Journalistiques

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

METHODES DE COLLECTE

Fil des billets - Fil des commentaires

dimanche 21 février 2010

Veille sur la radicalisation de la droite aux Etats-Unis

Actualisation N°4 (30 mars 2010) : neuf membres d'une milice armée du Michigan arrêtés pour avoir préparé des attentats contre des représentants de l'Etat. Leur but: faire en sorte que ces meurtres déclenchent l'insurrection générale contre le gouvernement.

- Un "suprématiste" du Tennessee plaide coupable dans un projet d'attentat contre Barak Obama en 2008.
Attentat_Obama_2008.jpg
(Photo Associated Press)

Actualisation N°3 (26 mars 2010) : une métaphore républicaine précède une tentative d'attentat contre un élu démocrate:

Fire_Pelosi.jpg

Ce calembour fabriqué par la fusion du terme virer (fire) et de l'image du feu (fire) s'étale sur le site du parti républicain.
La métaphore visuelle incite à donner de l'argent pour obtenir, lors des élections de novembre 2010 une victoire républicaine et, donc, le départ de Nancy Pelosi, présidente démocrate de la Chambre des Députés.
Rien ne prouve, évidemment, que cette image a directement inspiré l'auteur de l'attentat manqué d'un élu démocrate de Virginie. Il reste que cette tentative de meurtre a consisté à couper une conduite de gaz au domicile d'une personne qui portait le même nom que la cible. La fausse adresse figurait sur un site du mouvement ultra-conservateur Tea Party.

Actualisation N° 2 (25 mars 2010): parlementaires démocrates menacés de mort.

Actualisation N° 1 (23 mars 2010)

Deux jours avant la promulgation de la loi sur l'assurance maladie aux Etats-Unis, un blogueur nommé Solomon Forell a publié le dimanche 22 mars sur Twitter un appel au meurtre du président Obama:

Appel_meurtre_Obama_2.jpg

Il en a fourni une "justification patriotique" avec un rappel historique des précédents assassinats de présidents:

Appel_meurtre_Obama_1.jpg

Ces messages de moins de 140 caractères mis en ligne par un individu qui exprime sa fureur sur plusieurs blogs peuvent sembler anecdotiques; ils s'inscrivent pourtant dans la "logique" qui a suscité cette veille.
Un climat psychologique exacerbé par une partie de la droite, quelques cercles d'exaltés qui s'excitent mutuellement et, un jour peut-être, un passage à l'acte.
Un examen attentif des abonnements souscrits par Solomon Forell sur Twitter et des souscripteurs de Twitter qui suivent ses gazouillis apporte un éclairage intéressant sur la cohérence interne de ces petits noyaux d'exaltés.

Le climat psychologique instauré par la radicalisation d'une partie de la droite américaine est décrit dans ce billet.

Quoi qu'il en soit, deux exaltés isolés sont déjà passés à l'acte depuis le début de l'année 2010:
- l'un a jeté son avion de tourisme sur un immeuble abritant les services fiscaux. Il a été considéré comme un "héros" par d'autres cercles d'exaltés.
- l'autre a traversé les Etats-Unis d'Ouest en Est afin de tirer sur les militaires en faction aux abords du Pentagone.

Rappel: à l'automne dernier, un couple a réussi à déjouer la vigilance des services de sécurité de la Maison Blanche et à pénétrer jusqu'à la salle de réception où se déroulait un dîner officiel en l'honneur du premier ministre indien.

Début du billet avant actualisation:

A l’ouverture d’une réunion, à Washington, de la Conférence pour l’Action Politique Conservatrice, la chaîne télévisée d'information continue Fox News Channel a invité le fondateur du mouvement « Les Gardiens du Serment », une des organisations les plus menaçantes pour la stabilité politique des Etats-Unis.

Veille_droite_Stewart_Rhodes_sur_Fox_News.jpg
La simultanéité des deux évènements justifie la mise en place d’un dispositif de veille sur la droite américaine pour quatre raisons :

  1. Les groupes de haine se réactivent depuis l’élection de Barak Obama.
  2. Les élections de la mi-mandat en novembre prochain attisent les passions politiques.
  3. Le parti Républicain cherche son candidat pour la présidentielle de 2012.
  4. Le discours conservateur se radicalise.

Chacun de ces phénomènes suffirait à éveiller la curiosité d’un journaliste dont le premier devoir est de chercher à comprendre son époque.

Mais il est beaucoup plus intéressant de constater que les quatre justifications précédemment énoncées forment une chaîne de causalité: l'élection d'un afro-américain considéré comme "progressiste" réactive les groupes de haine; phénomène qui, amplifié par les médias conservateurs, conduit à la radicalisation du discours de la droite dans la perspective des prochaines élections.

La veille comme investigation proactive

Dans ces conditions, une veille journalistique peut se concevoir comme de l’investigation proactive.
Concevoir une veille de cette nature relève d’un processus mental complexe et jubilatoire.
Il s’agit d’abord de déclencher une surveillance ciblée en fonction d’une intuition ou d’un instinct professionnel issu de l’expérience. (Deux motivations qu’il convient de canaliser dans un raisonnement de type probabiliste car une exacerbation non contrôlée de la curiosité peut engendrer des biais nuisibles à la crédibilité).
Le raisonnement d’inspiration probabiliste s’appuie sur les notions de singularité et d’émergence.
Une singularité est un phénomène significatif qui n’a pas d’explication connue totalement satisfaisante. S’agissant de l’extrême droite américaine, les singularités surgissent peu après l’entrée de Barak Obama à la Maison Blanche avec l’apparition de caricatures à connotations racistes et de métaphores meurtrières.

Veille_droite_us_singluarites_V2.jpg

Une diatribe radiophonique a déclenché en février 2009 quelques manifestations anti-fiscales, puis une profusion de rassemblements du Tea Party, une démonstration nationale de ce Tea Party et la création du mouvement des Oath Keepers qui prévoit une possible désobéissance des militaires et policiers à l'Etat fédéral.

La multiplication des singularités ouvre l’hypothèse d’une émergence, c'est-à-dire l’instauration soudaine ou progressive d’une situation qui est nouvelle dans la mesure où ses caractéristiques sont supérieures à la somme de ses composantes connues. Il peut s’agir, en l’occurrence, d’une paralysie de l’exécutif américain ou de troubles politiques graves, incluant des tentatives d’assassinat. (Lesquelles ne seraient pas automatiquement imputables à la droite mais, plus vraisemblablement, à l'influence d'un climat psychologique crée par cette droite sur des esprits détraqués.)

Veille_droite_us_2010_complexite.jpg

En haut, le parti républicain et la chaîne Fox News constituaient les composantes d'une situation qui a prévalu notamment entre 2000 et 2008 quand George W.Bush était président des Etats-Unis. Sous le trait en pointillés, les singularités en rouge révèlent une dynamique qui peut déboucher sur une situation émergente, laquelle comporte - avec la résurgence des groupes de haine notamment - quelque chose de plus que la somme de ses composantes (droite + Fox news), la possibilité d'une crise politique.

La veille étant décidée, il s’agit de la construire avec un triple objectif de pertinence, d’acuité et d’exhaustivité.
C’est alors que le discernement doit être mobilisé au service d’une véritable investigation.

Trouver l'épicentre et ses liens

L’idéal, dans le cas du réveil de l’extrême droite américaine, serait de pouvoir, à tout moment, produire un article de fond autour d’évènements prévus comme les élections de novembre 2010 ou la désignation du candidat républicain pour l’élection présidentielle de 2012.
Mais aussi, éventuellement, autour d’évènements soudains comme des attentats contre les institutions démocratiques américaines, des actes d’insoumission dans les administrations armées de la République, une tentative d’assassinat, voire le meurtre du président des Etats-Unis.

Veille_droite_us_CPAC__logo.jpgCe travail de discernement consiste à trouver l’épicentre du phénomène à observer. Il s’agit en l’occurrence de la Conservative Political Action Conference, émanation de l’American Conservative Union créée en 1964.

La CPAC vient de tenir une convention remarquablement relayée sur internet. Cette convention a été, du 18 au 20 février, une synthèse de toutes les idées qui agitent la droite américaine, y compris les plus délirantes, les plus infamantes et les plus violentes. Elles sont cultivées par les groupes de haine, endémiques dans ce pays.
La CPAC est le point de convergence entre les politiciens les plus radicaux du parti républicain, les relais médiatiques des ultra-libéraux – un des animateurs de la conférence de février était Glenn Beck, de Fox News Channel – et les groupes activistes comme les Oath Keepers.
.
Veille_droite_us_0ath_Keepers_stand.jpg

Photo prise en mars 2009 dans l'Utah par KM Cannon pour le Las Vegas Review peu après la fondation du mouvement des Gardiens du Serment.

En lien direct avec l’épicentre idéologique et financier, Fox News Channel et ses trois talk shows les plus virulents (1) permettent de suivre la radicalisation du discours conservateur. Les gens de Fox ne sont pas les seuls contempteurs de l’administration Obama. L’homme de radio Rush Limbaugh avait animé la précédente convention de la CAPC et il a été à l’origine des premières manifestations anti-Obama, qui allaient inspirer le Tea Party.

Veille_droite_us_Tea_party_patriots_logo.jpg
Précisément, Fox News Channel accorde une attention particulière au mouvement Tea Party d’opposition à la politique de Barak Obama.

C’est par ailleurs sur Fox News Channel, dans l’émission de Bill O’Reilly, qu’est intervenu le 18 février Stewart Rhodes fondateur des « Oath Keepers ». Cette organisation s’efforce de rassembler des anciens combattants, des militaires en activité, ainsi que des policiers. Le fait de s’adresser de préférence à des personnes armées et habituées au maniement des armes explique que cette organisation puisse être considérée comme une milice extrémiste. Bien qu’ils se défendent de vouloir attenter aux institutions républicaines, les « Oath Keepers » prônent la désobéissance à l’Etat fédéral, auquel ils prêtent des intentions qui relèvent parfois des théories du complot.

L’épicentre, son relais médiatique et le groupe le plus significatif étant identifiés, il faut évidemment s’abonner à tous les fils RSS, toutes les alertes par courriels, toutes les lettres d’informations proposés par les trois sources primaires.

Veille_droite_us_Brain_0_general.jpg
Le logiciel The Brain cartographie des thèmes de recherche sur le web et hors-ligne. Les liens entre ces thèmes étant établis, il est possible de densifier la carte avec des adresses URL, des documents textuels et visuels et de les annoter.

Media_matters_CPAC.jpg
Cette observation attentive gagne à être complétée par des abonnements à toutes les organisations – sources secondaires - qui, aux Etats-Unis, surveillent de près la vie politique, les groupes activistes,comme le Southern Povert Law Center et les médias, comme Medias matters for America ou FAIR.

Veille_droite_us_dispositif_de_collecte.jpg
Ce dessin essaie de concilier les notions d'instantanéité et de volume. Les cercles les plus sombres représentent les sources les plus rapides par ordre décroissant. Les cercles les plus amples représentent les volumes.

Principal apport de Twitter Tea_Republicain_twitter.jpgdans ce dispositif: dès que je me suis abonné à une des organisations de la droite, plusieurs de leurs membres se sont abonnés à mon propre fil de tweets. Je pourrais les contacter pour obtenir des témoignages personnalisés.

La veille conçue et construite comme une investigation proactive devient opérationnelle quand elle permet, grâce aux liens et à la documentation accumulés, de créer une visualisation du phénomène global.

Veille_droite_us_Brain_3.jpg
Dans le cas de résurgence de l’extrême droite activiste aux Etats-Unis, la tâche consiste à montrer les liens éventuels entre les sources primaires Veille_droite_Storm_front_logo.jpget d’autres groupes plus ou moins périphériquescomme les birthers, les truthistes, les néo confédérés, les suprématistes, et autres fragments d’un fondamentalisme difficile à décrire.
On y trouve en effet des croyances religieuses, des convictions libertariennes (2), des postures politiques ou vénales, souvent entremêlées, parfois violemment antagonistes.

Quatre exploitations possibles

L’exploitation professionnelle d’un tel dispositif dépend de l’idée que chaque journaliste se fait de son métier.

  • Il ou elle peut avoir envie, ou besoin, de se faire remarquer en publiant une enquête relativement inédite, affectée d’une dimension prémonitoire plus ou moins accentuée.
  • Il ou elle peut simplement vouloir se tenir prêt(e) à enrichir le traitement d’évènements prévus ou soudains. Il est intéressant, dans cette configuration, de se doter le dispositif de veille d’un outil de pilotage organisé autour de trois séquences qui séparent le possible, le plausible, le probable.

Plus les singularités s’accumulent dans la deuxième et surtout dans la troisième séquence, plus la veille doit être intensifiée et densifiée. Avec le risque d’un biais journalistique peu connu : le « wishfull searching », investigation faussée par une veille tellement ciblée qu’elle en devient sélective et ne collecte plus que certains signaux.

Veille_droite_US_possible_plausible_probable.jpg

Dans la perspective d’un investigation proactive, l’observation des singularités annonciatrices d’une émergence doit prêter une attention particulières aux résonances, c'est-à-dire aux rencontres parfaitement adéquates entre deux singularités de même nature ou s'inscrivant dans une même dynamique. Il y a, ainsi une résonance entre la résurrection de groupes activistes potentiellement violents et la radicalisation du discours de la droite.

  • Si rien ne se passe, c'est à dire si une accumulation de singularités n'engendre aucune situation émergente, la veille pro-active aura servi à amasser une énorme documentation sur la sélection du prochain candidat républicain à l'élection présidentielle et à acquérir une bonne connaissance de la droite américaine.
  • Quatrième exploitation possible: vérification d’un dispositif de veille. C’est d’ailleurs le sens de ce billet.


Veille_droite_Projet_912_serpent_logo.jpg

1) « The O’Reilly Factor », « Glenn Beck », « Hannity »
2) Les réseaux libertariens français sont désormais repérables sur Facebook.

RESSOURCES
La carte de la haine aux Etats-Unis
Le fondateur des Oath keepers sur Fox News Channel
Diaporama sur les Oath Keepers dans l'Utah
Les Tea Part patriots
Les birthers
Les truthers
Les suprematists
Les borderers
Freedom works
First patriots
Teapublicain

lundi 25 mai 2009

Sindup, une plateforme française de veille simple et efficace

Sindup_logo.jpgBasée à Angers (technopole), la société Netprestation vient de mettre en ligne à l'intention notamment des documentalistes et des journalistes une solution gratuite qui peut se prolonger en services payants plus sophistiqués pour les entreprises. qui veulent, par exemple, évaluer leur réputation sur le web. Dans sa version gratuite, c'est un outil très performant dont la simplicité d'utilisation devrait favoriser l'initiation à la veille.

Claire, logique et stable (c'est à dire sans widgets capricieux comme ceux de Netvibes), la page d'accueil incite d'emblée à ouvrir un compte.

L'actualité s'y déploie dans la richesse et la spontanéité du "coup d'oeil" qui balaie les principaux titres de la presse pendant les premières gorgées d'expresso du matin. Alimentée, ce lundi, par 17800 sources, elle est aussi riche mais un peu plus austère que celle de Wikio.

Son contenu semble, à priori, plus pertinent, pour un professionnel de l'information, que celui de Wikio, un peu trop "people" et de plus en plus orienté vers le narcissisme des blogueurs.

Arborescences familières

Le premier regard sur la liste Sindup_themes_sous_arborescence.jpgdes thèmes révèle un souci de classification de bonne augure.
Mieux vaut un nombre restreint de centres d'intérêt qu'une exhaustivité où le novice ébloui risque de se perdre.
Les sous-dossiers s'étirent, au demeurant, de manière judicieuse.
Peu de "déchets" dans les sources d'information sélectionnées par les algorithmes de Sindup.
Ils "surveillent" pourtant et analysent en temps réel une quantité et une diversité impressionnantes se sources: sites de l'administration, de la presse généraliste nationale et régionale, des médias audiovisuels, des entreprises, les sites et blogs spécialisés, sans négliger les communautés du web.

Sélectivité productive

Sindup_types_de_sources.jpgSi une impression de trop-plein venait à poindre, il suffirait d'activer le filtre qui consiste à supprimer ou à ajouter des sources. Tâche légère et salutaire car génératrice de gains de productivité puisque le temps passé à évacuer les sources non pertinentes est un investissement dans le temps gagné avec des sources pertinentes et fiables dans les situations d'urgence. Le résultat du tri apparaît instantanément sur la page d'accueil.

Un indicateur graphique du volume de sources sur un sujet précis permet, par un simple effleurement du curseur, de détecter un buzz naissant et surtout d'éventuelles singularités annonciatrices de phénomènes émergents (1).Sindup_graphique.jpg

Le filtrage avancé fonctionne avec les opérateurs habituels des moteurs de recherche; il est affûté par un calendrier qui fait gagner du temps quand on connaît la période à laquelle une information a pu être diffusée. A noter, quand même, la possibilité de valoriser l'importance de certains mots-clés par rapport à d'autres. Les critères de recherche peuvent être transformés, par sauvegardes personnalisées, en paramètres permanents pour une veille de longue durée qui implique évidemment le système d'alertes.

Réjouissant, le système de rangement des résultats par simple glisser/déposer dans des dossiers que l'utilisateur crée à sa guise. Sindup a même l'obligeance d'informer l'utilisateur que l'information a bien été archivée. C'est un détail qui compte quand on empile les informations rares de manière un peu compulsive.

Incitation au travail collaboratif

La dimension collaborative de la plateforme est d'une rare simplicité. Le titulaire du compte distribue des droits à ceux qu'il invite à travailler avec lui sur un sujet. Ceux-ci reçoivent les actualisations de la veille menée en commun et peuvent les commenter. Ces fonctionnalités évoquent celles de l'excellent Jamespot mais dans un esprit moins communautaire, moins "web 2.0", davantage focalisé sur le travail en groupe.

Toujours dans la dimension collaborative de l'outil, une veille thématique peut être exportée par courriels, via une lettre d'information ou sur un intranet d'entreprise. L'idée de la revue de presse consultable par flux RSS vient forcément à l'esprit.

Les algorithmes "apprennent" à mieux chercher

Sindup_filterlive.jpgImpossible de clore cet éloge de cette plateforme française de veille sans mentionner une technologie qui rappelle les systèmes experts, c'est à dire la faculté qu'ont certaines applications d'apprendre à s'améliorer dans la réalisation des tâches qui leur ont été dévolues. Ainsi, plus l'utilisateur collecte d'informations et ajuste ses filtres de sélection, plus le "discernement" de Sindup augmente. Il analyse les documents sélectionnés par le cerveau humain et rangés dans les dossiers thématiques personnalisés. Il en déduit un quelques règles pour ses prochaines recherches. Le fait d'utiliser Sindup très souvent et de bien ranger les résultats intéressants devrait faire grimper le taux de pertinence des résultats ultérieurs.
Cette fonctionnalité n'est pas disponible dans la version gratuite. Je vais la tester sur un mois - délai nécessaire à l'apprentissage - et rendrai compte des performances, dans un autre billet à la fin du mois de juin.

LE BLOG DE SINDUP

1) les singularités sont des faits pour lesquelles les explications connues ne sont pas entièrement satisfaisantes. Plusieurs singularités de même nature pendant une période donnée peuvent signaler la possibilité d'une émergence. Un phénomène émergent est un phénomène dont "le tout est supérieur à la somme de ses composants".

Exemples: dès le début de l'année 2007, les singularités de la bulle immobilière américaine liées à l'opacité des hedge funds "annonçaient" la crise financière de septembre 2008, phénomène émergent puisqu'elle représente beaucoup plus qu'une accumulation de dysfonctionnements sur le marché immobilier, dans les pratiques spéculatives, dans les règles de comptabilité bancaire et dans la régulation financière. A ces composants connus de la crise actuelle, il faudrait ajouter les effets idéologiques du "reaganisme", l'imperfection des modélisations mathématiques visant à optimiser la spéculation, la défaillance des agences de notation...''

mardi 19 mai 2009

Cinq moteurs de recherche innovants pour compléter Google

L'innovation s'intensifie dans la détection, l'exploration et l'exploitation des gisements de contenus. Voici cinq applications susceptibles d'enrichir la recherche d'informations et la validation des sources en complétant Google.

Je les propose dans l'ordre séquentiel des quatre opérations auquel tout journaliste opérant sur le web devrait se consacrer s'il est soucieux de préserver sa crédibilité. En attendant que les organes de presse hexagonaux veuillent bien créer la fonction de recherchiste-vérificateur qui est enseignée depuis pas mal de temps au Québec.

Ce qui suit peut être considéré comme l'ébauche d'un dispositif à enrichir avec d'autres applications.

I - Recherches étendues

Cleeki_logo.jpgCleeki est un collecteur de mots-clés. Il considère chaque mot sélectionné sur une page web comme un élément d'une requête. Il suffit de proposer ce mot à un moteur, un annuaire ou une base de données comme Wikipedia pour déclencher une recherche sur une de ces ressources.

Cleeki_icones_barre.jpg

Cleeki est capable de ratisser plusieurs mots-clés et de les lancer dans une requête dans plusieurs directions simultanées. Il propose enfin des mots-clés qui ne sont pas présents dans la page examinée mais qui peuvent, selon lui, suggérer une extension de la recherche.

II - Recherches approfondies

Exploredge m'a été signalé par Mohamed Chelbi lors d'une récente formation sur la recherche et la veille au CAPJC de Tunis. Cet outil de recherche experte, métamoteur intelligent à vocation encyclopédique, est tout simplement fantastique et il est français.

Exploredge.jpg

Exploredge mobilise une vingtaine de moteurs dont les résultats pour une requête sont soumis aux technologies de traitement sémantique des contenus. Des interventions humaines en mode collaboratif améliorent grandement la pertinence et la précision des résultats.

Exploredge_veille_panneau_lateral.jpgConcrètement, l'approche sémantique fait émerger les mots, les notions, les associations d'idées, les suggestions avec une puissance dont le cerveau humain est incapable sur des laps de temps très courts.
Les interventions humaines vérifient, valident, classent et hiérarchisent les réponses des moteurs, ce dont les algorithmes ne sont pas capables avec une telle intelligence (= compréhension) de la requête.
Les suggestions d'approfondissements et d'affinements apparaissent dans un volet latéral gauche. Elles sont classées dans une arborescence logique. A la date de mise en ligne de cette note, dix domaines étaient structurés - dont l'intelligence économique et la veille - et onze autres étaient en cours de validation. A la fin de l'année, Exploredge proposera une centaine de centres d'intérêt comprenant chacun entre 500 et 1000 termes.

Sous le métamoteur, une encyclopédie est donc en expansion, alimentée par des contributeurs volontaires Les journalistes qui auront la sagacité d'inclure Exploredge dans leur panoplie d'investigations sur le web n'ont qu'à s'inscrire afin de recevoir la lettre d'information, sans omettre de s'abonner au blog dédié.

III - Vérification des faits

Wolfram alpha s'annonce comme un outil journalistique assez révolutionnaire dans la mesure où il semble vouloir combiner la puissance de Google et l'exhaustivité de Wikipedia.

Wolfram_Alpha.jpg

Son ambition n'est rien moins que de rendre toute connaissance immédiatement consultable par ordinateur. C'est un projet à long terme mais il suffit de tester les premières catégories proposées - par exemple, celle de la culture et des médias - pour comprendre qu'une technologie puissante est au service d'objectifs originaux, avec des résultats "non substituables", d'ores et déjà sans concurrence possible.

True knowledge ressemble à Exploredge, en moins puissant et en moins précis. Mieux vaut l'utiliser comme vérificateur factuel que comme moteur.

True_Knowledge_logo.jpg

Plus que jamais nécessaire au sein des rédactions, la fonction de facts checker associée à une expertise de recherche et de veille a besoin de bases de données "interrogeables" comme True Knowledge pour éviter ce qui vient d'arriver à plusieurs quotidiens britanniques: reprise aveugle d'une fausse citation glissée dans Wikipedia par un étudiant en sociologie qui étudie la fiabilité journalistique.

IV - Validation des sources

Touchgraph_logo.jpgTouchgraph est la providence du journaliste ou du documentaliste chargé de valider les sources d'information. Cette opération consiste notamment à mesurer l'écart entre ce qu'un site, ou un blog, prétend être et ce qu'il est réellement. Si l'écart est nul, le gisement d'informations mérite d'être validé. Si l'écart est significatif, la rédaction doit être avertie de son manque de fiabilité, voire de sa nocivité.

Plusieurs outils, dont certaines fonctionnalités de Google, permettent de confronter les contenus avec leur environnement matérialisé par les liens entrants: un blog qui se prétend juridique mais vers lequel pointent des liens sans rapport avec le droit doit être exclu, à priori, des ressources rédactionnelles.

Touchgraph_plan_large.jpg

Comme outil de validation, Touchgraph est une merveille. L'alliance de la sémantique et de la visualisation de données dévoile, dans le cas de ce blog, différents univers agrégés en constellations.

Touchgraph_plan_serre_corrige.jpg

En "zoomant" sur une de ces constellations de sites ou de blog, un coup d'oeil suffit pour vérifier le voisinage du blog correspond bien à sa ligne éditoriale: l'information, le journalisme à l'ère électronique.

Touchgraph_panneau_lateral.jpgDans un volet latéral, à gauche de la remarquable interface graphique, apparait la liste des sites qui, à un moment, ou à un autre, ont pointé vers le blog "journalistiques".

Un aperçu de ces sites ou blogs permet de se faire une idée de la raison pour laquelle ils se sont intéressés à tel ou tel billet. Il suffit de cliquer sur l'adresse du visiteur pour en savoir davantage.


Cette maquette de dispositif de recherche-vérification-validation peut accueillir bien d'autres moteurs, ainsi que des applications greffées sur les navigateurs comme Gnosis ou Surf Canyon.

Voir aussi: "Comment j'évalue l'actualité"

dimanche 26 avril 2009

Grippe porcine : sélection de ressources sur la pandémie

Photo_du_virus.jpgAu début du mois de février dernier, j'ai proposé comme sujet d'examen à mes étudiants de l'Institut Français de Presse un travail de recherche et d'évaluation sur le risque de pandémie grippale. Les médias se désintéressaient alors d'un phénomène sur lequel j'exerce une veille systématique depuis 2005.

Quatre raisons inspirent cette veille personnelle ainsi que le thème de l'examen proposé le 3 février 2009 à la classe de Master 1 de l'IFP:

1- J'ai été professionnellement "marqué" par la rétention d'informations qui a entouré le développement du sida entre 1981 et 1984. C'était avant le web, période obscurantiste pour un journaliste normalement constitué. De cette expérience négative est née, il y a quatre ans, la volonté d'exploiter le web comme moyen de contourner l'opacité scientifique, médicale et gouvernementale des années quatre-vingt.

Alertes_Google.jpg

2 - Dès mes premières recherches sur la grippe aviaire, j'ai acquis la certitude qu'il s'agit d'un phénomène émergent de grande ampleur. Face à une émergence, un journaliste se doit, selon moi, de scruter les conditions de son avènement à partir des singularités qui l'annoncent (1).

3 - Outre l'émergence et la singularité, l'observation pendant quatre ans du phénomène "grippe aviaire"Enquete_Telegramme.jpg m'a permis de bénéficier de la sérendipité pour réaliser une enquête sur la réactivation en 2005 de l'actuel virus H1N1 à partir de cadavres de personnes tuées en Alaska par la pandémie de 1918 (2).

Cette veille me donne également l'occasion d'étudier de près un cas récent et très intéressant de rumeur sur le web dans un contexte de "pré-pandémie"(3).

4 - Je suis convaincu, depuis 2005, du caractère inéluctable de la pandémie. Les seules questions étaient de savoir "quand" et "où" elle se déclencherait. Je savais dès l'automne 2008 que le déclenchement serait imminent, à échéance de quelques mois. Je ne savais pas dans quelles circonstances - c'est à dire où - la mutation s'accomplirait.

Compte tenu de cette demi-certitude, j'ai voulu rendre un service professionnel aux futurs journalistes de l'IFP en les incitant à se préparer au traitement en urgence et en profondeur d'un phénomène qui pourrait revêtir une portée historique. Et ce quelques mois avant que le phénomène fasse la "une" de l'actualité.

Voici une sélection de ressources trouvées par les élèves de Master 2 le 3 février 2009, ressources validées le dimanche 26 avril et auxquelles j'ai ajouté quelques liens extraits de ma documentation personnelle:

ACTUALISATIONS RAPIDES

http://www.birdflubreakingnews.com/

http://www.recombinomics.com/whats_new.html

http://www.flutrackers.com/forum/forumdisplay.php?s=bfb440466c4b458d85012960ee0f7889&f=1517

Sources à vérifier:
http://tweetscan.com/index.php?s=H1N1&site=

Source Twitter vérifiée par Knight (voir les commentaires):
http://twitter.com/Veratect

SOURCES OFFICIELLES INTERNATIONALES

Carte_mondiale_Flu_search.jpg


http://www.who.int/fr/index.html

http://www.un.org/News/

http://www.un-influenza.org/

Monitoring_europeen.jpg

Ci-dessus, tableau de monitoring capté hier après-midi sur le site Medusa,dont voici l'adresse:

http://medusa.jrc.it/medisys/moreclusteredition/fr/LePoint-ba05b1d33d182febe528fade00573d7e.html

http://www.promedmail.org/pls/otn/f?p=2400:1000

SOURCES GOUVERNEMENTALES

http://pandemicflu.gov/

http://www.cdc.gov/swineflu/investigation.htm

Sur le site du Centre américain de Contrôle des Maladies Infectieuses, un podcast téléchargeable.

http://www.grippeaviaire.gouv.fr/

http://www.ambafrance-mx.org/

http://www.invs.sante.fr/

SOURCES EXPERTES

http://www.santelog.com/modules/connaissances/actualite-sante-face-a-la-grippe-porcine,-la-preparation-33-millions-de-traitements-stock%C3%A9s-en-france_1029.htm

http://www.searchmedica.fr/search.do?q=grippe+porcine&useraction=search&ss=defLink&al=en&c=main&oq=grippe+porcine

http://www.grog.org/

SOURCES DIDACTIQUES

http://www.pandemiedegrippe.com/2009/02/06/le-mecanisme-dinfection-du-virus-de-la-grippe-devoile/

http://www.grippeaviaire.public.lu/questions_reponses/pandemie/index.html#4

http://www.fluwikie.com/pmwiki.php?n=Main.Fr-homepage (Plus intéressant en anglais qu'en français.)

http://www.powerset.com/

http://www.avianflusearch.net/

http://virusgrippeaviaire.blogspot.com/

http://www.pandemiedegrippe.com/

http://www.umd.edu/emergencypreparedness/pandemic_flu/intro.cfm

APPROFONDISSEMENTS

http://search.nejm.org/search?w=H1N1&search=SEARCH

http://www.bdsp.ehesp.fr/

http://www.birdflutoday.com/

http://www.flu-lab-net.eu/links.html

http://www.espace-ethique.org/fr/grippe.php

TRAITEMENTS JOURNALISTIQUES

http://www.observatoire-medias.info/article.php3?id_article=601

http://ekasearch01.eurekalert.org/e3/query.html?qt=swine+flu&col=ev3rel&qc=ev3rel&x=16&y=13

http://www.futura-sciences.com/fr/news/t/high-tech-4/d/dangers-ou-bienfaits-de-lacces-libre-a-la-connaissance-sur-la-toile_7362/

1) La transposition au journalisme des notions scientifiques de "singularité" et d'"émergence" est expliquée à dix sept reprises dans mon livre "Le journalisme à l'ère électronique", table des matières, pages 240 et 242

2) Mon enquête sur la recherche du virus de 1918 dans un cimetière d'Alaska et le stockage du virus dans un laboratoire militaire est disponible, en PDF, gratuitement sur demande adressée par courrier électronique avec l'identité réelle du demandeur et la mention de l'utilisation envisagée.

3) Un blogueur a "annoncé" la pandémie il y quelques semaines en affirmant qu'un chercheur appartenant à une firme connue avait laissé s'écraser sur le sol une éprouvette contenant le virus. J'étudie actuellement l'origine, la morphologie et le mode de propagation de cette rumeur.

dimanche 1 mars 2009

Caméras de poche prêtes à dégaîner pour blogueurs réactifs

Les cameras vidéo de poche (1) sont aux caméscopes ce que les dictaphones sont aux magnétophones: des outils de captation rudimentaires prêts à enregistrer.


Inutile, donc, de s'attarder sur les labels "Haute Définition" affichés par certains modèles, car leurs capteurs et leurs processeurs spécialisés dans le traitement des signaux ne peuvent pas rivaliser avec ceux des appareils conçus pour des écrans à résolutions ultra-fines.

PVC_Creative_vado.jpg L'intérêt de ces boîtiers peu onéreux (2) est dans un terme anglo-saxon qui ne se traduit pas en français: convenient (3). C'est d'ailleurs parce qu'ils sont pratiques, faciles à utiliser, que trois modèles de deuxième génération (la première génération date du printemps 2008) font l'objet d'un véritable engouement aux Etats-Unis:

- Creative Vado, ci-dessus

- Flip mino.PVC_Flip_mino.jpg

- Kodack Zi6., sur l'image du haut.

La description de ces engins est vite faite: deux batteries rechargeables, un bouton de mise en service, un écran LCD, un paramétrage d'initialisation en trois points, le choix entre trois formats vidéo, une fonction macro, un zoom, un déclencheur d'enregistrement qui sert aussi de joystick pour la lecture et pour la navigation dans le menu, une clé USB incorporée.

Structure fonctionnelle intuitive, emplacements logiques des commandes, tout est à portée de doigts et invite à la décision rapide.

Pour les interviews et les "choses vues"

Deux exploitations sont particulièrement adaptées au web:
- l'interview grâce à l'emplacement prévu pour un petit tripode et malgré les performances limitées du microphone incorporé (4).

- la captation inopinée, à l'instinct, d'un évènement inattendu avec l'intention de mettre en ligne rapidement un document brut ou semi-brut (=sommairement monté.)

Dans la configuration du mojo (= mobile journalisme), la comparaison entre le Nokia N95GB et le Kodack Zi6 tourne à l'avantage du téléphone mobile pour la qualité des images et du son, mais la pocket video camera s'avère plus productive dans le processus captation-transfert-diffusion.

PVC_movie_maker_3.jpg

Le temps gagné dans les opérations séquentielles qui vont de l'enregistrement à la mise en ligne permet de procéder à un montage élémentaire (cut) avec un outil aussi basique que le logiciel Windows Movie Maker. Un plaisir ludique si le blogueur est un adepte du "tourner-monter" (5).

Le promeneur, le témoin et la syntaxe

Positionnés entre les webcams (6) et les capteurs vidéos des téléphones nomades, les caméscopes de poche ne peuvent pas être considérés comme des gadgets dans la mesure où leur utilisation engendre un comportement de promeneur contemplatif prêt à se transformer en témoin hyper-réactif (7) et incite à pratiquer une syntaxe vidéo dépouillée, axée sur l'efficience documentaire (8).

On aura compris que ce sont avant tout des outils de blogueurs, des instruments conçus pour ceux qui génèrent des contenus sur Youtube ou Dailymotion.


Actualisation 07 mars 2009:Jean-Luc Raymond signale dans un commentaire ci-dessous l'utilisation du Flip mino en milieu scolaire. Le blog de l'enseignant britanniquest est trop intéressant pour le laisser en commentaire. Je remonte donc l'info dans le billet, ce qui ne dévalue en rien le commentaire signé JLR.

1) C'est Jean-Luc Raymond qui m'a fait découvrir ces petits ustensiles: il venait de recevoir un Flip en direct de Las Vegas.

''2) Le Kodack Zi6 coûte 179,90 euros avec deux batteries rechargeables et leur chargeur. Prévoir une carte mémoire additionnelle: 8 gigas= 2 heures de vidéo.

3) La langue française ne connaît que le terme contraire: "inconvénient". D'où la vraie traduction du slogan "Yes we can": " Ah ben, ça va pas être possible..."

4) Deux bricoleurs affirment, sur YouTube, avoir détourné la prise de son vers un microphone externe; il semble qu'il s'agisse d'un bidouillage hasardeux de la piste audio sur un logiciel de montage. Peu importe: le simple fait que des "bidouilleurs" cherchent à modifier les modèles commerciaux indique que les Pocket Video Cameras sont éligibles au statut d'objets emblématiques.

''5)Tourner-monter= diversifier les angles et les cadrages pendant la prise de vues: en appuyant sur le déclencheur, penser au plan précédent et prévoir le plan suivant.

6) Creative avait conçu au milieu des années 90 une webcam mobile qui ressemblait beaucoup aux actuelles Pocket Video Cameras mais qui n'en avait évidemment pas les fonctionnalités web 2.0.

7) La manière de filmer avec ces caméscopes de poche s'apparente aux notes descriptives accumulées par Victor Hugo à l'occasion de ses promenades dans Paris. Rassemblées dans "Choses vues" - en livre de poche - ces notes seraient aujourd'hui les billets d'un blog. A traduire dans le langage de l'image animée.

8) Ma théorie sur le langage vidéo: plus les appareils de prises de vues, comme les actuels caméscopes tri-CCD sont sophistiqués, plus leurs utilisateurs cherchent à se rapprocher de l'esthétisme des oeuvres de fiction; plus les appareils de prises de vues sont rudimentaires, plus ils incitent leurs utilisateurs à filmer simplement, selon une syntaxe du type sujet-verbe-complément. Comme les grands documentaristes qui se soucient généralement peu d'esthétique.

mercredi 18 février 2009

LexFeed facilite la veille législative

Détecter et pister les initiatives des gouvernements et des parlements susceptibles de devenir des directives ou des lois est une activité étourdissante.

Qu'ils exercent le pouvoir ou qu'ils le contrôlent, les politiciens ne peuvent s'empêcher de répondre par un "texte" au moindre "problème" un peu amplifié par les médias. Cette surproduction a deux conséquences: inflation législative et difficulté croissante, pour les journalistes, d'avoir une connaissance globale et actualisée du travail des élus.

Lexfeed_logo.jpgLexFeed apporte une solution partielle au deuxième phénomène. Ce service ne crée pas de contenus. Il établit des liaisons dynamiques entre ses utilisateurs et certaines données stockées sur les sites web officiels. Ces liaisons dynamiques sont évidemment des flux RSS mais aussi des alertes par courriels.

Il suffit de s'abonner, sur le site de Lexfeed, au résumé en quelques lignes Lexfeed_assemblee_nationale.jpgd'un projet ou d'une proposition de loi déposé, par exemple, à l'Assemblée nationale pour avoir accès, via le site officiel du Palais-Bourbon, à ses origines - auteurs, ou extraits de communiqués officiels de conseils des ministres - et pouvoir suivre, ensuite, le cheminement tout au long de la procédure parlementaire.

Les abonnements s'effectuent en plusieurs formats et protocoles, se sauvegardent et se partagent sur différentes plateformes de folksonomies.

L'activité législative est ainsi connectée au web 2.0.

LexFeed_barre_abonnement_sauvegarde_partage.jpg
Outre l'Assemblée nationale et le Sénat français, Lexfeed surveille les activités du parlement européen , des différentes assemblées belges, des parlements britannique,allemand, hollandais et américain.

Il faut faire preuve de discernement pour repérer parmi les propositions de loi, celles qui ont une chance d'aboutir et il faut donc connaître la différence entre un "projet" et une "proposition" de loi, car si les secondes sont beaucoup plus nombreuses que les premiers, elles ont beaucoup de chances d'être votées, ou même examinées, en France où l'Exécutif régente le Législatif.

Lexfeed_europe.jpgMais la tâche du recensement quotidien étant automatisée, le journaliste peut déployer sa créativité en utilisant LexFeed pour étudier de près le travail parlementaire. Une excellente occasion de mieux informer les citoyens, d'enrichir la fonction de journaliste parlementaire et de contribuer à la réhabilitation du parlement.
Grâce à LexFeed, il est possible de repérer et d'observer de près les élus qui profitent du moindre emballement médiatique pour déposer une proposition de loi en croyant qu'ils pourront ainsi être invités dans les journaux télévisés et "se faire un nom"; ceux qui relaient servilement la parole présidentielle en espérant se faire remarquer pour le prochain remaniement gouvernemental; ceux qui ne s'intéressent qu'aux enjeux locaux en songeant a remplir leur bilan de mandat pour se faire réélire; ceux, enfin, qui privilégient plus ou moins discrètement les intérêts de certains groupes de pressions, voire de puissants lobbies.

dimanche 30 novembre 2008

Webzzle: service de recherches orienté vers le web sémantique

Webzzle_logo.jpgCréée en 2007 à partir de technologies développées depuis près de dix ans, Webzzle est une application hybride qui fonctionne comme un métamoteur et comme une plate-forme de recherches collaboratives.

Ses performances sont étonnantes et prometteuses.

Avec son allusion au puzzle et sa référence à Wikipedia, le logo ci-contre illustre bien la philosophie du projet.

Elle s'appuie sur Wikipedia comme base de connaissances pour essayer de dépasser les syntaxes souvent ambivalentes des moteurs classiques et pour aller au-delà du système des tags chers aux folksonomies.

Il s'agit bien de considérer le web comme un gisement de savoirs à détecter à partir du sens des mots, à organiser et à partager, le partage remplaçant en partie les algorithmes d'indexation et, au final, la sélection des sources.

Productivité

La première singularité réside dans la formulation des requêtes avec des concepts plutôt qu'avec des mots-clés. J'ai testé cette approche en associant "récession", déflation", "stagnation", trois notions qui semblent devoir s'inscrire durablement dans l'actualité.

Webzzle_requete_stagnation.jpg

Google a dégluti 155 000 résultats en 0,29 secondes.
Webzzle en a choisi 39 pendant le même laps de temps parce qu'il ne retient que les sites qui correspondent à ces trois idée, pas à une chaîne de caractères décortiquée et indexée par des robots.
Le gain de productivité est énorme. Déjà, avec Surf Canyon qui explorait les dizaines de milliers de résultats de Google pour faire remonter les suggestions les plus pertinentes, l'utilisateur du roi des moteurs perdait un peu moins de temps à écarter les fausses pistes et les redondances. Avec Webzzle, il est possible de vérifier l'intérêt d'une quarantaine de résultats sans avoir l'impression de perdre du temps en nettoyage stérile.

Transparence

C'est d'autant plus facile que le service montre d'abord le concept tel qu'il est traité par Wikipedia. Traitement que l'utilisateur peut approuver ou récuser. S'alignent aussitôt après les sites sélectionnés parce que leur contenu correspond aux idées véhiculées dans la requête.
Je n'ai éliminé qu'un seul résultat sur les dix premiers lors du test avec les trois concepts économiques.

Webzzle_pertinence_elevee_2.jpg

Viennent ensuite, dans la sélection de Webzzle, les résultats les plus pertinents de Google: aucun déchet.

Pertinence

De plus en plus intéressé, j'ai ouvert un compte gratuit afin de participer à l'évaluation collective de mes trouvailles. La vérité oblige à dire que la version anglaise du site est beaucoup plus facile à utiliser que la version française mais les choses vont peut-être s'améliorer. Comme dans Delicious, les résultats des recherches sont sauvegardées et partagées mais ils sont, en plus et surtout, évalués par les utilisateurs.

Webbzle_profondeur_historique.jpg

C'est une fonctionnalité fondamentale pour les journalistes.

Pour échapper au conformisme de la Google democracy

La "Google democracy", qui consiste à faire placer en tête des résultats les sites vers lesquels convergent le plus de liens, est une mécanique qui fabrique du conformisme à grande échelle: tout le monde exploite les mêmes sources (l'AFP, en général) et c'est une des raisons pour lesquelles l'information française est tellement ennuyeuse.

Avec Webzzle, les évaluations ne sont pas quantitatives mais qualitatives. Elles font savoir, par exemple, qu'une source est appréciable pour la profondeur de son érudition mais pas forcément pour la fraîcheur de ses analyses. Quand Webzzle propose en bonne place le blog de Nouriel Roubini, mon évaluation porte sur la pertinence et la fréquence d'actualisation parce que Roubini avait annoncé la crise des subprimes dès 2006 et parce que son blog RGE propose chaque jour des analyses adaptées à la conjoncture.

Plus il y aura, dans la communauté Webzzle, d'utilisateurs soucieux de trouver des sources fiables, originales et diversifiées, plus ce service de recherches s'approchera du vieux rêve du web sémantique. Pour l'instant, il est ancré dans le web 2.0.

Avec, cependant, une exigence que le web 2.0 est en train de piétiner: le discernement comme fondement de l'intelligence collective.

SOURCE: AltSearchEngines

LIRE AUSSI: le remarquable entretien avec un fondateur de Webzzle publié par le blog non moins remarquable de Gilles Balmisse

jeudi 27 novembre 2008

Attentats de Bombay: "citizen journalists" plus commentateurs que reporters ou analystes

Amy Grahan, du blog collectif E-Media Tidbits, a eu l'excellente idée de s'intéresser, dès mercredi soir, à la couverture des attentats terroristes en Inde:

- par les médias traditionnels

- par les réseaux sociaux

- par les blogs.

Le classement opéré par la consultante en communication de Boulder (Colorado) incite à comparer les contenus des trois vecteurs disponibles sur le web. Il résulte de cette confrontation un double constat:

- les réseaux sociaux se contentent de "citer" les contenus des médias traditionnels

- les blogueurs commentent et lancent des initiatives humanitaires.

Bombay_mosaique.jpg

Les "journalistes" citoyens ne produisent ni information ni analyse

Les contenus des blogs n'ont même pas la valeur de témoignages exclusifs. Ils sont d'une parfaite banalité comme ce billet qui raconte comment des individus qui voulaient prendre un verre à une terrasse ont entendu des coups de feu...Souvent, d'ailleurs, les "articles" des "journalistes" citoyens se terminent par "...alors, on a allumé la télé pour savoir ce qui se passe."

Si les "journalistes" citoyens n'ont pas accès aux lieux privilégiés d'observation, ils n'ont pas davantage la capacité de produire la moindre analyse originale sur les tenants et les aboutissants de la tragédie. Reprocher aux services de sécurité de ne pas avoir prévu les attaques ne constitue pas une analyse. C'est une réaction. Elle n 'apporte rien tant qu'elle n'explique pas pourquoi les services de renseignement n'ont rien su.

Les photos de blogueurs ne présentent aucun intérêt. Elles montrent, au mieux, une foule de spectateurs tenue à distance par le service d'ordre; au pire, des débris dans des rues...

Bombay_terroriste_possible.jpg

Le seul document intéressant est celui d'un possible terroriste. L'auteur n'est pas connu. Il peut s'agir d'un employé d'hôtel, d'un otage libéré ou d'un journaliste. En tous cas, c'est un document de presse.

Critique hypocrite des médias et rumeurs symptomatiques

La vacuité du "journalisme" citoyen est comblée par deux réactions significatives:

1) les réseaux sociaux et les blogueurs accusent les médias traditionnels de privilégier le spectaculaire, le sensationnel, l'émotion...

2) les micro-blogeurs font état d'une rumeur selon laquelle les médias traditionnels auraient perturbé le fonctionnement de Twitter.

Bombay_Mumbai_twitter_logo.jpgExcellent exercice de vérification journalistique: dans son souci d'évaluer la consistance de cette rumeur, Amy Grahan découvre que le gouvernement indien "aurait" demandé aux adeptes de Twitter de ne pas renseigner les terroristes en répercutant les mouvements des forces de l'ordre tels que les médias les décrivent (curieux, car les terroristes peuvent écouter directement les médias sans passer par Twitter), que la BBC "aurait" repris un tweet sans le vérifier (étonnant de la part de la BBC). Amy finit par débusquer l'origine de la rumeur chez un abonné de Twitter qui ne réside pas en Inde, mais à Boston (USA)

On peut reprocher beaucoup de failles et de travers aux journalistes - je ne m'en prive pas - mais le fait est que le "journalisme" citoyen est incapable de donner du sens à un évènement soudain comme la tragédie de Bombay ou à un phénomène complexe comme la crise financière.

samedi 22 novembre 2008

Comment concevoir une veille

Veille_Education.jpgDans le cahier des charges d'un appel d'offre destiné à se doter des moyens de mieux comprendre l'opinion, le ministère de l'éducation nationale fournit gratuitement une belle leçon de veille.

ARTICLE 1 - OBJET DES MARCHES ET MODE DE PASSATION

Les présents marchés portent sur la veille de l’opinion dans les domaines de l’éducation, de l’enseignement supérieur et de la recherche.

Ils sont passés en application des dispositions des articles 57 à 59 du code des marchés publics, relatives à l’appel d’offres ouvert.

ARTICLE 2 - ALLOTISSEMENT ET FORME DES MARCHES

L’appel d’offres comporte deux lots. Ils s’agit de marchés à bons de commande passés en application de l’article 77 du code des marchés publics :

Lots Montant estimatif HT

Lot n° 1 : Veille de l’opinion pour le compte du ministère de l’éducation nationale (MEN)

100 000 € HT/an

Lot n° 2 : Veille de l’opinion pour le compte du ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche (MESR)

120 000 € HT/an

ARTICLE 3 - PIECES CONSTITUTIVES DU MARCHE

Chaque marché est composé des pièces suivantes, par ordre décroissant de priorité :

− l’acte d’engagement et le bordereau des prix ;

− le présent cahier des clauses particulières ;

− le cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de fournitures courantes et de services (approuvé par décret n° 77-699 du 27 mai 1977 modifié) − la proposition du titulaire.

ARTICLE 4 - DUREE DU MARCHE

Chaque marché est conclu du 1er janvier 2009 ou à partir de la date de notification (si celle-ci est postérieure au 1er janvier 2009) jusqu’au 31 décembre 2009. Il pourra ensuite être renouvelé pour une nouvelle période d’une année sans que sa durée totale puisse excéder deux ans.

ARTICLE 5 - DESCRIPTION DES PRESTATIONS

5.1 Présentation

5.1.1 Objectif

Le dispositif de veille en question vise, en particulier sur Internet, à identifier les thèmes stratégiques (pérennes, prévisibles ou émergents)

Identifier et analyser les sources stratégiques ou structurant l’opinion

Repérer les leaders d’opinion, les lanceurs d’alerte et analyser leur potentiel d’influence et leur capacité à se constituer en réseau

Décrypter les sources des débats et leurs modes de propagation

Repérer les informations signifiantes (en particulier les signaux faibles)

Suivre les informations signifiantes dans le temps

Relever des indicateurs quantitatifs (volume des contributions, nombre de commentaires, audience, etc.)

Rapprocher ces informations et les interpréter

Anticiper et évaluer les risques de contagion et de crise

Alerter et préconiser en conséquence

Les informations signifiantes pertinentes sont celles qui préfigurent un débat, un « risque opinion » potentiel, une crise ou tout temps fort à venir dans lesquels les ministères se trouveraient impliqués.

5.1.2 Sources surveillées

La veille sur Internet portera sur les sources stratégiques en ligne : sites « commentateurs » de l’actualité, revendicatifs, informatifs, participatifs, politiques, etc.
Elle portera ainsi sur les médias en ligne, les sites de syndicats, de partis politiques, les portails thématiques ou régionaux, les sites militants d’associations, de mouvements revendicatifs ou alternatifs, de leaders d’opinion.
La veille portera également sur les moteurs généralistes, les forums grand public et spécialisés, les blogs, les pages personnelles, les réseaux sociaux, ainsi que sur les appels et pétitions en ligne, et sur les autres formats de diffusion (vidéos, etc.)

Les sources d’informations formelles que sont la presse écrite, les dépêches d’agences de presse, la presse professionnelle spécialisée, les débats des assemblées, les rapports publics, les baromètres, études et sondages seront également surveillées et traitées.


Les interactions entre des sources de nature différente, les passages de relais d’un media à l’autre seront soigneusement analysés.

5.1.3 Finalités

L’analyse attendue des principaux arguments, des critiques et des tendances, à partir du corpus défini, tous les canaux étant pris en compte, donnera lieu à des notes de synthèse (rapport quotidien, note de synthèse hebdomadaire, cartographie commentée des acteurs et débats en présence).

Plus particulièrement en matière de veille Internet, l’analyse permettra un suivi précis de l’évolution de l’opinion internaute et des arguments émergents relayés et commentés sur ce canal.

5.2 Prestations à réaliser

5.2.1 Définition des thèmes

Les thème(s) pérennes ou prévisibles sont prédéfini(s) par la personne publique.
Ils varient selon l’actualité, le calendrier de travail des deux ministères, en fonction des échéances (parlementaires, médiatiques, événementielles…) auxquelles sont soumis le ministre chargé de l’Education nationale et le ministre chargé de l’Enseignement supérieur et de la Recherche.

Les thèmes émergents sont signalés par le prestataire.
Les thèmes émergents seront identifiés dans le cadre de l’activité de veille Internet qui permettra de mieux anticiper les mouvements d’opinion et les critiques et de détecter systématiquement les signaux faibles de crise.

Toute nouvelle veille thématique donne lieu à une réunion de lancement, à la constitution du corpus à observer et analyser, à une cartographie détaillée de ce corpus et des types d’arguments et de critiques en présence.

Un plan de veille constituera le référentiel commun entre le ministère et le prestataire. Il sera formalisé et mis à disposition du ministère.

5.2.2 Livrables attendus

La veille est active : quotidienne, hebdomadaire et accompagnée de recommandations (ou non).

La veille doit être avant tout anticipatrice, analytique et synthétique (et non descriptive).
Elle apportera des indicateurs tant qualitatifs que quantitatifs.

Plusieurs produits de veille pourront être élaborés suivant une périodicité hebdomadaire, quotidienne ou autre (à définir en fonction de l’actualité) :

- la note de veille éducation (tous sujets confondus)

- la note de veille enseignement supérieur (tous sujets confondus)

- la note de veille recherche (tous sujets confondus)

- la note de veille thématique (un seul sujet couvert)

- la cartographie commentée des acteurs et des débats en présence (un seul thème ou un seul acteur couvert)

Clé de voûte du dispositif de veille, le passage en « mode alerte » visera à transmettre systématiquement les informations stratégiques ou les signaux faibles susceptibles de monter de manière inhabituellement accélérée.

Les notes de veille pourront porter ou sur l’ensemble des canaux (média traditionnels et Internet formel et informel) ou être limitées à l’internet (cf. liste des produits au bordereau des prix).

Les vidéos, pétitions en ligne, appels à démission, doivent être suivis avec une attention particulière et signalées en temps réel.

Des éléments quantitatifs (nombre d’interventions, nombre de commentaires, mots les plus fréquemment cités) seront systématiquement inclus.
L’audience et l’influence des sources et des relais seront précisées.

Aucune donnée brute ne sera transmise.

Les informations recueillies seront toujours analysées, recoupées, synthétisées, mises en perspective, et comparées dans le temps.
Les verbatims auront une valeur d’exemple ou d’illustration.
Les synthèses devront être lisibles et facilement appropriables. Une présentation qui facilite la lecture et l’appropriation, tout en préservant la profondeur de l’analyse et l’exhaustivité du corpus, sera fortement appréciée.

La date et l’heure de réception des notes de veille sera fixée par le ministère.
Compte tenu de la nature même des objectifs du dispositif de veille (mesurer la compréhension des problématiques en particulier dans les communautés online, détecter les signaux avant-coureurs, identifier les réseaux d’influence) la date et l’horaire de réception des livrables devront être rigoureusement respectés.

Des échanges réguliers entre le prestataire et le ministère pour ajuster les enjeux du moment, commenter la livraison d’une note et partager les connaissances en matière de veille auront lieu régulièrement.

Lorsqu’un thème sera « clos », le prestataire fournira un document récapitulatif de la veille réalisée pour aider le ministère à calculer le retour sur investissement pour cette opération. A l’échéance du marché, le prestataire fournira également un récapitulatif détaillé des prestations réalisées dans l'année.

samedi 8 novembre 2008

Une plate-forme de témoignages en temps réel sur la crise du Congo

Signalée par Jean-Luc Raymond, Ushahidi fournit en temps réel des témoignages sur ce qui se passe en République Démocratique du Congo.

Ushahidi_carte_generale_avec_codes_couleurs.JPG

Toute personne qui, sur place, assiste à un évènement significatif peut raconter ce qu'elle a vu par téléphone (SMS, mail) ou par tous les fichiers web via un ordinateur connecté.
Les auteurs des récits sont invités à spécifier la nature des faits qu'ils relatent. Quatorze catégories de faits ( incidents, batailles, pillages, viols, déplacements de populations, épidémies, etc...) permettent à la base de données d'affecter un code de couleurs à chaque type de tragédie.
Ushahidi_verifie_oui_non.JPGLes récits font l'objet d'un classement chronologique et ils sont localisés sur une application Google Maps.
Dès le premier coup d'oeil, l'infonaute appréhende globalement la situation dans deux de ses multiples dimensions: ce qui se passe et où ça se passe. Il est également averti du fait qu'un témoignage a été, ou non, vérifié.
A côté des récits spontanés, il peut consulter une liste d'articles publiés par les médias ordinaires.

Ushahidi_attaque_Rutshuru.JPG
Un exemple de récit (vérifié) a été fourni samedi après midi après l'attaque d'un camp du CNDP tutsi par une milice congolaise MayiMayi. Le témoin fait état d'un massacre en représailles, les combattants tutsis pénétrant dans chaque maison pour abattre systématiquement tous les hommes qu'ils trouvaient sous les yeux de représentants de la force d'interposition de l'ONU, qui ne semblaient pas en état d'intervenir, d'après l'auteur du témoignage.

Un outil adapté aux crises
Ushahidi a été crée au début de 2008 par un groupe de développeurs et de blogueurs qui se méfiaient du traitement de la crise au Kenya par les médias traditionnels.
Ushahidi_diagramme.JPGErik Hersmann, un blogueur américain, fils de missionnaires, est retourné en Floride pour créer une ONG dont plusieurs membres experts en informatique ont construit un CMS ( Système de Gestion de Contenus) facile à déployer. Un système original puisqu'il est capable d'intégrer des SMS dans des formats spécifiquement web.
L'application a d'ailleurs été classée parmi les plus prometteuses de l'année par la célèbre Technology Review du MIT. De plus en plus sophistiquée, Ushahidi a collecté les témoignages sur les évènements du Kenya, puis elle a fonctionné sur les violences contre les immigrants en Afrique du Sud. La voici maintenant en action au Congo.
C'est un outil Open Source, à la disposition de tous. C'est la plate-forme d'information en temps réel la mieux adaptées aux grandes crises.

La vraie place du "journalisme citoyen"
Ushahidi a aussi le mérite de situer enfin et concrètement le rôle du "citizen journalism" dans l'information à l'ère des réseaux.
Par son nom, elle indique que les contenus ne sont pas majoritairement des articles rédigés par des journalistes. "Ushahidi" signifie "témoignage"en langue swahili. Pas "article", ni "éditorial", ni même "reportage" et encore moins "enquête".
Cette salutaire distinction entre "témoins" et "journalistes" signifie que les citoyens peuvent voir des choses que les journalistes ne voient pas; mais ils ne peuvent pas construire l'actualité, c'est à dire donner un sens global, et généralement provisoire, aux évènements.

Il n'y a pas de corporatiste hautain dans le fait de rappeler qu'un témoin n'est pas un reporter et qu'un citoyen n'est pas éditorialiste sous prétexte qu'il publie ses opinions.
Ushahidi_logo.JPGAu contraire. Ushahidi prouve que les journalistes ont absolument besoin de citoyens vigilants qui alertent et qui racontent.

D'abord parce que les témoignages leur permettent de hiérarchiser les évènements à inclure dans le traitement de l'actualité.
Ensuite et surtout parce que plus les gens sur place raconteront ce qui se passe, moins les journalistes seront tributaires des communiqués officiels et des manipulations des pouvoirs en place. Même si un récit ne semble pas fiable à 100% à priori: il appartient précisément au journaliste de le vérifier.
Et puis, certaines de ces humbles "choses vues et racontées à chaud par des non professionnels" auront peut-être une portée historique bien supérieure à celle de nombreuses productions journalistiques.

lundi 20 octobre 2008

Le web et quelques logiciels au service des rédactions

Voici quelques ressources à l'intention des journalistes qui considèrent que le web peut leur être utile.

L'exploitation optimisée de ces ressources en ligne et des logiciels que je préconise repose sur une méthodologie personnelle que je réserve à mes étudiants, à mes stagiaires et à quelques technophiles dignes d'intérêt.

I - IDENTIFIER LES GISEMENTS ELECTRONIQUES
Bases de données, sites web, forums, blogs, wikis.

A - Répertoires de bases de données

  1. Complete planet
  2. Searchsystems.net
  3. Dadi
  4. Formist


B - Répertoires d'annuaires et portails

  1. Dmoz
  2. Les annuaires
  3. Tous les annuaires

C - Répertoires de moteurs de recherche

  1. Les moteurs de recherche
  2. Beaucoup
  3. Wikipedia


D - Répertoires de forums et groupes de discussion

  1. Intelligence Center
  2. Groupes yahoo français
  3. Big boards


E - Répertoires, annuaires et moteurs de recherches de blogs

  1. TechnoCrati
  2. All-blog
  3. Search 4 blogs

F - Répertoires de wikis

  1. Annuaire thématique
  2. Wiki Index (merci à B&C pour le commentaire rectificatif et, donc, enrichissant.)

Deux exemples de wikis:

  1. Wiki News francophone
  2. WikiSource


II - VERIFIER LES FAITS
Traquer les rumeurs, les légendes urbaines et les farces.

A - Farces et rumeurs

  1. Hoaxbuster
  2. Snopes

B - Erreurs et plagiats

  1. FactCheck
  2. Regret the Error

C - Medias watch

  1. FAIR
  2. Stinky journalism
  3. Media Standards Trust

D - Disséquer les textes

  1. Tropes
  2. Le Dico
  3. Contexte


E - Valider les sources

  1. La méthode Cornell
  2. La méthode Berkeley
  3. Blogpulse ( autorité d'un blog)

F - Identifier les auteurs

  1. WikiScanner
  2. DomainTools

III - DETECTER CE QUI FERA L'ACTUALITE

A - Monitoring

  1. Mapped up
  2. Newsmap
  3. Eufeeds
  4. Newsbrief
  5. NewsExplorer
  6. WikioBuzz

B - Répertoire d'agrégateurs de flux RSS

  1. All RSS
  2. BlogSpace
  3. Mon préféré: Bandit

IV - TROUVER DES ANGLES

  1. RefDesk
  2. JournalismeNet
  3. Newspaper Index
  4. Réseaux des personnalités par News Explorer
  5. Réseaux des personnalités par NNDB
  6. Sémantique et associations d'idées

V - QUELQUES EXEMPLES DE FORMATIONS

  1. Licence Référenceur & Rédacteur web à l'IUT de Mulhouse
  2. Association des professionnels de l'Information et de la Documentation lien offert par Bibliobsession
  3. Le métier de recherchiste au Québec (lien intéressant proposé par Jean-Michel Salaun, de Montréal.


mercredi 8 octobre 2008

Les racines et la trame idéologiques de la crise financière

Sous le déluge de données que provoque le déploiement de la crise financière, le journaliste a le choix entre tendre le micro à un Marc Touati et à un Nicolas Baverez (1) ou essayer de donner du sens aux flux saccadés de dépêches. Donner du sens, ce n’est pas forcément éditorialiser. C’est s’obliger à rendre intelligibles des enchaînements d’évènements, y compris et d’abord dans les récits factuels.

Racines_2_grille_A.jpg

Quand les évènements prolifèrent de manière désordonnée et sporadique, l’observateur professionnel se trouve face à des amas de données et de faits hétérogènes - statistiques, déclarations, sondages - qui n’ont aucune cohérence apparente. Un minimum de culture et un zeste de discernement devraient permettre au journaliste de relier certains de ces faits entre eux, par la logique ou l’intuition.

Racines_2_grille_B.jpg

En s’appuyant sur les relations de causalités entre certains évènements, certaines idées et les phénomènes en cours de développement, le journaliste se fabrique une grille d’interprétation aussi solide que possible. Les relations de causes à effets constituent le meilleur point de départ pour la construction d'une grille d'interprétation de l'actualité. Même si l'Histoire ne se répète pas, toute crise financière évolue selon des schèmes connus, schèmes dont on découvre vite qu'ils sont ceux du libéralisme.

Pour illustrer la valeur empirique des relations de causes à effets, voici comment la Banque de France analysait la crise financière asiatique et russe des années 97-98. Le diagramme montre la complexité et le caractère inexorable des enchaînements quand certaines conditions sont réunies:

Racines_crises_Asie_Russie_BdF.jpg

Le journaliste au travail aujourd'hui ne dispose pas des connaissances et du recul des analystes de la Banque de France. Il peut cependant se fabriquer une grille d'interprétation de l'actualité en cherchant les liens de causalité avec un risque d'erreurs limité : si les faits n’entrent pas dans cette grille, il la modifie et en construit une autre. Validée au moins partiellement par quelques exemples probants, cette grille devient la trame à partir de laquelle le journaliste peut construire ses récits factuels.

Racines_Quintura.jpg

Modifiable à tout instant, cette grille doit être enrichie par des analyses qui renouvellent l'approche de l'actualité politique et financière. Elle est, en fait, une métaphore des synapses qui, dans le processus cognitif, génèrent des idées ou des associations d’idées. Les proximités lexicologiques ou les glissements sémantiques - suggérés dans la capture d'écran ci-dessus par le fonctionnement du moteur Quintura - servent souvent de fondations aux constructions intellectuelles.

La grille d’interprétation de l’actualité relève du bricolage intellectuel. C’est un outil que le journaliste se fabrique, tel un artisan, et qu’il peut transformer ou jeter.

Sans Google, sans Wikipedia, sans sites médiatiques

Exercice pratique à partir du mot « libéralism » , complété par « financial crisis » afin d'obtenir d'emblée les résultats les plus pertinents. J’exclus, évidemment, le recours à Google ainsi qu’à Wikipedia et je fuis les sites entretenus par des organes de presse.

Racines_crise_Kartoo.jpg

Les moteurs cartographiques sont particulièrement adaptés à la métaphore des synapses, donc à la grille mentalement imagée du journaliste. D’emblée, le métamoteur Kartoo (2) affiche une constellation intéressante de ressources.
Pour rester cohérent avec le mépris que je nourris à l'égard du conformisme journalistique, je me détourne de tout ce qui pourrait me conduire vers des gourous médiatiques (3).
Je choisis un site en .org et arrive sur le site d’une ONG dont le premier article me renvoie à Bush, au parti Républicain, aux « reaganomics » et au « thatcherism ».

Racines_crise_wikiliberal.jpgDans « La vie des idées », je retrouve les racines idéologiques du libéralisme dont se réclame le parti Républicain: l’Ecole de Chicago, l’Ecole de Fibourg, l’école de Vienne. Avec des noms comme Milton Friedman ou Friedrich Hayek.

Un blog d'expert et un wiki libéral complètent la documentation avec les noms d’Alan Greenspan qui fut président de la FED, proche de Reagan et de Bush mais aussi et surtout, ce qui se sait moins, secrétaire particulier d’une romancière ultra-libérale férocement anti-étatique, Ayn Rand.

Pister les idées qui produisent les faits

Ce que je viens de faire pourrait s'appeler "pistage des idées dans l'actualité". Pendant la campagne présidentielle de 1988, Jérôme Bellay m'avait demandé de faire, sur France Info qu'il venait de créer, une revue de presse qui ne s'intéressait qu'aux idées discutées dans les journaux.

Ce pistage (tracking) des idées dans les news est très prisé dans certaines sphères du journalisme américain. C'est en effet l'occasion de prouver que le journalisme ne se réduit pas à la lecture des dépêches d'agences et des communiqués officiels.

En tous cas, le pistage des idées "Libéralisme" dans le contexte de "crise financière" me procure en moins d'une heure une documentation de cinq feuillets.
Cela me suffit pour construire une grille d’interprétation de l’actualité qui repose sur des enchaînements idéologiques encore très actifs :

racines_arbre_historique.jpg

1 – Elaborées pour combattre l’idéologie communiste puis l’influence sociale-démocrate, les théories libérales d'abord testées dans des pays d'Amérique du Sud ont permis aux politiques – Reagan, Thatcher puis Bush – d’affaiblir le rôle de l’Etat dans l’économie.

2 – L’affaiblissement du rôle économique de l’Etat a permis aux politiciens libéraux d’orienter le fonctionnement de l’économie de telle sorte que les actionnaires soient privilégiés dans le partage des gains de productivité et de la valeur ajoutée, au détriment des salariés et des consommateurs.

3 – La primauté des actionnaires a été, en quelque sorte, scellée par un mode de rémunération des managers (stocks options, primes, bonuses, indemnités surévaluées) qui les incite à donner la priorité absolue au rendement du capital. Matériellement associés à la recherche prioritaire du rendement, les managers sont obsédés par la performance financière.

Cet enchaînement a été inspiré et cautionné par des thèses universitaires variées qui vont du monétarisme aux "coûts de transactions". Dominantes dans la pensée économique actuelle, elles sont dopées – au sens du dopage sportif – par les progrès de la modélisation mathématique appliquée à la spéculation financière.

Pour tester la validité de cette grille, il suffit de vérifier que les faits connus depuis le début de la crise en juillet 2007, ainsi que les évènements actuels et à venir, entrent ou non dans ce cadre d’interprétation.

Un outil narratif et d'investigation

La grille (ou le cadre) d'interprétation de l'actualité n’a aucune fonction prédictive. Elle permet juste au journaliste de choisir un point de vue pour essayer de donner du sens à un fait problématique en le raccordant à d’autres faits dont les liens de cohérence sont avérés.
Elle permet surtout de relativiser les postures et autres gesticulations politiques. Annoncer, par exemple, que la rémunération des managers sera limitée par les gouvernements, c’est aller contre le pacte « Actionnaires-Managers » tel qu’il a été scellé à la fin des années soixante-dix dans les années Reagan-Thatcher sous les auspices des thèses libérales. Or ce pacte idéologique reste en vigueur partout dans le monde occidental.

Aussi imparfaite et fragile qu’elle soit, cette grille permet d’inscrire un récit factuel dans une logique narrative qui n’a aucune intentionnalité polémique: dire que le capitalisme financier est devenu omnipotent et, donc, incontrôlé après l’implosion du modèle communiste est une donnée historique.

Si, au-delà de la cohérence du récit factuel, le journaliste veut préparer un cadre de veille et de recherches ultérieures, il lui suffit de compléter la grille par les réponses positives ou négatives à la question de savoir si une idéologie sans rivale est capable de s’auto-réguler et de quelle(s) manière(s).

(1) Ce sont deux figures emblématiques des experts que les médias épuisent quand, renonçant à une réflexion personnelle, les journalistes se laissent dépasser par les évènements. Le recours intensif aux experts comme remède à la paresse intellectuelle des journalistes a été inauguré lors de la première Guerre du Golfe en 1991: un général médiatique passait d’une chaîne de télévision à l’autre pour se faire lire les dernières dépêches et les commenter par des banalités.

(2) Je sais que Kartoo est un métamoteur et qu'il y a donc forcément du Google dans ses résultats. Mais, d'une part, je n'ai rien contre Google en tant que moteur, c'est l'usage qui en est fait qui me paraît nocif. D'autre part, les autres moteurs mobilisés par Kartoo atténuent les effets de formatage intellectuel induits par un recours exclusif à Google. J'aurais pu utiliser un autre moteur cartographique, plus proche de la métaphore synaptique, comme Quintura. avec des résultats comparables à ceux de Kartoo.

(3) L'appel intensif aux gourous est un symptôme de vacuité intellectuelle au sein d'une rédaction. Quand des organes de presse demandent à des philosophes, à des romanciers d'expliquer une crise financière, ils avouent que leurs journalistes ne sont pas à la hauteur des évènements et que ce constat les affole au point de leur faire perdre le sens de la mesure. Comme "Libération" et une chaîne publique de télévision faisant "expliquer" une crise précédente par l'acteur Yves Montand, en analogie avec Ronald Reagan, ancien acteur et artisan lointain de la crise actuelle. Selon ma grille d'interprétation.

lundi 6 octobre 2008

Quelques outils pour observer et comprendre la crise financière

NYT_chute_du_Dow_Jones.jpg
Quand l’actualité évolue très vite et quand tous les organes d’information tentent de la traiter au plus près du temps réel, les sources sont tellement nombreuses et redondantes que le journaliste risque l’égarement de la raison.
NYT_DowJones_bis.jpg
Ajoutés à la dimension mondiale et au caractère multiforme de la crise, la profusion de dépêches et l’emballement médiatique saturent l’entendement.

NYT_DowJones_ter.jpg
Pour comprendre, raconter et expliquer, il faut paradoxalement restreindre le nombre d’outils d’observation.

Les alertes des sources fiables

Dans la répartition que je préconise entre recherche active et collecte passive, cette dernière rationalise la frénésie de nouvelles grâce aux alertes qui, comme celles du Wall Street journal du New York Times ou du Monde, moins réactif mais donc plus sélectif, délivrent les faits bruts les plus récents en une seule ligne sans omettre de les relier à une ou plusieurs explication(s) disponible(s) quelques minutes plus tard.

Alerte_Le_Monde_CAC_40_V2_mieux.jpg

Un moteur singulier

Je ne citerai pas, par charité, les moteurs classiques qui produisent au mieux du conformisme en proposant tous les mêmes dépêches dans le même ordre, au pire des réponses qui n’ont aucune pertinence. Deux exceptions cependant.
D’abord Google qui dénichait ce lundi un intéressant podcast délivré par l’école HEC de Lausanne: six minutes d’analyse par un professeur d’économie de Harvard.

Podcast_HEC_Lausanne_V2_medilleur.jpg

Ensuite, et c’est la bonne surprise, le moteur Echonimo, développé par le site Retronimo.

Moteur_echonimo.jpgEchonimo est précieux en ces temps fébriles parce qu’il ne propose que 116 réponses à la requête « crise financière » (Google en déverse cinq millions) et parce que ces résultats d’origines diversifiées mais très pertinents sont chronologiquement répartis entre une "actualité du jour" et une "actualité de la semaine". Le journaliste peut, dès lors, construire son récit et le mettre en perspective.

Annuaires et portails

Pour prolonger cette mise en perspective- exercice qui oblige à prendre du recul sans renoncer à l’instantanéité – rien de tel qu’un portail ou annuaire, répertoire de sites spécialisés bien classés.

Annuaires_portail_Finaperf_logo.jpg

Finaperf est celui qui contient les ressources les mieux adaptées au suivi de l’actualité avec un minimum de distanciation.

Il est à peine plus performant que le portail Ernstrade, lui aussi passionnant. Ces deux voies d’accès aux gisements électroniques de données et d’analyses permettent de sélectionner des sources à consulter régulièrement pendant la durée de la crise.

Annuaires_portail_Ernstrade_logo.jpg

Effondrement du "journalisme citoyen"

Pas grand-chose du côté des blogs. La crise financière montre les limites du soi-disant "journalisme citoyen", mythologie du Web 2.0 qui s'effondre dans les mêmes profondeurs abyssales que les indices boursiers.
La raison en est que si des citoyens peuvent évidemment publier leurs opinions sur la crise - opinions généralement copiées sur celles des gourous médiatiques qui disent tous les mêmes choses- les citoyens sont beaucoup moins aptes que les journalistes à trouver et à structurer les données et les analyses qui permettent de comprendre et d'expliquer le cours des évènements. Ces évènements démontrent qu'il peut y avoir des citoyens témoins, des citoyens commentateurs et des citoyens vigilants à l'égard des médias, mais qu'il ne peut pas y avoir de citoyens journalistes pour la simple raison qu'ils n'ont pas les moyens, l'organisation et les procédures dont disposent les rédactions.

Fulgurance et complexité

Seuls importent, en ces temps de fulgurance et de complexité, les blogs d'experts, comme celui de Nouriel Roubini évoqué dans un précédent billet. Blog tellement pertinent que Martin Wolf, éditorialiste du Financial Times, avait repris le scénario en 12 séquences de la crise en cours. C’était le 21 février 2008 sur le site Contre Info.

Contre Info est à consulter périodiquementContre_info_logo.jpg en raison de la diversité et de la qualité de ses contributeurs.Pas vraiment didactique mais utile, quand même, pour qui veut comprendre ce qui se passe en évitant les fadeurs médiatiques. Ce site se donne pour ambition de diffuser «Les infos absentes des prompteurs des journaux télévisés ».
Il est donc salutaire.

lundi 28 avril 2008

Le Wikio Buzz détecte ceux qui font l'actualité

Universitaire spécialisé dans les technologies du langage, Jean Véronis vient de mettre au point une application qui rendra de grands services aux journalistes quand ils se trouveront dans deux situations assez fréquentes: l'urgence et l'approfondissement.

Wikio_buzz_logo.jpgLe Wikio Buzz exploite la technologie linguistique particulière de Wikio, une des plus intelligentes et prometteuses actuellement sur le web, selon Jean Véronis.

Cette technologie repose sur des catégories organisées en "arbre de la connaissance" avec un thème qui se ramifie en sous-thèmes. Contrairement à d'autres agrégateurs, moteurs ou portails qui extraient et empilent en vrac, Wikio répartit ses sources avec beaucoup de pertinence tout en évitant les pièges subtils du langage comme le sens figuré d'un mot. L'application de Jean Véronis affecte des valeurs statistiques aux "entités nommées " que Wikio détecte automatiquement sur le web.

Un détecteur de news makers

C'est ainsi que son Wikio Buzz relève et hiérarchise les noms de ceux et celles qu'on appelle les news makers, les "acteurs de l'actu", dans plusieurs pays, sur des périodes de vingt-quatre et quarante-huit heures. Les noms des personnes les plus citées sur le web apparaissent dans une typographie plus appuyée, selon la convention signalétique des marqueurs sémantiques appelés "tags".

Wikio_buzz_Christine_Lagarde.jpg

Le fait de cliquer sur un de ces noms donne accès aux articles de presse et notes de blogs qui citent les personnes en question, depuis les contenus agrégés par Wikio les plus récents jusqu'aux plus anciens.

Trois exploitations journalistiques

1 - Jeter un regard panoramique sur les évènements à travers les gens qui les suscitent ou qui les subissent. Cette approche correspond à celles qu'autorisent Newsmap dans l'ordre du factuel et Eufeeds dans le registre du récit ou du commentaire.

2 - Trouver très vite, dans une situation d'urgence journalistique, les dernières déclarations ou faits et gestes d'une personne.

3 - Retrouver, avec un peu plus de patience, des agissements ou propos beaucoup plus anciens dont on a un vague souvenir sans pouvoir les situer chronologiquement, ce qui est très agaçant.

J'ai testé lundi 28 avril ces trois usages. Outre qu'il permet de s'évader du conformisme de la presse hexagonale, le regard panoramique sur l'Italie, les Etats-Unis, l'Espagne et l'Allemagne est une excellente préparation à la sérendipité ou art de trouver quelque chose en cherchant autre chose, un peu par hasard mais pas tout à fait quand même... En Espagne, par exemple, j'ai trouvé en quelques dizaines de secondes des informations très intéressantes sur le séjour de Bernard Kouchner en Colombie et sur le comportement du président de ce pays.

Fraîcheur, diversité, profondeur

Le nom de Christine Lagarde m'a donné accès à cent trente pages Wikio. Les premières faisaient état de la présentation en Conseil des Ministres du Plan de Modernisation de l'Economie. En parcourant les plus anciennes, il devenait évident que cette masse d'articles et de notes pouvait alimenter un inventaire de l'action de la ministre, une compilation de ses déclarations, ainsi qu'une analyse de sa réputation à travers les commentaires qu'elle inspire dans la presse et sur les blogs.

Détecter, pister, soupeser

Une personnalité détectée par le Wikio Buzz et "pistée" par Wikio peut être, par exemple, soupesée à l'aune de la blogosphère par Pleegs, que j'ai présenté le 26 février dernierDans le cas de Christine Lagarde, Pleegs produit deux cent un résultats, dont certains sont sans doute dans la récolte de Wikio. Une alerte sur la réputation de cette dame peut être créée sur Pleegs.

L'actualité chaude et ses racines dans l'Histoire

Autrement dit, j'avais à la fois l'actualité du 28 avril dans une grande diversité de points de vue et en même temps l'Histoire, déjà, puisque Christine Lagarde a été la première à révéler publiquement l'existence de profondes divergences économiques au sein de l'Exécutif dès le début de ce quinquennat. C'est la précieuse et redoutable fonction mnésique du Réseau qui garde dans ses replis électronique des contenus oubliés, beaucoup plus disponibles qu'au temps du papier imprimé.

Un outil de plus dans le dispositif d'évaluation

Le fait que Wikio mélange les articles de presse et les notes de blogs est une caractéristique ambivalente. Elle oblige le journaliste à exercer son discernement sur la fiabilité des sources mais elle lui permet aussi de dénicher des blogs d'experts. Le Wikio Buzz de Jean Véronis mérite donc d'être implémenté dans mon dispositif d'évaluation de l'actualité.

RAPPEL

Jean Véronis a précédemment créé les outils suivants:

- Le Dico : il extrait tous les mots d'un texte et les classe par fréquences d'apparitions. En filtrant, on peut voir très rapidement les termes qui reviennent le plus souvent dans un discours.

- Contexte : un concordancier qui replace chaque terme entre la phrase qui le précède et celle qui le suit pour vérifier le sens des mots.

- Le chronologue : montre l'évolution d'un terme ou d'une phrase dans le web francophone et sur une période donnée.

- Le Nébuloscope: transforme en un nuage de mots les relations entre un terme et d'autres termes , à un moment donné et sur le web francophone.

samedi 1 mars 2008

Northrop-EADS et l'US Air Force: du global au local

EADS_carte_Mobile.jpgLe choix par l'US Air Force de l'alliance Northrop-EADS pour la construction des futurs ravitailleurs en vol est le type même d'information qui relève de la globalisation.

C'est la mise en oeuvre d'une stratégie - en gestation depuis le début des années 2000 - de coopération transatlantique plutôt que de concurrence entre les principaux acteurs occidentaux de l'industrie de l'armement.

Au-delà de cet aspect de cette dimension de l'actualité, l'idée m'est venue de chercher des informations sur ce contrat en utilisant le prisme de ses retombées locales.

EADS_Mobile_Google_Earth.jpg

Sachant que l'unité d'assemblage de l'appareil sera implantée à Mobile (Alabama), la source éditoriale qui s'impose est le Mobile Press Register. Le site web du journal fournit la photo emblématique du contentement des notables mais aussi sept feuillets de données.

EADS_Mobile_contentement.jpg

Première information, qui ne figurait pas dans l'article du "Monde" électronique de samedi après-midi: parmi les raisons qui ont motivé le choix de l'US Air Force figure le fait que l'avion de Northrop-EADS sera plus gros - il emportera donc davantage de carburant - et il sera aussi plus modulable - susceptible d'emporter aussi plus de passagers et davantage de matériel - que l'avion proposé par Boeing.

Deuxième information: les articles de la presse locale résument une magistrale leçon de savoir-faire en attractivité du territoire. Le magazine Forbes désigne le comté de Mobile comme la zone industrielle la plus dynamique des Etats-Unis avec une perspective de croissance de 34 % au cours des cinq prochaines années. La ville abrite déjà de nombreuses industries, dont une unité Thyssen de production d'acier qui représente un investissement de 3,7 milliards de dollars, un constructeur de containers, un constructeur de navires de combats "près du littoral". On apprend ausssi qu' EADS est déjà présente sur le complexe industriel de Brookley où la construction de la nouvelle usine d'assemblage débutera dans les trois mois.

EADS_Mobile_Brookley.jpg

Les aides publiques à l'alliance Northrop-EADS se montent à 120 millions de dollars, soit un cinquième du coût de la future installation. Le Bureau pour le Développement de l'Alabama travaille depuis deux ans avec Northrop et EADS. Son directeur annonce qu'il va maintenant veiller de près à ce que tous les sous-traitants viennent effectivement s'installer dans la région. Les notables locaux se réjouissent bruyamment. Ils fixent leur nouvelle priorité absolue: faire venir et fixer une main d'oeuvre qualifiée. Ils calculent que le niveau moyen des salaires va exploser dans la ville et dans ses environs. Ils ambitionnent de devenir la troisième ville aéronautique après Seattle et Toulouse.

La presse locale regorge également d'informations sur les conséquences nationales du choix de l'US Air Force. Les policitiens d'Alabama préparent déjà leurs arguments pour contrer les éventuelles démarches de Boeing pour faire annuler le contrat.

EADS_Seattle_mecontentement.jpg

Seattle, siège de Boeing, est le second point d'impact local. Le Seattle Times publie une photo d'ouvriers américains qui protestent contre le choix de l'US Air Force. Dans une dizaine de feuillets de données, peu d'informations en provenance de Boeing. Le journal déplore la perte de 2000 emplois immédiatement et de 6000 emplois ultérieurs dans l'état de Washington.

Le site web du journal publie une longue liste de personnalités régionales et nationales qui se déclarent disposées à tout faire pour obtenir l'invalidation du contrat. Parmi les réactions des lecteurs, beaucoup d'arguments patriotiques, mais aussi des raisonnements très pragmatiques sur le fait, par exemple, qu'une préférence nationale en faveur de Boeing aurait certainement coûté plus cher aux contribuables américains.

Et puis, parmi les réactions plutôt avisées des lecteurs - sélectionnées par les journalistes du Seattle Times - un sujet de perplexité introduit par un lecteur en poste à Shanghaï. Il affirme que l'accord Northrop-EADS va permettre aux Etats-Unis d'intervenir directement dans l'industrie de défense européenne.

LIEN PERMANENT

mardi 26 février 2008

Observer la réputation de Nicolas Sarkozy dans la blogosphère

Pleegs_logo.jpgOutil gratuit de surveillance des réputations, Pleegs mobilise plusieurs moteurs spécialisés dans la recherche de blogs. Je viens de le tester sur l'image du président de la République.

Destitution__2_vert_noir.jpg

Lundi après-midi, la marque "Sarkozy" se propageait en résonances insistantes et répétitives dans 243 résultats. Concentrés sur une séquence vidéo qui montre un incident survenu au Salon de l'Agriculture, les blogs n'apportaient pas grand chose. Ils copiaient les commentaires des médias traditionnels et se copiaient les uns les autres.

Seul thème minoritaire susceptible d'attirer l'attention: quelques blogueurs français s'interrogeaient le plus sérieusement du monde sur les possibilités légales d'obtenir la destitution de l'actuel président de la République.

Destitution_1_jaune_noir.jpg Dans cette première collecte d'appréciations apparaît également un élément inédit: le Canada s'inquiète des initiatives du président français à propos de l'Afghanistan, lors du prochain sommet de l'OTAN. Cette information a été fournie par Pleegs vingt-quatre heures avant l'article du journal "Le Monde" sur les intentions élyséennes.

Destitution__3_bleu_noir.jpg

Quoi qu'il en soit, premier enseignement: pour éviter une image monochromatique et obtenir un spectre de jugements assez large, il faut attendre qu'un évènement très médiatisé se dilue dans une actualité plus diversifiée. D'où un nouveau test ce mardi.

Destitution__3_rouge_noir.jpg

La deuxième collecte sur la marque "Sarkozy" produit davantage de résultats (288) mais également beaucoup de "bruit" (données inutiles) par rapport aux "signaux" (données exploitables). Il faut donc utiliser les filtres de Pleegs pour éliminer les sources polluantes. Quatre filtres sont successivement mis en place afin de ne retenir que 222, puis 145 contenus à priori exploitables. Certains, les plus nombreux, sont en anglais, d'autres en allemand, d'autres encore en espagnol.

Destitution__4_violet__noir.jpg

Les thèmes sont beaucoup plus diversifiés. On y retrouve l'incident du Salon de l'Agriculture complété par la phrase de regrets ajoutée dans l'interview accordée aux lecteurs du "Parisien". Mais aussi les querelles sur la laïcité et les sectes, le discours sur la Shoah devant le Conseil Représentatif des Institutions Juives de France, l'épreuve de force esquissée par l'Elysée contre une décision du Conseil Constitutionnel censurant partiellement la loi qui prévoit une peine de rétention pour les criminels supposés récidivistes, les diatribes du chef de l'Etat contre Daniel Bouton, PDG de la Société Générale, l'idée de demander à l'UNESCO d'inscrire la cuisine française au patrimoine de l'Humanité. Pleegs fonctionne alors comme un aide-mémoire de l'actualité sarkozienne. Un outil intéressant pour deux usages: résister aux évolutions très rapides d'une actualité qui, actuellement, change de sujet tous les deux jours, retrouver chronologiquement et qualitativement le contexte dans lequel sont effectués les sondages qui paraîtront dans quelques jours.

Destitution__6_rouge_vif_noir.jpg

La vraie richesse de Pleegs se situe ailleurs, dans sa capacité à trouver des signaux faibles, qui n'ont pratiquement pas de retentissements dans les médias français. Outre l'hostilité du Canada aux visées sarkoziennes sur l'Afghanistan, on découvre, à propos de l'annulation d'une rencontre franco-allemande prévue en Bavière, l'ampleur de l'aversion politique et personnelle qu'Angela Merkel éprouve à l'égard du président français. La désinvolture - c'est un euphémisme - de Nicolas Sarkozy est également stigmatisée dans sa volonté de transformer en vacances privées avec sa nouvelle épouse une partie de son voyage officiel en Afrique du Sud et dans la modification, perçue comme une impolitesse, de sa visite à la reine d'Angleterre.

Sarkozy_Dilbert.jpgEnfin, parmi les signaux faibles mais symptomatiques, la décision de Scott Adams de faire de Nicolas Sarkozy, son nouveau héros politique. Scott Adams est le créateur de Dilbert, personnage qui depuis vingt ans, raconte la vie quotidienne dans une entreprise informatique. L'univers de ce comic strip est imbibé d'absurdité et d'ignominie.

Pleegs est assez décevant pour l'observation "scientifique" d'une réputation. Difficile, par exemple, de soumettre les contenus à des logiciels d'analyse lexicologique: trop de nettoyage à effectuer dans une masse de mots non structurée. L'outil devient journalistiquement intéressant quand il est légèrement détourné de son usage officiel. A condition toutefois de prendre quelques précautions dans la méthodologie et dans l'interprétation des résultats. D'abord, parce qu'il ne s'agit que de blogs: les sites éditoriaux qui contribuent à l'évolution d'une réputation ne sont pas pris en compte. Ensuite, parce que les adversaires du président de la République s'expriment beaucoup plus que ceux qui le soutiennent. Les partisans de Nicolas Sarkozy ne commençaient à réagir, faiblement, que mardi soir assez tard. Il n'y a donc rien de scientifique dans les résultats des collectes.

Cela dit, un journaliste a intérêt à "laisser traîner ses oreilles", de temps à autres, au "café du commerce" planétaire dont la blogosphère est la métaphore électronique. Il trouvera dans le brouhaha des papotages mêlés à quelques soliloques de très haut niveau quelques éléments qualitatifs à relier aux chiffres des sondages. Mais aussi et surtout des angles originaux pour des articles qu'on ne trouve guère dans l'Hexagone. La "vox populi" comme inspiratrice, muse, du journaliste.

Pas mal pour un outil gratuit qui offre, en plus, un système d'alertes sur un thème donné.

LIEN PERMANENT

jeudi 21 février 2008

Fulgurances et pépites d'une recherche affinée

SurfCanyon_croissance_logo.jpg Ayant déjà eu l'occasion de m'esbaudir sur les singularités d'un moteur qui accompagne la curiosité du journaliste, il ne restait plus qu'à soumettre cet engin aux impératifs de l'actualité.

Les divergences entre les prévisions du gouvernement Fillon, celles du Fonds Monétaire International et celles de la Commission européenne pour la croissance française en 2008 constituent un beau sujet de perplexité.

Suivant le mode d'emploi de SurfCanyon, je m'attends à ce qu'une requête produise une dizaine de résultats primaires sur la page d'accueil et que, m'attardant sur un de ces résultats primaires, l'astucieux moteur devine ce qui m'intéresse le plus et me propose au moins trois recommandations.Ce schéma n'en montre que deux pour préserver la lisibilité.

SurfCanyon_croissance_sch_ma_fonctionnement.jpg

Avec une requête en deux mots - croissance France - sur Google, le plug in SurfCanyon implémenté sur mon navigateur Firefox est tout simplement fulgurant. Sur sa première page, Google ne me fournit aucun résultat primaire hautement pertinent c'est à dire complet et récent, en provenance du FMI ou de Bruxelles.

Mais, dès le troisième résultat primaire, les algorithmes intelligents de SurfCanyon émettent une recommandation qu'ils sont allés chercher assez loin dans la collecte de Google: 41 articles sur les prévisions du FMI, publiées la veille. J'ai gagné une bonne dizaine de minutes. Au sixième résultat primaire, je trouve - toujours recommandé par SurfCanyon - les chiffres de la Commission européenne qui datent, eux, de la matinée.

Avec la même requête en deux mots, les résultats primaires de Yahoo.fr n'incitent guère à consulter les suggestions de SurfCanyon puisque les quatre premiers font état de la croissance et du développement à Madagascar et du procès en cours sur l'hormone de croissance.

Cependant, sur le site SurfCanyon, le recours à Yahoo procure une surprise. Le premier résultat propose un traité d'économie.

SurfCanyon_croissance_classement.jpg

Sous ce premier résultat une recommandation surgit sous la forme d'un "collector" (Le web n'est pas seulement le temps réel, c'est aussi une fabuleuse mémoire): Nicolas Sarkozy, candidat à l'élection présidentielle, __s'exprime le 21 avril 2007 en vidéo__, sur ses projets pour la France. Pas de chiffres, pas de prévisions, juste un catalogue d'intentions aussi floues que nobles. Je note au passage que ce document n'a été regardé que 605 fois, dont deux fois par moi aux fins de vérification. Ce document figurait à la 62ème place, c'est à dire à la septième page. Il est peu probable que je sois allé jusqu'à cette septième page car j'avais un article à écrire et il me fallait trouver des angles originaux. Précisément, cette vidéo est un angle de mise en perspective pour un bilan économique provisoire de l'actuel président de la République.

SurfCanyon_croissance_Sarkozy_jpeg.jpg

Une des suggestions m'intrigue parce qu'elle associe les notions de "croissance" et de "dette publique". Je demande à SurfCanyon de m'en dire un peu plus sur les relations entre la croissance et la dette publique. Il me propose, dès le second résultat primaire, d'aller faire un tour sur un site étonnant - l__e compteur d'endettement__ - qui n'est pas un gadget car il est saturé de références sérieuses.
SurfCanyon_croissance_dette_publique.jpg Grâce aux recommandations de SurfCanyon sur Google et à ce compteur d'endettement introuvable par un moyen classique, je peux envisager mon article sous l'angle de "la perte de recettes qui creuse les déficits."

LIEN PERMANENT

dimanche 3 février 2008

Tchad: diversifier les sources et les angles pour enrichir l'information

Tchad_armoiries.jpgVu de Paris, le problème posé par le déroulement des évènements au Tchad n'est pas tellement celui de la recherche d'informations inédites: impossible, dans un tel contexte, d'obtenir une vision globale émanant de deux ou trois sources fiables ou résultant de la synthèse de plusieurs témoignages fragmentaires. Reste à équilibrer l'information officielle par des points de vue alternatifs. Enrichir l'information fournie par l'AFP et par Radio France Internationale en cherchant des angles originaux.

Le portail Newspaper Index propose une quinzaine d'entrées dans la problématique tchadienne. La moitié de ces entrées sont en fait des impasses, soit parce qu'elles ne sont pas actualisées, soit parce qu'elles ne contiennent rien concernant, de près ou de loin, l'actualité de janvier-février 2008.

Tchad_Politico_militaires_UFDD_5.jpgA priori pertinentes, les autres sources présentent presque toutes la même caractéristique: elles ne s'identifient pas clairement. A de rares exceptions près, il n'y a pas de "Qui sommes-nous ?". Dans ces conditions, force est de considérer à priori chaque information, chaque point de vue avec suspicion. Afrique Centrale Info actualise très rapidement ses dépêches en y glissant des "informations" aussi importantes qu'invérifiables. Celle-ci, par exemple: "les adversaires du président Tchadien auraient été soutenus par des hélicoptères et des avions soudanais." Les répercussions diplomatiques et militaires d'une telle assertion pourraient être considérables. Dans l'immédiat, elles apparaissent surtout comme un indice sur l'orientation politique du site: si l'armée soudanaise avait soutenu les adversaires du président tchadien, l'armée française serait fondée à s'impliquer davantage aux côtés du pouvoir en place, lequel semblait dimanche en grande difficulté; à ce moment, l'assertion profitait au pouvoir en place.

Vraie ou fausse, l'allégation est utile puisqu'elle incite le journaliste à "aller voir" ce qui se dit au Soudan, à propos du Tchad et à suivre l'évolution des sources soudanaises considérées comme intéressantes pour ce dossier, à savoir:

- Sudan.net

- Sudan Tribune

- Sudan Vision daily

Par extension, observer d'autres états voisins comme le Cameroun, très prudent jusqu'à présent. Ses principaux organes d'information se contentent de reprendre les dépêches de l'AFP.

A l'opposé de cette source apparemment neutre, Tchad Vision:est un site clairement engagé puisque c'est celui de l'Uniondes Forces pour la Démocratie et le Développement. Au moins c'est clair. Tchad Vision lance des affirmations inédites mais qui relèvent de "l'infoganda" (mélange dans des proportions variables d'informations et de propagande). Exemple : dimanche, en début d'après-midi, Tchad Vision affirmait que le président tchadien, grièvement blessé, était soumis à des soins intensifs dans un centre médical de l'armée française

Ce site contient , par ailleurs, un album d'images Tchad_Politico_militaires_UFDD_4.jpgdont l'examen fournit quelques informations intéressantes sur l'armement, les véhicules et les uniformes flambant neufs de ceux que les médias appelaient les "rebelles." Ce qui amène le journaliste curieux à s'engouffrer dans les mécanismes qui semblent avoir produit les évènements actuels:

- 15 décembre 2007: des défections importantes signalées dans l'entourage du président tchadien sur fond de conflits ethniques voire claniques.

- 20 décembre 2007: la France fait livrer une centaine de missiles EADS "Milan" au Tchad (1).

- 22 décembre 3007: accord de coalition entre toutes les adversaires, jusqu'alors divisés, du pouvoir en place.

Si on veut bien se souvenir qu'une force européenne devait se déployer au Tchad dans le courant de février, la période choisie - entre décembre et février, donc janvier - pour lancer l'offensive prend tout son sens. Un blog de journaliste ainsi que, sur ce même blog, les commentaires rattachés à chaque billet concernant le Tchad aident à comprendre les aspects purement militaires du dossier.

Enfin, pour creuser vers d'autres arrière-plan décisifs de l'actualité tchadienne, les archives du blog finance rappellent que le Tchad dispose de 900 millions de barils de réserves pétrolières, que l'extraction a commencé en 2003 mais que, dès 2006, la Banque mondiale ne semblait pas vraiment satisfaite de la manière dont les richesses du sous-sol sont utilisées.

La recherche d'angles originaux n'a rien à voir avec la quête du "scoop". Il s'agit simplement de diversifier les contenus, de marquer la singularité de chaque organne de presse sur chaque sujet. Afin que la presse mérite le pluralisme de l'information cesse de diffuser les mêmes articles, les mêmes commentaires sur toutes les chaînes de radio, toutes les chaînes de télévision et sur presque tous les quotidiens. Trouver des angles originaux est une question de survie pour la presse. L'information française est assommante écrit à juste titre une internaute sur le site mediapart.

(1) Cliquer sur "La lettre du continent", puis dans la colonne de gauche de la page d'accueil, sur "Tchad", dans la rubrique "Afrique centrale".

SOURCES PRINCIPALES:

Newspapers Index

RefDesk

LIEN PERMANENT

mercredi 21 novembre 2007

Surf Canyon aiguise la curiosité et approfondit la recherche

Entre le moteur qui maintient la collecte à la surface des océans d'informations et le métamoteur qui fait perdre du temps en déversant trop de résultats peu pertinents, Surf Canyon inaugure une approche prometteuse de la recherche. Il s'agit d'un outil en ligne qui interprète la curiosité du journaliste en temps réel et de manière évolutive.

Schématiquement: plus le journaliste manifeste son intérêt pour un des premiers résultats, plus l'application "comprend" ce que cherche l'utilisateur et plus elle lui propose de résultats allant dans le sens de ce que le journaliste essaie de trouver. Inversement, si le journaliste ne s'attarde pas sur un des résultats, l'application "comprend" que cette thématique n'intéresse pas l'utlisateur et elle évite de lui proposer des pistes en rapport avec cette thématique. L'utilisateur peut évidemment manifester son intérêt pour tous les résultats du premier niveau et il peut même utiliser successivement cinq moteurs différents pour la même requête.

Surf_Canyon_sch_ma_explicatif_2.jpg

Soit dans l'exemple ci-dessus, les six premiers résultats, de A à F. Si je manifeste un intérêt pour le résultat N° 3 (C), Surf Canyon "comprend" que certains mots dans ce résultat retiennent mon attention et va chercher au niveau -1, dans l'immense collecte des moteurs qui lui sont associés, six autres résultats, de G à L. Mon intérêt se porte sur certains mots, ou sur une source particulièrement crédible à priori, du résultat N° 4 (J). L'application rassemble les "symptômes" sémantiques de mon intérêt pour le résultat J. Elle va ensuite, à partir des singularités de J, fouiller plus loin, plus profondément, pour "ramener" du niveau - 2 les résultats M, N et 0. Et ainsi de suite jusqu'à - dans cet exemple simplifié - la source P , extraite du niveau -3. Une source rare et précieuse entre toutes.

Premier avantage, je n'ai pas perdu de temps avec 13 résultats A, B, D, E, F,G, H, K, L, M, O, Q.

Deuxième avantage: ma recherche bénéficie au niveau de la qualité, c'est à dire de la pertinence, d'un pilotage assisté par une forme embryonnaire d'intelligence artificielle.

Troisième avantage, cette forme rudimentaire d'intelligence sémantique ne m'empêche pas, au contraire, de rester constamment maître des différentes orientations de ma curiosité: il me suffit d'abandonner un gisement et de passer à un autre pour creuser ailleurs, pas très loin du précédent filon, mais dans une zone peut-être plus riche.

J'ai testé Surf Canyon sur la même hypothèse que le 8 ctobre dernier avec Quintura: "Que faut-il penser de l'idée selon laquelle les Etats-Unis pourraient lancer une opération militaire contre des installations nucléaires iraniennes ? "

SurfCanyon_requ_te_US_Iran_1.jpg

Surf Canyon a "compris" qu'un des treize premiers résultats m'intriguait et est allé cherché des résulats voisins: SurfCanyon_Requ_te_US_Iran_2.jpg

Outre l'approfondissement et la diversification des sources, "l'intelligence" de Surf Canyon m'apporte une aide discrète au discernement. Ci-dessus dans l'offre de résultats complémentaires, le mot "possibilité" est remplacé par le mot "chance". Ce glissement sémantique m'intrigue. Je clique et découvre le point de vue des Gardiens de la Révolution, donnée intéressante pour mon évaluation.

Dans cet exercice de vérification d'une hypothèse, Surf Canyon m' a apporté:

- Trois sources extrêmement précieuses, valables pour d'autres recherches géopolitiques.

- Une étonnante reconstitution chronologique de l'hyopthèse "Les Etats Unis attaquent l'Iran", avec toutes les variantes.

Si un jour cette hypothèse se vérifie, je dispose d'ores et déjà d'une énorme documentation remplie de passionnants éclairages. Si elle ne se vérifie pas, je possède déjà la matière d'une analyse sur l'origine, la propagation et les déformations de ce qui aura été un phantasme géopolitique.

A mon avis, Surf Canyon donne le meilleur de son potentiel dans la recherche préventive, quand le journaliste a le temps de collecter des données pour le cas où l'évènement qu'il envisage se produisait soudainement.

A la pemière occasion, je testera Surf Canyon dans une situation d'urgence journalistique.

Lien permanent

lundi 8 octobre 2007

Recherche préventive sur des nuages de mots

Quintura.jpgQuintura est un métamoteur visuel particulièrement adapté à la recherche de données quand le journaliste ne sait pas si elles existent et, si elles existent, où elles se trouvent.

C'est un métamoteur: il mobilise successivement une vingtaine de moteurs. "Successivement" signifie que le journaliste peut comparer les performances de plusieurs moteurs sur un même sujet.
Le journaliste soucieux de productivité a même intérêt à consacrer du temps à la mise à l'épreuve de plusieurs moteurs. Ce temps n'est pas perdu pour deux raisons. D'abord il diversifie les sources. Ensuite, il repère les caractéristiques de certains moteurs dans des univers précis et cela lui fera gagner un temps précieux quand il aura une requête urgente à formuler dans un de ces univers.

Quintura est visuel. Les résultats prennent l'apparence de nuages de mots gravitant autour des mots clefs de la requête. Un clic sur chaque mot clé déclenche une variation apparente du nuage initial. Un clic sur les autres mots fait apparaïtre une volute de mots dans le nuage initial.

Quintura_2.jpg

Soit l'hypothèse intellectuellement, politiquement et idéologiquement plausible selon laquelle George Bush profiterait des derniers mois de son mandat non renouvelable pour bombarder quelques unes des trois mille centrifugeuses nucléaires dispersées en Iran. Requête en trois mots - "US", "bombing", "Iran" - qui structurent les variations du nuage sémantique.

Quintura propose beaucoup de sources américaines et britanniques mais un de ses moteurs, "Rambler" fait apparaître des sites et des blogs russes. Collecte doublement intéressante en raison du comportement de Vladimir Poutine sur la scène internationale et en raison des relations particulières qui existent entre la Russie et l'Iran dans le domaine des armes et du pétrole.
Les résultats nettoyés des requêtes sont sauvegardées en vue d'une actualisation ultérieure de la problématique "Etats-Unis bombardent l'Iran" et aussi pour le cas où George Bush passerait à l'acte. Si l"hypothèse se vérifie, ce ne peut être qu'entre novembre 2007 et l'été 2008 avant le début de la campagne pour l'élection présidentielle américaine.

Lien permanent

- page 1 de 2