut pas avoir été provoquée par une "technique de maintien de l'ordre" usant de "retenue".

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J'ai énormément de préventions à l'égard de Facebook. Mais le fait est que c'est - dans les pays arabes en général, au Maghreb en particulier et en Tunisie surtout - un moyen de collecter des données brutes. Tout ce qui y est publié ne peut pas être considéré comme de l'information. Mais les contenus bruts, à analyser, à vérifier, à recouper, y sont beaucoup plus denses que sur Twitter (1)

Ne pas confondre la presse et les journalistes

La presse tunisienne n'est guère attrayante. Cependant, il y a, dans ce pays, d'excellents journalistes.

Les jeunes sont plutôt plus cultivés - et plus politiquement conscients - que leurs homologues français. Ils sont surtout très motivés et extraordinairement compétents dans les technologies de la communication.

(Ils se forment, notamment, grâce à accord non écrit que Steve Ballmer aurait passé avec Ben Ali: Microsoft fermerait les yeux pendant quelques années encore sur les galeries marchandes pleines de logiciels "craqués", à condition que l'Administration tunisienne s'équipe de logiciels Microsoft, histoire de compenser les pertes occasionnées par le piratage que les autorités tolèrent. Explication invérifiable.)

Souvent formés en France, où il leur est arrivé de subir des humiliations racistes post-coloniales, les journalistes expérimentés sont moins impatients que leurs jeunes confrères. Ils n'expriment pas, dans des blogs aux contenus poignants, la rage impuissante d'être contraints de pratiquer leur métier dans l'auto-censure permanente (1). Ils observaient avec subtilité les premiers signes discrets d'une lutte de succession enclenchée au sommet du pouvoir.

Tunisie_drapeau_sanglant.jpgLes jeunes, eux, observent avec inquiétude le retour depuis deux ans environs du sentiment et des signes religieux dans une partie des classes moyennes inférieures. Celles qui fournissent les acteurs et les victimes de la tragédie actuelle.
Ces jeunes journalistes avaient été humiliés, en 2008, par les déclarations de Nicolas Sarkozy à propos des "progrès de la démocratie" en Tunisie.
Ni héros ni martyrs, ils vont peut-être montrer à ce président français si peu avisé ce que signifie le mot "progrès" pour des gens cultivés.

1) Un journaliste du Figaro avait affirmé, naguère, qu'il pouvait rendre compte en temps réel du déroulement des attentats de Bombay en suivant Twitter. Vérification faite, aucun tweet n'a jamais donné la moindre information en temps réel sur ces évènements. Tout ce que le journaliste français lisait, c'étaient les réactions sur Twitter de téléspectateurs indiens. Il va de soi qu'on ne peut pas, non plus, raconter ce qui se passe en Tunisie avec les éléments mis en ligne sur Facebook. Ces éléments sont juste plus intéressants que les gazouillis de 140 caractères par le texte et surtout par la capacité de Facebook de diffuser de stocker de grande quantités de sons et d'images, Et, dans le cas de la tragédie tunisienne, par le nombre de témoins potentiels.

2) Compte tenu du haut niveau de surveillance des milieux intellectuels et journalistiques tunisiens des deux côtés de la Méditerranée, aucune adresse de blog et aucun nom ne seront publiés dans ce billet.

lundi 29 novembre 2010

Le premier ouvrage consacré au journalisme de données

Datajournalism_nouvelle_couverture.jpg
Distribué en librairie par Géodif, le livre est également disponible aux éditions du CFPJ, 35 rue du Louvre 75002 ainsi que sur le site des éditions du CFPJ.

Pour avoir une idée du contenu, écouter l'entretien enregistré le vendredi 03 décembre par Philippe Nieuwbourg pour la webradio Econotique. Il y est question de Wikileaks, du rapport de continuité entre le journalisme de toujours et le journalisme de bases de données, des grands précurseurs français vénérés à l'étranger mais ignorés en France, de la technophobie qui discrédite les élites françaises jusqu'aux sommets de l'Etat, des lacunes dans l'enseignement du journalisme en France.

Voici un résumé du sommaire, sans les études de cas et les illustrations:

Chapitre 1 - Les données, leurs relations et l’information

Les données
Les relations entre les données
L’information

Chapitre 2 - Les bases de données, conteneurs et machines

Les bases et leur gestion
Le web sémantique
Protections juridiques
L’ouverture des données publiques

Chapitre 3 - L’investigation journalistique appliquée aux données

Recherche
Validation
Chercher des données hors des bases
Données hors du web

Chapitre 4 - Convertir la complexité chiffrée en simplexité

L’infobésité
La distraction
La diversion
Diminution de l’attention
La complexité
La modélisation
La « simplexité »

Chapitre 5 – Entrer en visualisations par les cartographies

Variations sur la cartographie
Déclinaisons de la cartographie

Chapitre 6 – Les diagrammes et leurs métaphores

Perception de l’image
L’interprétation de l’image
Les tendances de la visualisation
La création d’images

Chapitre 7 – Programmation, langages, organisation

Les langages
Journaliste et/ou programmeur
Les modèles du datajournalism

Chapitre 8 – Les ancêtres, les précurseurs et les jeunes pionniers

Les grands ancêtres
Les maîtres contemporains
Les jeunes pionniers français

Un blog, data journalism , est d'ores dédié aux extensions numériques - URL des liens imprimés - et à l'actualisation de l'ouvrage.

Datajournalism_couverture_vraies_couleurs.jpg

Ce blog propose de nombreux liens vers les ressources de plus en plus nombreuses du data journalism: répertoires de bases de données, outils d'analyse et d'extraction, sites et logiciels de visualisation.

BON DE COMMANDE

dimanche 24 octobre 2010

Durée de réalisation d'un contenu en rich media

Temps_rich_media_diagramme.jpg

Une personne opérant seule peut réaliser un contenu journalistique en rich media en dix heures.

Cette évaluation est détaillée dans le blog Hypermedia qui prolonge et actualise le livre "Communiquer en rich media", publié aux éditions du CFPJ.

Elle repose sur de nombreuses expériences menées avec des étudiants en journalisme sur toutes sortes de sujets et dans différentes conditions.

Elle suppose une méthodologie et un souci de productivité.
Rich_media_dossiers_des_composantes.jpg

mardi 14 septembre 2010

Protection des sources: pourquoi la plainte du "Monde" n'aboutira pas

La plainte que le quotidien "Le Monde" s'apprêtait à déposer pour atteinte à la protection des sources journalistiques n'aboutira pas pour deux séries de raisons qui découlent du double verrouillage auquel le président de la République a procédé durant les premiers mois de son mandat:

Verrouillage légal

Comme je l'écrivais dans ce blog dès le 30 mars 2008, la loi invoquée par "Le Monde " prévoit deux exceptions à la protection du secret des sources:

- « la nature et la particulière gravité d’un crime ou d’un délit »

- « les nécessités des investigations judiciaires»

C'est évidemment la seconde exception, activée par le directeur de la Police Nationale, qui sera invoquée pour débouter le quotidien du soir.

Le journal, en effet, n'a pas été espionné, comme ce fut le cas du "Canard enchaîné" lorsque le pouvoir pompidolien avait tenté de poser des micros au sein de la rédaction de la rue Saint-Honoré. Ce sont les communications téléphoniques d'un haut fonctionnaire qui ont été transmises à la DCRI par un opérateur de téléphonie mobile.
Puisque rien n'est dit, dans cette loi cosmétique,contre la possibilité donnée au pouvoir politique de faire neutraliser un informateur, la source de documentation des journalistes se tarit en toute légalité.

En admettant qu'un juge soit néanmoins saisi de la plainte et veuille essayer de se renseigner, il n'ira pas loin.
La Loi de programmation militaire adoptée en conseil les ministres le 24 novembre 2008 étend le "secret défense" à la Direction Centrale du Renseignement Intérieur. C'est cet organisme - issu de la fusion entre les RG et la DST - qui a neutralisé le haut fonctionnaire informateur du "Monde".
Un juge ne pourra même pas pénétrer dans les locaux de la DCRI.

Verrouillage fonctionnel et humain

Pendant que le verrouillage légal cheminait dans la procédure - Conseil d'Etat, Parlement, etc... - le président de la République procédait à un verrouillage fonctionnel et surtout humain qui explique la sérénité de l'Elysée face à la menace du journal "Le Monde":

Diagramme_de_verrouillage_2.jpg

En noir, les liens fonctionnels. En rouge les liens personnels.
Frédéric Péchenard, patron de la Direction Générale de la Police Nationale - qui a activé la DCRI pour neutraliser l'informateur du "Monde" - est un ami d'enfance de Nicolas Sarkozy.
Bernard Squarcini, patron de la DCRI, est un proche de Nicolas Sarkozy depuis 2002.
Bernard Bajolet, coordonnateur du renseignement est un proche de Nicolas Sarkozy, via un de ses conseillers.

mercredi 7 juillet 2010

Mediapart: affirmation d'une "marque media" sur le web

Par sa manière de traiter l'affaire Bettencourt-Woerth-Sarkozy, le site d'information en ligne Mediapart s'affirme comme une vraie marque media, se détachant des autres pure players - Rue89, Backchich et Slate.fr - et contraignant au suivisme les organes de la presse conventionnels.

Une marque media est à l'information ce que les plus prestigieuses réussites culturelles ou entrepreneuriales sont à la création ou à l'industrie: des titres dont les valeurs affichées sont spontanément et massivement reconnues.

Les valeurs d'une marque media sont aujourd'hui l'indépendance, la fiabilité, l'innovation.

Mediapart prouve son indépendance, non seulement, dans l'affaire Bettencourt-Woerth-Sarkozy, mais aussi dans tous ses contenus journalistiques et surtout dans son modèle économique fondé sur la confiance de ses abonnés.

Dans le dossier Bettencourt-Woerth-Sarkozy, la Justice et la police (pour le retrait, notamment, d'une somme de 50 000 euros le 26 mars 2007) ont validé jusqu'à présent la fiabilité de la rédaction de Mediapart.

Quant à l'innovation, elle apparaît dans la carte mentale (mind mapping) de l'affaire en question. Carte interactive qui n'est pas très originale par rapport à ce que proposent quotidiennement les sites d'information américains et britanniques mais qui, dans le pauvre contexte hexagonal, peut être saluée comme une prouesse.

Mediapart_carte_Bettencourt_2.jpg
L'idée de cette carte est attribuée par Mediapart à Alphoenix. Dans l'esprit du proverbe "Une image vaut mille mot", elle explique dix fois mieux qu'un texte la structure du dossier exploré par les journalistes. Cette explicitation aurait pu être proposée par des journaux imprimés sur papier ou par des chaînes de télévision: ils ne l'ont pas fait. Mediapart l'a fait avec la supériorité du web: l'interactivité. Chaque point nodal de la carte renvoie d'un clic à un article. C'est du rich media journalistique avec une image comme porte d'entrée conduisant à des contenus textuels. L'infonaute choisit sa manière d'assimiler l'enquête.

Ce que Mediapart révèle en plus

Au-delà des informations sur l'affaire Bettencourt-Woerth-Sarkozy, le surgissement de la marque Mediapart révèle des éléments beaucoup plus importants pour le métier de journaliste et pour la démocratie.

Que la presse soit critiquée par des politiciens parce qu'elle "ouvre en plein jour les poubelles que les politiciens remplissent la nuit", c'est un grand classique depuis la III ème République. Les minables - Estrosi, Morano, Bertrand entre autres - qui osent encore recourir à cette rhétorique finiront, eux, dans les poubelles de l'Histoire.

Qu'un pitoyable ancien chiraquien rallié à Sarkozy se ridiculise à l'Assemblée nationale avec une diatribe grotesque contre internet en dit long sur le piètre journaliste qu'a pu être François Baroin.

Seuls sont dignes d'intérêt les politiciens de droite qui, tout en soutenant Eric Woerth, s'abstiennent de critiquer Mediapart parce qu'ils savent que le centre de gravité de cette marque media, Edwy Plenel, est capable de faire le même travail d'élucidation contre la gauche. Il l'a prouvé, notamment dans l'affaire du "Rainbow Warrior". Ne pas se souvenir de la hargne de Mitterrand contre l'ex-directeur de la rédaction du "Monde", c'est faire preuve d'une affligeante inculture.

Ce que révèlent aujourd'hui les attaques contre Mediapart, ce sont les pulsions d'une partie de la Droite qui se dévoile, y compris en recourant aux barbouzeries, comme sournoisement mais fondamentalement liberticide.

vendredi 26 mars 2010

Datajournalism: le Washington Post "piste" Barak Obama

Aux citoyens américains qui veulent savoir ce que fait leur POTUS ( = Président Of The United States), le Washington Post propose un accès facile à l'agenda de la Maison Blanche compilé dans une base de données.

Le principal intérêt de cette offre journalistique appelée POTUS Tracker réside dans une interface graphique interactive, simple mais particulièrement éloquente.

Datajournalism_Washington_Post.jpg

Chaque surface représente un type d'activité. L'importance relative de ces surfaces indique le nombre d'évènements liés à chacune de ces activités.
Une ligne blanche, insuffisamment perceptible, sépare l'année 2009 de l'année 2010.
Une meilleure séparation temporelle peut être obtenue en ajustant un curseur sur une date de départ pour obtenir les résultats d'une période précise. Par exemple, ci-dessous, les activités de l'hôte de la Maison Blanche depuis le début de l'année 2010.

Datajournalism_Washington_Post_4.jpg
En cliquant dans une des sections ( 2009 ou 2010 ) d'un quadrilatère, l'internaute accède une liste chronologique d'évènements impliquant Barak Obama dans l'un des vingt enjeux de l'activité présidentielle.

Le Washington Post a retenu une quinzaine de types d'évènements: briefings quotidiens, conférences de presse, déplacements à l'étranger, conversations téléphoniques officielles, rendez-vous protocolaires, vacances.

Datajournalism_Washington_Post_2.jpg

Outre celles qui conduisent aux enjeux et à la nature des activités, deux entrées sont réservées aux noms des personnalités rencontrées et aux localisations des déplacements présidentiels, avec évidemment une carte pertinente réalisée à partir d'une Google map.
Si ces entrées multiples ne suffisent pas, un moteur de recherche trouve dans la base de données les contenus associés aux mots clés. Ainsi, dès le 26 mars, le mot "Iowa" renvoyait au discours présidentiel prononcé la veille, dans cet état, sur la réforme du système de santé. Rien de plus facile que d'aller, ensuite, chercher dans les archives du journal, les articles, opinions et billets de blogs concernant cet évènement.

Enfin des filtres permettent de réduire le nombre d'enjeux à explorer, en ne regroupant par exemple que les dossiers diplomatiques et militaires ou les seuls thèmes qui relèvent des affaires intérieures.

On reconnait, derrière cette ergonomie quasiment ludique, la logique interne d'une base de données avec ses enregistrements, ses champs, ses tables, ses requêtes et formulaires, austères délices d'Access...
Précisément: le principal intérêt du travail réalisé par neuf personnes est d'avoir considérablement simplifié la consultation d'une masse énorme de données en évitant le piège de l'esthétisme qui guette la ''french touch'' en journalisme de données. C'est une médiation au sens le plus exigeant et le plus évident.
C'est donc du journalisme d'aujourd'hui car impossible à proposer ailleurs que sur le web.

mercredi 24 mars 2010

Le New York Times entr'ouvre la boîte noire de l'information

Chaque jour, le New York Times met en ligne une séquence vidéo qui résume la conférence de rédaction.
La démarche inspire un minimum de circonspection mais elle est significative sur deux points cruciaux: la relation avec les infonautes et l'affirmation du prestige d'une marque .

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Conférence de rédaction du 22 mars.

Conférence de rédaction du 23 mars.

Conférence de rédaction du 24 mars.

Circonspection: une séquence de moins de sept minutes ne montre pas tout ce qui s'est passé pendant la conférence.
L'enregistrement du rituel suppose des choix entre ce qui est à priori destiné à la diffusion et ce qui ne peut pas l'être.

D'ailleurs, le clip commence par énumérer un nombre restreint de sujets, ce qui laisse supposer que les nombreux autres thèmes d'actualité ne seront pas traités publiquement.

Conf_redac_NYT_2.jpg

Enfin, chacun sait, ou devrait savoir, que le montage est d'abord une procédure d'élimination de certains moments enregistrés.

Il n'est donc pas question de transparence absolue.

Eclairer les choix éditoriaux

Le Timescast installe pourtant un nouveau registre, très intéressant, dans les relations entre les organes de presse et leurs audiences.
L'instance de décision s'explique sur ses choix.
Comme il s'agit d'un collectif, les infonautes assistent à la confrontation de points de vue sur un évènement donné. Par exemple, le contentieux entre la firme Google et le gouvernement chinois a donné lieu, le mardi 23 mars, à une discussion entre trois spécialistes.

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Le fait de pouvoir écouter les évaluations respectives de la spécialiste des affaires asiatiques, du responsable des questions internationales et d'un journaliste économique permet de faire comprendre aux lecteurs et aux internautes la complexité inhérente à tout évènement de quelque importance.
La complexité suppose des approches multiples, donc des arbitrages entre une seule approche et plusieurs angles et, dans le premier cas, entre plusieurs enjeux proposés par la rédaction comme autant de "clés".

Conf_redac_NYT_4.jpg Sur des dossiers aussi compliqués que les relations entre Israël et les Etats-Unis, un spécialiste développe la problématique journalistique à la faveur d'une discussion dont la version enregistrée n'a rien de spontané mais dont le contenu est toujours intéressant.
Le journaliste expose ce qu'il sait et ce qu'il ne sait pas, ce à quoi il s'attend et pourquoi un article de presse exprime forcément une "vérité" non seulement subjective mais provisoire, voire fugace.

Vers un dispositif interactif

Dans la recherche d'une authentique relation avec ses audiences, l'industrie de l'information aurait intérêt à en finir avec l'infâme "courrier des lecteurs", qui est au dialogue ce que le micro-trottoir est à l'investigation: une facilité faisandée.

L'intérêt de la démarche du New York Times est qu'elle peut s'inscrire dans un dispositif interactif à plusieurs composantes:
- des blogs dans lesquels chaque journaliste fournit quelques unes de ses sources à ses lecteurs et s'explique sur ses choix.
- des clips vidéo qui résument les conférences de rédaction.
- lié à ces clips et aux blogs, un espace ouvert aux interventions des infonautes.
- issue de ces interventions modérées par un médiateur, émergence d'une communauté d'internautes exigeants qui devraient être plus étroitement associés à la stratégie éditoriale.

L'apanage d'une grande marque

Pour avoir vécu - et surtout subi - plusieurs milliers de conférences de rédaction en un demi-siècle de journalisme de presse écrite, radio et télévision, j'affirme que seule une très grande marque média peut se permettre d'enregistrer et de diffuser, même partiellement, ce qui se passe dans la boîte noire de l'information.

La métaphore de la "boîte noire" a été formulée par Hubert VédrineConf_redac_NYT_7.jpg. L'ancien ministre des Affaires étrangères fait remarquer que si la presse se plaît à demander des comptes, à réclamer la transparence, elle s'exonère elle-même et sans vergogne de toutes ces exigences.

Les journalistes, par exemple, s'excitent parfois sur la corruption dans le monde des affaires et dans la sphère politique; mais aucun ne s'avisera de traiter de la corruption, pourtant décisive, au sein de sa propre corporation.

Sans aller jusqu'à cette impensable transparence déontologique, force est de constater que la presse est la seule industrie qui ne rend jamais compte de ses choix à ceux qui sont censés lui faire confiance, même et surtout en cas de catastrophe médiatique.

La principale raison pour laquelle très peu d'organes de presse pourraient, en France, ouvrir leur boîte noire, même très partiellement, tient au fait que les conférences de rédaction sont généralement d'une grande médiocrité, dans la forme et sur le fond. Pas "montrables", en somme.

Il faut vraiment des journalistes de haut niveau, un état d'esprit collectif conscient de l'importance de l'entreprise, un protocole de communication interne basé sur la compétence, donc sur le respect, pour envisager de montrer - sans se ridiculiser - comment se conçoit et se construit une actualité de qualité. Car l'actualité est une construction journalistique ( cf. François Jost)

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jeudi 11 mars 2010

Apports et limites du data journalism

Le journalisme de données – produire du sens avec des chiffres convertis en images - s’acclimate timidement en France mais de manière prometteuse car il est exploré par de jeunes professionnels enthousiastes et plutôt compétents.

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Leurs approches suscitent déjà des débats d’autant plus intéressants qu’ils concernent à la fois les pratiques journalistiques et l’offre de contenus à valeur ajoutée, indispensables aux futurs modèles économiques de la presse.

Un nouveau stimulant pour la curiosité

Le premier apport de ce qui apparaît, à tort, comme une mode (évidemment importée des Etats-Unis et de Grande-Bretagne) est inestimable : chercher des bases de données, les fouiller pour en extraire des éléments significatifs constitue un antidote à la paresse intellectuelle (1A), au conformisme et aux connivences qui dévaluent le journalisme à la française depuis des décennies.
Dès lors que les journalistes redeviennent curieux, notamment les jeunes, il y a lieu d’être un peu plus optimiste pour l’avenir de l’information dans ce pays, en dépit de la cécité de ses managers (1C).

Une raison d'approfondir

Datavis_tweetometre_Paris_Londres.jpgLe second apport du datajournalism se situe dans l’approfondissement (2).
L'approfondissement est l'antidote à la narration twitterisée, stade ultime du "réductionnisme" qui justifie, à priori, le remplacement de certains journalistes par des robots (3) (Quelques radios gagneraient à être alimentées par de l'intelligence artificielle plutôt que par ces bipèdes décérébrés).
Trop de lecteurs de journaux, mais surtout d’auditeurs et de téléspectateurs affirment qu'ils se détournent des médias de masse traditionnels parce qu’ils sont de plus en plus superficiels alors que la complexité de l'actualité s'accroît. Ce reproche peut être considéré comme un alibi cauteleux et masochiste, si l’on en juge par les volumes d’audience des journaux, des émissions de radios et de télévisions les plus méprisants à l’égard du « grand public ». Mais, même s’ils sont minoritaires, les infonautes les plus exigeants sont les seuls vrais interlocuteurs et partenaires des journalistes qui veulent régénérer leur profession.
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Les informations construites par extractions de chiffres dans les bases de données fournissent des opportunités de rapprochement entre le monde de l’information et des citoyens généralement influents.

Un terrain de créativité collaborative

Troisième apport: la créativité. Quand un journaliste détecte, dans une base de données, des relations porteuses de sens entre des chiffres peu significatifs car isolés, il accomplit un double travail intellectuel.
Il s'efforce de valider l'intérêt et la portée des relations entre les chiffres.
Il songe en même temps à valoriser graphiquement la mise en évidence de l'information ainsi révélée; ce qui l'amène à se mettre à la place de l'infonaute ( = empathie) afin de faciliter l'assimilation.
Faire émerger du sens et donner accès à la complexité relève d'une ingénierie de la connaissance dont les journalistes devraient se faire les experts dans le prolongement du travail des enseignants.

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En outre, et ce n'est pas le moindre de ses mérites, la visualisation des données crée les conditions idéales pour un travail collaboratif dans lequel les compétences des rédacteurs, des infographistes, des flashmasters et webdesigners sont mobiliser au service du contenu.

Le risque du "journalisme en pyjama"

Une première crainte, exprimée par Jean-Christophe Feraud (4), véhicule l'idée que le journalisme de bases de données nuirait au journalisme d'investigation. (C'est une manie bien française de réagir comme si une nouvelle pratique devait supprimer une pratique existante.) Dans la mesure où il ne peut suffire à rendre compte de l'Histoire en train de se faire - telle est ma définition de l'actualité - le datajournalism ne remplace aucun genre journalistique.
Il s'incorpore à la fois à l'investigation et à l'analyse.

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Il fait partie de l'investigation lorsque l'analyse des données collectées par la police incite des reporters d'une station de télévision locale à aller interroger des victimes pour révéler que des preuves de viols ont été systématiquement escamotées.
Les visualisations de données relèvent de l'analyse lorsqu'elles permettent de mieux comprendre des phénomènes complexes comme une crise financière, une catastrophe naturelle.
Le database journalism serait en fait une des composantes de l'approche rich media dans la mesure où il cherche à optimiser les spécificités cognitives du texte et de l'image.

Le risque de l'esthétisme gratuit

Très tôt, depuis les travaux pionniers de Fernanda B. Viégas au MIT il y a une dizaine d'années,Datavis_esthetisante.jpg la visualisation de données a hérité de l'univers des mathématiques un goût certain pour l'élégance, c'est à dire pour les qualités formelles d'une démonstration.(Fernanda n'est pas à l'origine de cette tendance esthétisante mais la sidérante beauté de ses oeuvres peuvent donner des idées...). Il existe, en tous cas, un risque que des journalistes et des graphistes enthousiastes se laissent emporter par un souci prédominant de soigner les apparences, c'est à dire de donner plus d'importance à la séduction visuelle (5) qu'au strict respect des réalités révélées par les relations entre les données brutes.
Le datajournalism ne jouera pleinement son rôle dans la réhabilitation de l'information et dans la revalorisation du journalisme que s'il s'associe aux autres pratiques professionnelles, traditionnelles ou innovantes et en particulier au discernement et à la culture des indispensables factcheckers.

Le risque de l'incompétence

L'hypothèque la plus lourde est le manque de formation aux bases de données (6). L'ignorance crasse des journalistes, y compris ceux des services politiques, dans le domaine des sondages d'opinion laisse présager le pire pour l'interprétation des statistiques.
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En attendant qu'une vraie formation soit proposée aux professionnels de l'information, il vaut mieux que le datajournalism reste temporairement une affaire de spécialistes qui se connaissent, se respectent et s'évaluent mutuellement.
Une autorégulation assumée par les pionniers experts - pas seulement des journalistes mais aussi et surtout des mathématiciens, des statisticiens - permettra à cette pratique d'établir sa légitimité et de retenir l'attention des managers de presse les plus avisés.

Une innovation porteuse d'avenir

Le graphisme d'information partage avec le reportage en rich media une singularité précieuse pour l'avenir de l'information: ce sont des genres qui viennent de la presse traditionnelle, imprimée ou audiovisuelle, mais qui ne peuvent exister pleinement que sur le web. Ils représentent l'avenir du journalisme.
Un avenir que de jeunes pionniers sont en train d'inventer.

1 A - Comment visualiser des données par une pionnière, Caroline Goulard.

1 B -Exemples de journalisme de bases de données collectés par Caroline Goulard.

1 C -Le retard français en matière de données ouvertes par Tatiana Kalouguine.

2 - Un renversement de perspective, interview du pionnier Nicolas Kaiser-Bril par Jean Abbiatecci

3 - Allusion à un article amusant publié dernièrement par un quotidien du soir de référence hexagonale.

4 -Le datajournalism contre Albert Londres, selon Jean-Christophe Féraud.

5 - Les risques de la séduction visuelle illustrés par Martin Wattenberg, informaticien et artiste numérique.

6 -Les risques de l'incompétence par Fabrice Epelboin.

Autres ressources:

- Exemples de réalisations et quelques interface sur mon blog Hypermedia.

- Fernanda B. Viègas pionnière de la visualisation de données au MIT puis chez IBM.

- Many Eyes, plateforme de partage de graphismes de données.

- Many Eyes sur Twitter.

- Gapminder, plateforme de visualisations sur l'état du monde.

- Hans Rosling, fondateur suédois de Gapminder sur Twitter.

- L'explorateur de données de Google.

- Infoscopie, outil gratuit

- Autres outils

- L'interface de visualisation interactive du Pew Research Center sur la "consommation" des médias en 2009

- Infosthetics, blog incontournable.

- Infoviz sur Twitter.

- Comparaisons entre les données ouvertes américaines et britanniques.

- Worldmapper, site de données cartographiées, proposé par Pascal Kober, rédacteur en chef de la revue L'Alpe

- Le ''datastore'' du Guardian

- Factual, extraordinaire plateforme de partage de données: vous déposez en ligne, d'autres enrichissent comme vous enrichissez les données déposées par d'autres internautes.

- Les mots d'Obama hiérarchisés par le Washington Post

- Une base 430 indicateurs sur Gapminder

- Les projets de la Sunlight Foundation qui milite pour l'accès aux données publiques (aux Etats-Unis)

- Les laboratoires de la Sunlight Foundation

- Conception et fabrication d'une visualisation de données au New York Times.

- Techniques de visualisations des données (trouvées sur le fil Twitter de Caroline Goulard)

- Petite leçon de statistiques politiques sur le blog NetPolitique.

- Le blog de la Sunlight Foundation

- EuroVAZST, symposium à Bordeaux le 10 juin 2010.

lundi 9 novembre 2009

Une profession discréditée aggrave son cas en se vautrant dans le ridicule

La crise d'hystérie berlinoise qui vient d'agiter frénétiquement le journalisme à la française a repoussé les limites du ridicule tout en dévoilant l'ignominie de l'arbitraire médiatique.

Le comble du grotesque a été atteint avec la mise en scène hypertrophiée d'un spectacle futile, sans intérêt, sans autre contenu que d'insipides lieux communs sur la Liberté. L'enflure des phrases rabâchées sans conviction ne parvenait pas à dissimuler le vide du propos.

Le spectacle navrant de la sous-culture journalistique

Cette pénible journée de ruminations aussi prétentieuses que bêtifiantes aura au moins eu le mérite de dévoiler le mécanisme pervers qui détruit la crédibilité de l'industrie hexagonale de l'information depuis décembre 1989 (affaire du faux charnier de Timisoara).
En imposant cette morne commémoration comme le principal fait d'actualité de ce 9 novembre 2009, les rédactions, notamment audiovisuelles, ont montré la dimension arbitraire de leur fonctionnement.
Ces rédactions ne songeaient en effet qu'à donner le spectacle narcissique de leur improbable rencontre avec l'Histoire; mais ce n'était qu'un simulacre de l'Histoire.
La réalité est que les journalistes ont écarté tous les autres sujet de leurs sommaires. A les entendre - notamment sur Radio-France - et à les voir - notamment sur les chaînes de télévision du service "public" - rien ne se serait produit dans le monde, hormis le spectacle navrant de la sous-culture journalistique en goguette à Berlin.

Les pitoyables décérébrés qui se comportaient à l'antenne comme si la France de 1989 avait libéré l'Allemagne de l'Est n'ont manifestement pas lu les mémoires des acteurs politiques de l'époque (1) et ne savent donc pas qu'Helmut Kohl a "trahi" son "ami" François Mitterrand en négociant directement avec Gorbatchev. Mitterrand qui venait d'ailleurs de déclarer sur France 3 que la réunification de l'Allemagne ne pourrait pas avoir lieu avant une donne dizaine d'années.(2)
Pendant ce temps, Kohl négociait un prêt à l'URSS et, mieux informée, Margaret Thatcher se rapprochait de Mitterrand pour essayer d'empêcher la réunification. Seul le président américain de l'époque était tenu au courant de ce qui se tramait entre Bonn et Moscou.
La France a été "cocufiée". C'est donc une vaniteuse cocue de l'Histoire que les journalistes hexagonaux ont célébré, sans le savoir, le 9 novembre 2009.

Une industrie de la diversion qui s'instrumentalise au service du pouvoir

Mais le commentaire 1 de Moktarama incite à examiner le fonctionnement des médias du service "public" sous l'angle de la diversion.
La construction médiatique de cette diversion n'avait qu'une utilité: essayer d'inscrire le pouvoir politique français dans l'Histoire. La France est éjectée de l'Histoire depuis très longtemps. L'actuel président ne s'y résout pas. Il construit un "ordre du jour" qui sert de conférence de rédaction et de sommaire aux journaux du service "public".

En acceptant l'agenda élyséen sans aucun discernement et sans aucune retenue, les journalistes de Radio France et de France Télévision se laissent instrumentaliser. Ils concoctent un écrin médiatique aux vanités du pouvoir en place. Ils détournent l'attention de leurs audiences vers les efforts désespérés que déploie le locataire de l'Elysée pour ne pas être éclipsé par un véritable acteur de l'Histoire en train de se faire - ma définition de l'actualité -, Barack Obama.

Les historiens de 2109 qui voudraient savoir ce qui s'était passé un siècle auparavant ne trouveraient dans les archives médiatiques de l'Hexagone que des gens sous la pluie et des speakerines maquillées comme des mémères endimanchées.

Privées d'informations pendant une journée entière, les audiences ont toutes les raisons de mépriser une profession qui se déshonore en oubliant à ce point que sa mission est de montrer, dans ce qui se passe, ce qui est décisif, ce qui est important, ce qui change le cours des choses. Les nouvelles, quoi.

1) Aux futurs et jeunes confrères qui ne se reconnaissent pas dans le journalisme à la française tel qu'il s'est exhibé à Berlin le 9 novembre 2009, je recommande la lecture des pages 71 à 86 du livre d'Hubert Védrine, "Face à l'hyper-puissance" (éditions Fayard). Hubert Védrine était un très proche collaborateur de François Mitterrand. Il a participé à la structuration de la politique franco-allemande. Il raconte très honnêtement ce qui s'est passé en novembre 1989. Par sa culture et son expérience, Hubert Védrine est un des personnages publics les plus estimables de la France actuelle. Raison pour laquelle les médias le consultent peu.

2) Cité par "Le monde électronique" du 11 novembre 2009, un journal suisse fournit des liens vers des sources officielles sur les méfiances françaises à l'égard de la réunification allemande.

vendredi 23 janvier 2009

Phénomènes émergents dans la consommation de l'information

Le groupe Ketchum (agences de relations publiques) et le Centre Annenberg (stratégies de communication) publient leur troisième étude "Mythes et réalités" des médias américains. Les habitudes de consommation des médias sont mesurées tous les deux ans sur 500 professionnels de la communication et 1000 internautes dont 200 considérés comme des "influenceurs".

Bien que les évolutions observées concernent la population américaine avec ses spécificités et bien qu'une partie de l'enquête se soit déroulée pendant une période électorale de forte appétence pour l'information, des phénomènes émergents retiennent l'attention parce que l'expérience montre qu'ils se produisent tôt ou tard de ce côté-ci de l'Atlantique.

Le premier de ces phénomènes concerne la chute de consommation, entre 2006 et 2008, de l'information proposée par les médias traditionnels. Le recours aux quotidiens nationaux reste stable alors qu'il aurait dû augmenter grâce à une campagne électorale très animée, avec des primaires palpitantes pour les démocrates et la singularité que représente le parcours victorieux de Barka Obama.

Evolution de la fréquentation des sources d'informations entre 2006 et 2008

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Ce qui frappe, dans ces évolutions négatives, c'est la défiance qui se manifeste à l'égard des stations de radio et des chaînes de télévision, probablement perçues comme les instruments privilégiés de puissants intérêts privés.

Le second phénomène est la montée en puissance du web 2.0 comme sphère d'évaluation de l'information. Elle est quantitativement inférieure à celle des sites de shopping mais elle semble de même nature: fondamentalement motivée par une défiance, voire un rejet, des sources établies ou institutionnelles, avec le souci de prendre des décisions d'achat - et de consultation de l'information - sur une base comparative et en se fiant aux recommandations d'internautes.

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On voit apparaître dans la mouvance du web 2.0, en particulier dans la fréquentation des blogs et des réseaux sociaux, une quête d'échanges "hors médias" traditionnels, sans le "prêt à penser" dispensé par les caciques des médias installés. Il est possible que Barak Obama ait suscité, et profité, de cette idée que les choix citoyens se font mieux quand ils se soustraient à l'influence des médias instrumentalisés par de puissants intérêts privés.

Le fait que des internautes "influenceurs" drainent les citoyens connectés vers d'autres sources d'information et d'autres moyens de forger sa propre opinion est cohérent avec les comportements observés chez les consommateurs de produits commerciaux.

Les "influenceurs" sont aux internautes "normaux" ce que les early adopters sont aux consommateurs moyens, des lanceurs de tendance. Cette analogie se remarque dans la différence, sur le graphique ci-dessus et sur le graphique ci-dessous, entre la consultation de médias sur appareils mobiles par les internautes en général ( + 1%) et par les internautes défricheurs (+ 9%) dans la consommation comme dans l'information.

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Une singularité (en jaune) au sein de cette émergence: les "influenceurs" lisent beaucoup plus (32%) les blogs de journalistes que les internautes "normaux" (8%). Les internautes "influenceurs" apparaissent donc comme les interlocuteurs naturels des journalistes blogueurs, puisque les blogs sont, ou devraient être, des lieux de discussion. Ce qui permet d'avancer une hypothèse sur la signification profonde de ces chiffres.

La conversation sur internet, subversion de l'ordre médiatique

Si les médias institutionnels sont délaissés, si les internautes s'intéressent de plus en plus aux blogs (contenus produits par d'autres internautes) et aux réseaux sociaux (espaces non médiatisés par les moyens d'information traditionnels) et si les internautes "influenceurs" s'intéressent, malgré tout, aux blogs de journalistes (où l'on trouve, en principe, de l'information moins formatée), c'est sans doute parce que ces phénomènes convergent vers la notion de conversation.
Notion subversive pour l'ordre établi, tel que les puissances économiques, le pouvoir politique et les médias traditionnels s'efforcent de le maintenir.
La conversation entre citoyens qui échangent , notamment dans les blogs (1) des idées, des arguments, des convictions est une activité peu spectaculaire mais extrêmement puissante.
Elle cristallise des opinions, construit ou détruit des réputations, relativise des prestiges, construit des publics, des courants.
La conversation n'est pas formatée par les sondages.
C'est le dernier refuge de la liberté citoyenne.

SOURCE: Research brief du 21 janvier, newsletter du Center for Media Research

1) "Brèves de blog, le nouvel âge de la conversation", Pierre Assouline, éditions Les Arènes, septembre 2008.

mercredi 10 décembre 2008

Une place de marché pour financer des reportages coopératifs

Spot.us est une plateforme californienne sur laquelle des citoyens demandent à des journalistes de réaliser des reportages que des organes de presse peuvent acheter.
Ainsi résumée, la place de marché relèverait d'une forme de journalisme à la demande.

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Cependant, le fonctionnement détaillé de l'espace triangulaire - audiences, reporters, publications - révèle des potentialités plus intéressantes qu'un journalisme soumis aux éventuelles lubies de lecteurs futiles et capricieux.

Le principe de base est celui de l'offre et de la demande mises en relations grâce à ce que l'on appelait dans les années quatre-vingt dix une marketplace C2B (= Consumers to Business).

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Offre: un journaliste dont le profile professionnel est disponible sur le site propose un sujet de reportage et en affiche le prix (frais de réalisation + rémunération).

Le journaliste s'explique en vidéo sur la manière dont il va mener l'enquête et en quoi le sujet est à la fois important et intéressant. Il défend son projet de reportage comme dans une conférence de rédaction. Mais, grosse différence, directement devant ses audiences potentielles. Bonnie, par exemple, plaide pour son projet dont le thème est: "comment la récession économique peut affecter l'industrie du sexe à San Francisco."

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Les offres journalistiques rencontrent une demande ou des attentes dans la mesure où des internautes intéressés par le sujet investissent quelques dizaines de dollars sur ce projet.

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La progression du financement est constamment actualisée et les donateurs peuvent se regrouper en communauté autour du journaliste et de son sujet de reportage.
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Un blog ainsi qu'un fil sur Twitter rendent compte de l'activité de ces communautés d'infonautes.

Quand le montant des dons (fiscalement déductibles) atteint le prix fixé par le journaliste, le reportage peut débuter.

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Il n'est pas publiable avant d'avoir été relu par un vérificateur " factualiste" (= facts checker).
Pour limiter les risques de financements orientés, les investissements individuels ne peuvent pas dépasser 20% du coût total du reportage.

Demande: des internautes déposent sur le site des idées de reportages. Les demandes rencontrent les offres quand des journalistes s'emparent des suggestions qu'ils reformulent parfois. Là encore, le financement est assuré par les audiences.

Publication: un organe d'information qui veut acheter un reportage doit être agréé par Spot.US qui vérifie si le fonctionnement de cette publication correspond à l'éthique de la Société des Journalistes Professionnels.
Si un organe d'information verse 100% du coût du reportage, il en obtient l'exclusivité. S'il verse 50% du coût, il n'en a l'exclusivité que pour une première publication.

L'intérêt, pour une publication, d'entrer dans la coopérative porte d'une part sur une meilleure connaissance des attentes des audiences et, d'autre part, sur une diversification des traitements journalistiques: un "indépendant" a une manière de s'exprimer différente de celle des journalistes intégrés dans l'organisation.

Quand un reportage n'obtient pas son financement, l'argent déposé par les internautes leur est remboursé ou déposé sur un compte destinés à d'autres investissements dans des contenus journalistiques. Les organes de presse agréés peuvent alimenter un compte qui permet à Spot.us de payer des journalistes indépendants afin qu'ils puissent entreprendre des reportages intéressants mais peu demandés.

Donner un pouvoir éditorial aux audiences

Ce n'est pas un hasard si cette expérience de coopération triangulaire a lieu dans la région de San Francisco, berceau des technologies de la communication mais aussi creuset historique d'innovations sociales.

La mobilisation de citoyens impliqués est plus évidente dans la Baie que dans n'importe quelle autre région du monde. Les anciens hippies devenus universitaires, financiers ou chefs d'entreprises y ont crée des formes d'investissements éthiques qui s'efforcent de concilier les valeurs écologistes et la spéculation: plusieurs firmes cotées en bourse en ont subi les implacables exigences (1).

L'engagement peut prendre, en Californie, des formes d'engagement militant en faveur d'un thème d'investigation journalistiques. Des groupes de supporters se forment, arborant des T shirts sur lesquels s'inscrivent les attentes des internautes.

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Cet engagement citoyen se manifeste d'ailleurs dans la hiérarchie des sujets réclamés par les internautes: pollution, fonctionnement de la police, mesures de sécurité dans l'éventualité d'un tremblement de terre. Il n'est pas certain que les organes de presse aient eu spontanément l'idée de lancer une enquête sur les dysfonctionnements de la police à Okland.

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En attendant que soit validé le modèle économique de Spot.us, le premier enseignement qui émerge de cette expérience concerne le rôle des audiences dans la stratégie éditoriale.

Sans verser dans la démagogie ou dans le marketing de l'info, le journalisme a un besoin urgent de relations formalisées avec des audiences motivées et exigeantes.

Seule l'intervention directe et permanente des audiences peut permettre au journalisme à la française d'en finir avec les connivences et le conformisme.

Seul un droit de regard des audiences sur la stratégie éditoriale est de nature à limiter les effets désastreux des connivences entre les journalistes et les pouvoirs politiques (soumission et carriérisme) et les pouvoirs économiques (veulerie et corruption).

Seuls ceux qui font à priori confiance aux journalistes peuvent les dissuader de se copier les uns les autres - les journaux puis la radio puis la télévision, en boucle - dans une quête de conformisme - "surtout, être dans le ton général"- qui est proprement suicidaire.

Il faut maintenant imaginer les modalités d'une implication des audiences.
La solution californienne du financement coopératif ne semble pas adaptée aux mentalités hexagonales.
Reste la communauté d'infonautes dont les membres seraient cooptés.
Cette communauté proposerait des thèmes d'investigation.
Elle interpellerait la rédaction sur le traitement de l'actualité.
Elle imposerait une régulation des emballements médiatiques.
Elle exigerait un meilleur suivi, voire un approfondissement des dossiers importants.

Il s'agit bien, comme l'a écrit le New York Times, de donner un pouvoir éditorial aux audiences.

Les outils existent, qui peuvent favoriser l'affirmation de ce "Tiers-Etat de l'information" (2).

(1) Des fonds d'investissements éthiques californiens ont obligé une puissante firme japonaise à renoncer à construire une installation industrielle sur un site de reproduction des baleines; ce projet avait été obtenu grâce à la corruption des décideurs mexicains. Les fonds éthiques californiens ont amené d'autres investisseurs à vendre massivement leurs actions, ce qui a provoqué la chute en bourse de la firme japonaise. Ils se sont également donné les moyens de révéler la corruption des politiciens mexicains.

(2) La référence au Tiers-Etats de 1789 n'a évidemment rien à voir avec la sinistre bouffonnerie des "états généraux" de la presse. Il s'agit d'une métaphore historique dans laquelle le rôle de l'aristocratie est tenu par les propriétaires des organes de presse, les journalistes incarnant le bas clergé médiatique, les lecteurs-auditeurs-téléspectateurs-internautes s'entassant dans un Tiers-Etat que les deux castes professionnelles méprisent.

mercredi 17 septembre 2008

« La vie des idées » : un outil documentaire pour varier les angles et anticiper l’actualité

La_vie_des_idees_logo.jpgLe web n’est pas seulement un espace de recherche d’informations et de vérifications. Certains de ses contenus peuvent aider les journalistes à s’extraire du conformisme et du suivisme qui rendent l’information hexagonale globalement fade.

Dirigé par Pierre Rosanvallon, le magazine électronique « La vie des idées » fournit, outre un large éventail de documents et de réflexions, deux précieuses utilisations professionnelles: la diversification des approches et la préparation du traitement de l’actualité prévisible.

Pour faire vivre cette revue qui publie en moyenne un article par jour, Pierre Rosanvallon a constitué un réseau impressionnant: conseillers scientifiques difficilement récusables comme caution intellectuelle; rédacteurs, correspondants, contributeurs nombreux et diversifiés dans leurs origines comme dans leurs orientations intellectuelles. Autant de caractéristiques qui garantissent l’absolue fiabilité de la documentation mise à la disposition des journalistes.

Le terreau de l'actualité durable

Cette documentation se découvre de trois manières :
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- Par les thèmes : politique, société, économie, culture & medias, philosophie, histoire

- Par les rubriques

- Par une navigation alternative : articles les plus lus et mots-clés

Se fier aux articles les plus lus n’étant pas la meilleure manière d’être original, on se référera de préférence aux mots-clés : il y en a forcément un qui mène à un éclairage précieux sur l’actualité la plus chaude.

La_vie_des_idees_logo_minima_sociaux.jpgLe recours à « La vie des idées » est cependant beaucoup plus productif par la structure thématique du site. Impossible de ne pas trouver au moins un article qui enrichira les conférences de rédaction. La performance de ce magazine réside en effet dans la capacité des auteurs à cultiver le recul nécessaire à la réflexion tout en intervenant sur l’actualité durable (1). Exemples, parmi de nombreux autres: « L’enterrement des 35 heures », « Comment mettre en œuvre une réforme en France », « Réformer les minima sociaux » …
La sérendipité – art de trouver sans vraiment chercher mais pas tout à fait par hasard quand même – est une autre manière de varier les angles. Le journaliste en bénéficiera en visitant périodiquement « Les idées du monde » où il pouvait trouver, à la mi-septembre , une analyse peu répandue des résultats des élections en Iran, une réévaluation de l’image de Berlusconi, actualisation utile pour qui cherche à sortir des stéréotypes médiatiques.

Préparer le meilleur traitement possible

Enfin, et puisque le web est accusé d’amplifier l’accélération de l’actualité, une des responsabilités croissantes du journaliste consistera à anticiper afin de produire le meilleur traitement possible des évènements prévisibles. Là encore, « La vie des idées » apparaît comme un outil providentiel avec des contenus singuliers sur les protagonistes de l’élection présidentielle américaine, sur la crise du parti travailliste britannique, un essai à explorer avant le prochain congrès du PS sur les socialistes et l'économie de marché...

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Avec ses fils RSS et sa lettre électronique hebdomadaire, « La vie des idées » est une précieuse banque d'idées pour les journalistes soucieux de se cultiver afin d' exorciser la sentence de Jean Yanne (2), mais surtout pour entretenir la faculté de l'intense curiosité. Un journaliste qui n’est pas curieux – il y en a beaucoup – ne peut produire que de l’information ennuyeuse.

(1) J’appelle « actualité durable », le traitement journalistique d’évènements qui ont une forte probabilité d’être retenus par des historiens.

(2) « Quand j’entends parler de culture, je sors mon transistor », parodie de la phrase attribuée à Goebels: "Quand j'entends parler de culture, je sors mon revolver."

lundi 16 juin 2008

Dépouilles médiatiques

Le limogeage d'un présentateur de journal télévisé suscite des gloses d'autant moins intéressantes qu'elles se ressemblent toutes et qu'elles font oublier quelques points essentiels.

Récompenses claniques plutôt que conditionnement

La première et le plus répandue des "analyses" sur ce limogeage concerne les intentions du président de la République. C'est une grosse erreur de croire que les politiciens installent des journalistes dévoués aux postes clefs de l'information dans le but de conditionner l'opinion publique. Sans sous-estimer la part de narcissisme et de paranoïa qui pousse les gens de pouvoir à faire en sorte que les "observateurs" disent du bien de leurs décisions, ils se doutent que la servilité et la flagornerie ne servent politiquement à rien.

Avant les élections législatives de 1967, l'information était verrouillée par la droite et pourtant la gauche a failli l'emporter à un siège près. En 1981, la radio et la télévision étaient, paraît-il, "giscardisées", ce qui n'a pas empêché la défaite de Giscard à l'élection présidentielle. En 1986, la radio et la télévision publiques étaient, paraît-il, "mitterrandisées" mais la droite a gagné les élections législatives.

De deux choses l'une: ou bien les grands moyens d'informations étaient moins politiquement contrôlés que ne le prétendaient les opposants aux pouvoirs en place ou bien - ce que je crois plus volontiers - les journalistes asservis ont peu d'influence sur les choix électoraux des citoyens.

La véritable raison pour laquelle tous les politiciens qui accèdent au pouvoir ne peuvent s'empêcher de "placer" les journalistes dévoués est tout simplement qu'ils veulent les récompenser. Ce comportement s'apparente au système américain des "dépouilles": à chaque alternance, Démocrates et Républicains nomment leurs partisans aux postes clefs. C'est une pratique qui, en France, a des racines lointaines. Dans la courtisanerie de l'Ancien Régime quand le monarque gratifiait de fiefs leurs plus fidèles serviteurs. Voire dans des moeurs tribales encore plus archaïques, quand les chefs de guerre livraient les territoires récemment conquis au pillage de leurs troupes afin que les soudards puissent s'enrichir.

Il faut considérer l'élimination de Patrick Poivre d'Arvor comme l'acte de vengeance du chef de clan Nicolas Sarkozy ("Souviens-toi de l'enfant du G8" = "Souviens-toi du vase de Soissons") mais aussi et surtout comme la nécessité "tribale" de remplacer des gens peu convaincus par des gens dévoués, qu'il faut bien remercier concrètement.

Journalistes engagés et fausses neutralités

Dans ce contexte de "dépouilles médiatiques", la nomination de Jean-Claude Dassier à la direction de l'information de TF1 apparaît plus naturelle et, d'une certaine manière, plus saine.

Outre le fait qu'il sait énormément de choses sur TF1 en tant qu'ancien patron du service des sports, Jean-Claude Dassier n'a jamais caché son engagement politique à droite. Auprès d'Alain Madelin d'abord, puis auprès de Nicolas Sarkozy. La question de savoir si un journaliste a le droit, on non, d'avoir des opinions politiques comme n'importe quel citoyen est moins décisive, en l'occurrence, que l'affichage public de ses options idéologiques. Qu'un journaliste engagé, à gauche ou à droite peu importe, fasse savoir de quel point de vue il traite l'information me semble transparent, cohérent et salutaire.

Transparent parce que l'information de TF1 sera désormais idéologiquement située. Ce n'était pas le cas avec l'ancien directeur de l'information, récemment évincé et qui s'est bien tardivement confessé "chiraquien", comme pour implorer une mansuétude de l'Elysée. La transparence n'a pas toujours été de rigueur avec Patrick Poivre d'Arvor qui, dans ses jérémiades actuelles, oublie de rappeler qu'il a commencé sa carrière comme membre du bureau national des jeunes giscardiens; en 1974, année de l'élection de Valéry Giscard d"Estaing, un tel engagement politique ne pouvait pas nuire à l'avancement professionnel de celui qui produisait alors une excellente revue de presse sur France Inter, radio de service public.

L'affichage d'un engagement politique est surtout plus honnête que la vomitive "neutralité" journalistique affichée par telle "personnalité" télévisuelle qui a successivement "servi" Yvette Roudy et Jean Poperen au PS, donc Mitterrand, puis Balladur et Chirac avant de ployer devant Sarkozy. Les téléspectateurs qui ne connaissent pas de tels parcours croient au professionnalisme alors qu'il y a surtout beaucoup de veulerie.

L'information de TF1 dirigée par un homme de droite, qui se présente comme tel, crée une situation cohérente avec le fait que le propriétaire de TF1 est un ami déclaré du président de la République et surtout avec le vote des Français en mai 2007. S'ils ont choisi Nicolas Sarkozy, c'est bien parce qu'ils sont d'accord avec toutes les options du personnage en question, y compris celles qui portent sur la pratique démocratique, donc sur l'information des citoyens.

Enfin, c'est une configuration salutaire parce que, sachant que toute le monde sait qu'il est un homme de droite, le nouveau patron de l'information à TF1 n'aura pas besoin d'orienter à droite les contenus des journaux télévisés, dans un esprit de soumission à celui qui vient de le récompenser ou plus sournoisement ,comme sur une autre chaîne, en espérant que la veulerie peut sauver sa place.

Moeurs et pratiques des Prépondérants

L'éviction de Patrick Poivre d'Arvor et la promotion de Jean-Claude Dassier à l'instigation de Nicolas Sarkozy n'ont donc rien de scandaleux pour qui sait que ce pays est régi par une mouvance de gens qui - en politique, en économie, dans la culture et dans les médias - briguent des positions en vue. Ce sont les Prépondérants (1).

Leurs réseaux de connivences s'enchevêtrent de manière invisible. Ni les sociologues des médias, ni la plupart de leurs confrères et surtout pas l'opinion ne connaissent ces réseaux. Comme ceux que seuls des initiés pouvaient détecter sur une extraordinaire photo de responsables médiatiques mobilisés il y a quelques années en faveur d'otages français: tous avaient des liens variés d'allégeance avec Chirac, alors à l'Elysée.

Cependant, les Prépondérants ont un problème qui les rend historiquement inutiles et, pour tout dire, parasitaires. Ils disent vouloir influer mais ils sont trop préoccupés d'eux-mêmes - infatués - pour pouvoir agir efficacement sur le cours des choses.

1) J'emprunte et transpose le mot et la notion de "Prépondérants" à M'hamed Hassine Fantar qui les utilise dans ses passionnants travaux sur "Carthage, approche d'une civilisation" (2 tomes aux Editions de la Méditerranée, 1998). Monsieur Fantar appelle "prépondérants" ceux qui au sein de la cité de Carthage occupaient des positions en vue en rapport avec leur richesse et leurs mérites ou compétences. Adaptés à la société française d'aujourd'hui la notion digne de Pierre Bourdieu est moins large que celle de classe sociale, moins rigide que celle de caste.

vendredi 16 mai 2008

Un stage de rich media à Tunis

A la demande de M Chelby, Directeur du Centre Africain de Perfectionnement des Journalistes et Communicants, j’anime depuis le 12 mai, un stage de formation au rich media.

Une dizaine de personnes, hommes et femmes d’âges différents exerçant des professions variées, assimilent remarquablement les principes et pratiques du rich media adaptés au journalisme, à la communication institutionnelle, corporate ou associative.

Le contexte se prête à cette rapidité d’assimilation. Tunis regorge de petites et grandes entités publiques et privées de formation à l’informatique en réseaux. Le CAPJ est parfaitement équipé en ordinateurs puissants, en appareils récents de prises de vues, microphones, logiciels de montage et de mixage.

Il ne restait plus qu’à appliquer dans les meilleures conditions les thèmes suivants :
- Le rich media est un « supra-langage » (1) et une stratégie éditoriale.

- La meilleure métaphore du rich media est un arbre appelé TSIFIAL (2)

- Le rich media requiert une certaine polyvalence des savoir-faire pratiques, polyvalence qui respecte les expertises individuelles.

- Le rich media se prête au travail collaboratif en essaims.

Applications concrètes :

- Quelques heures de collecte d’informations, d’images fixes et animées, de sons dans l’étonnant parc naturel Ichkeul à une heure trente par la route de la capitale.

- Quelques heures pour produire la maquette d’un module d’information en rich media.

1) un supra-langage organise le fonctionnement efficace de plusieurs langages : l’écriture, le son, l’image fixe, l’image animée.

2) Texte, Son, Image Fixe, Image Animée, Liens

mercredi 9 avril 2008

Cadeau: un inédit de Pierre Desproges dans "Tabou"

Le web, mémoire des médias...

J'ai horreur des commémorations.

Mais je déteste encore plus le conformisme actuel.

Or, les antidotes sont rares.

En conséquence de quoi, j'exhume ici un Pierre Desproges qui ne vieillit pas.

C'était le 5 octobre 1986 dans le magaine "Tabou" que je produisais et animais le dimanche sur France Inter (1):

D'autres inédits (Serge Gainsbourg, Hamadou Hampaté Bâ,) gigotent et frétillent dans mon audioblog Sonorismes

(1) A mes côtés, dans l'équipe de cette éppoque: Pierre Zimmer (reporter), Patrice Pellerin (réalisateur), Pascale Rayet (assistante), Michel Miroux (ingénieur du son).

Le magazine "Tabou" avait été créé par Michel Cardoze. Il a longtemps bénéficié de l'érudition d'Alain Lacombe qui en a été le conseiller musical pendant de longues années. C'est Alain Lacombe qui, notamment, a trouvé le superbe indicatif attribué à John Barry.

Après avoir été pillé, puis budgétairement asphyxié par une Direction de l'Information "de gauche" qui le trouvait trop "autonome", le magazine a été supprimé par les dirigeants que la Droite victorieuse aux législatives de 1986 venait d'installer au contrôle de l'information sur France Inter.

LIEN PERMANENT

dimanche 6 avril 2008

Comment j'évalue l'actualité

Gagner du temps sur des tâches peu productives afin de consacrer plus de temps à des tâches créatives. Telle est la raison d’être de mon dispositif d’évaluation de l’actualité.

Il ne s’agit pas d’un système de collecte passive (alertes, lettres d’information, fils RSS) et de recherche active (moteurs ou méthodes particulières). Il s'agit d’une procédure d’observation à partir d'un bricolage (= agencement personnalisé) d'applications gratuites. Ce dispositif me sert à hiérarchiser l’information pour en approfondir, éventuellement, certains éléments.

C’est la séquence heuristique (1) qui inaugure chacune de mes journées.

Mon_poste_d_observation_garphique_processus.jpg

Le dispositif comprend trois systèmes à plusieurs composantes, systèmes que je définis par des métaphores : - Le "radar", à gauche sur le graphique. - Le "densitomètre", au centre. - Le "scanographe", à droite.

Le "radar" fonctionne comme l’objectif à focale variable d’une caméra.

Mon_poste_d_observation_Newsmap.jpgNewsmap ] fait office de grand angle en déployant une vue très large de l’actualité planétaire. Si un évènement occupe une surface inhabituelle dans le paysage coloré, l’interface graphique me conduit immédiatement au centre de la problématique ainsi exhibée. Je peux aussi, dans une approche de sérendipité (1) c'est-à-dire quand j’ai un peu de temps, me promener de continent en continent, de pays en pays, baguenauder à travers des thématiques qui ne me sont pas prioritaires.

Mon_poste_d_observation_Eufeeds.jpgEufeeds resserre le cadrage sur l’Europe. Cet outil « balaie » 400 sites de presse dans les 27 pays de l’Union. A raison de 20 titres de dépêches par site web et de 15 titres par pays, je dispose en quelques dizaines de secondes d’un inventaire exhaustif de ce qui se raconte sur le continent. Si un titre m’intrigue, je clique et accède à l’article dans une fenêtre additionnelle qui se ferme dès que la lecture est terminée.

Mon_poste_d_observation_Newsbrief.jpgNewsbrief focalise sur plusieurs paramètres de l’actualité européenne : évolution chronologique des principaux sujets traités par les organes d’informations, explorations thématiques. A cet outil sont associés des applications d’approfondissement que j’ai présentés dans ma note du 24 mars 2008.

Mon_poste_d_observation_Wikio.jpgWikio propose une vue globale de l’actualité hexagonale avec, en ce qui me concerne, des plans rapprochés sur l’économie et la technologique.

Le "densitomètre" mesure le poids spécifique des nouvelles du jour

Mon_poste_d_observation_JournalismNet.jpgJournalismNet complète Newsmap en me permettant d’aller, dans n’importe quel pays du monde, voir comment un évènement est traité par les médias locaux. Hier, par exemple, la situation post-électorale au Zimbabwe formait le plus gros carré coloré de Newsmap. En trois clics sur JournalismNet m’a donné accès à sept ressources africaines, dont deux au Zimbabwe, qui suivent cette situation de près.

Mon_poste_d_observation_NewspaperIndex.jpgNewspaperIndex complète JournalismNet qui ne m’a pas proposé suffisamment de documentation sur le Zimbabwe. Je découvre 10 titres dont l’étonnant NewZimbabwe et le Sunday Mirror qui traite d’un trafic de diamants, possible arrière plan intéressant, à creuser, de l'actualité politique.

Mon_poste_d_observation_Refdesk.jpgRefDesk introduit une diversité de points de vue sur la situation au Zimbabwe. Une centaine de sources examinent ce pays. Plusieurs de ces sources exploitent les mêmes dépêches d’agences mais beaucoup ont soit des correspondants ou envoyés spéciaux sur place, soit des contributions très pointues d’experts spécialistes de cette région du monde.

Mon_poste_d_observation_Snopes.jpgSnopes attire mon attention sur les plus récentes rumeurs et légendes urbaines. Deux d’entre elles concernent la campagne pour l’élection présidentielle aux Etats-Unis. Un grand nombre d’assertions sur le Barak Obama sont fausses ou sans intérêt mais l’interdiction d’accès à la thèse de sociologie de son épouse, Michelle, est avérée. Cette thèse porte sur la transformation des élites afro-américaines par les grandes universités comme Princeton ou Harvard.

Le "scanographe" valide les sources

Mon_poste_d_observation_NNDB.jpgNNDB est une base de données qui contient 30 000 fiches de personnages morts ou vivants. Le profil de Michelle Obama contient de nombreux liens qui sont autant d’incitations à étudier de plus près, un jour ou l’autre, le contexte humain du candidat à l’investiture démocrate. Il ne s’agit pas seulement d’un « Who is who » mondial. Le site relate et actualiste les publications, les activités des 15 118 personnalités encore en vie ainsi que les autres personnalités ou organisations avec lesquelles elles ont été ou sont en contact.

Mon_poste_d_observation_DomainTools.jpgDomain Tools n’est utile que si j’ai un doute sur la source d’information. Je soumets le nom de domaine et en quelques secondes j’obtiens des données sur l’hébergeur, la date de création, le nom et parfois l’adresse du propriétaire du site etc…C’est grâce à cet outil que j’ai pu identifier la personne qui, à partir d'un ordinateur de TF1, essaie de modifier la biographie de Patrick Poivre d’Arvor dans Wikipedia.

Ce que m’apporte ce dispositif

Sauf quand une information urgente et complexe requiert le déclenchement prioritaire et prolongé d’une recherche documentaire, l’utilisation de ce dispositif dure entre de quinze à trente minute selon le nombre de liens que je souhaite conserver, et donc classer, en vue d’une investigation ultérieure. Disons vingt minutes par jour en moyenne.

Cette séquence heuristique (1) me procure d'abord le privilège d’une vision large et hiérarchisées de l’actualité au moment où je commence mon travail de journaliste. Je suis immunisé contre l'affligeant réductionnisme des informations radiophoniques du matin mais aussi contre les biais plus sournois qui distordent l’actualité: mesquines franchouillardises, mondanités gluantes (les people), grotesques complaisances, accointances cachées, connivences et servilités diverses.

Disposant d’une appréciation personnelle du poids spécifique de chaque information, je suis en mesure de relativiser les emballements médiatiques et de compenser le conformisme du journalisme à la française.

Ces vingt minutes me préparent, comme une gymnastique cérébrale plutôt euphorisante, à l’état très particulier (3) de disponibilité mentale qui favorise le déclenchement de curiosités professionnelles. Je trouve chaque jour, par sérendipité (2), au moins deux à trois nouveaux « sujets à creuser ». Par exemple, hier, les enchères clandestines de diamants au Zimbabwe, la sociologie de Michelle Obama disciple de Bourdieu et les suites commerciales du séjour de Khadafi en France dans l’exploitation de l’eau et du pétrole.

Et puis, il y a la douce satisfaction d’entendre la petite phrase hautement significative qui revient de plus en plus souvent sur France Info : « Pour en savoir plus, rendez vous sur notre site internet… » Ah bon ? On apprend plus de choses sur internet que sur une radio d’information…

1) Heuristique : Méthode qui favorise la découverte de faits, étude des procédures de découvertes.

2) Serendipité : art de trouver, « par hasard », quelque chose qu’on ne cherchait pas explicitement.

3) J'analyse dans "Le journalisme à l'ère électronique", cette disponibilité mentale comme une attente d'étonnements qui, grâce au discernement, à la sagacité et à lucidité, mais aussi à l'expérience, permet de capter les singularités et les émergences. Mon dispositif d'évaluation incite à cette demi-heure quotidienne de gymnastique cérébrale.

lundi 3 mars 2008

Des solutions estoniennes pour "mojos" (1) et "citizen journalists"

Une entreprise estonienne a mis au point un dispositif pour optimiser les reportages agiles. L'agilité, dans le domaine journalistique, est rendent désormais possible les appareils nomades légers et performants, les infrastructures de réseaux robustes et largement déployées, les procédures simples et fiables pour identifier l'origine des contenus, pour les traiter et les répartir entre les différents canaux de diffusion.

Installée à Tallin, Fromdistance propose tout cela.

Mobile_reporter_photo_large_superieure.jpg

Proximité géographique et avance technologique expliquent sans doute pourquoi les terminaux choisis pour faire fonctionner le dispositif sont conçus et développés par la firme finlandaise Nokia. Ce qu'il y a de plus intéressant, dans ce dispositif,c'est une approche en trois parties qui pourrait bien préfigurer une des formes futures de l'information.

Mobile_Reporter_pro.jpgLa solution Mobile Professional Reporter s'adresse aux journaux imprimés, aux télévisions et aux espaces d'information sur le web. Elle prétend pouvoir acheminer des dossiers de 200 mégabits partout dans le monde. Au-delà du terminal nomade de prise de vues, la plateforme comporte un premier serveur compatible avec les réseaux basiques, avec ou sans fil, les réseaux de type GPRS ou EDGE et les deux réseaux 3G aux normes UMTS et WCDMA. Ce qui signifie que ce premier serveur peut accueillir des SMS ou de lourds fichiers vidéo.

Mobile_reporters_schema_infrastructure.jpg

Relié au précédent par une connexion sécurisée, un deuxième serveur, appelé "Générateur de contenus", transforme les fichiers bruts en fichiers exploitables par les médias: les vidéos sont transcodées pour accéder à la meilleures résolution possibles, les images quelles qu'elles soient sont retaillées, les photos sont présentées en diapositives classées, des pages HTML sont générées. Enfin, un serveur de distribution affecte les contenus ainsi traités aux régies de télévision, aux sites web, aux rédactions de journaux imprimés.

Mobile_Citizen_Reporter_2_gauche_.jpgLa solution Mobile Citizen Reporter passe par les mêmes ustensiles sur le terrain, mais elle suppose une infrastructure de réseaux et des procédures simplifiées. Juste un serveur d'accueil pour stocker les propositions des journalistes citoyens et un serveur de gestion de contenus. Parmi les procédures, une clause permet dans les applications embarquées sur les appareils nomades, de s'identifier auprès des organes de presse et d'établir quasiment une transaction-type pour l'envoi et la diffusion d'une photo ou d'une vidéo.

La solution Management ( chef d'édition ou rédacteur en chef) est la plus surprenante. Une application installée sur un ordinateur de bureau ou sur un appareil de type smartphone permet non seulement de savoir qui envoie quoi à qui, quand et comment, mais aussi de déceler les problèmes de transmissions, voire d'intervenir à distance.

Pub_mobile_reporters_flics_Finlande.jpg

Parmi les études de cas exposées sur le site de FromDistance, la qualité technique de certaines vidéo retient particulièrement l'attention.Pub_mobile_reporters_video_Finlande.jpg Si ce résultat est dû au serveur d'optimisation au transcodage, il y a de quoi s'intéresser à ce dispositif, qui a d'ailleurs obtenu plusieurs récompenses en 2007 et au début de cette année.

Par-delà les controverses aussi âpres que feutrées sur les rôles respectifs des journalistes professionnels et des journalistes citoyens, la conception même du dispositif de FromDistance suggère que les organes d'information du Nord de l'Europe entendent exploiter sans états d'âme les deux manières de collecter l'information.

1) "Mojo" = "Mobile Journalist"

jeudi 25 octobre 2007

Californie: information et services personnalisés

Les incendies en Californie donnent lieu à une exploitation inédite des plus récentes applications du réseau.

La station de radio KPBS utilise les cartes de Google pour montrer l'évolution de la situation dans les secteurs les plus critiques. Les icones signalent les routes et voies ferrées coupées, les camps de réfugiés saturés, les évacuations urgentes d'animaux et les besoins en volontaires.

Incendies_en_Californie_carte.jpg

La même station de radio exploite l'instantanéité de Twitter pour publier en flux continu des télégrammes très factuels et très localisés.

Dans les deux cas, l'information et le service rendu aux personnes concernées se confondent dans des contenus que les usagers eux-mêmes fournissent. A des milliers de kilomètres de l'évènement, l'internaute accède à une vue globale, instantanée et évolutive. Plus près, les amis et parents peuvent s'impliquer. Sur place, les Californiens peuvent obtenir sur leurs terminaux nomades les éléments d'appréciation qui leur permettent de prendre les moins mauvaises décisions.

Source: Cyberjournalist.net

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