Les dirigeants de "la presse en crise" devraient tressaillir de joie en
apprenant que Steve Jobs, patron d'Apple,
se propose de "reconfigurer le modèle économique de l'édition, de l'information
et de la vidéo" (Source: Wall Street Journal du 21 janvier)
Steve Jobs fait allusion à la mise au point et à la présentation imminente
d'une tablette électronique susceptible d'accueillir toutes sortes de contenus
numériques, à usage familial et scolaire, principalement mais pas
uniquement.
L'objet entre en compétition frontale avec le
lecteur électronique Kindle d'Amazon. Amazon a noué des
partenariats avec des éditeurs de livres. Apple est en négociation avec
d'autres éditeurs et avec de grands groupes de presse, dont celui de Ruppert
Murdoch - le magnat qui veut en finir avec le "tout est gratuit" sur le web -
et celui du New York Times. Amazon vient d'annoncer- ce jeudi soir heure
française - que son Kindle
va être rapidement amélioré afin de s'ouvrir à une plus grande diversité de
contenus,, réponse directe à l'annonce de Steve Jobs.
La bagarre technologique sera âpre, comme le furent les affrontements sur les
protocoles, les normes, les formats, les standards liés à chaque grande
innovation technologique. Puis les surenchères s'atténueront. Les innovations
se stabiliseront. Les usagers désigneront les meilleurs produits, les meilleurs
services.
S'agissant des tablettes et des lecteurs, il y en aura peut-être deux types de
produits, correspondant à des usages différents.
En attendant l'issue de la confrontation entre Amazon et Apple, les lecteurs
électroniques se vendent plutôt bien aux Etats-Unis. Ils suscitent en France le
même scepticisme que celui d'un premier ministre, devenu blogueur par la suite
et qui avait décrété, en 1997, que le web n'était qu'une mode américaine
passagère. Face aux lecteurs et tablettes électroniques, "Gadgets !", gloussent
les sceptiques de ce côté-ci de l'Atlantique.
Vision et agilité
Mais, justement, Apple ne fait pas dans le gadget. Son patron, Steve Jobs, est
un monsieur qui a transformé une firme moribonde en premier distributeur
mondial de musique et en acteur décisif de la téléphonie mobile, tout en
continuant à concevoir des ordinateurs très performants.
Agilité industrielle par compréhension de ce que les usagers attendent.
Steve Jobs, c'est surtout quelqu'un qui a ce qui manque le plus aux managers
produits par la consanguinité du capitalisme franchouillard: une vision
stratégique.
Il positionne la créativité de son entreprise entre les producteurs de contenus
à forte valeur ajoutée et les usagers prêts à payer cette valeur ajoutée,
pourvu que ce ne soit pas trop cher et simple, "convenient".
Ce positionnement, c'est exactement ce qui manque à "la presse en crise" pour
sortir du marasme où elle s'est enfoncée toute seule.
Comme des bovins près d'une voie ferrée
Depuis les débuts de la numérisation massive, les industries françaises de
contenus - musique, presse, édition, vidéo - regardent passer les innovations
en ruminant de l'anti-américanisme primaire et en gémissant sur l'indifférence
que les audiences - le peuple, en somme - osent manifester à l'égard de leur
offre fade et monotone.
Elles ont contribué au torpillage du réseau français Cyclades qui, en 1978,
intéressait énormément les pionniers américains d'internet (1).
Elles n'ont pas vu arriver le CD audio, donc le DVD, preuves palpables que tout
est numérisable.
Elles n'ont pas vu arriver l'ADSL.
Elles n'ont pas vu arriver le MP3.
Elles n'ont rien compris à Napster.
Elles n'ont pas vu arriver Google.
Elles n'ont pas vu arriver Youtube.
Elles ne voient pas ce qu'auraient pu leur apporter les lecteurs et tablettes
électroniques.

Et pendant que des journalistes twitteurs twittent leurs insignifiances
rabougries (2), leurs patrons ineptes mendient des subventions au pouvoir
politique en place.
Seuls les jeunes et futurs journalistes peuvent régénérer l'information
franchouillarde en s'assurant la maîtrise des outils et des méthodes pour
valoriser les contenus, donc leur travail.
Voir sur ce thème:
- La crise des
quotidiens est parfaitement logique.
- Phénomènes
émergents dans la consommation de l'information.
1) En 1978-79, une délégation représentant les pionniers américains
d'internet est venue rencontrer en France Louis Pouzin qui avait mis au point
le réseau "Cyclades" de communication par paquets, dispositif qui était en
avance sur certaines technologies américaines de l'époque. Le but était
d'avancer ensemble.
Je tiens de Vinton Cerf, un des cinq créateurs d'internet, une version de cette
tentative de collaboration transatlantique pour accélérer l'émergence du réseau
des réseaux.
Mais, durant cette période, le pouvoir politique incarné par Valéry Giscard
d'Estaing, Raymond Barre et Norbert Segard, ministre des Postes et des
Télécommunications, a décidé de saborder le réseau "Cyclades" pour ne pas
permettre à un réseau décentralisé - c'est à dire peu contrôlable - de diffuser
des contenus qui auraient pu porter préjudice à la presse écrite.
Je tiens cette explications de deux anciens cadres supérieurs de la DGT
(Direction Générale des Télécommunications) qui m'ont précisé ceci: "Le pouvoir
tenait à rester en bons termes avec la presse nationale et régionale entre les
législatives de 1978 et l'élection présidentielle de 1981". Voilà pourquoi les
Français se sont vus infliger le minitel, système insupportable mais
centralisé, donc contrôlable.
2) J'attends le tweet de mon journaliste twitteur préféré: "ya séisme en Haïti
Oh lalalala" (Voir le billet
du 6 janvier)





L'auteur du petit livre
dont voici la couverture a trois qualités et un défaut:
Mais il est
également habile. Trop. Pas question pour lui de contrarier les prophètes
américains - visionnaires, comme il se doit - leurs émules franchouillards
transformés en gourous et surtout les adeptes innombrables d'une des plus
émouvantes mythologies du "web 2.0".
"Peintre amateur", "
A l'initiative de Valérie Jeanne-Perrier,
enseignante-chercheuse, 

une double expérimentation. La première porte sur les contenus et en
particulier sur les nouvelles formes de narration, avec des séquences vidéo en
direct et les interventions des internautes, ce que l'un de ses reporters
appelle des "happenings journalistiques", expression heureuse car pleine de
créativité. L'autre expérimentation concerne les dispositifs technologiques qui
permettent ces nouvelles narrations, avec des succès et des échecs
assumés.
A la mi-décembre de
l'année 2008, France Info a ouvert pratiquement toutes ses sessions
d'information de la journée avec l'histoire d'une dame qui avait glissé sur une
frite.

de ses contenus par la
radio et la télévision parce que ce pillage relève moins du droit de citation
que du plagiat et du vol d'idées. Il faut savoir, en effet, que toute
conférence de rédaction au sein d'une station de radio ou d'une chaîne de
télévision consiste essentiellement à chercher dans les journaux imprimés ce
qui peut être transposé en sons ou en images. Bien sûr, il y a l'AFP, agence de
presse encore respectable. Mais les dépêches de l'AFP ne sont pas diffusables
telles quelles. C'est du brut. Les articles de la presse écrite ont prédigéré
cette matière brute et préparé, en synthétisant un évènement complexe et en
scénarisant un récit, la mise en forme dont l'audiovisuel a besoin.
Si quelques mémorables
reportages sonores, sur les journées des barricades à Alger ou pendant les
évènements de mai 68 par exemple, ont joué le même rôle de légitimation du
journalisme radiophonique que "Cinq colonnes à la une" pour la télévision, ces
prouesses historiques (au sens où elles servent l'Histoire) ont surtout été un
alibi au déploiement d'une industrie du plagiat qui prospère quotidiennement
jusqu'à aujourd'hui au détriment de la presse écrite.

celle de John Gunther par exemple (3),
s'explique - en partie, pas chez tout le monde, il est vrai - par des
motivations balzaciennes: un journaliste de presse écrite ambitionne
naturellement de passer par la radio, puis "faire" de la télévision.
8
janvier 2009: 

Et d'ailleurs, le
dispositif Napster d'échange de fichiers musicaux dans la configuration de
réseau P2P (=Peer to Peer ) a plongé les responsables de l'industrie
discographique dans la même rage impuissante que les "représentants" de la
presse écrite qui vociféraient récemment contre les animateurs de Google venus
les rencontrer à Paris.
Un mathématicien du
CNET avait conçu un protocole de transmission par paquets qui intéressait
beaucoup les précurseurs américains du web: son projet a été torpillé par la
DGT, ancêtre de France Telecom, et par le pouvoir politique de l'époque
(Giscard-Barre-Segard) qui craignait que des contenus voyageant sur de
puissants réseaux décentralisés portent préjudice à l'audiovisuel centralisé et
à la presse régionale.

Chris Atton, de
Le
thème de l’exode rural dans un des pays les plus pauvres du monde est
intéressant. Mais ce qui l’est encore plus, c’est la manière d’entreprendre ce
webreportage en vue d’un déploiement ultérieur en rich media.
Dans
l’immédiat, il s’agit d’
Cette
plate-forme est structurée à la fois pour une répartition des contenus en rich
media et pour un dispositif multicanal.
Relèvent de la répartition rich media les
espaces dédiés aux textes,- dont
Le
dispositif multicanal comporte des flux RSS, 
"Culture web" est un
très gros livre (890 pages) qui coûte très cher (50 euros), mais qu’on ne peut
pas ignorer. Pour décrire la « manufacture mondialisée des produits de
contenu », les éditions Dalloz ont demandé à Xavier Greffe et à Nathalie
Sonnac, spécialistes de l’économie de la culture et des médias, de mobiliser 58
auteurs et de solliciter 14 points de vue. Le résultat en 49 chapitres est
impressionnant et, par certains côtés, déroutant.
Les émeutes qui ont éclaté
Parmi les témoignages, on peut examiner
sur Youtube cinq vidéos de mauvaise qualité émanant d'une source unique,

1 = photos; 2 = cartes; 3 =
schémas; 4 = parole; 5 = ambiances;





… et par une exploitation pertinente des
canaux de diffusion : de l’information la plus urgente et la plus légère
affectée prioritairement aux réseaux sans fil jusqu’ aux dossiers les plus
lourds et les plus profonds qui peuvent être réservés aux sites web ou aux
DVD.
Le
traitement ainsi adapté au nouveau système technique qui régit le
fonctionnement de l’industrie de l’information exige une certaine polyvalence
des journalistes, notamment au niveau de la collecte. Il requiert également la
mise en place de
Les
rédactions sont des dispositifs issus de systèmes techniques. Si les
dispositifs ne changent pas en même temps que les systèmes techniques, ils
créent des problèmes structurels.
A ce
même professionnel sera confiée la responsabilité d’assurer en permanence une
Enfin,
toute enquête jugée sensible par la rédaction devra être soumise à ce
vérificateur. Il devra être en mesure de corriger les éventuelles erreurs
factuelles, d’émettre un doute sur certaines assertions, de suggérer des
éléments susceptibles d’enrichir l’article. Selon les rédactions, l’autorité de
ce chercheur-vérificateur pourra relever de la simple légitimité de compétence,
si ses expertises sont spontanément reconnues, ou d’une position hiérarchique
qui le situe au rang de rédacteur en chef adjoint.
Ce
nouveau métier apporterait aux organes de presse – pas seulement sur le web –
des gains de productivité au niveau de l'élaboration et de l'enrichissement des
contenus ainsi qu’une valeur ajoutée inestimable en ces temps de faux SMS, de
décès prématurément annoncés et d'excuses cauteleuses pour des "confidentiels"
inventés. Le premier site d’information qui pourra se prévaloir d’un tel
spécialiste bénéficiera, dans le contexte actuel plutôt délètère, d’un avantage
concurrentiel. Productivité et différenciation justifient en cette période de
basculement technologique un investissement humain, ce qui suppose un salaire
décent.
La
formation à ce nouveau métier devra englober certains aspects de la
linguistique et de la sémiologie, de la programmation, la connaissance des
réseaux ainsi que de solides bases journalistiques et une vaste culture
générale.









