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dimanche 21 février 2010

Veille sur la radicalisation de la droite aux Etats-Unis

A l’ouverture d’une réunion, à Washington, de la Conférence pour l’Action Politique Conservatrice, la chaîne télévisée d'information continue Fox News Channel a invité le fondateur du mouvement « Les Gardiens du Serment », une des organisations les plus menaçantes pour la stabilité politique des Etats-Unis.

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La simultanéité des deux évènements justifie la mise en place d’un dispositif de veille sur la droite américaine pour quatre raisons :

  1. Les groupes de haine se réactivent depuis l’élection de Barak Obama.
  2. Les élections de la mi-mandat en novembre prochain attisent les passions politiques.
  3. Le parti Républicain cherche son candidat pour la présidentielle de 2012.
  4. Le discours conservateur se radicalise.

Chacun de ces phénomènes suffirait à éveiller la curiosité d’un journaliste dont le premier devoir est de chercher à comprendre son époque.

Mais il est beaucoup plus intéressant de constater que les quatre justifications précédemment énoncées forment une chaîne de causalité: l'élection d'un afro-américain considéré comme "progressiste" réactive les groupes de haine; phénomène qui, amplifié par les médias conservateurs, conduit à la radicalisation du discours de la droite dans la perspective des prochaines élections.

La veille comme investigation proactive

Dans ces conditions, une veille journalistique peut se concevoir comme de l’investigation proactive.
Concevoir une veille de cette nature relève d’un processus mental complexe et jubilatoire.
Il s’agit d’abord de déclencher une surveillance ciblée en fonction d’une intuition ou d’un instinct professionnel issu de l’expérience. (Deux motivations qu’il convient de canaliser dans un raisonnement de type probabiliste car une exacerbation non contrôlée de la curiosité peut engendrer des biais nuisibles à la crédibilité).
Le raisonnement d’inspiration probabiliste s’appuie sur les notions de singularité et d’émergence.
Une singularité est un phénomène significatif qui n’a pas d’explication connue totalement satisfaisante. S’agissant de l’extrême droite américaine, les singularités surgissent peu après l’entrée de Barak Obama à la Maison Blanche avec l’apparition de caricatures à connotations racistes et de métaphores meurtrières.

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Une diatribe radiophonique a déclenché en février 2009 quelques manifestations anti-fiscales, puis une profusion de rassemblements du Tea Party, une démonstration nationale de ce Tea Party et la création du mouvement des Oath Keepers qui prévoit une possible désobéissance des militaires et policiers à l'Etat fédéral.

La multiplication des singularités ouvre l’hypothèse d’une émergence, c'est-à-dire l’instauration soudaine ou progressive d’une situation qui est nouvelle dans la mesure où ses caractéristiques sont supérieures à la somme de ses composantes connues. Il peut s’agir, en l’occurrence, d’une paralysie de l’exécutif américain ou de troubles politiques graves, incluant des tentatives d’assassinat. (Lesquelles ne seraient pas automatiquement imputables à la droite mais, plus vraisemblablement, à l'influence d'un climat psychologique crée par cette droite sur des esprits détraqués.)

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En haut, le parti républicain et la chaîne Fox News constituaient les composantes d'une situation qui a prévalu notamment entre 2000 et 2008 quand George W.Bush était président des Etats-Unis. Sous le trait en pointillés, les singularités en rouge révèlent une dynamique qui peut déboucher sur une situation émergente, laquelle comporte - avec la résurgence des groupes de haine notamment - quelque chose de plus que la somme de ses composantes (droite + Fox news), la possibilité d'une crise politique.

La veille étant décidée, il s’agit de la construire avec un triple objectif de pertinence, d’acuité et d’exhaustivité.
C’est alors que le discernement doit être mobilisé au service d’une véritable investigation.

Trouver l'épicentre et ses liens

L’idéal, dans le cas du réveil de l’extrême droite américaine, serait de pouvoir, à tout moment, produire un article de fond autour d’évènements prévus comme les élections de novembre 2010 ou la désignation du candidat républicain pour l’élection présidentielle de 2012.
Mais aussi, éventuellement, autour d’évènements soudains comme des attentats contre les institutions démocratiques américaines, des actes d’insoumission dans les administrations armées de la République, une tentative d’assassinat, voire le meurtre du président des Etats-Unis.

Veille_droite_us_CPAC__logo.jpgCe travail de discernement consiste à trouver l’épicentre du phénomène à observer. Il s’agit en l’occurrence de la Conservative Political Action Conference, émanation de l’American Conservative Union créée en 1964.

La CPAC vient de tenir une convention remarquablement relayée sur internet. Cette convention a été, du 18 au 20 février, une synthèse de toutes les idées qui agitent la droite américaine, y compris les plus délirantes, les plus infamantes et les plus violentes. Elles sont cultivées par les groupes de haine, endémiques dans ce pays.
La CPAC est le point de convergence entre les politiciens les plus radicaux du parti républicain, les relais médiatiques des ultra-libéraux – un des animateurs de la conférence de février était Glenn Beck, de Fox News Channel – et les groupes activistes comme les Oath Keepers.
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Photo prise en mars 2009 dans l'Utah par KM Cannon pour le Las Vegas Review peu après la fondation du mouvement des Gardiens du Serment.

En lien direct avec l’épicentre idéologique et financier, Fox News Channel et ses trois talk shows les plus virulents (1) permettent de suivre la radicalisation du discours conservateur. Les gens de Fox ne sont pas les seuls contempteurs de l’administration Obama. L’homme de radio Rush Limbaugh avait animé la précédente convention de la CAPC et il a été à l’origine des premières manifestations anti-Obama, qui allaient inspirer le Tea Party.

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Précisément, Fox News Channel accorde une attention particulière au mouvement Tea Party d’opposition à la politique de Barak Obama.

C’est par ailleurs sur Fox News Channel, dans l’émission de Bill O’Reilly, qu’est intervenu le 18 février Stewart Rhodes fondateur des « Oath Keepers ». Cette organisation s’efforce de rassembler des anciens combattants, des militaires en activité, ainsi que des policiers. Le fait de s’adresser de préférence à des personnes armées et habituées au maniement des armes explique que cette organisation puisse être considérée comme une milice extrémiste. Bien qu’ils se défendent de vouloir attenter aux institutions républicaines, les « Oath Keepers » prônent la désobéissance à l’Etat fédéral, auquel ils prêtent des intentions qui relèvent parfois des théories du complot.

L’épicentre, son relais médiatique et le groupe le plus significatif étant identifiés, il faut évidemment s’abonner à tous les fils RSS, toutes les alertes par courriels, toutes les lettres d’informations proposés par les trois sources primaires.

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Le logiciel The Brain cartographie des thèmes de recherche sur le web et hors-ligne. Les liens entre ces thèmes étant établis, il est possible de densifier la carte avec des adresses URL, des documents textuels et visuels et de les annoter.

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Cette observation attentive gagne à être complétée par des abonnements à toutes les organisations – sources secondaires - qui, aux Etats-Unis, surveillent de près la vie politique, les groupes activistes,comme le Southern Povert Law Center et les médias, comme Medias matters for America ou FAIR.

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Ce dessin essaie de concilier les notions d'instantanéité et de volume. Les cercles les plus sombres représentent les sources les plus rapides par ordre décroissant. Les cercles les plus amples représentent les volumes.

Principal apport de Twitter Tea_Republicain_twitter.jpgdans ce dispositif: dès que je me suis abonné à une des organisations de la droite, plusieurs de leurs membres se sont abonnés à mon propre fil de tweets. Je pourrais les contacter pour obtenir des témoignages personnalisés.

La veille conçue et construite comme une investigation proactive devient opérationnelle quand elle permet, grâce aux liens et à la documentation accumulés, de créer une visualisation du phénomène global.

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Dans le cas de résurgence de l’extrême droite activiste aux Etats-Unis, la tâche consiste à montrer les liens éventuels entre les sources primaires Veille_droite_Storm_front_logo.jpget d’autres groupes plus ou moins périphériquescomme les birthers, les truthistes, les néo confédérés, les suprématistes, et autres fragments d’un fondamentalisme difficile à décrire.
On y trouve en effet des croyances religieuses, des convictions libertariennes (2), des postures politiques ou vénales, souvent entremêlées, parfois violemment antagonistes.

Quatre exploitations possibles

L’exploitation professionnelle d’un tel dispositif dépend de l’idée que chaque journaliste se fait de son métier.

  • Il ou elle peut avoir envie, ou besoin, de se faire remarquer en publiant une enquête relativement inédite, affectée d’une dimension prémonitoire plus ou moins accentuée.
  • Il ou elle peut simplement vouloir se tenir prêt(e) à enrichir le traitement d’évènements prévus ou soudains. Il est intéressant, dans cette configuration, de se doter le dispositif de veille d’un outil de pilotage organisé autour de trois séquences qui séparent le possible, le plausible, le probable.

Plus les singularités s’accumulent dans la deuxième et surtout dans la troisième séquence, plus la veille doit être intensifiée et densifiée. Avec le risque d’un biais journalistique peu connu : le « wishfull searching », investigation faussée par une veille tellement ciblée qu’elle en devient sélective et ne collecte plus que certains signaux.

Veille_droite_US_possible_plausible_probable.jpg

Dans la perspective d’un investigation proactive, l’observation des singularités annonciatrices d’une émergence doit prêter une attention particulières aux résonances, c'est-à-dire aux rencontres parfaitement adéquates entre deux singularités de même nature ou s'inscrivant dans une même dynamique. Il y a, ainsi une résonance entre la résurrection de groupes activistes potentiellement violents et la radicalisation du discours de la droite.

  • Si rien ne se passe, c'est à dire si une accumulation de singularités n'engendre aucune situation émergente, la veille pro-active aura servi à amasser une énorme documentation sur la sélection du prochain candidat républicain à l'élection présidentielle et à acquérir une bonne connaissance de la droite américaine.
  • Quatrième exploitation possible: vérification d’un dispositif de veille. C’est d’ailleurs le sens de ce billet.


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1) « The O’Reilly Factor », « Glenn Beck », « Hannity »
2) Les réseaux libertariens français sont désormais repérables sur Facebook.

RESSOURCES
La carte de la haine aux Etats-Unis
Le fondateur des Oath keepers sur Fox News Channel
Diaporama sur les Oath Keepers dans l'Utah
Les Tea Part patriots
Les birthers
Les truthers
Les suprematists
Les borderers
Freedom works
First patriots
Teapublicain

mardi 16 février 2010

JO de Vancouver: le rich media concentré du New York Times

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Dédié aux réalisations et aux solutions d'enrichissement des contenus informatifs, le blog Hypermedias analyse le travail exemplaire des équipes du New York Times en ligne: photos, vidéo, animations électroniques dans une même interface avec du son bien ajusté et un texte réduit à sa plus simple expression, la plus performante sur le web.

jeudi 4 février 2010

Yammer, le micro blogging (presque) idéal pour les rédactions

Yammer_petit_logo_gauche.JPGL'avenir du journalisme se joue en grande partie sur l'enrichissement des contenus et sur l'appropriation, par les professionnels de l'information, des outils susceptibles de revaloriser leur métier (1).

Certains de ces outils se prêtent à des transformations radicales des méthodes de travail. C'est le cas de Yammer, plateforme de micro-blogging inspirée de Twitter.

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Comme le célèbre espace gazouillant à 140 caractères par message, Yammer permet aux salariés d'échanger des messages courts, hors courriels, au sein d'un réseau privé sécurisé.

Gains de productivité: ils échangent non pas sur ce qui les émeut ou sur ce qui pourrait les mettre en valeur - le bruit qui brouille le signal sur Twitter - mais sur l'état d'avancement de leurs tâches respectives.

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C'est donc un vrai réseau social d'entreprise avec profiles des salariés précisant fonctions et expertises, espaces de discussions, groupes constitués par services ou projets, bases de connaissances pour savoir, par des nuages de mots, ce qui s'est dit sur différents sujets d'intérêt collectif.
Des images peuvent compléter les messages textuels.
Chaque salarié peut se connecter à la plateforme par un terminal nomade.

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Contrairement à Twitter, Yammer a un vrai modèle économique.
Les investisseurs se bousculent d'ailleurs pour financer le développement du produit.
Plus de 10.000 entreprises totalisant 60.000 salariés dans le monde utilisent ce service aux tarifs ajustés : gratuit pour les particuliers, 1 dollar par mois et par utilisateur, 3 à 5 dollars par salariés selon les fonctionnalités qu'une entreprise souhaite ajouter à la prestation de base.
Les premières rentrées d'argent ont été fournies par 200 entreprises qui ont choisi Yammer pour leur 4000 salariés. Parmi elles, la BBC et 500 utilisateurs, la compagnie espagnole Telefonica et les 350 ingénieurs de son centre de Recherche et Développement.

Adaptations faciles aux nouveaux impératifs des rédactions

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Il ne manque pas grand chose à Yammer pour devenir l'outil idéal de travail collaboratif au service d'une rédaction réactive.

La nécessaire polyvalence des journalistes exige que chacun sache, en temps réel, qui peut faire quoi, à quel niveau d'expertise ou de simple compétence, dans les différents domaines du journalisme actuel: veille, collecte dont évidemment reportages sur le train, vérification des faits, traitement c'est à dire structuration de l'information, modalités de diffusion.

Echanges continus d'informations utiles

Les essaims d'expertises et de compétences qui convergent sur un évènement urgent ou sur une lourde réalisation en rich media doivent impérativement être soudés par des échanges continus d'informations opérationnelles, des requêtes et des réponses instantanées.

Au même titre que Jamespot pour les revues de presse et réflexions partagées, Yammer mérite des tests purement journalistiques en marge des développements qui se concoctent dans la start up californienne.

1) Selon un universitaire qui travaille sur la sociologie des médias, une journaliste appartenant au Syndicat National des Journalistes aurait déclaré en substance :" En maîtrisant les nouveaux outils de collecte et de traitement de l'actualité, nous pourrions devenir aussi puissants et incontournables que le Syndicat du Livre, naguère dans la presse écrite." Bien vu, chère consoeur inconnue: la polyvalence des journalistes opérant avec et/ou sur le web est la meilleure manière de lutter contre le déclassement.

jeudi 21 janvier 2010

La presse hexagonale regarde passer l' innovation technologique

Les dirigeants de "la presse en crise" devraient tressaillir de joie en apprenant que Steve Jobs, patron d'Apple, se propose de "reconfigurer le modèle économique de l'édition, de l'information et de la vidéo" (Source: Wall Street Journal du 21 janvier)

Steve Jobs fait allusion à la mise au point et à la présentation imminente d'une tablette électronique susceptible d'accueillir toutes sortes de contenus numériques, à usage familial et scolaire, principalement mais pas uniquement.

L'objet entre en compétition frontale avec le lecteur électronique Kindle d'Amazon. Amazon a noué des partenariats avec des éditeurs de livres. Apple est en négociation avec d'autres éditeurs et avec de grands groupes de presse, dont celui de Ruppert Murdoch - le magnat qui veut en finir avec le "tout est gratuit" sur le web - et celui du New York Times. Amazon vient d'annoncer- ce jeudi soir heure française - que son Kindle va être rapidement amélioré afin de s'ouvrir à une plus grande diversité de contenus,, réponse directe à l'annonce de Steve Jobs.

La bagarre technologique sera âpre, comme le furent les affrontements sur les protocoles, les normes, les formats, les standards liés à chaque grande innovation technologique. Puis les surenchères s'atténueront. Les innovations se stabiliseront. Les usagers désigneront les meilleurs produits, les meilleurs services.

S'agissant des tablettes et des lecteurs, il y en aura peut-être deux types de produits, correspondant à des usages différents.

En attendant l'issue de la confrontation entre Amazon et Apple, les lecteurs électroniques se vendent plutôt bien aux Etats-Unis. Ils suscitent en France le même scepticisme que celui d'un premier ministre, devenu blogueur par la suite et qui avait décrété, en 1997, que le web n'était qu'une mode américaine passagère. Face aux lecteurs et tablettes électroniques, "Gadgets !", gloussent les sceptiques de ce côté-ci de l'Atlantique.

Vision et agilité

Mais, justement, Apple ne fait pas dans le gadget. Son patron, Steve Jobs, est un monsieur qui a transformé une firme moribonde en premier distributeur mondial de musique et en acteur décisif de la téléphonie mobile, tout en continuant à concevoir des ordinateurs très performants.
Agilité industrielle par compréhension de ce que les usagers attendent.
Steve Jobs, c'est surtout quelqu'un qui a ce qui manque le plus aux managers produits par la consanguinité du capitalisme franchouillard: une vision stratégique.
Il positionne la créativité de son entreprise entre les producteurs de contenus à forte valeur ajoutée et les usagers prêts à payer cette valeur ajoutée, pourvu que ce ne soit pas trop cher et simple, "convenient".
Ce positionnement, c'est exactement ce qui manque à "la presse en crise" pour sortir du marasme où elle s'est enfoncée toute seule.

Comme des bovins près d'une voie ferrée

Depuis les débuts de la numérisation massive, les industries françaises de contenus - musique, presse, édition, vidéo - regardent passer les innovations en ruminant de l'anti-américanisme primaire et en gémissant sur l'indifférence que les audiences - le peuple, en somme - osent manifester à l'égard de leur offre fade et monotone.
Elles ont contribué au torpillage du réseau français Cyclades qui, en 1978, intéressait énormément les pionniers américains d'internet (1).
Elles n'ont pas vu arriver le CD audio, donc le DVD, preuves palpables que tout est numérisable.
Elles n'ont pas vu arriver l'ADSL.
Elles n'ont pas vu arriver le MP3.
Elles n'ont rien compris à Napster.
Elles n'ont pas vu arriver Google.
Elles n'ont pas vu arriver Youtube.
Elles ne voient pas ce qu'auraient pu leur apporter les lecteurs et tablettes électroniques.

Le_paradis_des_medias.jpg

Et pendant que des journalistes twitteurs twittent leurs insignifiances rabougries (2), leurs patrons ineptes mendient des subventions au pouvoir politique en place.
Seuls les jeunes et futurs journalistes peuvent régénérer l'information franchouillarde en s'assurant la maîtrise des outils et des méthodes pour valoriser les contenus, donc leur travail.

Voir sur ce thème:
- La crise des quotidiens est parfaitement logique.
- Phénomènes émergents dans la consommation de l'information.

1) En 1978-79, une délégation représentant les pionniers américains d'internet est venue rencontrer en France Louis Pouzin qui avait mis au point le réseau "Cyclades" de communication par paquets, dispositif qui était en avance sur certaines technologies américaines de l'époque. Le but était d'avancer ensemble.
Je tiens de Vinton Cerf, un des cinq créateurs d'internet, une version de cette tentative de collaboration transatlantique pour accélérer l'émergence du réseau des réseaux.
Mais, durant cette période, le pouvoir politique incarné par Valéry Giscard d'Estaing, Raymond Barre et Norbert Segard, ministre des Postes et des Télécommunications, a décidé de saborder le réseau "Cyclades" pour ne pas permettre à un réseau décentralisé - c'est à dire peu contrôlable - de diffuser des contenus qui auraient pu porter préjudice à la presse écrite.
Je tiens cette explications de deux anciens cadres supérieurs de la DGT (Direction Générale des Télécommunications) qui m'ont précisé ceci: "Le pouvoir tenait à rester en bons termes avec la presse nationale et régionale entre les législatives de 1978 et l'élection présidentielle de 1981". Voilà pourquoi les Français se sont vus infliger le minitel, système insupportable mais centralisé, donc contrôlable.

2) J'attends le tweet de mon journaliste twitteur préféré: "ya séisme en Haïti Oh lalalala" (Voir le billet du 6 janvier)

vendredi 15 janvier 2010

Haïti: le rich media pour mieux comprendre les causes profondes

Le nombre exceptionnellement élevé de morts et de blessés est la principale caractéristique de la catastrophe survenue en Haïti.

Cette dimension n'a pas été mieux expliquée, jusqu'à présent, que par le reportage réalisé en ''rich media'' par deux journalistes indépendants, Jean Abbiateci et Julien Tack.

Avec leur argent personnel et en utilisant intelligemment toutes les ressources du web, les deux reporters ont passé trois semaines sur place pour dévoiler de manière quasiment prémonitoire les causes structurelles du bilan humain:

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Alors que les médias linéaires traditionnels - radios et télévisions, notamment - se répètent de manière émotive et superficielle ou s'excitent bizarrement sur les "performances" des seuls sauveteurs français, comme si la tragédie était un terrain de compétition entre les équipes françaises et américaines, l'approche en rich media journalistique décompose la situation complexe d'Haïti en unités de sens qui, très bien documentées et remarquablement illustrées, donnent de la profondeur et de la densité à l'actualité.

Haiti_photo.jpg Photo Julien Tack

On ne comprend pas pourquoi il y a eu tant de victimes si on n'est pas entré dans le reportage de Jean Abbiateci et Julien Tack.
Reportage auquel j'ai consacré plusieurs billets ici et ici et qui justifie un chapitre entier dans mon livre "Communiquer en rich media". En l'occurrence un dialogue avec Jean Abbiateci, l'un des deux auteurs sur les conditions de réalisation de l'enquête.

mercredi 6 janvier 2010

Twitter et la valeur ajoutée de l'information en ligne

Etudiant à l'Ecole de journalisme de Grenoble, Sina Mirabdolbaghi me questionne sur les usages journalistiques de Twitter pour l'Observatoire du Journalisme sur Internet.

Journalisme_info_bandeau.jpg

L'entretien vient d'être mis en ligne à cette adresse.

Une étudiante de l'IFP de Paris m'interroge sur le modèle économique de la presse en ligne et sur les évolutions possibles du métier de journaliste.

Valeur ajoutée et modèle économique

C'est l'occasion d'amorcer une réflexion sur certains comportements journalistiques face aux défis que doit relever l'industrie de l'information.

  • Parmi ces défis, l'adaptation du modèle économique des organes de presse suppose que certains contenus soient payants. Sauf, évidemment, à mendier des subsides au pouvoir politique en place.

  • Pour que des contenus soient payants (et payés, c'est à dire achetés) ils doivent comporter une valeur ajoutée (1) qui justifie le prix à acquitter pour les consulter.

  • Dans le frénétique engouement d'une partie de la profession journalistique pour Twitter, les gourous prosélytes de la twittosphère médiatique vont bien au-delà de l'affirmation ridicule du "Monde" selon laquelle "Twitter est une agence de presse".


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C'est, brâment-ils, le médium incontournable et définitif de notre temps, l'horizon indépassable des professionnels de l'information.
Et de proposer par exemple, à propos d'un match de football, le "contenu" journalistique que voici::

Twitter_match.jpg
Questions: quelle est la valeur ajoutée de ce contenu journalistique ? Qui est prêt à payer pour lire cela ? Le même journaliste qui a publié cela vivra-t-il des subsides que lui octroie le pouvoir politique en place ?

Le culte suicidaire de la futilité twitterisée

Une autre manière de dévaloriser l'information en ligne consiste à ne retenir du web en général et de Twitter en particulier que les futilités, les insignifiances.Bruit_du_net_logo.jpg
C'est à quoi s'adonne méthodiquement "Le bruit du net" sur France Info.
Il n' y est question que de "buzz", de "people", de blagues bien grasses et de factoïdes insipides, le tout énoncé - le matin notamment - avec la fatuité du blaireau "qui en sait beaucoup plus mais qui ne veut pas tout dire maintenant".

Cette posture journalistique a une origine idéologique et une conséquence corporatiste:

- L'origine idéologique: Le web est un gisement de données, d'informations et de documentation que ne peuvent contrôler ni les intellectuels "chiens de garde" de l'ordre établi ni surtout les hiérarques et leurs minables chefaillons chargés de veiller sur la conformité, c'est à dire le conformisme, de l'information (= surtout, être dans le ton général ). La caporalisation des "petits soldats de l'actu" et le formatage des contenus journalistiques supposent que le web soit écarté des sources qui échappent à une hiérarchie aussi vieille que veule.

Ben Laden ou Britney Spears

En 1998, quand j'ai créé le "Journal du web" sur LCI, j'y ai systématiquement diffusé des informations internationales ou économiques qui n'étaient pas encore dans l'AFP. Par exemple, les premières tentatives d'attentats de masse aux Etats-Unis, pendant la nuit de la Saint-Sylvestre 1999-2000, à Times Square et à Las Vegas, puis les premières photos de Ben Laden recherché par le FBI après cette opération manquée. Le directeur de l'information de l'époque (l'inoubliable Jean-Claude Dassier) m'a ordonné de ne plus extraire des informations sérieuses du web, seulement des anecdotes drôles sur les personnalités connues. Par exemple, a-t-il aboyé, pourquoi n'as-tu pas parlé du site qui vend aux enchères une petite culotte de Britney Spears ?
C'est, douze ans plus tard, la ligne éditoriale de l'émission de France Info qui se pâme, entre autres débilités qu'elle met en valeur, sur le fait qu'une présentatrice de télévision aurait montré son genou (çà, c'est le factuel de l'info, coco), afin (attention, voici l'analyse de l'évènement) "de défier ses jeunes concurrentes"...
France Info a déjà pas mal donné dans le futile. "Le bruit du net" l'y enfonce avec une délectation masochiste.

- La conséquence corporatiste: Selon l'idéologie journalistique du "web insignifiant" - idéologie qui est fondamentalement technophobe sous une apparence "geek" - "le web est un truc d'adolescents ou de jeunes adultes immatures". Et, de toutes façons, "le grand public est con par définition; donc il faut lui balancer des conneries." (Sentence entendue des centaines de fois dans les conférences de rédactions).

Prendre les lecteurs, les auditeurs, les téléspectateurs, les internautes pour des imbéciles parce qu'ils sont vus comme une "masse" est une des causes profondes de la "crise de la presse", laquelle a commencé bien avant internet.
A force de mépriser les gens auxquels on s'adresse, ils s'en vont.
Exploiter le web comme la source privilégiée des futilités pour auditeurs crétins , c'est dévaluer une profession déjà discréditée: on n'a pas besoin de journalistes pour parler du "buzz" et des "people".

Au fait... Il n'est plus beaucoup question de journalistes-citoyens. Perdus de vue ? Plus à la mode ? Déjà ?

1) La valeur ajoutée d'une information résulte de son caractère non substituable (on ne la trouve pas ailleurs que dans l'organe qui la propose) et elle fait l'objet d'un traitement élaboré en rich media sur le web, dans une approche textuelle et graphique exigeante comme celle du trimestriel XXI, dans des réalisations radiophoniques somptueuses comme celles de certains magazines de France Culture, par un gros travail de préparation, un style, un ton de questionnements singuliers comme chez Philippe Vandel sur France Info).

dimanche 22 novembre 2009

Philippe Vandel régénère l'interview radiophonique

Depuis juillet 2009, Philippe Vandel incarne une des deux bonnes suprises (1) de France Info.
"Tout et son contraire" installe sur la chaîne du service public une manière originale et pertinente de questionner.

Un genre très difficile

Entretien, conversation, questionnement...Les termes couramment employés pour désigner l'objet journalistique entretiennent un flou sémantique, une instabilité conceptuelle, sur la nature exacte de cette vieille pratique professionnelle.
- Un entretien peut consister en échanges d'arguments sans qu'il soit besoin d'interroger l'interlocuteur.
- Une conversation n'est pas forcément destinée à obtenir une révélation ou une précision.
- Le questionnement peut être intériorisé; un journaliste qui ne se pose pas de questions sur ce qu'il va collecter, dire ou écrire est en grand danger de nullité.

Même dans sa formulation anglicisée, l'art de poser les bonnes questions relève des plus hautes compétences - une véritable expertise - dans l'industrie de l'information:
- Il faut avoir une "vision" des sujets à traiter c'est à dire une culture vaste et profonde.
- Il faut savoir ce que l'on cherche tout en préservant une faculté d'étonnement. Cette faculté rare ne peut venir que d'une curiosité boulimique et d'une disponibilité intellectuelle qui s'apparente à fraîcheur d'esprit, différente de la naïveté.
- Il faut avoir, aussi et surtout, une structure mentale suffisamment rigoureuse pour ne pas se contenter de réponses esquivées ou de grossiers mensonges.
- Et puis, il y a le positionnement journalistique: faire semblant de ne pas savoir pour se rapprocher d'un auditoire supposé ignorant ou rivaliser avec l'interlocuteur au risque de valoriser excessivement le journaliste...

Un genre très galvaudé

Le fait que tous les journalistes, notamment dans l'audiovisuel, aient été admis à poser des questions à des "invités" a dévoyé ce genre noble.
- Certains se discréditent en parlant avec un réalisateur d'un film qu'ils n'ont pas vu.
- Presque tous posent les questions qu'on leur a suggéré de poser ou se contentent de "ramener du son" sans se préoccuper du contenu.
- Dans certaines chroniques radiophoniques nécrosées, le remplissage par interviews sans curiosité relève de l'escroquerie intellectuelle.
- Beaucoup ne posent que des questions de connivence qui appellent automatiquement des réponses au service exclusif de la promotion du personnage ou du produit (2).
- Quelques uns ne cherchent qu'à obtenir des réponses susceptibles de "faire"de la reprise" dans la presse écrite.
- Rares sont les journalistes qui, comme ceux de la vieille école des années soixante-dix, osent encore se comporter en "justiciers" en confondant l'interrogatoire et le questionnement. L'inculture étant devenue une norme professionnelle, les "petits soldats de l'info" ont peur de "s'en prendre plein la figure".
Dans les années quatre-vingt a été inventé par et pour les obséquieux les fausses hésitations qui, chez les journalistes paresseux et incultes, fonctionnent comme un signal subliminal, un message codé, de soumission aux "invités".
- Plus récemment, la fainéantise télévisuelle a installé le "journaliste" animateur de cacophonies absconses dans la posture du patron du café du Commerce accoudé sur son zinc et qui cherche à se faire valoir auprès d'une clientèle hébétée. Comme cet épais questionneur télévisuel qui caricature le droit de suite: "Attendez ! Là, je vous arrête ! J'ai bien entendu qu'il va pleuvoir. Donc, vous êtes en train de nous dire que des gouttes d'eau vont tomber du ciel vers le sol ? C'est bien çà ?"

Gros travail de préparation

Par la qualité de la préparation, par les angles qu'il choisit, par la tonalité qu'il instaure Philippe Vandel appartient, lui, à la caste dépeuplée des grands intervieweurs. Caste au sommet de laquelle trône toujours James Lipton, insurpassable maître de cérémonies de l'émission télévisée "Actors Studio".

Les liens qualitatifs entre Vandel et Lipton ne sont pas évidents.
- D'abord parce que Vandel n'est pas de la génération Lipton (qui, lui, se réfère curieusement à Bernard Pivot).
- Ensuite parce que le format télévisuel d'Actors Studio n'a rien à voir avec celui de la chronique radiophonique "Tout et son contraire".
- Enfin parce que le registre de Lipton est concentré sur les plus grands acteurs du Septième Art alors que les interviews de Vandel ont une thématique beaucoup plus ouverte, ce qui implique moins de rituel et une plus grande diversité d'approches.
Au-delà de ces différences flagrantes, la filiation Lipton-Vandel apparaît dans le plaisir que le téléspectateur dans un cas, l'auditeur dans l'autre cas, ressentent à l'écoute des réponses.
Il suffit de chercher à comprendre pourquoi on éprouve ce plaisir à l'écoute des réponses obtenues par Philippe Vandel pour découvrir que, comme chez Lipton, il y a de la culture, du travail en amont et en aval (au montage notamment), un positionnement journalistique original, une vraie fraîcheur d'esprit.

Il importe peu de savoir si le questionneur le plus stimulant de France Info a lui-même rassemblé sa documentation ou s'il dispose d'un(e) extraordinaire documentaliste. Le fait est qu'il connaît parfaitement les sujets dont il veut faire parler ses interlocuteurs.


Philippe Vandel (20 secondes)

Quand il évoque Bourdieu avec le philosophe Michel Onfray, Philippe Vandel ne s'est manifestement pas contenté de parcourir le communiqué de presse de la maison d'édition ou la quatrième de couverture d'un livre .

Un angle original

Le positionnement de ses quatre rendez-vous quotidiens (3) consiste, non pas à faire croire qu'il va obtenir des révélations inédites, mais à supposer que ses auditeurs savent - ou croient savoir - un certain nombre de choses, et à les vérifier. C'est souvent à la faveur de ces vérifications que la personne interrogée corrige ou confirme, en ajoutant souvent des éléments qui, pour le coup, sont vraiment inédits.


Philippe Vandel (5 secondes)

"Tout et son contraire" n'est pas une instance de consécration médiatique, c'est une actualisation fine des réputations médiatiques. Opération effectuée par petites touches bien ajustées de précisions biographiques.

Modestie et curiosité

Enfin, il y a une tonalité. Elle se fonde sur une modestie spontanée qui le place sans démagogie du côté de ses auditeurs. Quand il s'exclame: " Ah tiens ! Je ne le savais pas..;", il ne flatte pas l'ignorance supposée de ceux qui l'écoutent.


Philippe Vandel (12 secondes)

La tonalité Vandel, c'est surtout la curiosité. Si elle est feinte, elle est bien jouée. En tous cas, elle fonctionne admirablement.
Aucune connivence douteuse, aucune agressivité artificielle. Juste des inflexions enjouées qui véhiculent un singulier mélange de spontanéité et de rouerie. L'auditeur partage cette envie un peu goguenarde de savoir. Et quand le questionneur insiste, c'est avec une fausse naïveté tellement convaincante, mais au fond très exigeante, que la personne en face ne peut pas résister. Même les réponses sèches des interlocuteurs coriaces contribuent à la spontanéité de l'interview; Ce que Philippe Vandel a bien compris lorsqu'il travaille sur le montage.


Philippe Vandel (12 secondes)

La récompense du bon intervieweur, c'est une réponse comme celle-ci:


Etienne Daho (3 secondes)

Ou comme celle-ci:


Philippe Vandel avec le philosophe Michel Onfray (7 secondes)

(1) Les autres instants de bonheur offerts par France Info sont les chroniques "Il était une mauvaise foi" du génial Jean-Pierre Gauffre, le seul héritier spirituel de Pierre Desproges.

(2) Prenant la défense de Laurent Bignolas qui prétendait interroger Albert Dupontel sur son film "Le vilain", après avoir déclaré qu'il n'avait pas vu ce film, Frédéric Taddei a ouvertement légitimé, lundi sur France 3, le fait qu'un journaliste puisse poser des questions "ouvertes" afin que "l'invité" puisse faire sa propre promotion. C'est la première fois qu'un animateur reconnaît publiquement la pratique des "interviews promotionnels". Sur une chaîne du service public.

(3) Du lundi au vendredi à 6h20, 9h40, 11h10, 13h40, 15h10, 17h10, 22h20 et 23h50.

lundi 16 novembre 2009

"Communiquer en rich media" à partir d'aujourd'hui en librairie

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Voici le sommaire de mon ouvrage publié par les éditions du CFPJ:

35, rue du Louvre 75002 Paris

Plusieurs études de cas proviennent de billets publiés sur ce blog.
Les chapitres 9 et 10 sont constitués de conversations avec certains visiteurs de journalistiques.fr et à partir des commentaires qui ont enrichi mes billets.
Que ces visiteurs soient ici remerciés.

Ce livre est prolongé et sera actualisé sur un blog dédié:

http://www.hypermedia.vox.com

Les découvertes et réflexions sur le rich media seront désormais publiées sur hypermedia.vox.com

La "rétro-prospective" qui est à l'origine du livre

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A partir du moment où tous les contenus sont devenus numérisables (1982), dès lors que les contenus numérisés pouvaient être compressés (1995) et puisque les débits augmentaient (1997), le mode texte aurait dû être considérablement réduit et le rich media aurait dû devenir le principal mode d'expression du web. Il n'est pas trop tard.

Introduction: Enrichir les contenus
Avant- propos:Manuel de formation et conduite de projet

Chapitre 1: Les modes d’expression
Le texte
Les sons
Les images fixes
Les images animées
Les liens
Etudes de cas :
1.1 – « Geo Webreportage », modèle de magazine en rich media
1.2 – « MySpace » ou le prêt-à-porter du rich media
1.3 - «Quand la France s’ennuie », de Pierre Viansson-Ponté
1.4 - «Lulu », de Yann Paranthoën
1.5 - «La route de la faim », de Jean Abbiateci et Julien Tack
1.6 - Margaret Thatcher « corrigée » par un logiciel
1.7 – Les auditeurs voient les acteurs
1.8 – Liens hypertexte, le long cheminement d’une intuition fulgurante

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Chapitre 2: Les évènements
Morphologie de l’évènement
Anatomie de l’évènement
La subsidiarité
Etudes de cas :
2.1- La crise du crédit selon le « Financial Times »
2.2 – « Flyp », un magazine multimédia à feuilleter

 Chapitre 3: Les outils de collecte
Moteurs de recherche, annuaires et bases de données
Magnétophones et micros
Appareils photographiques
Caméscopes
Téléphones nomades multimédias
Etudes de cas :
3.1 – Un procès dans le Kansas
3.2 – Vers l’appareil hybride convaincant
3.3 – Un dispositif Nokia-Reuters de rich media nomade

Chapitre 4: La collecte
Accumuler les bonnes données textuelles
Prélever des sons propres et utiles
Une image fixe vaut parfois mieux qu’une vidéo
Etudes de cas :
4.1 – Trois collecteurs pour le diaporama de « La Gazette Santé Social »%%% 4.2 - Le « New York Times » et la catastrophe aérienne de Buffalo
4.3 – Un diaporama de l’Indy Star contourne une interdiction de filmer

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Chapitre 5: Les outils de traitement
Les traitements de texte
Montage et mixage des sons
Un atelier pour images fixes
Mise en forme de séquences vidéo
Déployer des liens

Chapitre 6: Traitement et structuration
Nécessité d’un inventaire sélectif
Dosage entre linéarité et modularité
Le plan de travail
Un son par idée, une idée par son
Rendre les images fixes plus productives
Muscler le texte
Hiérarchiser les liens
Etudes de cas :
6.1 – Un évènement hyperlocal en rich media
6.2 – La métaphore fluviale au Festival Ching Ming
6.3 – Quatre heures de travail pour une minute de vidéo
6.4 – Rythmer un montage
6.5 – L’avion qui se cabre et se retourne
6.7 – Diaporama sur un colloque
6.8 – Le grand chantier journalistique des données publiques
6.9 – « Ushahidi », plateforme de témoignages en temps réel
6.10 – Les relations de lobbying au Congrès des Etats-Unis
6.11 –La hiérarchie des liens dans un article du New York Times

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Chapitre 7: Polyvalence et travail en essaims
L’expertise, c’est la responsabilité
L’atout du développeur
Compétences plurielles
Les bonnes connaissances
Nécessité d’un protocole éditorial
Apprentissages productifs
Bricolages inventifs
Etudes de cas :
7.1 – Un dispositif de collecte: trois personnes, huit modes d’expression
7.2 – Annoter des captures de pages web en mode collaboratif
7.3 – Problématiques des rédactions intégrées
7.4 – Echanges de savoir-faire

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Chapitre 8: Stratégies rich media
Enrichissement par agrégation continue
La diffusion multicanal
Régénérer la communication d’entreprise
Réduire les coûts de formation
Les nouvelles exigences de la publicité
Etudes de cas :
8.1 – Attractivité du « Washington Post » en période électorale
8.2 – Le « JT » par téléphone en Afrique du Sud
8.3 – Les lecteurs électroniques en compétition
8.4 – Trois chanteuses réunies par « L’Express »
8.5 – Un supplément ponctuel du « Monde »
8.6 – Le trimestriel « XXI » illustre la valeur ajoutée du papier
8.7 – « Les Dernières Nouvelles d’Alsace », quotidien pionnier
8.8 – Le rich media comme argumentaire commercial

Chapitre 9: Un reportage exemplaire
Les intentions
Le déroulement
Le résultat final
Investissements en temps et en argent

Chapitre 10: Questions et réponses
Points de vue d’internautes
Points de vue de journalistes
Quels développements?
Sur l’information et le journalisme

lundi 9 novembre 2009

Une profession discréditée aggrave son cas en se vautrant dans le ridicule

La crise d'hystérie berlinoise qui vient d'agiter frénétiquement le journalisme à la française a repoussé les limites du ridicule tout en dévoilant l'ignominie de l'arbitraire médiatique.

Le comble du grotesque a été atteint avec la mise en scène hypertrophiée d'un spectacle futile, sans intérêt, sans autre contenu que d'insipides lieux communs sur la Liberté. L'enflure des phrases rabâchées sans conviction ne parvenait pas à dissimuler le vide du propos.

Le spectacle navrant de la sous-culture journalistique

Cette pénible journée de ruminations aussi prétentieuses que bêtifiantes aura au moins eu le mérite de dévoiler le mécanisme pervers qui détruit la crédibilité de l'industrie hexagonale de l'information depuis décembre 1989 (affaire du faux charnier de Timisoara).
En imposant cette morne commémoration comme le principal fait d'actualité de ce 9 novembre 2009, les rédactions, notamment audiovisuelles, ont montré la dimension arbitraire de leur fonctionnement.
Ces rédactions ne songeaient en effet qu'à donner le spectacle narcissique de leur improbable rencontre avec l'Histoire; mais ce n'était qu'un simulacre de l'Histoire.
La réalité est que les journalistes ont écarté tous les autres sujet de leurs sommaires. A les entendre - notamment sur Radio-France - et à les voir - notamment sur les chaînes de télévision du service "public" - rien ne se serait produit dans le monde, hormis le spectacle navrant de la sous-culture journalistique en goguette à Berlin.

Les pitoyables décérébrés qui se comportaient à l'antenne comme si la France de 1989 avait libéré l'Allemagne de l'Est n'ont manifestement pas lu les mémoires des acteurs politiques de l'époque (1) et ne savent donc pas qu'Helmut Kohl a "trahi" son "ami" François Mitterrand en négociant directement avec Gorbatchev. Mitterrand qui venait d'ailleurs de déclarer sur France 3 que la réunification de l'Allemagne ne pourrait pas avoir lieu avant une donne dizaine d'années.(2)
Pendant ce temps, Kohl négociait un prêt à l'URSS et, mieux informée, Margaret Thatcher se rapprochait de Mitterrand pour essayer d'empêcher la réunification. Seul le président américain de l'époque était tenu au courant de ce qui se tramait entre Bonn et Moscou.
La France a été "cocufiée". C'est donc une vaniteuse cocue de l'Histoire que les journalistes hexagonaux ont célébré, sans le savoir, le 9 novembre 2009.

Une industrie de la diversion qui s'instrumentalise au service du pouvoir

Mais le commentaire 1 de Moktarama incite à examiner le fonctionnement des médias du service "public" sous l'angle de la diversion.
La construction médiatique de cette diversion n'avait qu'une utilité: essayer d'inscrire le pouvoir politique français dans l'Histoire. La France est éjectée de l'Histoire depuis très longtemps. L'actuel président ne s'y résout pas. Il construit un "ordre du jour" qui sert de conférence de rédaction et de sommaire aux journaux du service "public".

En acceptant l'agenda élyséen sans aucun discernement et sans aucune retenue, les journalistes de Radio France et de France Télévision se laissent instrumentaliser. Ils concoctent un écrin médiatique aux vanités du pouvoir en place. Ils détournent l'attention de leurs audiences vers les efforts désespérés que déploie le locataire de l'Elysée pour ne pas être éclipsé par un véritable acteur de l'Histoire en train de se faire - ma définition de l'actualité -, Barack Obama.

Les historiens de 2109 qui voudraient savoir ce qui s'était passé un siècle auparavant ne trouveraient dans les archives médiatiques de l'Hexagone que des gens sous la pluie et des speakerines maquillées comme des mémères endimanchées.

Privées d'informations pendant une journée entière, les audiences ont toutes les raisons de mépriser une profession qui se déshonore en oubliant à ce point que sa mission est de montrer, dans ce qui se passe, ce qui est décisif, ce qui est important, ce qui change le cours des choses. Les nouvelles, quoi.

1) Aux futurs et jeunes confrères qui ne se reconnaissent pas dans le journalisme à la française tel qu'il s'est exhibé à Berlin le 9 novembre 2009, je recommande la lecture des pages 71 à 86 du livre d'Hubert Védrine, "Face à l'hyper-puissance" (éditions Fayard). Hubert Védrine était un très proche collaborateur de François Mitterrand. Il a participé à la structuration de la politique franco-allemande. Il raconte très honnêtement ce qui s'est passé en novembre 1989. Par sa culture et son expérience, Hubert Védrine est un des personnages publics les plus estimables de la France actuelle. Raison pour laquelle les médias le consultent peu.

2) Cité par "Le monde électronique" du 11 novembre 2009, un journal suisse fournit des liens vers des sources officielles sur les méfiances françaises à l'égard de la réunification allemande.

vendredi 16 octobre 2009

Une actualité multi sources hiérarchisée par des algorithmes

Actu24_logo_haut.jpgOrange propose depuis quelques mois un agrégateur d'informations qui fait appel à de nombreuses sources d'informations de la presse écrite, de la radio et de la télévision.

Agréable et ergonomique, la page d'accueil produit une impression de sérieux et de profusion.

Actu24_page_d_accueil_2.jpg
Dès son arrivée sur la "une", le visiteur a une vue d'ensemble de l'actualité structurée selon une hiérarchie ternaire de discernement: les principaux évènements, les évènements intéressants et les autres. Entre les deux premiers niveaux, les dépêches défilent.

Quiconque s'intéresse particulièrement à un évènement ou à un dossier, peut entrer dans les sélections de reportages en vidéo, de séquences audio et d'articles sur le thème choisi grâce à une technologie de clustering.

Laurent_Frisch_presentation_generale_go__.jpg

Selon Laurent Frisch, chef de produit, deux algorithmes spéciaux justifient le caractère novateur de ce service hybride, à la fois agrégateur et moteur de recherche.

Les algorithmes de 2424 actu (01'08)

Il s'agirait même d'une première mondiale. Affirmation en cours de vérification, enregistrée dans cette courte séquence vidéo:

Voici un aperçu de ce que les algorithmes de clustering proposaient dès le premier clic sur le dossier de l'offensive lancée par l'armée pakistanaise contre certaines tribus:

2424actu_Pakistan_2.JPG

Neuf reportages provenant des chaînes de télévision - c'était le dimanche 18 octobre au début de l'offensive - , des liens vers cinquante articles de presse écrite et une rubrique intitulée "En savoir plus" contenant d'autres reportages sur différents aspects de l'actualité pakistanaise récente.

Laurent Frisch se fait une certaine idée de l'infonaute idéal:Laurent_Frisch_diaporama_6.jpg

Le visiteur rêvé de 2424 actu (00'22)

Les équipes qui travaillent sur l'agrégateur d'Orange ne produisent aucun contenu. Sa substance éditoriale étant délivrée par des organes de presse, la première question qui vient à l'esprit concerne le risque de cannibalisation: si les infonautes trouvent leur bonheur sur 2424 actu, pourquoi iraient-ils visiter des sites media des fournisseurs d'Orange...La réponse de Laurent Frisch:

Un contenu complémentaire à ceux des sites médias (00'45)

France Télévision rejoint d'ailleurs l'agrégateur. D'autres fournisseurs francophones viendront plus tard. Ce sera la profusion réjouissante du web. On pourra parler de diversité et le chef de produit de 2424 actu prend même le risque de placer le pluralisme comme valeur suprême de l'agrégateur.

D'accord sur la profusion, doute sur le pluralisme

Il peut y avoir de la diversité dans la profusion, mais ce n'est pas certain. En tous cas, c'est sous-estimer gravement le conformisme des journalistes français que de croire que le pluralisme - c'est à dire les manières différentes de choisir, de hiérarchiser et de traiter l'actualité - découle naturellement de la profusion des sources.

Bien avant que le web et Google soient accusés de "tuer l'information' (voir les woltonneries et autres joffrinades récemment stigmatisées par mes soins) , la presse française dépérissait lentement, inexorablement, au point d'être désormais la moins lue parmi celles des nations développées, et de moins en moins crédible selon le baromètre annuel "La Croix / Sofres).

Le conformisme des journalistes français a réduit la diversité qui prévalait aux lendemains de la Libération à quelques monopoles naturels qui disent tous la même chose sur les mêmes évènements de la même manière, c'est à dire le contraire du pluralisme. Lequel est un effet de la liberté dont les journalistes français usent bien peu.

La preuve avec cette offre de diversité non pluraliste vue sur 2424 actu:

Actu24_pluralisme.jpg
Personne n'a évidemment envie de "profiter" d'une diversité aussi monotone (1) , typique du copier-coller de dépêches, c'est à dire du journalisme low cost. Tellement bas de gamme qu'il peut s'effectuer sans journalistes, vieux rêve des patrons de presse.

Ce journalisme low cost n'est pas le fait de 2424 actu (qui n'emploie pas de journalistes) mais bien celui d'une presse française dont l'offre de contenus apparait cruellement répétitive et conformiste dans les pages de l'agrégateur.
Les algorithmes de l'agrégateur ne font que capter les causes de l'ennui qui tue l'information à la française beaucoup plus sûrement que Google.

On demande des journalistes capables de hiérarchiser l'information

Autre conséquence des multiples renoncements journalistique, l'éminente responsabilité qui consistait à structurer l'actualité en sélectionnant et en hiérarchisant les évènements risque d'être confiée à des algorithmes, c'est à dire à des séquences informatiques qui évalueront le poids et l'importance des contenus, à la place des "cerveaux" de journalistes.

La réponse de Laurent Frisch est intéressante:

Hiérarchisation algorithmique journalistiquement assistée (01'25)

(ACTUALISATION LE 22 OCTOBRE: voir le commentaire N°7 signé Laurent Frisch: il contient des précisions très intéressantes).

Actu24_autopub_3.jpg

Compte tenu de tout ce qui précède, l'excellent outil d'information 2424actu se destine à trois types d'internautes:

- les enseignants qui auraient la bonne idée de proposer des exercices de discernement médiatique aux futurs citoyens.

- les jeunes citoyens qui souhaitent s'informer à partir de sources sérieusement sélectionnées, parmi lesquelles de vraies "marques médias".

- les infonautes boulimiques qui bénéficient de l'une des plus belle revue de presse jamais offerte par le web.

C'est d'ailleurs sur cet axe qu'Orange diffuse la vidéo de lancement de 2424 actu.

(1) Un petit oxymoron fait du bien de temps en temps.

Avis aux formateurs et appel à publications sur la formation

Maître de conférence à l'IUT de Lannion (Université de Rennes), Florence Le Cam cherche, pour ses étudiants en deuxième année du DUT journalisme, des vacataires capables d'assurer des modules hebdomadaires de collecte et de traitement de l'information en ligne, de la veille à la production éditoriale.

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Les semaines de formations théoriques, mais surtout pratiques se dérouleront entre fin janvier et début avril 2010.

C'est une excellente occasion pour les professionnels expérimentés d'assumer leur devoir éthique de transmission au profit des futurs journalistes.

Il paraît que ceux de Lannion sont particulièrement motivés.

Contacts
Les personnes intéressées peuvent prendre contact avec Florence Le Cam:
flecam@univ-rennes1.fr]
ou avec Philippe Gestin:
philippe.gestin@univ-rennes1.fr.

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Réfléchir sur la formation des journalistes

Logo_Sur_le_Journalisme.jpgFlorence Le Cam est, par ailleurs, animatrice du Réseau d'Etude sur le Journalisme et rédactrice en chef adjointe des Cahiers du Journalisme. C'est à ce dernier titre qu'elle est intéressée par des contributions sur la formation des journalistes, thème de la prochaine livraison.

En cette passionnante période de mutations que traverse l'industrie de l'information, beaucoup d'universitaires et de journalistes ont sûrement des choses intéressantes à écrire dans une publication de haut niveauLes_cahiers_du_journalisme_typographie.jpg sur des thèmes aussi variés que les cursus pédagogiques initiaux, la formation continue ou en alternance, la formation interne des entreprises médiatiques, l'appropriation des innovations technologiques.

Les propositions scientifiques et professionnelles devront être envoyées, sous la forme d’un résumé d’environ 1.000 signes, le 1er décembre 2009.

Les articles complets seront envoyés le 1er février 2010.

Le dossier complet de l'appel à contributions est joint à ce billet, CDJ_AppelFormation_oct2009.pdfici.

mercredi 23 septembre 2009

Joffrinades et woltonneries enrichissent la franchouillardise

Une joffrinade est une idée émise par Laurent Joffrin à propos des rapports entre l'information et le web.
Exemple de joffrinade: Il faut taxer les fournisseurs d'accès pour financer la presse quotidienne imprimée sur du papier. Au XIX ème siècle il aurait fallu taxer les convois ferroviaires pour financer les propriétaires de diligences.

Une woltonnerie est une idée émise par Dominique Wolton sur le journalisme.
Exemple de woltonnerie: la diffusion d'une réflexion raciste proférée par le ministre de l'intérieur relève du journalisme poubelle. Selon l'étonnant sociologue, le fait de publier des propos publics tenus par un personnage public dans un lieu public et enregistrés par un journaliste de Public Sénat est un comportement ordurier.

Dans "Le Nouvel Observateur" du 24 septembre 2009, Denis Olivennes regrette d'avoir déclaré qu'internet est "le tout-à-l'égout de la démocratie". Il n'a toujours rien compris mais ça m'évite d'avoir à le "néologismer" en olivennardise.

Nous sommes bien en France, en 2009, avec ses intellectuels qui pensent très fort.

Actualisation le 20 octobre 2009: Ces trois "cerveaux" hexagonalement formatés rejoignent donc, dans la grotesquerie nationale, un consternant déchet biologique nommé Jacques Séguéla.

Parmi un ramassis télévisuel de blaireaux bouffis de fatuité, le clown pathétique a eu à propos du web des mots d'une délicate lucidité: "saloperie", "ordure"...

Concepts lacaniens généralement mobilisés pour aider les déficients neuronaux à masquer leur incompétence. Le vieux monsieur crachotte sur ce qu'il ne maîtrise pas et qu'il ne peut pas comprendre: çà l'énerve, il trépigne et glaviotte.

Le fait que l'improbable Séguéla - un des rares résidus des fausses valeurs médiatiques bricolées par le siècle précédent - le fait que ce débris soit encore un peu en vie (sauf sur le plan cérébral) tend à prouver qu'en France, le ridicule ne tue pas vraiment.

Wolton, Joffrin et Olivennes sont en bonne compagnie. .

vendredi 19 juin 2009

Le "New York Times" exploite l'interactivité comme valeur ajoutée à l'information

Pionnier, et toujours en avance, dans le traitement des évènements complexes en rich media, le "New York Times" montre comment la transformation d'une base de données en une carte interactive procure une forte valeur ajoutée à l'information.

NYT_homicides_map_global.jpg

Sur cette carte, les petits cercles de différentes couleurs représentent tous les homicides recensés par la police depuis 2003 dans les cinq districts de la ville. Au premier coup d'oeil, l'infonaute comprend que le Bronx est plus dangereux que Manhattan.

Il peut vérifier cette impression initiale en entrant une adresse dans une boîte de dialogue,NYT_homicides_map_7eme_avenue.jpg sur la 7ème avenue de Manhattan par exemple: il y a peu de scènes de crimes autour du pointeur dans ce très chic quartier des médias et de la publicité.

Les codes de couleurs permettent de savoir avec quelles armes les homicides ont été commis, par qui (sexe, âge, appartenance ethnique) et qui en a été la victime avec les mêmes éléments d'identification, y compris la date, voire l'heure, du décès et les motivations du meurtrier quand elles sont connues..

NYT_homicides_map_precision_sur_un_crime.jpg

Cependant, l'information la plus intéressante de cette carte globale réside dans représentation des évolutions. En effet, si la totalité des crimes recensés depuis six ans est impressionnante, ce qui compte pour les citoyens, c'est de savoir si la mortalité est en hausse ou en baisse, quartier par quartier. Il y a dans ces mesures de précieux éléments d'appréciation sur les politiques sécuritaires.

NYT_homicides_map_curseur_temporel.jpg

Un curseur temporel situé au-dessus de la carte permet de visualiser, année par année, le caractère plus ou moins létal de la ville et de ses différents quartiers.

La valeur ajoutée de la carte du "NewYork Times" s'apprécie d'abord du point de vue de l'internaute. Il ne pourrait pas assimiler, dans un texte et même sous la forme de tableaux ou de graphismes statistiques, toutes les données textuelles et chiffrées concentrées dans cette visualisation. Du coup, les deux pages de texte du site web peuvent se consacrer à la contextualisation des données cartographiques.

NYT_homicides_genres_de_crimes.jpgC'est évidemment le travail journalistique que produit cette valeur ajoutée. Il suffit d'imaginer l'ampleur de la collecte auprès des services de police puis son traitement séquentiel, caractéristique des industries de contenus.

La collecte des reporters du service des faits divers a été formatée dans une base de données. On reconnaît, dans le fonctionnement interactif de la carte, les relations entre les tables et les champs d'un système lourd et minutieux comme celui d'Access. Une base de données de ce type n'est exploitable que par des utilisateurs compétents.

Il a donc fallu transformer un système de gestion de bases de données relationnelles en images faciles à manipuler et à comprendre, ce qui suppose une réflexion sur l'ergonomie et une bonne dose d'empathie.

Ce travail de développement a été réalisé par sept personnes: Matthew Bloch, Shan Carter,Tyson Evans, Brian Hamman, Andrew W. Lehren, Angelica Medaglia, Jo Craven McGinty dont il importe peu de savoir s'ils sont reporters, informaticiens spécialistes des bases de données, documentalistes ou infographistes.

Ce qui réjouit l'infonaute avide d'informations qui produisent du sens, c'est la symbiose de toutes ces expertises et compétences, l'importance du travail collaboratif en essaim sur une telle production et le constat qu'un organe de presse investit dans de telles compétences.

Ce qui étonne le plus c'est que le "New York Times" ne fasse pas payer l'accès à une information aussi consistante. Qu'un organe de presse offre en consuiltation gratuite des articles peu élaborés, c'est désormais la norme. Qu'il ne fonde pas, au moins partiellement, son modèle économique sur la rémunération d'une telle valeur ajoutée est beaucoup moins compréhensible.

"Le Monde" pas très au courant

Après avoir élevé Twitter au rang d'agence de presse, "Le Monde" daté du 20 juin 2009 présente comme une pratique journalistique sans précédent le fait que deux journalistes de "La Nouvelle République" aient pu raconter un procès en temps réel sur le site web du quotidien régional.

Le_Monde_beotien.jpg

Il va falloir que les salariés du morne quotidien vespéral se réveillent ou, mieux, que la sentencieuse institution du journalisme à la française se dote d'une cellule de veille. Juste pour regarder ce qui se passe autour d'elle dans l'univers de l'information.

Le compte rendu en direct sur internet de procès criminels depuis la salle d'audience se pratique en effet dans le Kansas et ailleurs depuis 2007. Et, en l'occurrence, avec beaucoup plus d'ingéniosité que l'expérience "inédite" de "La Nouvelle République." A lui seul, Ron Sylvester, du "Wichita Eagle" , avait réalisé un reportage beaucoup plus riche que la production textuelle des deux journalistes français.

France 3 Toulouse fait ça depuis mars

France_3_le_premier_jour.JPGEn plus, comme le signale Pascal Menigoz ( voir son commentaire), la rédaction de France 3 Toulouse a commencé dès le mois de mars à raconter le procès AZF, minute par minute, en direct depuis la salle d'audience.

La pleine page que "Le Monde" consacre au travail des journalistes de "La Nouvelle République" célèbre une "première" hexagonale qui n'en n'est pas une.
Toulouse, c'est sans doute trop loin pour deux journalistes parisiens. Et puis France 3 n'est pas, comme "Le Monde" et "La Nouvelle République", un organe de presse écrite.

Quoi qu'il en soit, les ébahissements successifs de la rédaction du "Monde" confrontée aux usages des technologies de réseaux peuvent refléter l'obsolescence culturelle (culture= comprendre le monde dans lequel on vit) de cette rédaction, ou s'interpréter comme un symptôme parmi d'autres du retard français. Les deux sans doute.

mardi 16 juin 2009

Webreportage en Haïti: valeurs ajoutées du rich media structuré

Haiti_nuage_de_mots_B.jpgA la question souvent posée: "Quelle différence entre multimédia et rich media? , la meilleure réponse est actuellement: "Allez voir, lire et écouter le webreportage de Jean Abbiateci et Julien Tack sur la route de la faim en Haïti."

Haiti_menu_2_B.jpg

Le projet de ces deux jeunes journalistes entrepreneurs avait inspiré une note admirative dans ce blog en novembre 2008.
Le résultat démontre que les valeurs ajoutées du rich media se situent dans la structuration du webreportage et, à partir de cette structuration, dans la manière d'affecter les modes d'expression aux contenus.

L'expression "valeur ajoutée" se justifie par rapport aux sites et blogs multimédia dans lesquels le texte, les sons, les photos, les vidéos et les liens sont disposés - souvent "déposés" - sans qu'apparaisse une démarche cohérente étroitement liée au sens du reportage (1).

Haiti_graphique_double_dimension.jpgL'architecture choisie pour "La route de la faim" est remarquable parce qu'elle concilie la consultation verticale et l'assimilation linéaire. Il s'agit, en fait, d'une grille invisible avec ses deux dimensions puissamment intuitives puisque ce sont celles des catalogues, des manuels ou des onglets dans les applications web. Lors de la consultation, l'utilisateur cherche ce qui l'intéresse, - et qui n'est pas forcément au début - il assimile puis il passe à un autre thème.

Haiti_Le_dossier_B.jpg

On n'insistera jamais assez sur les vertus de cette ergonomie utilitariste. L'infonaute cesse d'être passif comme un vulgaire téléspectateur. Il comprend d'instinct que toute liberté lui est donnée e il reçoit cette liberté comme une gratification. C'est la grande différence avec la situation souvent pénible de l'auditeur et du téléspectateur obligés de subir un déroulement linéaire imposé par autrui, même quand ce déroulement comporte des inepties. Grâce à l'ergonomie de la "grille invisible", l'infonaute agit sur sa manière à lui d'assimiler un contenu. Ce contenu en devient d'autant plus attractif. L'infonaute avisé peut, par exemple, choisir de commencer par le "making off" pour savoir qui sont les auteurs.

Haiti_les_bonus_B.jpg

La seconde valeur ajoutée de "La route de la faim" apparaît rapidement dans l'exploitation pertinente des modes d'expression.

Premier constat, tous les modes d'expression sont mobilisés.

Haiti_tableau_des_modes_d_expression_2_B.jpg

Deuxième constat: chaque mode d'expression est mobilisé pour ce qu'il apporte de manière spécifique.

  • Le texte est réduit au minimum mais il devient essentiel puisqu'il "dit" ce que les images et les sons ne peuvent pas "dire" aussi bien.


  • A part une perplexité personnelle sur le choix d'une pièce de piano romantique dans la description d"un ancien hôtel de luxe, les sons délivrent des informations que ni le texte ni les images ne peuvent fournir. C'est vrai des interviews, c'est vrai des ambiances et c'est encore plus vrai des commentaires en voix "off", sobres et consistants.


  • Les images pourraient se passer de commentaires tant elles sont riches en informations, en indices. Seules, elles constitueraient un émouvant reportage, comme d'ailleurs celui qui est proposé en bonus. Mais, précisément, les textes écrits et les sons ont été formulés de telle sorte qu'ils augmentent la puissance des images en leur fournissant un solide contexte journalistique.


  • Les liens procurent au webreportage la profondeur documentaire qui constitue la troisième dimension du rich media journalistique.


Bien conçu, bien découpé, bien scénarisé, riche en données et agréablement consultable malgré la gravité du sujet, le webreportage de Jean Abbiateci et Julien Tack était un modèle de bricolage informationnel. Il s'est transformé en exemple de journalisme actuel. Un cas d'école.

Haiti_bandeau_du_carnet_de_route_B.jpg
Lire aussi le carnet de route des deux reporters depuis leur arrivée à Miami le 27 novembre 2008 jusqu'à leurs récentes démarches pour vendre leur travail à différents organes de presse.

Un autre blog, de facture plus classique, sur certains aspects de la situation en Haïti.

1) Le secrétaire de rédaction d'un magazine imprimé avait coutume de demander une photo de dimensions précises, non pas pour donner du sens au reportage mais pour "faire joli" dans la page. C'était du multimédia sur papier.

vendredi 5 juin 2009

Journalisme, web et information: le tout en une soixantaine de pages

Medias_internet_couverture.jpgL'auteur du petit livre dont voici la couverture a trois qualités et un défaut:

- Il a (presque) tout compris.

- Il explique bien.

- Il est concis.

- Il est (trop) habile.

Réussir à présenter les données et les enjeux d'un problème aussi complexe en une soixantaine de petites pages est une vraie performance. L'écriture étant de bonne facture, à la fois clinique et persuasive, l'éloge inconditionnel est sur le point de fuser.

Cependant, quelques détails imposent la retenue.

La distinction peu convaincante, par exemple, entre "information" et "opinion" qui tarauderait l'esprit du journaliste. Voici réveillée la vieille rengaine - d'origine politicienne - sur l'incompatibilité entre "le factuel" et "la réflexion". Comme si une analyse journalistique ne comportait pas, à la fois, des faits et un point de vue, les deux étant assumés par celui qui les produit. Curieux de la part de quelqu'un qui cite Bourdieu.

Il y a aussi cette incroyable naïveté sur la personnalité, l'environnement idéologique et le rôle de Matt Drudge dans l'affaire Lewinsky. Bizarre, un journaliste qui survole à ce point l'Histoire contemporaine.

Un syllogisme badin...

Pierre Polomé a pourtant un point de vue et il l'assume quand il reproche aux journalistes de ne pas suffisamment s'engager et de trop se lamenter:
Medias_internet_citations_peu_de_journalistes.jpg Mais il est également habile. Trop. Pas question pour lui de contrarier les prophètes américains - visionnaires, comme il se doit - leurs émules franchouillards transformés en gourous et surtout les adeptes innombrables d'une des plus émouvantes mythologies du "web 2.0".

Pierre Polomé a tellement peur de faire de la peine à ces braves gens, lecteurs potentiels au demeurant, qu'il prend le risque pour légitimer leur fantasme d'écrire ceci:
Medias_internet_citation_lecteur_journalistes.jpg

Quiconque va de temps à autres se délasser sur les plateformes dont les gestionnaires font de l'argent avec le travail gratuit des citoyens savourera l'élégante acidité de la litote "Plus ou moins réussis".

Mais l'essentiel est dans ce superbe syllogisme: "Les journalistes écrivent. J'écris. Donc je suis journaliste.""

... appelle une déclinaison sardonique

Que l'auteur me pardonne une déclinaison sardonique , bien que personnalisée, de son raisonnement badin: "Jaco Pastorius était bassiste. Je joue de la basse. Mais je suis un bassiste amateur."

Evidemment, le terme "amateur" n'est pas très valorisant. Medias_internet_mmmh.jpg"Peintre amateur", "photographe amateur", "acteur amateur", "sportif amateur", "journaliste amateur" c'est moins bien que "peintre citoyen", "photographe citoyen", "acteur citoyen", " sportif citoyen" et surtout car il en va de la démocratie, que "journaliste citoyen".

A part çà, le livre se lit très vite.

"Les médias sur internet", collection "Les essentiels", éditions Milan

jeudi 4 juin 2009

Diigo, outil collaboratif pour les journalistes et leurs audiences

Un de mes anciens stagiaires de l'excellente promotion CFJ Apprentissage 16-20 Mars 2009 m'adresse un commentaire tellement intéressant que je dois l'inclure dans une note afin que le maximum de visiteurs en profite.

Cette note sera donc signée, sur le mode collaboratif, par lui et par moi.

Voici l'essentiel de sa contribution:

Je cherchais aujourd'hui un outil d'annotation de pages web.
Je suis allez voir votre blog où j'ai trouvé votre article sur Fireshot, un outil de capture et d'annotation de pages web.
Ce qui me gênait, c'est le fait que Fireshot capture la page en tant qu'image.
J'ai donc cherché un moyen d'annoter une page web en tant que telle.

Diigo_logo.jpgEt j'ai trouvé Diigo qui me paraît être un très bon outil pour le travail en essaim ou simplement pour soi même.

C'est un plug-in très bien intégré à Firefox qui permet d'enregistrer toutes sortes d'annotations d'une page. Le surlignage est possible. On peut coller des petites notes sur les pages consultés.

De plus, on a la possibilité de classer chaque note dans des dossiers taggés. Et, cerise sur le gâteau, toutes les annotations peuvent être partagées et commentées sous forme de chat par ceux à qui l'on autorise l'accès.
Fireshot est tout de même plus perfectionné en matière d'outils d'annotation.

Aurélien Chartendrault

Fireshot s'est beaucoup amélioré depuis la note du 30 mars 2008Diigo_logo_Fireshot_Studio.jpg , en particulier avec l'implémentation du Studio qui - en version d'évaluation - permet d'effectuer des captures plus fines. Mais ces captures restent, en effet, des images aux formats PNG, JPEG ou BMP .Quelles que soient les performances de Fireshot, l'annotation et le partage perdent, du coup, de leur spontanéité intuitive.

D'autant que, pour rester dans le registre du texte transformé en image numérique, le système d'exploitation Vista propose un outil de capture aussi rapide que précis.

S'il est utile de recourir aux fonctionnalités de Fireshot pour surligner et commenter plusieurs aspects d'une page un peu complexe, il suffit pour attirer l'attention sur un fragment de page de bien sélectionner la zone à mettre en valeur et de la commenter dans le courriel auquel l'image est attachée.

Diigo est beaucoup plus intéressant, vous avez raison, pour le travail collaboratif. C'est un mélange de Delicious et de Jamespot, plus incitatif que Delicious, moins blogging que Jamespot, lequel reste irremplaçable pour les revues de presse commentées et partagées.

Depuis la contribution d'Aurélien Chartendrault, j'envisage d'enlever Delicious et Fireshot de mon dispositif et de concentrer ce dispositif sur trois plateformes:

- Sindup pour rationaliser ma veille.

- Jamespot pour le travail entre journalistes, documentalistes, veilleurs, férus de technologies au service de l'information.

Diigo_mon_profil.jpg - Diigo pour les relations avec certains de mes lecteurs, journalistes ou internautes, désireux de réfléchir sur l'information aujourd'hui. Diigo semble être l'outil idéal pour les communautés actives, productives.

Je suis en effet persuadé que l'information à forte valeur ajoutée ne peut se cristalliser que dans une vraie collaboration, qui reste largement à inventer, entre les professionnels et des audiences exigeantes, car averties.

J'accueillerai donc, de manière sélective, des internautes passionnés par les problèmes de l'information au sein d'un groupe à créer sur Diigo.

Diigo_diagramme.jpg

Il y aura évidemment des passerelles entre les trois étages du dispositif. Certaines réflexions ou demandes des internautes pourront être transmises à la communauté professionnelle et inversement. Mes thèmes de veilles personnelles seront forcément inspirés par les deux autres instances auxquelles seront soumis de certains de ses résultats.

Diigo_information_fluency.jpg

Je viens d'ailleurs d'adhérer à un groupe déjà constitué qui s'intéresse à la recherche sur internet.

Merci Aurélien d'avoir rappelé qu'un formateur peut apprendre de ses stagiaires.

mercredi 27 mai 2009

Journaliste et entrepreneur: une passionnante conférence au CELSA

Celsa_logo_sorbonne.jpgA l'initiative de Valérie Jeanne-Perrier, enseignante-chercheuse, le CELSA organisait ce mercredi matin une table ronde sur le thème peu abordé mais décisif des journaliste qui produisent leurs contenus en dehors des structures industrielles de l'information.

Casting bien ajusté avec Eric Scherrer, de l' indispensable AFP Mediawatch comme modérateur et questionneur, Sandeep Junnarkar, journaliste enseignant américain et auteur du blog Lives in focus , Marc Laimé, journaliste expert, spécialiste notamment des problèmes de l'eau, enjeux sur lesquels il s'exprime dans le blog Eaux glacées et Tristan Mendès-France, responsable de blogtrotters.

AFP_media_watch.jpg
Pas question de déflorer, même partiellement, le compte-rendu filmé qui sera mis en ligne sur le site du CELSA. Juste quelques points particulièrement intéressants pour nourrir la réflexion.

"Les médias traditionnels ne sont plus en capacité de produire de l'information à la hauteur des enjeux de société." Le verdict de Marc Laimé s'appuie sur de nombreux exemples tirés de son expérience d'enquêteur qui connaît son sujet à fond. Entre autres dossiers étouffés par le conformisme médiatique: celui des cinq millions de foyers qui risquent d'être victimes de l'ANC pour le plus grand profit de groupes privés en charge de l'assainissement. L'affaire concerne plus de dix millions de personnes et devrait faire l'objet, en période électorale, d'un débat démocratique ouvert puisqu'il s'agit de la mise en oeuvre d'une directive européenne.

Celsa_eaux_glacees.jpg
Tristan Mendès-France développe avec blogtrottersCelsa_blogtrotters.jpg une double expérimentation. La première porte sur les contenus et en particulier sur les nouvelles formes de narration, avec des séquences vidéo en direct et les interventions des internautes, ce que l'un de ses reporters appelle des "happenings journalistiques", expression heureuse car pleine de créativité. L'autre expérimentation concerne les dispositifs technologiques qui permettent ces nouvelles narrations, avec des succès et des échecs assumés.

Le travail de Sandeep Junnarkar se situe à mi-chemin entre le documentaire engagé et le témoignage d'une ONG humanitaire. Il témoigne lui aussi d'une grande liberté dans le choix des sujets et dans le mode de traitement. Cette liberté "produit" de la valeur ajoutée quand de grands médias traditionnels s'intéressent aux contenus de Lives in Focus.

Celsa_lives_in_focus.jpg
A partir de ces trois expériences s'impose la conclusion que le journaliste entrepreneur est soit un expert, soit un innovateur et, si possible, les deux à la fois.

Expert comme Marc Laimé qui martèle à l'intention des étudiants du CELSA "Spé-cia-li-sez-vous !"... Plus facile à faire à un certain âge que quand on débute dans le métier.

Innovateur technophile et inventeur de nouvelles formes de récits, comme Tristan Mendès-France.

Journaliste concerné mais utilitariste à l'instar de Sandeep Junnarkar quand il brandit un caméscope de poche, comme ceux que j'ai présenté récemment.

Tous les journalistes ne peuvent pas être entrepreneurs. Ceux qui se sont exprimés au CELSA sont des éclaireurs qui inventent certaines des pratiques professionnelles de demain.

lundi 25 mai 2009

Sindup, une plateforme française de veille simple et efficace

Sindup_logo.jpgBasée à Angers (technopole), la société Netprestation vient de mettre en ligne à l'intention notamment des documentalistes et des journalistes une solution gratuite qui peut se prolonger en services payants plus sophistiqués pour les entreprises. qui veulent, par exemple, évaluer leur réputation sur le web. Dans sa version gratuite, c'est un outil très performant dont la simplicité d'utilisation devrait favoriser l'initiation à la veille.

Claire, logique et stable (c'est à dire sans widgets capricieux comme ceux de Netvibes), la page d'accueil incite d'emblée à ouvrir un compte.

L'actualité s'y déploie dans la richesse et la spontanéité du "coup d'oeil" qui balaie les principaux titres de la presse pendant les premières gorgées d'expresso du matin. Alimentée, ce lundi, par 17800 sources, elle est aussi riche mais un peu plus austère que celle de Wikio.

Son contenu semble, à priori, plus pertinent, pour un professionnel de l'information, que celui de Wikio, un peu trop "people" et de plus en plus orienté vers le narcissisme des blogueurs.

Arborescences familières

Le premier regard sur la liste Sindup_themes_sous_arborescence.jpgdes thèmes révèle un souci de classification de bonne augure.
Mieux vaut un nombre restreint de centres d'intérêt qu'une exhaustivité où le novice ébloui risque de se perdre.
Les sous-dossiers s'étirent, au demeurant, de manière judicieuse.
Peu de "déchets" dans les sources d'information sélectionnées par les algorithmes de Sindup.
Ils "surveillent" pourtant et analysent en temps réel une quantité et une diversité impressionnantes se sources: sites de l'administration, de la presse généraliste nationale et régionale, des médias audiovisuels, des entreprises, les sites et blogs spécialisés, sans négliger les communautés du web.

Sélectivité productive

Sindup_types_de_sources.jpgSi une impression de trop-plein venait à poindre, il suffirait d'activer le filtre qui consiste à supprimer ou à ajouter des sources. Tâche légère et salutaire car génératrice de gains de productivité puisque le temps passé à évacuer les sources non pertinentes est un investissement dans le temps gagné avec des sources pertinentes et fiables dans les situations d'urgence. Le résultat du tri apparaît instantanément sur la page d'accueil.

Un indicateur graphique du volume de sources sur un sujet précis permet, par un simple effleurement du curseur, de détecter un buzz naissant et surtout d'éventuelles singularités annonciatrices de phénomènes émergents (1).Sindup_graphique.jpg

Le filtrage avancé fonctionne avec les opérateurs habituels des moteurs de recherche; il est affûté par un calendrier qui fait gagner du temps quand on connaît la période à laquelle une information a pu être diffusée. A noter, quand même, la possibilité de valoriser l'importance de certains mots-clés par rapport à d'autres. Les critères de recherche peuvent être transformés, par sauvegardes personnalisées, en paramètres permanents pour une veille de longue durée qui implique évidemment le système d'alertes.

Réjouissant, le système de rangement des résultats par simple glisser/déposer dans des dossiers que l'utilisateur crée à sa guise. Sindup a même l'obligeance d'informer l'utilisateur que l'information a bien été archivée. C'est un détail qui compte quand on empile les informations rares de manière un peu compulsive.

Incitation au travail collaboratif

La dimension collaborative de la plateforme est d'une rare simplicité. Le titulaire du compte distribue des droits à ceux qu'il invite à travailler avec lui sur un sujet. Ceux-ci reçoivent les actualisations de la veille menée en commun et peuvent les commenter. Ces fonctionnalités évoquent celles de l'excellent Jamespot mais dans un esprit moins communautaire, moins "web 2.0", davantage focalisé sur le travail en groupe.

Toujours dans la dimension collaborative de l'outil, une veille thématique peut être exportée par courriels, via une lettre d'information ou sur un intranet d'entreprise. L'idée de la revue de presse consultable par flux RSS vient forcément à l'esprit.

Les algorithmes "apprennent" à mieux chercher

Sindup_filterlive.jpgImpossible de clore cet éloge de cette plateforme française de veille sans mentionner une technologie qui rappelle les systèmes experts, c'est à dire la faculté qu'ont certaines applications d'apprendre à s'améliorer dans la réalisation des tâches qui leur ont été dévolues. Ainsi, plus l'utilisateur collecte d'informations et ajuste ses filtres de sélection, plus le "discernement" de Sindup augmente. Il analyse les documents sélectionnés par le cerveau humain et rangés dans les dossiers thématiques personnalisés. Il en déduit un quelques règles pour ses prochaines recherches. Le fait d'utiliser Sindup très souvent et de bien ranger les résultats intéressants devrait faire grimper le taux de pertinence des résultats ultérieurs.
Cette fonctionnalité n'est pas disponible dans la version gratuite. Je vais la tester sur un mois - délai nécessaire à l'apprentissage - et rendrai compte des performances, dans un autre billet à la fin du mois de juin.

LE BLOG DE SINDUP

1) les singularités sont des faits pour lesquelles les explications connues ne sont pas entièrement satisfaisantes. Plusieurs singularités de même nature pendant une période donnée peuvent signaler la possibilité d'une émergence. Un phénomène émergent est un phénomène dont "le tout est supérieur à la somme de ses composants".

Exemples: dès le début de l'année 2007, les singularités de la bulle immobilière américaine liées à l'opacité des hedge funds "annonçaient" la crise financière de septembre 2008, phénomène émergent puisqu'elle représente beaucoup plus qu'une accumulation de dysfonctionnements sur le marché immobilier, dans les pratiques spéculatives, dans les règles de comptabilité bancaire et dans la régulation financière. A ces composants connus de la crise actuelle, il faudrait ajouter les effets idéologiques du "reaganisme", l'imperfection des modélisations mathématiques visant à optimiser la spéculation, la défaillance des agences de notation...''

mercredi 20 mai 2009

L'Université de Metz crée une licence de rich media journalistique

Jean-Luc Raymond m'a récemment signalé le remarquable billet de Mélissa, jeune journaliste (1), qui s'insurgeait le 11 mai dernier contre les carences de l'enseignement proposé par les écoles françaises, en particulier dans le traitement multimédia (2) de l'information.

Melissa_titre_du_billet_.jpg

Je souscris sans réserve à l'orientation générale de ce cri de colère, parfaitement argumenté et judicieusement étayé par de nombreux exemples probants. Plutôt que de picorer quelques extraits dans la diatribe de Mélissa, je vous conseille de lire l'intégralité de sa prose, bien sentie au demeurant.

Deux petits désaccords:

1 - Je ne crois pas que le journalisme multimédia, ou "rich media", puisse se passer complètement du texte comme "entrée" dans des contenus modulaires et comme élément de structuration.Melissa_oublier_le_texte.jpg
Il s'agit plutôt, selon moi, de libérer le texte d'un certain nombre de pesanteurs que d'autres modes d'expression, dont les images et les sons, peuvent prendre en charge de manière plus pertinente.
Ce qui implique une écriture web particulièrement ajustée, d'une précision de joaillerie.

2 - La maîtrise des langages de programmation et, notamment de Flash, ne me semble pas absolument nécessaire pour un(e) journaliste qui doit essentiellement se préoccuper du contenu, de la production de sens, du confort d'assimilation par les infonautes.

Melissa_Logo_fac_Metz.jpgAu-delà de ces réserves subsidiaires, je signale à Mélissa et à tous les futurs ou jeunes journalistes qui se sentent concernés par l'avenir du métier d'informer que l'université Paul Verlaine de Metz ouvre en septembre prochain une formation de journalisme "rich media" très proche, dans ses objectifs, des stages de sensibilisation que j'anime depuis deux ans au CAPJC de Tunis, un des établissements francophones pionniers en la matière (2).

Melissa_ile_du_Saulcy.jpg

Les enseignements qui seront dispensés dans le cadre enchanteur de l'île du Saulcy, en plein coeur de la ville, par Arnaud Mercier semblent à priori parfaitement ajustés aux évolutions actuelles et futures du journalisme. Extraits:

- Techniques rédactionnelles (20 h. td)
- Reportages audiovisuels et radiophoniques (20 h. td)
- Outils de gestion de contenus en ligne (14 h. td)
- Création et exploitation d'un site d'information (14 h. td)
- Traitement numérique des images (20 h. td)
- Méthodologie de la recherche d'informations en ligne (4 h. cm + 10 td)
- Médias collaboratifs, webzines (4 h. cm + 10 td)
- Usages et réception des médias numériques (14 h. cm)
- Écritures hypertextuelles (14 h. cm)
- Sémiologie des productions médiatiques et réception des informations (14 h. cm)
- Sociologie critique des pratiques journalistiques (14 h. cm)
- Stratégies éditoriales de l'information en ligne (4 h. cm + 10 td)
- Écriture multimédias d'information et mise en ligne (14 h. td)
- Vérification de l'information et rapports aux sources

Précisions apportées le 23 mai par Jean-Christophe Dupuis-Rémond, professeur associé à cette Université:

- Les écrits d'admission pour les candidats retenus se dérouleront le 4 juin prochain.

- Avec mon collègue Nicolas Bastuck du Républicain Lorrrain ainsi qu'avec Arnaud Mercier, nous encadrerons une conférence de rédaction bi-hebdomadaire à partir de la rentrée de septembre 2009. Elle déterminera les produits qui seront mis en ligne par nos étudiants sur un support web dédié.

Ce support se veut un laboratoire d'exposition sans contraintes dans la forme (...)Les futurs employeurs de nos étudiants pourront ainsi se faire une idée de leur potentiel.

RAPPEL de notes consacrées, sur ce blog, au rich media journalistiquement structuré:

- Exploitation de Vuvox par La Gazette

- Le New York Times

- Apture

- Le Financial Times

- Webreportage de Géo

- Flyp

- Polyvalences

- Un stage de rich media à Tunis

- Hiérarchie de l'information

- Un procès en rich media artisanal

Melissa_panneau_a_la_recherche.jpg- UN EXEMPLE récent (mai 2009) de reportage en ''rich media'' réalisé en moins de trente-six heures, collecte sur le terrain comprise, par trois stagiaires du CAPJC de Tunis.
D'autres réalisations de stagiaires qui n'ont pas utilisé Vuvox sont également probantes.

Parmi elles, une structure modulaire qui s'ouvre sur une image "clicable" et qui décompose le sujet en un texte, une photo, une vidéo, un son et des liens. Son titre: "Le rich media par lui-même".

Melissa_film_panorama.jpg

Mon approche personnelle du "rich media journalistiquement structuré"- expression utilisée pour le distinguer du rich media inventé par la publicité dans les années quatre-vingt dix - cette approche est exposée notamment dans le chapitre 2 de mon livre avec ses implications dans l'analyse des évènements et la hiérarchisation de l'information, son impact sur les polyvalences professionnelles et sur l'organisation du travail au sein des rédaction.

1) le site de Mélissa, à ne pas confondre avec son blog.

2) Je préfère l'anglicisme "rich media" pour trois raisons:

a) l'approche multimédia consiste souvent, pas toujours, à déposer une photo ici, une vidéo ailleurs, pour des raisons plus décoratives que journalistiquement justifiées. C'est ce qui se passe sur la plupart des sites d'organes de presse hexagonaux où on a le sentiment qu'un secrétaire de rédaction de journal papier demande une image "pour faire joli" dans la page, pas vraiment pour donner du sens à l'information.

b) l'approche "rich media" suppose, de mon point de vue, une structuration journalistique des différents modes d'expression - texte, photos, sons, vidéos, liens - au service des contenus informatifs et pour favoriser une meilleure assimilation de ces contenus par les infonautes.

c) le vocable "rich media" contient la notion d'enrichissement de l'information, notion qui implique selon moi une nouvelle stratégie éditoriale, une nouvelle organisation du travail dans les rédactions et un nouveau type de relations avec les audiences.

Cependant, foin de querelles sémantiques: le fait que quelqu'un emploie le terme "multimédia" ne me gêne pas dans la mesure où il s'agit de désigner une manière de rendre compte en utilisant les outils du web.''


2) En 2008, comme cette année, mes stagiaires tunisiens en rich media démontrent en quelques jours qu'il est possible de s'emparer avec enthousiasme et beaucoup de talent des outils souvent gratuits avec lesquels les journalistes ont intérêt à s'exprimer sur le web. Ils sont signé des réalisations remarquables à partir de reportages très courts.

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