Pendant une crise internationale comme celle qui semble se confirmer les
sources fiables de données prolifèrent. Ce ne sont donc pas les chiffres -
pertes bancaires, injections de liquidités par les autorités et les
institutions, indices boursiers, taux de toutes sortes - qui posent un
problème, mais la compréhension des mécanismes qui les produisent.
La fiabilité des responsables politiques commence à vaciller. Trop médiatisés,
les gourous de la finance sont dépassés. Sauf un, pour l'instant: Nouriel
Roubini. Il a prévu cette crise le 7 septembre 2006 (un an avant tout le monde)
et il tient
un blog (1).
C'est après avoir lu, dans Courrier
international, un remarquable portrait signé Stephen Mihm (2) de
ce professeur newyorkais que j'ai décidé de le tester comme expert susceptible
d'aider les journalistes.
Du bon usage de Roubini
Le recours au blog de Nouriel Roubini par les journalistes suppose quelques
précautions.
1- Il s'agit avant tout de recueillir des analyses pour comprendre et expliquer
et non des informations exclusives.
2 - Roubini enseigne mais son think tank économique
est
également consulté par des institutions qui le rémunèrent; il n'y aucune raison
pour que l'économiste délivre gratuitement des analyses qu'il fait payer par
ailleurs. Seules une certaine éthique et la crédibilité du professeur
garantissent l'intérêt des analyses gratuites car leur auteur ne peut pas
publier le contraire de ce qu'il vend.
3- Ses analyses contiennent des anticipations mais ce n'est pas parce que
Roubini a eu raison avant tout le monde qu'il sera toujours dans le vrai.
4- Un expert qui accède à une telle renommée peut être tenté de cultiver sa
posture de "prophète" de malheur.
5- Nouriel Roubini est sans aucun doute lucide, intelligent, travailleur et
original dans son approche des phénomènes économiques. Malgré ces qualités
rares, l'accélération des évènements et les sollicitations dont il est l'objet
peuvent altérer son jugement.
6- Un journaliste qui veut se fabriquer une "grille de compréhension" doit donc
lire les billets récents du blogueur crucial mais aussi les plus anciens afin
d'identifier les moindres rouages du mécanisme de la crise tout en vérifiant
que Roubini a eu raison dans tous les détails.
Trois remarques secondaires :
- J'ai trouvé l'adresse du blog de Nouriel Roubini sur un support imprimé,
parce que je ne suis pas abonné à la version électronique de Courrier
International; je ne suis pas abonné à la version électronique du Courrier
international parce que j'ai trop d'abonnements gratuits et payant à gérer, ce
qui prend du temps, alors que cette excellente publication ne m'intéresse que
de manière ponctuelle.
- Il est impossible pour un journaliste de profiter des analyses de ce blogueur
expert ailleurs que sur le web.
- Tout n'est pas gratuit sur le web: les contenus à haute valeur ajoutée sont
logiquement payants.
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